Michloa'h Manot 'Hassidique
Offert par le Beth Loubavitch et ses représentants
A l'occasion de Pourim 5760
Avant Propos
Diplomatie juive
Soumission et compréhension
Quatre signes distinctifs
Extrait de lettre
Pourim est la seule fête de notre calendrier
commémorant à la fois le salut du corps et de l’âme. En
effet, le décret de Haman commandait l’extermination d’Israël et,
simultanément, il accordait la vie sauve à quiconque abjurait.
La réaction du peuple juif fut unanime. Sous la conduite de Mordékhaï,
tous, hommes, femmes et enfants, firent don d’eux-mêmes, au-delà
de toute rationalité et se renforcèrent dans l’étude de
la Torah et la pratique des Mitsvot. Alors, se révéla le salut
divin.
La dimension matérielle est, certes, déterminante,
à Pourim. Il convient, en ce jour, d’offrir deux mets à un ami
et des dons à deux pauvres. Pour autant, la spiritualité n’y est
en aucune manière absente. Et, conformément à l’adage ‘hassidique,
les Juifs apportent alors un présent à leur âme intellectuelle,
amie de leur âme divine, en lui permettant d’accéder à la
compréhension des profondes explications que développent nos Sages,
à propos de cette fête. Ils font, en outre, un présent aux
deux pauvres que sont leur âme animale et leur corps. De la sorte, tous
deux peuvent recevoir l’élévation et assumer la mission qui leur
est confiée, dans le service de D.ieu.
Le but du présent fascicule et de permettre à chacun de prendre
connaissance des merveilleuses explications que développe la pensée
‘hassidique, à propos de la fête de Pourim. On y trouvera donc
la traduction libre de causeries et de lettres du Rabbi de Loubavitch, relatives
à cette fête. L’originalité de ces textes apportera à
tous les moyens de considérer Pourim sous un jour nouveau, comme si les
événements commémorés s’étaient déroulés
sous nos yeux. De fait, enseigne le Baal Chem Tov, " celui qui lit
la Meguilah en la considérant comme un récit du passé ne
s’est pas acquitté de son obligation ".
Puisse D.ieu faire que nous progressions, d’une joie vers
l’autre, de la fête de Pourim vers la célébration de Pessa’h
et que nous connaissions, très prochainement, la délivrance véritable
et complète, par notre juste Machia’h.
Beth Loubavitch, Pourim 5760
= = = = = =
Diplomatie juive
1. La fête de
Pourim commémore le miracle par lequel D.ieu sauva le peuple d’Israël
du décret de Haman.
De fait, cette période
de l’histoire fut l’une des plus heureuses que connurent les Juifs. Ceux-ci
occupaient une place proéminente dans le royaume. Mordékhaï,
le chef du Sanhédrin, était un ministre et l’un des conseillers
les plus proches du roi. Esther était la reine et nos Sages disent que
" l’épouse d’un homme est partie intégrante de sa propre
personne ". Il n’est pas d’autre exemple, dans toute l’histoire juive,
d’un roi dominant le monde dont l’épouse était juive.
On aurait pu, tout naturellement, penser qu’à aucune autre époque
de l’exil, l’existence d’Israël ait été aussi fortement protégée
que du temps d’Assuérus.
La réalité
fut le contraire de tout cela. C’est à une époque aussi sûre
que fut prononcé ce décret d’extermination, " de supprimer,
de tuer et de faire disparaître tous les Juifs, les jeunes gens et les
vieux, les enfants et les femmes, en un seul jour ", ce qu’à
D.ieu ne plaise.
Jamais une décision
aussi terrible ne fut prise à l’encontre des Juifs. Jamais ne fut promulgué
un décret prononçant l’extermination de la totalité du
peuple d’Israël. C’est uniquement à l’époque d’Assuérus
qu’il en fut ainsi.
Dans les autres exils,
tous les Juifs n’étaient pas regroupés en un même endroit.
Nos Sages constatent que " le Saint béni soit-Il fit un acte
de bonté envers le peuple d’Israël en le dispersant parmi les nations ",
car, même si un peuple persécute les Juifs se trouvant dans ses
frontières, ce qu’à D.ieu ne plaise, il ne pourra pas s’en prendre
à ceux qui résident dans les autres pays. Bien plus, les Juifs
faisant l’objet de ces persécutions conservent également la possibilité
de s’enfuir à l’étranger.
A l’époque
du Pharaon, tous les enfants d’Israël étaient effectivement soumis
à son pouvoir et nos Sages affirment qu’il était impossible de
s’enfuir de l’Egypte. Pour autant, tous n’étaient pas en danger. Les
Sages précisent, en effet, que " son décret portait
uniquement sur les mâles ".
Tous les Juifs, en revanche, se trouvaient sous l’emprise d’A’hachvéroch.
Ils n’avaient pas le pouvoir de s’échapper, puisque son règne
s’étendait sur le monde entier. Ils ne pouvaient donc quitter son royaume.
De plus, il entendait mettre son décret à exécution " en
un seul jour ". Il n’y avait donc pas le temps de s’enfuir. En effet,
le décret portait bien sur l’ensemble des Juifs, sans aucune distinction.
Comment un décret aussi terrible put-il être promulgué précisément
à une époque en apparence si sûre ? Le traité
Méguilah 12a répond à cette question et précise
ce qui fut à l’origine de ce malheur : " Ils profitèrent
du festin organisé par cet impie ", par Assuérus.
Ce qui vient d’être dit nous permet d’établir clairement que les
Juifs ne sont en aucune façon soumis aux lois de la nature. Les événements
auxquels ils sont confrontés dépendent strictement de la manière
dont ils appliquent la Torah et les Mitsvot.
En l’occurrence, un tel décret était, à cette époque,
absolument inconcevable. Malgré cela, lorsque les Juifs " profitèrent
du festin organisé par cet impie " et s’y trouvèrent
confrontés à ce qui n’était pas cacher, des persécutions
leur furent infligées, ce qu’à D.ieu ne plaise.
2. La manière dont les Juifs furent sauvés délivre également
le même enseignement. Car, l’abrogation du décret fut tout aussi
surnaturelle. Elle découla de la Téchouvah et de l’attachement
à D.ieu.
