ENVIE et PLAISIR…

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                                                      ENVIE et PLAISIR…

Natalie Rigal, Maître de Conférences en psychologie de l’enfant, Spécialiste de la construction du goût et France Bellisle, Directeur de Recherche INRA au CRNH* d’Ile de France (Bobigny), nous livrent leurs explications.
*Centre de Recherche en Nutrition Humaine

L’envie naturelle pour le goût sucré chez l’enfant
l’éclairage de Natalie Rigal,
Maître de Conférences en psychologie de l’enfant, Spécialiste de la construction du goût

D’où vient cette envie pour le goût sucré ?


De façon universelle et dès leur vie intra-utérine, les enfants ont une attirance pour les aliments qui présentent une saveur sucrée. Cette attirance est interprétée en termes d’adaptation de l’espèce : le plaisir de consommer des aliments sucrés permet de maintenir les comportements de recherche des sources de nutriments. Rappelons que se nourrir sert d’abord à soulager une sensation de faim par la satiété, que la saveur sucrée est la seule à correspondre à une « charge » en nutriments (contrairement aux saveurs acides et amères) et que le lait maternel est naturellement sucré.
 
A la naissance, la situation est donc idyllique : le nourrisson a du plaisir à consommer ce dont il a besoin. Il sait, de plus, gérer les quantités selon son état de faim ou de satiété. En effet, les nourrissons font preuve d’une bonne capacité d’ajustement calorique : ils n’initient leurs prises alimentaires qu’en état de faim et les interrompent dès parvenus à satiété.
Plus tard, cette situation évolue : l’enfant continue à éprouver de l’envie et du plaisir pour le goût sucré et les parents adhèrent à une croyance selon laquelle les aliments pourvoyeurs de plaisir, parce que denses sur le plan énergétique, influent sur la silhouette de leur enfant. Or cette croyance est fausse en soi.
Ces aliments, consommés en quantité raisonnable, ne nuisent ni à la santé, ni ne conduisent à une surcharge pondérale.

Faut-il limiter son enfant dans son attirance pour les aliments sucrés ?


Il a été montré que les conduites de restriction peuvent avoir des effets contraires : l’enfant à qui l’on interdit par exemple de consommer des produits « denses », consommera ceux-ci en quantité importante quand il pourra se les procurer facilement (dans un magasin, lors d’une fête, chez un grand parent, …). L’initiative des parents pourrait a priori procéder d’une bonne intention, mais elle présente finalement des effets pervers : non seulement elle conduit à une dérégulation de l’auto-ajustement calorique, puisque l’enfant essaie de s’adapter aux instructions de l’adulte, mais de plus, elle provoque une « désinhibition » lorsque l’aliment est en libre accès.
Cette attirance pour les aliments sucrés ne doit donc pas être condamnée. Il faut cependant veiller à ce que l’enfant n’en consomme pas en excès.

Quelle place pour le plaisir ?


Il est important de proposer aux enfants un modèle alimentaire dans lequel la notion de plaisir est centrale : plaisir régulé pour les aliments sucrés et plaisir construit par apprentissages implicites pour les autres aliments. Le plaisir est le garant de conduites adaptatives mises en place de façon durable.
Le plaisir et les petites envies pour le goût sucré ont ainsi toute leur place dans le modèle alimentaire. Il est important de proposer à l'enfant l'ensemble des possibles, dont les aliments sucrés font partie, en lui donnant les moyens de gérer les quantités dont il a besoin.

L’envie est une histoire de goût !
France Bellisle, Directeur de Recherche INRA Ile de France, Bobigny


Pourquoi cette attirance pour le « sucré » ?

Les scientifiques distinguent le « goût d’un aliment » du « goût pour » cet aliment. Le sucré est un goût très caractéristique et très puissant. Natalie Rigal nous a expliqué que le nouveau-né humain, et même le foetus au cours des dernières semaines de la grossesse, accepte un liquide sucré. Au-delà des premières heures de la vie, presque tout jeune enfant aime, ou adore, les bonbons qui restent la récompense ultime de tous ses bons comportements et un signe de connivence privilégiée avec les adultes, comme les délicieuses nouvelles écrites par Susie Morgenstern et Jacques Verdier nous le rappellent.

