Mise
à jour le
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Site
des fêtes juives
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Deux
mois avant la Guerre de Kippour, Noa'h Hertz fut libéré de l'armée, après
cinq années de servie dans une unité de combat de l'armée de l'air.
Il fut rappelé dans l'urgence de ce 6 octobre 1973, jour de Kippour. Quelques
heures plus tard, il était aux commandes de son avion, à la rescousse des
forces terrestres qui peinaient à contenir la poussée de l'armée syrienne
sur le Golan.
Durant Souccot, après cinq jours de combats difficiles, son avion fut touché
par un missile syrien. Noa'h perdit connaissance quelques instants, mais reprit
ses esprits à temps pour déclencher l'éjection d'urgence de son siège.
Le choc de l'atterrissage fut particulièrement violent, et Noa'h blessé fut
immédiatement fait prisonnier par les Syriens.
Il fut d'abord hospitalisé, et son état justifia l'amputation de sa jambe
droite au dessus du genou., puis transféré les yeux bandés dans la prison
Almaaza de Damas.
Il y passa deux mois dans l'isolement le plus complet, dans un petit cachot
sans lit ni fenêtre, à dormir par terre dans le froid, avec un pansement infecté
qu'on lui changeait de temps en temps.
Une nuit, la porte métallique s'ouvrit, et Noa'h fut emmené, les yeux bandés,
dans un autre étage de la prison. Lorsque le bandeau fut enlevé, il se trouvait
dans une grande cellule, avec 22 autres prisonniers de guerre israéliens,
la plupart des aviateurs de sa connaissance. Ils restèrent ensemble jusqu'à
leur libération.
C'est durant ce séjour qu'il écrivit un journal personnel, qu'il put cacher
dans sa jambe de bois lors de sa restitution à Israël.
En prélude à l'évocation de la fête de Pessa'h qu'il passa là bas, retenons
que seul deux ou trois de ces prisonniers étaient traditionalistes, et la
plupart des autres venaient de Kibboutsim.
17 mars 1974.
Dans trois semaines, Pessa'h!
On commence à se demander si l'on recevra des Matsot de la maison, et à quoi
ressemblera une fête ici en prison.
La question des Matsot a été l'occasion de la première dispute entre nous.
Il y en a qui pensent que nous devons faire pression par tous les moyens possibles
sur les Syriens pour obtenir des Matsot. Ce sera de plus un test pour évaluer
notre force en tant que prisonniers de guerre officiels. D'autres vont plus
loin et disent que nous devons relever la tête avec fierté, et leur dire que
sans Matsot, nous ferons la grève de la faim. Mais il n'est pas sûr que ce
soit le moment d'affronter la direction de la prison, et si déjà on parle
de la grève de la faim, il y a bien d'autres motifs bien plus importants pour
les en menacer que celui des Matsot.
On crie, on vote, et on recommence. Ce serait bien que l'on établisse un comité
chargé de centraliser les questions, les négocier avec la direction de la
prison, qui nous représenterait devant eux et auprès de la Croix Rouge.
27 mars 1974.
La porte s'ouvre, et on nous dépose un carton rempli de serviettes. Une amélioration
de nos conditions de détention? De fait le carton porte des mentions en hébreu.
C'est l'explosion de joie: nous avons reçu des colis de chez nous!
Ce soir là, la porte s'ouvre plusieurs fois: une caisse de draps, puis des
chaussons, des brosses à dent et des peignes, quelques friandises de Elite,
et surtout des provisions pour Pessa'h! La question des Matsot était réglée,
et avec du Harosset, des kippot, Talith, Siddourim (livres de prière). Le
lendemain, ce fut un colis avec deux livres de Tanakh (Bible). Le Rabbinat
militaire avait fait du bon travail!
30 mars 1974, 7 Nissan.
Pessa'h dans une semaine, et nous n'avons toujours pas de Haggadot. Amos et
Gerber se sont mis au travail, et sont en train de mettre par écrit les bribes
de Haggadot dont il se souviennent, aidés par une Bible. Et nous de recopier
discrètement le manuscrit pour que chacun aie sa Haggadah et puisse fêter
Pessa'h presque comme à la maison. Il est vrai qu'il y a dispute, notamment
avec les kibboutsnikim, pour savoir si l'on fera un Seder traditionnel, avec
les textes traditionnels ou un Seder revisité dont ils ont l'usage. Même peu
religieux, nous optons pour un Seder classique, conforme à la Loi juive.
La semaine se passe à régler les détails de la chorale qui dirigera les chants
du Seder, et à mettre de côté divers aliments pour améliorer l'ordinaire durant
les jours de fête.
6 avril 1974, Chabbath veille de Pessa'h.
Notre premier Pessa'h en prison.
Nous avons fait savoir aux gardiens que ce soir il y aura fête chez nous.
Nous avons revêtu nos vêtements de fête, (une chemise blanche de la maison),
et sommes tous accoudés autour d'une table décorée, chacun avec une serviette,
et dans un état d'âme inhabituel.
En tête de table, Louis qui dirigera le Seder, et à ses côtés Amos qui veille
à ce que tout se passe comme il faut. La lecture commence, et c'est Gerber,
le plus jeune, qui pose les "quatre questions".
La chorale démarre au quart de tour, et tous la reprennent à l'unisson.
Après le repas, nous reprenons la lecture de la Haggadah, et après trois heures
passées autour de la table, nous faisons un peu d'espace pour commencer à
danser tout aussi bruyamment que nous avons chanté.
Nos gardiens entrouvrent la porte de temps en temps, essayant de comprendre
comment on peut tant se réjouir dans une prison.
Ce soir là, nous avons rajouté deux prières au texte classique, composées
par Amos. L'une d'entre elles est
"Que le D.ieu Miséricordieux bénisse et libère rapidement tous les soldats
de Tsahal emprisonnés dans des conditions terribles et cruelles dans les geôles
de Damas, qu'il réunisse rapidement à leurs familles qui sont à Tsion, dès
maintenant, très vite, les prisonniers de Tsion dans l'allégresse".
Si'hat Hachavoua
Par Zalman Rudman
http://www.col.org.il/show_news.rtx?artID=37209