En effet, on aurait pu imaginer que Mordékhaï et Esther, quand il
eurent connaissance du décret, formaient une délégation
diplomatique, chargée d’aller négocier avec Assuérus. Or,
raconte la Méguilah, Esther dit à Mordékhaï, avant
toute autre chose : " Va, réunis tous les Juifs se trouvant
à Suze. Vous jeûnerez pour moi, vous ne mangerez pas et vous ne
boirez pas pendant trois journées, nuit et jour ". Telle fut
leur première démarche pour annuler ce décret.
Bien plus, Esther dit encore à Mordékhaï : " Moi
et mes servantes, nous jeûnerons également ". Or, le
pouvoir que possédait Esther d’intervenir auprès d’Assuérus
découlait du fait que " elle trouva grâce devant lui
plus que toutes les autres jeunes filles ", comme en atteste le verset.
Il était naturellement inconcevable que trois jours de jeûne augmentent
sa grâce. Agir ainsi ne pouvait que lui causer du tort. Dès lors,
comment se permit-elle de jeûner ?
La réponse à cette question est la suivante. Il était impossible
d’expliquer naturellement le décret et il en fut de même pour la
manière dont ils en furent délivrés. Le salut découla
de la Téchouvah, que l’on peut réaliser également en jeûnant.
Lorsque les Juifs de Suze prirent la décision de jeûner, nul n’eut
le droit de se soustraire de la communauté en refusant cette pratique.
Dès lors, Esther affirma que " moi et mes servantes, nous jeûnerons
également ". Certes, elle diminuait ainsi sa grâce et
nul n’a le droit de s’en remettre au miracle. On doit agir en empruntant les
voies de la nature. Mais, il n’y a là qu’un semblant, nullement la vraie
raison du miracle.
L’apparence naturelle n’est donc que secondaire. Si la cause véritable,
en l’occurrence la nécessité de se renforcer dans la Torah et
les Mitsvot, est obtenue, cette apparence, même imparfaite, est amplement
suffisante.
Néanmoins, la période de l’exil impose un voile du Divin. C’est
la raison pour laquelle ce décret et la manière dont on en fut
sauvé prirent l’apparence d’événements naturels. Mais,
la motivation véritable de toute chose est la Torah et les Mitsvot. Le
décret fut prononcé lorsque " ils profitèrent
du festin organisé par cet impie ". Il fut abrogé quand
ils jeûnèrent et accédèrent à la Téchouvah.
3. Un enseignement
découle de ce qui vient d’être dit, en particulier pour la présente
époque.
Certains prétendent qu’il n’est pas d’autre moyen de maintenir le peuple
juif, pendant la période de l’exil, que le recours à la diplomatie
et aux voies naturelles et ils en citent pour preuve l’intervention d’Esther
auprès d’Assuérus.
Il faut, tout d’abord, avoir conscience que de telles personnes font une interprétation
erronée de la Torah et une lecture inexacte de la Méguilah. De
plus, elles remettent en cause, par leur raisonnement, ce qui est à la
base même de la pérennité juive.
Commentant le verset " Vous vous trouvez tous aujourd’hui devant l’Eternel
votre D.ieu ", nos Sages disent : " Même si le
monde entier chancelle, vous tiendrez bon ". En effet, la survie du
peuple juif est tout à fait particulière. Celle des autres peuples
est fonction des lois de la nature, alors que les Juifs les transcendent et
sont uniquement soumis à la Torah et aux Mitsvot.
Lorsque surviennent le malheur et l’oppression, ce qu’à D.ieu ne plaise,
on ne peut s’en remettre à la diplomatie et aux interventions naturelles
auprès des autres nations. La survie juive ne peut être obtenue
de cette façon. Chacun doit, bien au contraire, établir un bilan
moral de sa propre situation, rectifier ce qui doit l’être, se renforcer
dans la pratique de la Torah et des Mitsvot. C’est uniquement après cela
qu’une intervention naturelle peut avoir un sens.
Bien plus, même si la situation est telle que la survie d’autres peuples
serait inconcevable, dans de telles conditions, il est dit, à propos
des Juifs, que " vous vous trouvez tous aujourd’hui devant l’Eternel
votre D.ieu ", de la manière la plus forte.
Il ne faut donc pas se préoccuper de l’avenir du peuple juif, tel que
nous pouvons le considérer de nos yeux de chair, selon les critères
de la nature. Il nous appartient uniquement de nous renforcer dans la Torah
et les Mitsvot. Par la suite, le réceptacle matériel que nous
forgerons, quel qu’il soit, saura révéler le salut divin et surnaturel.
4. Nous venons de voir que le peuple d’Israël n’est pas soumis aux lois
de la nature. En fait, on peut en dire de même également pour chaque
Juif, à titre individuel.
Chaque Juif doit savoir que tous les événements auxquels il est
confronté sont décidés par D.ieu et qu’ils surviennent
sur Son intervention. Or, le Tout Puissant, c’est bien clair, n’est nullement
limité par les lois de la nature.
Certes, il est dit que " l’Eternel te bénira " précisément
" en tout ce que tu feras " et il est donc nécessaire
d’agir. Pour autant, il appartient uniquement à l’homme de forger un
réceptacle dans lequel pourra se révéler la bénédiction
divine, qui est déterminante. Pour l’obtenir, il faut se lier à
Lui, par l’étude de la Torah et la pratique des Mitsvot. Et, lorsque
l’on détient l’essentiel, on peut être certain de connaître
la réussite, quel que soit le réceptacle que l’on façonne.
5. Ce qui vient d’être dit nous permettra de comprendre la remarque que
formule le Yerouchalmi, à propos d’un agriculteur : " Il
marque sa foi en Celui Qui possède la vie éternelle lorsqu’il
sème ". Or, on peut se demander pourquoi un tel homme fait
intervenir sa foi. Les impies, qui nient l’existence de D.ieu, sèment
également. Et, la nature veut que les récoltes poussent dans un
champ, après qu’il ait été ensemencé.
L’explication est, en fait, la suivante. Un Juif peut constater, de ses propres
yeux, que le travail agricole procède des lois de la nature et qu’il
ne relève pas de la foi et de la confiance en D.ieu, que les champs des
impies produisent également des récoltes. Pour autant, il a également
conscience de sa spécificité, sait qu’il n’en va pas de même,
pour ce qui le concerne.
Ainsi, tout comme le peuple d’Israël n’est pas soumis aux lois de la nature,
il en est de même pour chaque Juif, à titre individuel. Chacun
comprend donc que, si les récoltes du champ voisin sont obtenues en fonction
des lois de la nature, les siennes dépendent uniquement de sa foi et
de sa confiance en D.ieu.
