Cérémonie d'inauguration du centre Fleg : une grande journée

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                    Cérémonie d'inauguration du centre Fleg : une grande journée

Article de Théo Nissenbaum
Le 17 février 2008 à la Sorbonne s'est tenue la cérémonie d'inauguration du centre Edmond Fleg. La réouverture de ce centre pour tous les étudiants juifs a été l'occasion d'une quinzaine d’interventions de représentants de la communauté, religieux et laïcs, de l'université, de la Ville et du gouvernement. L'écrivain Bernard-Henri Lévy a rappelé, lors d'une « leçon inaugurale », la mémoire de ce grand penseur juif que fut Edmond Fleg.

Le grand amphithéâtre de la Sorbonne a accueilli, le dimanche 17 février 2008 après-midi, un bon millier de participants, pour célébrer la réouverture du centre Edmond Fleg.(http://www.flegparis.com/) de la rue de l'Eperon.

Avec le journaliste et comédien Ariel Wizman pour maître de cérémonie, une quinzaine de représentants de la communauté (une douzaine, religieux et laïcs... mais pas une femme) et des pouvoirs publics ont successivement pris la parole.
L'introduction est revenue au recteur de l'Académie de Paris, Maurice Quenet, qui a souligné que la Sorbonne est « depuis 700 ans un territoire libre, ouvert aux débats d'idées », un lieu « de symbiose, et non de syncrétisme ». Joël Merqui, président du Consistoire de Paris, a rappelé que le centre était fermé depuis 2001 pour travaux, et qu'il doit son nom à Edmond Fleg, ancien critique de théâtre qui a redécouvert sa judéité.

Lecture publique de « Pourquoi je suis juif »

S’en est suivi, pendant une demi-heure, une magnifique lecture de « Pourquoi je suis juif », d'Edmond Fleg, superbe texte de 1927, sélectionné et interprété par le comédien Francis Huster (on peut l'entendre là) , acclamé par une ovation.

Le président du centre Fleg, Daniel Vaniche, a rappelé l'histoire du lieu, offert en 1966 par le baron Alain de Rothschild, ouvert l'année suivante, et fermé en 2001 pour connaître six ans de rénovation et d'agrandissement. Le centre comprend une bibliothèque, et héberge des cours (oulpan, histoire juive, etc.), de l'aide aux étudiants, des sports, des conférences, des films, un café, un restaurant, un cybercafé...

Au nom du maire de Paris, la députée et adjointe au maire chargée de la vie étudiante, Sandrine Mazetier, a souligné que, déjà dans les années 1930, Pierre Mendès-France fréquentait un centre juif dans le Quartier latin, dont le centre Fleg en fut la continuation dans les années 1960. Elle a souhaité « longue vie, pertinence et impertinence au centre Edmond Fleg ».

Le grand rabbin Gilles Bernheim a évoqué ses quinze années d’aumônier des étudiants au centre. Il s’est souvenu qu'il en a sauvé un portrait d'Edmond Fleg qui aurait dû être jeté lors de la fermeture, le conservant dans son bureau de l'avenue de Ségur.

Intermède musical avec le jeune virtuose franco-israélien David Greilsammer, lauréat quatre jours plus tôt de la Victoire de la musique comme « Révélation de l'année Soliste instrumental », qui a interprété, au piano, le Moment musical n° 2 de Schubert.

Raphaël Haddad, président de l'UEJF, a raconté que le 20 mai 1968 des étudiants juifs investirent le centre Fleg pour « y faire souffler le vent de révolte » qui déferlait alors sur le Quartier latin. Quarante ans après, « pas besoin de forcer la porte de la maison Fleg », mais c'est une occasion pour l'UEJF de « prôner la défense de la laïcité » et d'espérer un centre Fleg « laïc, ouvert et pluriel ».

Un lieu de rencontre pour tous les juifs

Eric de Rothschild, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah dont le père a légué le bâtiment du centre Fleg, a rendu hommage à l'action de ses parents. Il a exprimé ses souhaits pour le centre : qu'il étudie « notre histoire, nos maîtres anciens et modernes » tels qu'Emmanuel Levinas, et soit un lieu de rencontres pour les juifs « de toute obédience, des plus laïcs » aux plus traditionnalistes. Eric de Rothschild a également mis en garde contre un climat d'antisémitisme « mâtiné ou excusé d'antisionisme radical ».

Le président du Consistoire central, Jean Kahn, a rappelé le récent bicentenaire du Grand Sanhédrin, et la célébration en cette année 2008 des Consistoires accordés par Napoléon, ainsi, bien sûr, que des soixante ans d'Israël.

