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Les fêtes juives Un dossier Alliance Réalisé
par Aharon |
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Extrait de Conversation avec les jeunes N°330, Adar 5741.
Beyrouth, 1560.
Il
y a de cela bien longtemps, au milieu du 16ème siècle,
vivait en Orient un grand Pacha. Il jouissait de la confiance et de l'amitié
du Calife, qu'il aidait à administrer son immense royaume.
Ce puissant Seigneur avait sa résidence à Beyrouth; dans cette
ville même était établie une nombreuse communauté
israélite. Pendant de longues années, ce maître autoritaire
n'avait cessé d'opprimer ses sujets juifs; il était constamment
à la recherche de nouveaux moyens, de nouveaux prétextes pour
leur extorquer de l'argent. Plus ses richesses augmentaient, plus s'étendait
sa convoitise.
Un jour, environ deux semaines avant Pourim, il manda les dirigeants de la communauté
juive et leur parla en ces termes :
"Moi, grand et puissant Pacha par la grâce d'Allah et du Calife à
Bagdad, je vous assigne. J'ai appris, en effet, que je descends en droite ligne
du grand Haman, Premier Ministre du roi Assuérus, que vos aïeux
ont conduit au gibet. Comme vous le savez, mon noble ancêtre avait payé
au souverain dix mille pièces d'argent, moyennant quoi il achetait tous
les sujets juifs d'Assuérus vivant dans les cent vingt sept provinces
de son empire. Mais vos magiciens Mordekhaï et Esther, jetèrent
un sort plus puissant que celui de Haman, et provoquèrent ainsi sa mort
et celle de ses dix fils.
En conséquence, j'aurais tous les droits de vous faire pendre afin de
venger mon illustre ancêtre. Néanmoins, je serai clément
et miséricordieux; je vous demanderai seulement de me restituer les dix
mille pièces d'argent que Haman a perdus par la faute de vos aïeux.
Cela ne serait que juste puisque je suis son héritier légitime.
Je vous accorderai un délai de deux semaines pour réunir cette
somme et la verser à mon trésor. Quand, ce mois, la lune sera
à nouveau pleine, vous devrez comparaître devant moi, dans ce palais,
afin de payer votre dette. Si, le jour dit, vous manquez à cette obligation,
je me verrai contraint de prendre le même décret que mon ancêtre
a pris en ces temps lointains, notamment d'anéantir par le fer et le
feu tous les Juifs, hommes, femmes et enfants, vivant dans le pays. Et sachez
bien, ajouta-t-il d'un ton menaçant, que là où Haman a
échoué, moi je réussirai. Partez, maintenant!" .
Le cœur lourd, les chefs juifs quittèrent le palais du cruel Pacha. "Où
trouverons-nous une telle quantité d'argent pour apaiser ce maître
intransigeant ? se dirent-ils. Tous les trésors de l'Inde ne pourraient
le satisfaire. Il ne nous reste qu'un seul recours: nous rassembler dans nos
synagogues et prier Dieu, à l'exemple de nos ancêtres au temps
de Mordekhaï et d'Esther".
Et ainsi fut fait. Les Juifs se rassemblèrent dans leurs synagogues où
ils se mirent en prières et jeûnèrent jour après
jour, implorant Dieu Tout-Puissant afin qu'Il les sauve des mains du perfide
Pacha.
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Fort loin du lieu où se déroulaient
ces événements, dans la sainte ville de Safed en Terre Sainte,
vivait un saint homme nommé Rabbi Isaac Louria. Il devait à sa
sainteté le pouvoir de tout connaître de ce qui se passait dans
le monde. Rien n'avait de secret pour lui. Ainsi, il savait tout des soucis
et des souffrances de son peuple, où que celui-ci se trouvât, et
était au courant de la terrible calamité qui menaçait la
communauté juive de Beyrouth. Les voix de ses frères montant vers
Dieu en supplications ardentes arrivèrent à ses oreilles, il se
joignit à elles dans une prière pleine de ferveur. Et il sut que
leurs invocations étaient agréées, et que Dieu y répondrait
en sauvant les Juifs. Il envoya alors une lettre d'encouragement à ses
frères à Beyrouth, leur disant qu'ils ne devaient plus craindre
le cruel Pacha, mais plutôt avoir foi en l'intervention de Dieu pour les
sauver; car ils pouvaient être sûrs qu'Il les sauverait. Le saint
homme les engageait à ne même pas essayer de réunir les
fonds qui apaiseraient le tyran; ce n'est pas l'argent, ajoutait la lettre de
Rabbi Isaac, qui les tirerait de ce mauvais pas, mais seulement leurs prières
et leur foi.
Quand le saint message fut arrivé, la communauté juive de Beyrouth
respira; chacun sécha ses larmes et reprit courage. On était au
mois d'Adar, le mois des réjouissances, on commença les préparatifs
pour célébrer Pourim dans la plus grande allégresse.