6. Ce qui est vrai pour les commerçants l’est, tout autant, pour ceux
qui se consacrent à l’étude de la Torah. La réussite n’est
pas réservée à ceux qui possèdent de grand moyens
intellectuels. Elle dépend, en fait, de l’aide accordée par D.ieu
à ceux qui Le craignent. Ces derniers, grâce à cette qualité,
placeront tous leurs efforts dans l’étude. Le résultat ainsi obtenu
sera considérable, sans aucune commune mesure avec ce qu’ils y ont investi.
A l’opposé, lorsque l’essentiel manque, les capacités les plus
développées et les plus grands efforts ne seront d’aucune utilité
car, la Torah est la Sagesse de D.ieu. Si l’on possède effectivement
ce qui est essentiel, D.ieu accorde une réussite surnaturelle
(Discours du Rabbi, Pourim 5719-1959)
1. La Haftara
de la Parachah Zakhor rapporte que Chaoul fut pris de pitié pour Agag,
roi d’Amalek et pour " le meilleur de son bétail ",
allant ainsi à l’encontre de la Volonté de D.ieu, Qui, de ce fait,
lui ôta la royauté pour la confier à David.
La Haftara et la Parachah
Zakhor sont liées à Pourim. C’est pour cela qu’elles sont lues
durant le Chabbat précédant cette fête. Cette relation est,
du reste, clairement établie par la Méguilah, précisant
que Haman est un descendant d’Agag, comme le montrent le Targoum et le Targoum
Cheni sur la Meguilat Esther 3, 1. Agag était lui-même un descendant
d’Amalek et la Parachah Zakhor invite à se souvenir de ce que fit Amalek.
Bien plus, nos Sages rapportent, dans le traité Méguilah 13a,
le Tana Dveï Elyahou Rabba, chapitre 24 et le Yalkout Chimeoni Bechala’h,
paragraphe 268, que Haman put voir le jour précisément parce que
Chaoul ne tua pas Agag. La fête de Pourim est donc clairement liée
à cette Haftara. Le décret émis par Haman à l’encontre
des Juifs fut bien la conséquence de la faute de Chaoul, qui se refusa
à achever Agag.
Tout ce qui appartient à la Torah est particulièrement précis.
On peut en conclure que, non seulement l’événement rapporté
par cette Haftara est, globalement, lié à Pourim, mais que chacun
de ses détails l’est également, les arguments de Chaoul, " J’ai
accompli la Parole de D.ieu ", " J’ai laissé le troupeau
vivant afin d’en offrir des sacrifices pour l’Eternel ton D.ieu ",
puis la réponse du prophète Chmouel, " L’obéissance
à D.ieu est préférable à un sacrifice ",
" Tu t’es détourné de la Parole de D.ieu ".
2. Commentant le verset (Chmouel 1, 13, 1) " Chaoul régnait
depuis un an ", le traité Yoma 22b souligne qu’il n’avait alors
commis aucune faute, tout comme un enfant d’un an. On peut en conclure que,
lorsqu’il laissa la vie sauve à Agag et au troupeau, il ne s’agissait
nullement, de sa part d’une remise en cause de la Volonté de D.ieu. Il
avait une bonne raison d’agir ainsi, inspirée par la logique émanant
du domaine de la Sainteté. En conséquence, Chaoul dit : " J’ai
accompli la Parole de D.ieu ". Il pensait sincèrement
ne pas avoir enfreint Sa Volonté, mais bien au contraire, l’avoir accomplie.
Chaoul
connaissait l’importance des sacrifices. Il savait qu’en offrant un animal à
D.ieu, on transforme l’obscurité de la matière en lumière
de la spiritualité la plus parfaite. Et, c’est précisément
cette obscurité qui permet de révéler la lumière
la plus brillante. En conséquence, se dit Chaoul, lorsque se présente
une opportunité de prendre le bétail d’Amalek, qui est " le
premier de tous les peuples ", la source de toutes les formes du mal,
selon le Torah Or, page 95a, l’obscurité la plus profonde et de le sacrifier
à D.ieu, la lumière la plus intense doit en résulter.
Son erreur
était, en l’occurrence, la suivante. Chaoul adopta une démarche
rationnelle et il s’en remit à sa logique. Or, si un tel raisonnement
paraît défendable, il n’en supprime pas moins l’immense qualité
que représente la soumission à D.ieu.
Or, c’est
précisément à cause de cette faute que Chaoul perdit la
royauté, " mesure pour mesure ", car il est nécessaire
de craindre le roi, de se soumettre à lui. Par la suite, cette royauté
fut transmise à David, qui dit : " Je suis resté
silencieux ", parvenant ainsi au plus haut stade de la soumission.
La soumission
la plus totale devant la Volonté divine était donc nécessaire.
Or, D.ieu avait dit : " Vous détruirez tout ce qui lui
appartient ", tout ce que possède Amalek.
Telle fut
donc la réponse de Chmouel : " L’obéissance à
D.ieu est préférable à un sacrifice, le fait d’écouter
à la graisse des béliers ", c’est-à-dire au service
de D.ieu assumé sur la base de sa propre logique. Ainsi, on servira D.ieu
par les plus grandes forces dont on dispose, par " la graisse ",
par les moyens les plus profonds, par l’intellect.
Et, il
est vrai que la démarche intellectuelle doit procéder du service
de D.ieu. Il ne suffit pas de se soumettre. Il faut encore comprendre, jusqu’à
consacrer à D.ieu les forces les plus hautes dont on dispose. Celui qui
est uniquement motivé par sa soumission, sans éprouver du plaisir,
ne pourra Le servir que par ses forces les plus inférieures, par son
action concrète. Dès lors, il n’offrira pas " la graisse
à D.ieu ". Pour autant, la soumission est effectivement plus
précieuse que la compréhension. Tout d’abord, cette dernière
n’écarte pas la possibilité de l’erreur, comme ce fut précisément
le cas pour Chaoul.
Ainsi,
on peut être animé d’un désir sincère de servir D.ieu,
mais, si on le fait seulement sur la base de sa propre logique, on ne peut se
départir des limites de sa personnalité. On manque alors de la
soumission qui est nécessaire à ce service. Certes, il faut consacrer
" la graisse à D.ieu " et donc lui donner également
sa compréhension. Néanmoins, la démarche rationnelle doit
découler de la soumission.
D.ieu souhaite
qu’on Le serve également de manière rationnelle. Il faut donc
comprendre logiquement la nécessité de se soumettre.
