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Les fêtes
juives |
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Extrait de Conversation avec les jeunes, Adar 5747.
L'effet d'une mélodie de Pourim
A Pourim, chez le Baal Chem Tov, il régnait
de coutume une véritable atmosphère de joie intense, les 'Hassidim
étaient fort nombreux à se rendre ce jour Ià chez le saint
Rabbi pour partager avec lui les réjouissances du banquet traditionnel
de la fête. Mais l'essentiel en était l'enseignement des grandes
vérités de la Torah que le Rabbi prodiguait à cette occasion,
et qui s'inscrivait alors profondément dans les esprits et les cœurs.
"Haman, le petit-fils d'Amalek, disait-il, a puisé son pouvoir dans l'art,
que pratiquait déjà son ancêtre, de refroidir l'enthousiaste
attachement des Juifs au Tout-Puissant, Mais cela, c'est l'Amalécite
de l'extérieur. Cependant, il en existe un autre, calculateur et sournois,
qui se cache dans l'âme de chacun. Il ne réussit pas toujours à
détacher un Juif de la Torah, mais il parvient parfois à réduire
l'enthousiasme avec lequel un Juif se doit d'accomplir les Mitsvot, Mais oui,
mais oui, disait-il, Amalek réussit parfois à s'infiltrer dans
l'accomplissement même d'une œuvre vertueuse. La seule parade à
sa perfidie, mes frères, consiste à faire une Mitsvah avec chaleur,
avec flamme, avec enthousiasme. On y réussit si l'on sait servir Dieu
avec joie; avec la joie au cœur". Ainsi, on était en effet fort gai chez
le Baal Chem- Tov quand venait Pourim.
Le Baal Chem Tov s'était attaché tout particulièrement
son fidèle disciple Rabbi Méïr (qui devint célèbre
par la suite sous le nom de Rabbi Méïr Margalith, l'auteur de l'ouvrage
Méïr Netivime). Ce jour Ià, de Pourim, Rabbi Méïr
avait amené avec lui son plus jeune fils, Saül, Saül était
encore, à l'époque un petit garçon, mais il était
doué d'une intelligence aiguë et disposait, par surcroît,
d'une voix très agréable, C'était la première fois
qu'il venait chez le Rabbi et il s'y plut beaucoup.
Quand Pourim fut passé, Rabbi Méïr se disposa à rentrer
chez lui, à Lemberg, où il était Rabbin, le Baal Chem Tov
lui dit: "laisse-moi le petit Saül pendant quelques jours, Je te le ramènerai
moi-même après Chabbath, si Dieu veut",
- Si Saül veut rester, je suis tout à fait d'accord, répondit
Rabbi Méïr. Veux-tu rester chez le Rabbi jusqu'après Chabbath?
demanda-t-il à son fils. Tu ne pleureras pas?
- Oh! je veux bien rester, répondit vivement l'enfant. C'est gai, ici.
Je ne pleurerai sûrement pas.
Ainsi, le petit Saül demeura chez le Baal Chem Tov, qui se mit à
étudier le 'Houmach avec lui, Il choya l'enfant et, le Chabbath, le pria
de chanter à plusieurs reprises. Ils s'attachèrent beaucoup l'un
à l'autre, l'enfant et le vieux maître.
A la fin
du Chabbath, le Baal Chem- Tov fit seller le cheval et mettre les attelles.
Il convia plusieurs disciples à l'accompagner, installa Saül à
ses côtés et partit faire le voyage prévu.
Au bout d'un certain temps, ils passèrent devant une auberge, d'où
s'écoulaient les chants avinés des paysans ivres. Manquait-il
des auberges sur la route? Non, certes. Pourtant, c'est dans celle-là
que le saint Rabbi décida de s'arrêter quelques instants. Puisque
tel était son désir, il n'y avait pas à discuter. On fit
donc halte en ce lieu et l'on entra dans une salle pleine à craquer de
gaillards totalement ivres, ou presque. Le Baal Chem- Tov se tint quelques instants
en silence parmi eux, tenant par la main le petit Saül, puis, brusquement,
il s'écria dans cette langue paysanne qu'il connaissait fort bien: "Un
peu de silence, ici!".