"En cette nuit là …"
C'était une nuit sombre, une nuit d'orage. La pluie tombait à
verse et le vent faisait rage. La peur tenait tout le monde éveillé;
seul le cruel Pacha allait pouvoir dormir. Dans le somptueux confort de son
palais, une agréable pensée berçait sa somnolence: bientôt
les dix mille pièces d'argent viendraient accroître son trésor
.
Cette nuit là,
pourtant, il fit un rêve bizarre. Il se vit sur la place du marché
de sa ville. En face de lui, s'élevait un gibet haut de cinquante coudées.
Puis, il aperçut onze individus à la mine patibulaire pendus.
Sur la douzième potence, une corde prête pour une douzième
victime. Le Pacha, effrayé, se prit à trembler. "Je me demande,
pensa-t-il, avec appréhension, qui sera la douzième victime …
".
Soudain, un homme âgé apparut. Sa barbe était d'argent,
et son aspect pareil à celui d'un ange de Dieu.
"Coquin! cria le vieillard au Pacha. Tu ne reconnais donc plus ton ancêtre
Haman et ses dix fils dont les corps se balancent au bout des cordes? La douzième
corde que tu vois est prête; elle est pour toi. Bientôt ta tête
y passera.
- O, saint homme, de grâce épargne-moi ! Je te promettrai tout
ce que tu voudras; je t'en supplie, sauve-moi la vie; pense à ma femme
et à mes enfants.
- Homme pervers! Comment oses-tu invoquer la pitié quand il n'y en a
pas l'ombre dans ton cœur cruel. As-tu eu, toi, fût ce une bonne pensée
pour les milliers d'hommes, de femmes et d'enfants juifs que tu as menacé
d'anéantir dans ton pays ?
- Je te le promets, saint homme, je ne toucherai pas à un seul cheveu
de mes sujets juifs. Je t'en supplie, aie pitié de mon âme si chargée
de péchés !
- Eh! bien, tu auras la vie sauve, mais à une condition seulement: tu
signeras et scelleras de ton sceau un document dans lequel tu reconnaîtras
avoir reçu dix mille pièces d'argent des mains des Juifs au nom
du Calife de Bagdad."
Tout tremblant de peur, le Pacha rédigea le reçu sur un parchemin,
dans les termes exigés par le vieillard, le signa et y apposa son sceau.
Il le tendait à son interlocuteur, quand un coup de vent le lui arracha
de la main et l'emporta au loin jusqu'aux nuages. Il y eut un coup de tonnerre
suivi d'un éclair, et le Pacha se réveilla en sursaut.
Revenant peu à peu à lui, il se rendit compte que ce n'était
qu'un cauchemar. "Quel rêve stupide!" dit-il avec un soupir de soulagement.
Le petit parchemin continuait à voler à travers les nuages. Il
finit par arriver à Safed et atterrit à la maison de Rabbi Isaac;
pénétrant par la fenêtre, il se posa avec un petit bruit
sec sur la table même où le saint homme, revêtu de son Talith
et des Tefilin, était plongé dans l'étude de la Torah.
Il prit le document entre ses mains et le lut. Un sourire heureux éclaira
son visage.
Une Fin Heureuse
Rabbi Isaac enveloppa le remit dans une pièce de toile et envoya
un de ses disciples le porter au chef de la communauté juive de Beyrouth.
Au petit paquet, il joignit un message à ses frères, leur demandant
d'en garder le secret; ils ne devaient révéler l'existence du
précieux document jusqu'à l'échéance fixée
par le tyran.
Le jour fatidique de Pourim arriva. Une lune pleine apparut dans un ciel sans
tache. Le Pacha fit venir les dirigeants juifs. "Avez vous les dix mille pièces
d'argent ? leur demanda-t-il. Sinon, vous savez ce qui vous attend: vous et
vos frères périrez immédiatement".
Le chef de la délégation produisit alors le parchemin, et le montra
au Pacha: "que votre Excellence veuille bien lire ce qu'elle a écrit
de sa propre main".
Le Pacha y jeta un coup d'œil et devint soudain très pâle. Puis
un tremblement envahit tout son corps. Il reconnaissait le document rédigé
dans son rêve et, le souvenir lui revenant tout à coup, il vit
le gibet haut de cinquante coudées, avec les onze hommes pendus côte
à côte et la douzième corde libre. D'un geste instinctif,
il porta sa main à son cou, et un frisson lui courut dans le dos.
- Je vois maintenant que le Dieu d'Israël ne dort ni ne sommeille, dit
le Pacha d'une voix mal assurée. Bien sûr, vous aurez tous la vie
sauve; j'ai seulement une demande à vous faire: priez votre Dieu Tout
Puissant de m'épargner. Je promets de ne jamais vous faire de mal, aussi
longtemps que je vivrai.
Ce fut un très joyeux Pourim pour les Juifs de Beyrouth. Non seulement
ils étaient sauvés grâce à un miracle de Dieu, mais
aussi, à partir de ce jour, le Pacha, naguère si cruel, se mit
à les gouverner avec bonté. Il savait que sa vie même dépendait
du traitement qu'il réserverait à ses sujets juifs. Ce fut, en
effet, un très heureux Pourim.