3. Evoquant
le soumission, le Zohar, tome 1, page 8a, dit : " C’est la porte
de l’élévation " conduisant vers tous les domaines de
la Sainteté. Lorsque la soumission manque, on n’est pas un réceptacle
pour la Sainteté, ce qu’à D.ieu ne plaise. Toutes les formes du
mal peuvent en découler.
En conséquence,
parce que Chaoul adopta une démarche rationnelle et qu’il n’exécuta
pas aussitôt Agag, Haman put voir le jour et émettre un décret,
enjoignant de " détruire, tuer et faire disparaître ",
ce qu’à D.ieu ne plaise, " tous les Juifs " et jusqu’au
Judaïsme lui-même.
Les Juifs
firent don d’eux-mêmes, au-delà de toute logique. C’est pour cela
qu’ils sont appelés " Juifs ", dans toute la Méguilah
et nos Sages disent, au traité Méguilah 12a, que " Quiconque
nie l’idolâtrie est qualifié de Juif ".
Mon beau-père,
le Rabbi explique que Avoda Zara, l’idolâtrie, est Avoda,
une forme du service, Zara, qui est étrangère, en l’occurrence,
alors qu’elle pourrait appartenir au domaine de la Sainteté pour une
autre personne, ou même chez la même personne, à un autre
moment. Néanmoins, en fonction de la situation actuelle, on peut attendre
d’un homme un autre effort. Celui-ci est donc bien " étranger ".
Il va à l’encontre du service de D.ieu et il peut, de ce fait, être
comparé à l’idolâtrie, à la remise en cause de l’unité
de D.ieu, comme le dit le chapitre 24 du Tanya.
Comment
servir D.ieu réellement et être sûr d’adopter, à chaque
moment, le comportement qu’Il souhaite ? Pour cela, il faut mettre sa logique
de côté, se soumettre pleinement. C’est en ce sens que " quiconque
nie l’idolâtrie est qualifié de Juif ", Yehoudi,
de la même étymologie que Hodaa, la soumission, rempart
contre toute pratique idolâtre.
Tout ceci souligne
effectivement le lien entre la Haftara et la Parachah Zakhor, d’une part, la
fête de Pourim, d’autre part. En effet, Chaoul eut pitié du troupeau,
parce qu’il voulait le sacrifier à D.ieu. De la sorte, il aurait pu transformer
les parcelles de Divinité se trouvant au stade le plus bas de la matière,
si ce n’était l’ordre de D.ieu interdisant de le faire. En effet, D.ieu
ne souhaitait pas que l’élévation soit apportée à
l’Amalek. Il convenait, bien au contraire, de le détruire.
Mais, Chaoul
adopta une démarche rationnelle et il échoua, dans sa tentative
de déterminer Sa Volonté. Pour réparer sa faute, il devait,
tout d’abord, la reconnaître, se soumettre et rejeter l’idolâtrie.
A Pourim, c’est précisément cette soumission qui fut à
l’origine du salut des Juifs.
En ce sens,
tous les détails de la Haftara de la Parachah Zakhor évoquent
effectivement la fête de Pourim. La faute de Chaoul fut son manque de
soumission. De la sorte, il fit une place pour Agag, roi d’Amalek, qui " te
rencontra ", mais également " te refroidit, sur le
chemin ", car l’analyse intellectuelle suscite la froideur. Dès
lors, le décret de Haman, visant à détruire tous les Juifs,
ce qu’à D.ieu ne plaise, devint envisageable.
Par la
soumission et le don de soi qui transcende toute logique, on met en pratique
l’enseignement de Chmouel, " l’obéissance à D.ieu est
préférable à un sacrifice, le fait d’écouter à
la graisse des béliers ". De la sorte, la force du mal spécifique
à Amalek, fut vaincue, dans sa forme spirituelle, d’abord, matériellement,
par la suite. Alors, " ils tuèrent leurs ennemis ",
exécutèrent les fils d’Amalek et effacèrent le décret
de Haman. Dès lors, " pour les Juifs, ce fut lumière,
joie, allégresse et honneur ". Et, ces différents termes,
lumière, joie, allégresse, honneur sont également liés
à notre propos, comme cela est expliqué par ailleurs.
4. Ce qui
vient d’être dit nous permettra de comprendre pourquoi les Mitsvot de
Pourim, que l’on peut accomplir tout au long du jour, sont citées par
le verset, en sorte que le festin y figure en premier lieu. Il est dit, en effet,
que " l’on est tenu de s’enivrer, à Pourim, jusqu’à
ce plus savoir faire la différence entre ‘maudit soit Haman’ et ‘béni
soit Mordékhaï’ ".
En fait,
le verset parle des " jours de festin ", au pluriel et l’on
peut en conclure que celui-ci se prolonge, en chaque instant de ces jours, par
le fait d’être ivre. Ainsi, à Soukkot, on prend les quatre
espèces une seule fois par jour et cette action se prolonge ensuite,
pendant tout le reste de la journée. De même, la Mitsvah d’étudier
la Torah peut aussi être accomplie à n’importe quel instant du
jour. Malgré cela, un chapitre, appris le matin, peut aussi se prolonger
durant tout le jour.
Il n’en
est pas de même, en revanche, pour la lecture de la Méguilah. Après
l’avoir lu, une fois le soir et une seconde fois le matin, on s’est effectivement
acquitté de son obligation. C’est également le cas pour les dons
aux pauvres. Le Rambam explique, dans ses lois de la Méguilah, chapitre
2, paragraphe 17, qu’il est bon de les multiplier. Pour autant, l’obligation
ne se prolonge pas sur l’ensemble de la journée, comme le dit le Toureï
Zahav, au début du chapitre 695.
On déduit
également du verset " jours de festin ", qu’il est
interdit de jeûner pendant toute la journée. Mais, il est clair
que ceci ne contredit pas ce qui vient d’être dit, car le jeûne
va à l’encontre du festin.
" Maudit
soit Haman " correspond à l’Injonction " Ecarte-toi
du mal " et " Béni soit Mordékhaï ",
au Précepte " Fais le bien ". Il faut donc mettre
ces Commandements en pratique " jusqu’à ne plus savoir ",
en transcendant sa propre logique. Le miracle de Pourim se produisit parce que
les Juifs firent don d’eux-mêmes, au-delà de toute rationalité.