Pourquoi apprécions-nous autant les bonbons ?


Il y a de multiples raisons qui vont de l’échange d’affection (décrit par les écrivains), reposant sur une attirance innée pour le sucré (décrite par Natalie Rigal), jusqu’aux mécanismes physiologiques assurant la couverture de nos besoins en énergie et en nutriments. La description précise de ces mécanismes peut facilement devenir très technique et aride. Tâchons plutôt de demeurer dans le domaine de l’agréable et de montrer comment la Nature nous a fabriqués pour que nous tirions du plaisir des substances qui nous nourrissent. Les humains, comme les autres espèces animales, doivent se nourrir pour vivre. Ils doivent donc chercher dans leur environnement des substances qu’ils seront disposés à ingérer et qui leur fourniront les calories et les nutriments nécessaires à leur survie et à leur santé. Parmi ces substances, celles qui sont sucrées ont un avantage : celui d’être immédiatement attirantes.

Comment explique-t-on physiologiquement cette attirance ?


Après l’ingestion d’un aliment, quelles que soient ses caractéristiques sensorielles, des effets métaboliques se produisent au cours de ce que l’on appelle la « cascade de la satiété ». En termes simples, après l’ingestion d’un aliment, les nutriments qu’il contient produisent un ensemble complexe de réactions en chaîne dans l’organisme que l’on peut résumer tout simplement en disant que le mangeur est rassasié, qu’il éprouve de la satiété, que ses besoins en énergie et en nutriments sont couverts pendant un certain temps. Les nutriments qu’apportent les bonbons sont en général très simples : ils apportent des sucres. Ces sucres ingérés font rapidement monter la glycémie (le sucre contenu dans le sang), ce qui contribue à nourrir toutes les cellules du corps et en particulier les cellules du cerveau.

Cet effet bénéfique constitue en quelque sorte une « récompense » de l’ingestion de cet aliment, et renforce le « goût pour » cet aliment. En ce qui concerne les bonbons, non seulement leur goût est flatteur et très apprécié de presque tout le monde, mais encore les conséquences de leur ingestion sont caractérisées par un apport rapide de carburant à tout le corps. Le goût agréable est associé à un effet de satiété favorisant le bon fonctionnement du corps et du cerveau : que demander de plus ?

et en particulier les bonbons ?


L’expérience alimentaire de chaque mangeur va lui permettre de développer au cours de sa vie des « goûts pour » toutes sortes d’aliments. C’est ainsi que chacun développe sa propre  hiérarchie de goûts et d’aversions alimentaires. Et les bonbons figurent souvent en bonne place dans cette hiérarchie, car en plus de leur bon goût, en plus de leur rôle de récompense attribuée à l’enfant, en plus d’être associés à des contacts agréables avec les adultes qui comptent pour lui, la consommation de bonbons est associée à l’apport de nutriments et d’énergie. Il n’est donc pas étonnant de constater que chez presque tous les enfants, et chez beaucoup d’adultes et de personnes âgées, les bonbons sont des sources privilégiées de plaisir alimentaire.

En revanche, il est important de se faire plaisir, mais de manière modérée. Pour cela, quelques règles simples sont à respecter : n'oubliez jamais que l'amie des gourmands c'est la brosse à dents ; par ailleurs, quelques bonbons et confiseries suffisent pour satisfaire le plaisir et l'envie... Nul besoin de tomber dans l'excès.

Le bon sens et la raison doivent modérer le plaisir sans toutefois l'interdire, car la prohibition peut s'avérer une mauvaise stratégie à court et à long terme.
Le « goût pour » les bonbons est donc un plaisir que l’on peut se permettre dès l’enfance et espérer conserver pour ses vieux jours !

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