Le plus beau chant
Aussitôt, le silence plana, Le Baal Chem Tov alors dit aux paysans :
"Voulez-vous entendre comment il faut faire pour chanter juste? Voici un petit
garçon qui va vous le montrer. Ecoutez de toutes vos oreilles!". Puis,
il dit à Saül: "Va, petit! Chante pour ces gens. Chante Ieur Chochanath
Yaakov et montre leur ce que tu sais faire. Mets-y tout ton cœur, mon petit!".
Saül ne se fit pas prier et se mit à chanter comme jamais il ne
I'avait fait. C'était un fleuve de douceur qui s'écoulait, une
marée d'émotion contenue. Personne n'échappa au charme
de cette voix. Quand il en eut fini, les applaudissements crépitèrent
en salves au milieu de tumultueuses ovations. Sur ce, le Baal Chem Tov fit signe
à trois enfants russes de venir chez lui et leur demanda leurs noms:
- Je m'appelle Ivan, dit l'un. Et moi, je m'appelle Stéphan, dit l'autre.
On me nomme Anton, dit le troisième.
- Eh bien! conclut le Baal Chem Tov, voici Saül. Je vous le présente.
Voyez-vous, mes enfants, vous faites connaissance aujourd'hui ensemble et il
n'y a nulle haine dans vos cœurs. Restez ainsi. Que la paix règne entre
vous. Et il donna le signal du départ. Tous le long de la route, les
disciples du Baal Chem Tov, et Saül non moins que les autres, se creusèrent
la tête pour essayer de comprendre les raisons qui avaient dicté
au Baal Chem Tov son comportement.
les années passèrent et le petit Saül atteignit l'âge
adulte. Bientôt sa réputation grandit autant pour son érudition
qu'en raison de ses qualités de négociant. Il voyageait beaucoup
pour ses affaires,
Or, un jour, il était en route, rentrant chez lui pour la fête
de Pourim, quand, soudain, dans un bois, trois voleurs de grand chemin lui barrèrent
le chemin, armés de coutelas et de piques. Ils le dépouillèrent
de la grande somme d'argent qu'il portait sur lui, puis l'attachèrent
à un arbre et se disposèrent à l'assassiner.
Saül leur demanda de lui accorder quelques instants de répit pour
lui permettre de réciter le Viddouy et de se préparer à
mourir. On lui donna satisfaction. Tout en récitant le Viddouy, il songea
à sa femme et à ses enfants qui désormais attendraient
en vain son retour, et ses pensées s'égarèrent sur cette
fête de Pourim pour laquelle il rentrait et que, cette fois-ci, les siens
ne pourraient célébrer en sa compagnie; un regret le saisit en
songeant que plus jamais il n'aurait la joie d'accomplir les Mitsvot liées
à cette fête; et pourtant, malgré lui, la pensée
de Pourim s'empara de lui, évoquant le souvenir de cette saine gaieté,
de cette joie et de cette allégresse! Il en éprouva comme un reflet
et, brusquement, se décida de faire joyeusement ses adieux à la
vie en chantant une dernière fois le chant de Pourim "Chochanath Yaacov".
Ce fut à nouveau ce fleuve de douceur, cette marée d'émotion
contenue qu'il avait créées, enfant, lorsqu'en compagnie du Baal
Chem Tov il s'était arrêté dans une auberge d'ivrognes.
Il chanta, les yeux fermés, dans l'attente du coup mortel. Mais il acheva
le chant et rouvrit les yeux, étonné: rien ne s'était passé!
Et pour cause! les trois bandits se tenaient là, comme enracinés,
comme emportés par un rêve. Il les regarda plus attentivement et
les reconnut: "Tu es Ivan, dit-il; toi, Stéphan! Et toi, Anton!". Mais
ils l'avaient reconnu, eux aussi, déjà à son chant. "Pardonne-nous!",
l'implorèrent-ils. Ils le détachèrent, lui rendirent tout
son avoir et l'accompagnèrent à travers la forêt. "Jamais
plus nous ne volerons!" lui promirent-ils quand fut venu le moment des adieux.
Enfin, Saül comprit pourquoi le Baal Chem Tov s'était arrêté
en cette curieuse auberge et avait tenu à lui présenter ces enfants
russes. Il rentra chez lui sain et sauf, remercia Dieu de lui avoir sauvé
la vie, et jamais de sa vie il ne célébra un Pourim aussi joyeux
que cette année Ià.