Il faut, en conséquence, servir D.ieu " jusqu’à ne plus
savoir ", acquérir la foi la plus pure, témoigner de
la plus haute abnégation, sans être limité par sa propre
réflexion.
C’est en
ce jour que l’on puise une foi intègre pour toute l’année. Et,
cette foi sera la base de toute compréhension, ainsi qu’il est dit (Tehilim
119, 66) : " Enseigne-moi la compréhension et la sagesse,
car j’ai foi en Tes Mitsvot ". De fait, on ne peut comprendre qu’en
étant animé par la foi, en basant son raisonnement sur elle.
(Discours du Rabbi, Pourim 5719-1959)
1. Définissant les
conséquences et la conclusion finale du miracle de Pourim, la Méguilah
dit, brièvement: "Pour les Juifs, ce fut lumière, joie, allégresse
et honneur".
Le traité
Méguilah 16b explique que: "La lumière, c’est la Torah; la
joie, c’est la fête; l’allégresse, c’est la circoncision; l’honneur,
ce sont les Tefillin". Et, le Maharcha note que ces quatre éléments
sont précisément les signes de l’attachement des Juifs à
D.ieu que Haman l’impie voulut interdire. En effet, il ne voulait pas, ne pouvait
pas souffrir que les Juifs se distinguent des autres peuples, par leur lien
à D.ieu. Puis, survint le miracle de Pourim. Tous furent alors délivrés
de Haman et de ses décrets. En conséquence, "pour les Juifs,
ce fut la lumière, qui est la Torah; la joie, qui est la fête;
l’allégresse, qui est la circoncision; l’honneur, qui sont les Tefillin".
Un signe a pour but de différencier celui qui le porte de toutes les
autres personnes. Celui qui est ainsi distingué doit donc être
seul à le posséder. Car, si l’équivalent en existe chez
les autres, il ne permet plus de marquer une différence fondamentale
entre celui qui le porte et les autres hommes.
Il en est de même pour le signe qui doit matérialiser un fait aussi
fondamental et essentiel que la différence pouvant être faite entre
Israël et les autres peuples. Celui-ci doit être spécifiquement
possédé par les Juifs. Or, on retrouve l’équivalent de
ces quatre éléments, la Torah, la fête, la circoncision
et les Tefillin, auprès des autres nations, bien que sous une forme quelque
peu différente.
En effet, les non-Juifs connaissent la Torah. Ils l’étudient et reconnaissent
son immense sagesse, ainsi qu’il est dit (Devarim 4, 6): "Elle est votre
sagesse et votre entendement aux yeux des nations", qui la perçoivent
donc comme telle. Et, les non-Juifs possèdent également des fêtes,
célébrant, par exemple, la date de leur libération. En
outre, de nombreux peuples pratiquent la circoncision, pour des raisons hygiéniques.
Enfin, tout comme les Juifs portent les Tefillin dans le but de marquer leur
attachement à D.ieu, comme le dit le traité Berakhot 6a, ainsi
qu’il est dit (Devarim 28, 10): "Toutes les nations de la terre verront
que tu portes sur toi le Nom de D.ieu", d’autres également portent
des signes distinctifs, servant à établir à quels groupes
ils se rattachent.
Ce qui vient d’être dit conduit donc à s’interroger. Quand D.ieu
fixa des signes distinguant les Juifs des autres peuples, pourquoi ne fit-Il
pas le choix de Mitsvot, de pratiques totalement étrangères aux
autres? Pourquoi avoir opté pour ces quatre éléments dont
on retrouve effectivement l’équivalent chez les nations?
2. On peut donner, à ce propos, l’explication suivante. Un signe distinctif
est nécessaire uniquement entre deux éléments comparables.
Il est inutile, en revanche, lorsque aucune commune mesure n’existe entre ce
qu’il convient de différencier.
En l’occurrence, les signes distinguant Israël des nations n’ont pas pour
but de montrer l’écart entre l’âme juive et celle des autres peuples.
De ce point de vue, aucune comparaison ne peut, en effet, être envisagée,
comme l’explique le début du Tanya. En fait, ces signes différencient
le corps juif de celui des nations. Car, dans leur apparence extérieure,
ceux-ci sont bien identiques. Le corps d’un Juif est également physique.
Il ne paraît pas différent de celui d’un non Juif. C’est donc en
ce qui le concerne que ces signes prennent un sens, qu’ils font la preuve de
la particularité du corps juif, qui est saint, comme le montre le Tanya,
au chapitre 49. De fait, le corps juif possède une qualité que
l’âme elle-même n’a pas. C’est lui qui fit l’objet du choix de l’Essence
de D.ieu, comme l’explique longuement le Torat Chalom, à la page 120.
Ces signes distinctifs établissent donc la sainteté du corps juif.
C’est la raison pour laquelle, de manière apparente, ils trouvent effectivement
leur équivalent chez les non-Juifs. Pour autant, ils sont réellement
différents, établissant ainsi que l’action concrète, qui
est le fait du corps et qui procède des mêmes gestes, l’alimentation,
le sommeil, le commerce, que tous pratiquent de la même manière,
n’en reçoivent pas moins, chez un Juif, une dimension totalement différente.
En effet, celui-ci, par chaque accomplissement, sanctifie la matière,
ainsi qu’il est dit (Michlé 3, 6) : " En toutes tes voies,
reconnais-Le ".
Un Juif ne porte pas seulement la sainteté en sa personnalité.
Celle-ci ne fait pas que s’ajouter à sa nature profonde. Elle s’identifie,
en réalité, à cette nature. En conséquence, tout
ce qu’il accomplit est saint, y compris l’action dont on peut trouver l’équivalent
auprès des autres nations.
3. La Guemara explique que " la lumière, c’est la Torah "
et l’on peut s’interroger, à ce sujet. En effet, la Torah est, d’ordinaire,
appelée Or, lumière au masculin, alors qu’il est dit ici
Ora, lumière au féminin. Pourquoi cela ?
Dans le discours ‘hassidique intitulé " Pour les Juifs, ce
fut lumière ", l’Admour Hazaken en donne la raison. Il précise
qu’il est ici fait allusion à la Loi Orale, laquelle reçoit l’apport
de la Loi Ecrite. C’est pour cela qu’elle est désignée par un
terme féminin.
La différence entre ces deux parties de la Torah est la suivante. La
Loi Ecrite transcende
la logique, comme le souligne le Likouteï Torah Vaykra, à la page
5b. Chacun sait qu’elle fut donnée à Moché, sur le mont
Sinaï. Bien évidemment, elle n’est pas abordée par le raisonnement
ou l’analyse intellectuelle, mais seulement par la foi.
