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Les
fêtes juives |
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Michloa'h Manot à Dachau
Avant guerre, mon père était
le bedeau d'une vieille synagogue de Prague. Ce Pourim 1946, le premier après
sa libération du camp d'internement de Dachau, mon père nous
raconta son dernier Pourim, à Dachau, dans les griffes des nazis. Cet
événement avait laissé en lui une sensation très
profonde du courage infini que recouvre l'âme juive dans les pires épreuves.
Pourim 5705, 1945. La fin du Reich est proche, et tous le savent. Y compris
les dignitaires nazis, qui se voient attaqués et battus sur tous les
fronts. Rien d'étonnant à ce que le cruel chef nazi du camp
ait laissé la Croix Rouge Internationale livrer des colis alimentaires
aux prisonniers, afin de faire preuve de sa grande bonté envers … ses
victimes.
Parmi les aliments que mon père reçut, une boite de conserve.
De la viande! A Dachau, il mourrait tous les jours des centaines de prisonniers
de faim et d'épuisement. Dans ces conditions, une part de viande, ce
n'était pas une ration alimentaire, c'était un vrai médicament.
L'essentiel était de survivre, et en manger ne pouvait être un
problème de Cacherouth.
Et pourtant.
Mon père rappela à la cantonade que c'était aujourd'hui
Pourim. Il s'avisa que la meilleure façon de fêter ce jour était
de pratiquer la Mitsvah de "Michloa'h Manot", s'adresser des cadeaux d'aliments
l'un à l'autre, selon l'usage de toutes les générations
depuis Mordekhaï et Esther. Lui, qui avait veillé durant toute
la durée de son internement à ne pas manger de mets interdits
se servirait de cette boite de conserve comme "cadeau comestible", puisqu'il
était clair qu'il ne pouvait être interdit de consommer cette
viande, compte tenu de la situation.
Il la fit parvenir à l'un des plus malades de son baraquement. Un de
ceux qui étaient les plus faibles, les plus en danger.
Mon père n'a jamais oublié ce qui s'est passé alors.
L'homme décida que cette viande n'était pas pour lui, et fit
comme mon père: il la transmit en tant que "Michloa'h Manot" à
un prisonnier non moins faible que lui. Ce dernier n'hésita pas un
seul instant, et fit passer la boite à un quatrième prisonnier,
comme "Michloa'h Manot". Et la boite fit le tour du baraquement. Chacun la
recevait avec plaisir, le plaisir d'avoir reçu un "Michloa'h Manot"
d'une valeur inestimable pour l'époque et les conditions du camp, et
se faisait un plaisir d'honorer un autre avec cette boite si précieuse.
Aucun des prisonniers orthodoxes de Dachau ne put supporter de mélanger
la joie de Pourim avec une nourriture interdite.
Cette année là, au cœur de Dachau, les Juifs avaient manifesté
une fois de plus la grandeur de l'âme juive, du courage et du sacrifice
qui sont le lot de ceux qui croient dans l'éternité des lois
de la Torah.
5763 - Traduit du site www.shofar.net