La Loi Orale, à l’opposé, apporte des explications logiques, développe
ce qui est brièvement exposé par la Loi Ecrite, énonce
les lois que celle-ci n’enseigne pas clairement, grâce à des comparaisons
ou à des déductions logiques. De la sorte, les rapprochements,
les raisonnements a fortiori permettront, par exemple, d’appliquer une loi énoncée
à propos d’un certain cas également à une autre situation.
Il en résulte que la Loi Orale adopte une démarche essentiellement
logique. Malgré cela, un Juif l’abordera par sa foi. Il ne tranchera
pas la Halakha en fonction de ce qui lui semble être le plus rationnel,
même s’il peut citer plusieurs preuves, qui semblent irréfutables,
à l’appui de sa position. En effet, dès lors qu’une décision
a été prise par les premiers ou les derniers Décisionnaires,
adoptée par toutes les communautés juives, elle ne peut plus être
remise en cause. De fait, les Sages de la Michnah disaient déjà,
au traité Yebamot 76b : " Si c’est une Halakha, nous l’accepterons.
Si c’est le fruit d’un raisonnement, il est possible de le réfuter ".
Or, on peut ici s’interroger. S’il s’agissait, en l’occurrence, de la Loi Ecrite,
échappant à toute logique, on aurait pu comprendre une telle attitude.
En l’occurrence, néanmoins, celle-ci n’énonce pas clairement la
Halakha, que l’on développe uniquement dans la Loi Orale, laquelle est
effectivement livrée à l’intellect. Et, les Décisionnaires
qui, dans les générations précédentes, se sont prononcés,
en la matière, l’on fait, semble-t-il, sur la base d’arguments logiques.
En conséquence, pourquoi celui qui a une vision divergente, en la matière,
devrait-il tenir compte de leur décision ?
La réponse à cette question est la suivante. Les Juifs conçoivent
la Loi Orale également par leur foi et par leur crainte de D.ieu. Nos
Sages remarquent, dans le traité Avot, chapitre 3, Michnah 9, que :
" si la crainte de D.ieu précède la sagesse, celle-ci
se maintient ". Certes, la sagesse est une étape incontournable
et même, une nécessité, puisqu’il s’agit bien, en l’occurrence,
de la Loi Orale, ayant une formulation logique. Mais, en tout état de
cause, cette sagesse est pérenne uniquement si elle est précédée
par la crainte de D.ieu, si elle est introduite par elle.
Telle était également la différence qui existait entre
les conceptions des Saducéens et celles des Pharisiens. Les premiers
ne remettaient nullement en cause la Loi Ecrite. Ils concédaient qu’il
fallait l’admettre, qu’on la comprenne ou non, dès lors qu’elle avait
été donnée à Moché sur le mont Sinaï.
Mais, ils considéraient qu’il n’en était pas de même pour
la Loi Orale.
Les Saducéens disaient que la Loi Orale avait une démarche rationnelle,
qu’ils pouvaient donc en proposer leur propre interprétation, en faisant
abstraction de la Tradition de nos Sages. Et, les Pharisiens leur opposaient
que, tout comme D.ieu avait donné la Loi Ecrite à Moché,
Il lui avait, simultanément, transmis également la Loi Orale.
Ainsi, dit le Rambam, dans son introduction du Michné Torah : " Toutes
les Mitsvot furent données sur le mont Sinaï, avec leurs explications ".
La différence entre les deux parties constitutives de la Torah est donc
le caractère écrit de la première, oral de la seconde ou
l’aspect logique de la seconde que la première ne possède pas.
Néanmoins, cette formulation rationnelle de la Loi Orale n’est qu’une
apparence extérieure. Car, les deux parties de la Torah furent bien,
l’une et l’autre, données par D.ieu, Qui transcende la logique. Il faut
donc les aborder, toutes les deux, par la foi.
Ainsi, c’est précisément la Loi Orale, Ora, lumière
au féminin, qui est le signe distinctif, permettant de faire la différence
entre Israël et les nations du monde. Le Midrach Chemot Rabba, au début
du chapitre 47, affirme : " La Michna et le Talmud permettent
de distinguer le peuple juif des autres peuples ".
La Loi Orale a une formulation logique. Malgré cela, un Juif y percevra
la sainteté. C’est en elle qu’il placera toute sa foi, laquelle transcende
la logique.
4. Il en est de même également pour le second signe distinctif,
"la joie, c’est la fête". Comme on l’a dit, les non-Juifs ont
également des célébrations. Pour autant, la fête
reçoit, chez un Juif, une dimension totalement différente. Elle
est pénétrée de sainteté.
A l’occasion d’une fête, tous se réunissent et se réjouissent,
consomment de la viande et boivent du vin, observent des pratiques qui ne s’apparentent
pas à la spiritualité. Malgré cela, ils parviennent, ce
faisant, à se distinguer des non-Juifs. Chez ces derniers, en effet,
les réjouissances peuvent conduire à l’excès, alors que
la joie juive se cantonne au domaine de la Sainteté, comme le souligne
le Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken, chapitre 292, paragraphe 3.
Un Juif peut se réjouir et boire, sans qu’il n’en découle de débordements,
ce qu’à D.ieu ne plaise. Bien au contraire, il raffermira sa crainte
de D.ieu, par cette célébration. Même à Pourim, alors
qu’il est une "Mitsvah de s’enivrer jusqu’à ne plus savoir",
selon le traité Méguilah 7b et le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm,
chapitre 698, paragraphe 2, la joie renforce effectivement la crainte de D.ieu
et la sainteté, de sorte que, parvenu à "ne plus savoir",
un Juif reste persuadé, même s’il ne peut le justifier logiquement,
que "Haman est maudit" et que "Mordékhaï est béni",
comme nous le préciserons plus loin.
5. Ce qui vient d’être dit est tout aussi vrai pour "l’allégresse,
c’est la circoncision", que certains non-Juifs pratiquent également.
Les Juifs, néanmoins, le font d’une manière complètement
différente.
Illustrant l’affirmation selon laquelle "l’allégresse, c’est la
circoncision", la Guemara cite le verset: "Je me réjouis de
Ta Parole, comme celui qui découvre un large butin". Le roi David
prononça ces mots précisément à propos de la circoncision
et l’on peut en conclure, d’une part, que celle-ci suscite des réjouissances
particulières, dépassant le joie courante, d’autre part, qu’elle
est comparable à un large butin pris à l’ennemi.
Pourquoi la circoncision a-t-elle ce caractère joyeux? Et, qui est cet
ennemi, auquel un butin est retiré en la pratiquant? Le Rambam répond
à cette question dans son Guide des égarés, tome 3, chapitres
35 et 49. Il dit, en effet, qu’un homme, en pratiquant la circoncision, affaiblit
son attirance envers les plaisirs physiques.
Ce monde, en effet, présente des attraits et des passions, qui en font
le lieu des forces du mal, comme l’explique le chapitre 6 du Tanya, citant le
Ets ‘Haïm, porte 42, fin du chapitre 4. De ce point de vue, il est bien
le plus grand ennemi d’un Juif. En conséquence, lorsque ce dernier affaiblit
sa capacité d’en concevoir le plaisir, bien plus, lorsqu’il met les désirs
de ce monde au service du domaine de la sainteté, ainsi qu’il est dit
(Vaykra 3, 16): "toutes les graisses seront pour D.ieu", il dérobe
à l’ennemi son plus large butin. C’est la raison pour laquelle sa joie
est immense.
C’est donc en cela que la circoncision d’un Juif se distingue de celle d’un
non-Juif. Ce dernier ne concevra, d’une telle pratique, que de la douleur et
de la peine. Il en souffrira physiquement et sera désolé d’avoir
perdu l’accès aux plaisirs du monde, lesquels occupent une part importante
de sa vie. Il pratiquera donc la circoncision uniquement s’il ne peut faire
autrement, afin de se préserver d’une souffrance encore plus grande.
A l’opposé, Un Juif se réjouit d’être circoncis. La conscience
de diminuer son plaisir physique le satisfait, car, au fond de lui-même,
il ressent que le bonheur véritable est celui qui est inspiré
par la Divinité. Le monde matériel est son ennemi et il éprouve
donc de la joie, lorsqu’il lui ôte son butin.
6. Ceci s’applique également à "l’honneur, ce sont les Tefillin".
Celles-ci, comme on l’a vu, permettent à l’homme qui les portent de marquer
son attachement à D.ieu, ainsi qu’il est dit: "Tous les peuples
du monde verront que tu portes sur toi le Nom de D.ieu". Les non-Juifs
possèdent également des symboles, montrant à quel peuple
ou à quel groupe ils appartiennent. Pour autant, ceux que possèdent
les Juifs sont radicalement différents.
Les Tefillin sont constituées par des parchemins, des boîtiers
et des lanières, tous faits de cuir, d’une peau de bête. On les
porte sur le bras gauche et sur la tête, assujettissant ainsi son cœur
et sa tête, afin d’en faire les "réceptacles" de ces
Tefillin.
Or, il convient de s’interroger sur une telle pratique. Est-il concevable, du
point de vue de la logique, qu’un homme sensé entoure sa tête d’une
lanière, faite de peau de bête, qu’il soumette ses sentiments et
son intellect à des boîtiers et à des parchemins, également
constitués de peau de bête? Certes, quatre passages de la Torah
sont inscrits sur ces parchemins, mais ceux-ci se trouvent, tout autant, dans
la conscience de l’homme qui, pendant qu’il porte les Tefillin, ne doit pas
cesser de se concentrer sur leur contenu. Pourquoi, en outre, les faire figurer
sur une peau de bête?
On aurait pu comprendre une telle attitude de la part d’un enfant, n’ayant pas
encore atteint la maturité intellectuelle. Or, la Halakha précise
que l’enfant est dispensé de porter les Tefillin, qu’il commence à
le faire uniquement à partir de treize ans, c’est-à-dire précisément
quand il accède à cette maturité intellectuelle, alors
qu’en revanche, "son père doit l’habituer à garder ses Tefillin",
selon le Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken, Ora’h ‘Haïm, fin du chapitre
37.
Il est donc nécessaire de soumettre sa personne à des Tefillin,
qui sont faites de peau de bête. Bien plus, il s’agit, en l’occurrence,
de sa peau, c’est-à-dire de la partie la plus superficielle et la plus
grossière de cet animal. En outre, les Tefillin sont noires, couleur
qui n’évoque pas particulièrement la beauté.
En fait, il est écrit, sur ces parchemins, "Ecoute, Israël,
l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est un" et c’est à cela que
l’homme qui les porte se soumet. Il emplit son cerveau et son cœur de cette
conscience, car telle est la Volonté du Roi.
Telle est donc la différence entre les signes que possèdent les
non-Juifs et les Tefillin. Les non-Juifs s’enorgueillissent des symboles qu’ils
portent. Ils en tirent de la fierté et choisissent donc les plus élevés,
les plus raffinés, les plus beaux. A l’opposé, un Juif conçoit
de la satisfaction de Tefillin, faites d’une peau de bête teinte en noir,
car le verset "Ecoute, Israël, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel
est un" y est inscrit. Il fera donc preuve de la plus grande abnégation
afin de se pénétrer de ces mots.
7. Comme nous venons de le montrer, ces quatre éléments, la Torah,
la fête, la circoncision, les Tefillin, sont les signes distinguant le
corps juif de tous les autres. C’est précisément pour cela que
Haman voulut, si fortement, les déraciner. En effet, il ne s’affectait
pas de constater la sainteté d’un Juif, lorsque celui-ci se limite à
des préoccupations morales, lorsqu’il se consacre à son âme.
Quand son activité est matérielle, en revanche, comme c’est le
cas pour ces quatre éléments, dès lors que son corps doit
intervenir, Haman niait toute différence entre un Juif et un non-Juif.
C’est ainsi que Haman marqua sa qualité de descendant d’Agag, d’héritier
d’Amalek. La force du mal spécifique à Amalek introduit, en effet,
la froideur de l’analyse rationnelle, qui s’oppose à l’effort du service
de D.ieu, à la soumission transcendant l’entendement. L’intellect a conscience
de sa limite. Il sait qu’il ne peut pas tout comprendre. Il accepte donc la
notion de sainteté, qui le dépasse. Pour autant, il la restreint
et il souligne qu’elle concerne uniquement l’âme, la spiritualité,
mais non le corps.
L’intellect est une force, à la disposition de l’homme, mais non l’homme
lui-même. En conséquence, la sainteté, si elle est perçue
uniquement de manière intellectuelle, ne peut pas se répandre
dans toute la personnalité de l’homme, dans ses activités matérielles,
bien plus basses que sa compréhension. Or, un Juif doit mettre en pratique
le Précepte: "En toutes tes voies, reconnais-Le" parce qu’il
est saint, par la nature même de son existence.
Pour cette même raison, Haman effectua un tirage au sort, qui transcende
la logique et dépasse l’enchaînement des mondes. Il considérait
que la qualité d’Israël, par rapport aux nations, n’avait de sens
que pour les forces révélées de la personnalité,
qu’elle s’entendait uniquement au sein de la création, mais non au dessus
de celle-ci. Ainsi, le miracle de Pourim permit d’établir une relation
entre la supériorité d’Israël et le tirage au sort, plus
haut que l’enchaînement des mondes.
C’est pour cela que cette fête s’appelle Pourim, les tirages au sort.
En effet, cette célébration rappelle que les Juifs se distinguent
des non-Juifs également par les préoccupations de leur corps.
C’est aussi pour cela que le miracle prit une apparence naturelle. C’est donc
le stade le plus bas de la création qui en révèle l’aspect
le plus élevé et c’est sur ce corps que porte le Choix céleste,
émanant de l’Essence de D.ieu.
Tout d’abord, Haman voulut supprimer ces signes, ôter la sainteté
des pratiques juives s’apparentant à celles que possèdent les
non-Juifs. Puis, par la suite, il interdit également les usages des Juifs
n’ayant pas leur équivalent chez les non-Juifs. Enfin, il décida
de "détruire, tuer et perdre tous les Juifs".
Comme on l’a dit, l’essence même de la personnalité juive est son
caractère de sainteté. En conséquence, si l’on désire
écarter un Juif de cette valeur, même si on lui permet d’en conserver
la trace à certains moments, on l’arrache, en fait, à son identité
la plus profonde.
C’est la raison pour laquelle, lorsque l’on fut délivré de Haman
et de ses décrets, on instaura Pourim, qui est une fête à
part entière, bien que le travail n’y ait pas été interdit,
comme le souligne le traité Méguilah 5b et comme l’explique le
Likouteï Torah Devarim, à la page 58a. Bien plus, le Midrach Michlé,
au chapitre 9, dit que "toutes les fêtes seront abrogées,
dans le monde futur, à l’exception de Pourim".
Pendant la journée de Pourim, on prend part à un festin matériel,
on mange et l’on boit, "on s’enivre jusqu’à ne plus savoir"
et cette Mitsvah, qui est la plus représentative de Pourim, s’applique
donc tout au long du jour. Or, parvenu à "ne plus savoir",
chacun garde la conviction que "Haman est maudit" et que "Mordékhaï
est béni". On éprouve alors une haine profonde pour le mal,
pour Haman et l’on bénit le bien, Mordékhaï.
En effet, l’attachement à D.ieu d’un Juif n’est pas une dimension surajoutée
à sa personnalité. C’est, bien au contraire, sa nature profonde.
Aussi, à Pourim, ce Juif perçoit-il clairement, sans même
faire intervenir sa connaissance, puisqu’il est parvenu à "ne plus
savoir", que "Haman est maudit" et que "Mordékhaï
est béni".
Extrait de la lettre n° 215 d'Iguerot Kodech
Par la grâce de D.ieu,
Chouchan Pourim 5706,
Au ‘Hassid qui craint D.ieu
et s’acquitte fidèlement de sa mission, le Rav Y. Hacohen,
Chicago,
Je vous salue et vous bénis,
...Concernant la Mitsvah d’envoyer des cadeaux à ses amis et des dons
aux pauvres, le jour de Pourim, nos Sages disent, dans le traité Méguilah
7a: "Deux mets à un ami et deux dons à deux hommes".
On peut donner, à ce propos, une explication basée sur la ‘Hassidout.
On sait qu’à Pourim, le corps et l’âme furent conjointement sauvés,
alors qu’à ‘Hanouka, l’exil se marquait uniquement dans la dimension
spirituelle(...). A Pourim, les Juifs firent don de leur vie pour sanctifier
le Nom de D.ieu, s’attacher à Lui, avec une détermination transcendant
la raison. En effet, s’ils avaient abjuré, il ne leur serait rien arrivé,
puisque le décret de Haman s’appliquait uniquement aux Juifs. Les discours
‘hassidiques de Pourim expliquent longuement tout cela.
Or, le but du don de soi est de transformer l’existence quotidienne, d’obtenir
que le corps et l’âme animale soient maîtrisés par l’âme
divine. Et l’âme intellectuelle est l’intermédiaire entre ces deux
âmes, comme l’expliqua mon beau-père, le Rabbi Chlita, dans un
discours qu’il prononça en 5690, lorsqu’il visita les Etats Unis pour
la première fois.
Mais, les notions de pauvreté et de richesse s’entendent, avant tout,
dans la dimension morale. L’âme intellectuelle et, a fortiori, l’âme
divine ne peuvent donc pas, à proprement parler, être qualifiées
de "pauvres". Ce qualificatif s’applique, en revanche, au corps et
à l’âme animale.
C’est pour cette raison que les Juifs, après avoir fait don de leur propre
vie, reçurent des Mitsvot leur signifiant que ce sacrifice devait permettre
à l’âme divine de diriger l’âme animale et le corps, c’est-à-dire
de faire des dons à deux pauvres. Quant aux cadeaux faits aux amis, ils
concernent l’âme intellectuelle, "amie" de l’âme divine,
qui peut donc jouer le rôle d’intermédiaire envers l’autre âme.
Et c’est bien deux cadeaux qu’il faut lui donner, car un raisonnement ne peut
être structuré et aboutir à une conclusion qu’à condition
d’intégrer d’emblée deux concepts opposés, la bonté
et la sévérité, une question et une réponse. Tel
est le cheminement intellectuel normal, comme l’établissent différents
textes.
Il est une partie de la Torah qui s’adresse à la fois à l’âme
intellectuelle, à l’âme animale et au corps. Il s’agit des causeries
des maîtres de la ‘Hassidout, qui comportent:
1. des notions très profondes,
2. des enseignements concernant les bons comportements
et les sentiments vertueux,
3. des récits et des faits concernant l’action
concrète.
Heureux l’homme qui a envoyé des cadeaux à ses amis et fait des
dons aux pauvres, de la manière qui vient d’être décrite,
pour le bien du plus grand nombre.
Avec ma bénédiction de Téchouvah immédiate, délivrance
immédiate,.