Le grand rabbin de Paris, David Messas, est revenu sur Mai 68, affirmant que si les étudiants ont occupé le Consistoire central, ils n'ont pas eu à occuper le centre Edmond Fleg, « il est déjà occupé ». Il a évoqué ses souvenirs du centre, où il a vécu avec sa femme de 1967 à 1973.

Joseph Sitruk, grand rabbin de France, est intervenu à son tour – applaudi lorsqu'il a marché jusqu'au micro malgré ses difficultés de santé et affirmé « dans ma vie, j'ai appris à marcher deux fois. Une fois il y a longtemps, enfant, et une fois il n'y a pas si longtemps » - et a rappelé que la religion peut être une sagesse.

Joël Merqui est revenu sur la déclaration, quelques jours plus tôt, de Nicolas Sarkozy sur l'enseignement de la Shoah, estimant que le président de la République (sous le haut patronage duquel était par ailleurs placée la cérémonie du jour) a lancé « très justement un appel au devoir de mémoire » et l'en remerciant, propos applaudis par la moitié de la salle. Les citations sur ce sujet dans l'après-midi ont eu cette caractéristique commune d'être, selon le cas, applaudies par une moitié ou une autre du public.

Bernard-Henri Lévy : Edmond Fleg, « un sionisme à la française »

C’est Bernard-Henri Lévy qui a ensuite pris la parole. L'écrivain a commencé par revenir, à son tour, sur les propos présidentiels, pour indiquer sa « position un peu plus nuancée » sur « une idée qui en elle-même n'est pas nécessairement une mauvaise idée ». Qu'une mémoire morte se transforme en mémoire vive, que « la loi du singulier se substitue à la loi du tas, de l'agrégat », c’est positif, et dans certaines des réactions qu'a engendrées la proposition de Nicolas Sarkozy, il y a eu « quelque chose d'assez fétide et nauséabond pour faire réfléchir ».
Mais, a aussitôt nuancé l'orateur, « il aurait fallu consulter d'abord la Fondation pour la mémoire de la Shoah », les parties prenantes comme les parents d'élèves de CM2, pour éviter « une idée hâtive, impossible et trop rapide », une idée de « noms détachés de leur histoire, de leur contexte », tout ce qui fait pour Bernard-Henri Lévy que « cette proposition n'est pas une bonne proposition », et que si on ne peut que soutenir la mémoire de la Shoah, elle ne méritait « pas ce gâchis ».

Après ce préliminaire donné à l'actualité, le philosophe est passé à la leçon inaugurale dédiée à Edmond Fleg. « Ce poète, ce dramaturge, ce philosophe, ce commentateur des textes juifs » prend appui sur le franco-judaïsme. Dans ce système du franco-judaïsme, s'il est possible et si facile d'être à la fois juif et français, c'est grâce au souffle de l'esprit de 1789, « la Torah et les droits de l'Homme c'est pareil », croyait-on alors. Ces israélites de France, associés à une autre minorité, les protestants, soutiennent la laïcité. Edmond Fleg va ensuite connaître « trois déplacements par rapport à ce franco-judaïsme qui est son terreau » :

- le retour au judaïsme, et le retour au texte même et à l'hébreu. Le librettiste d'opéra qu'était Fleg a aussi été un traducteur de la Bible.

- sur la question des rapports entre judaïsme et catholicisme, revenant sur l'idée un temps en vogue que le judaïsme appartenait au passé. Bernard-Henri Lévy a souligné que Theodor Herzl, avant de concevoir le sionisme, a envisagé dans une lettre à l'archevêque de Vienne la conversion en masse des juifs de France et d'Europe.
Avec Jules Isaac, et chez les catholiques des personnalités comme Jacques Madaule, « Edmond Fleg a été l’un des premiers à placer une relation d'égalité entre le judaïsme et le catholicisme ». « Parler d'Ancien Testament c'est trois erreurs en deux mots », parce que le texte n'est pas « ancien » au sens d'opposé à du neuf, que ce n'est pas un testament et que le judaïsme « n'est pas dans une relation d'aînesse ou de paternité par rapport au christianisme ».

- Edmond Fleg évolue vers « un sionisme à la française, philanthrope et humaniste », dont il parle souvent avec Albert Cohen. Guy de Rothschild, qui a bien connu Edmond Fleg, en a souvent parlé à Bernard-Henri Lévy.

Le dernier mot de la soirée est revenu à Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui a souligné à propos des 60 ans de la création de l’État d'Israël « une amitié profonde » qui lie les deux pays, et « la très grande nation scientifique » qu'est devenu Israël. Elle a rappelé que l'antisémitisme est toujours allé de pair avec la lutte contre la République : « la gueuse », attaquée lors de l'affaire Dreyfus, puis des insultes contre Léon Blum. La ministre a soutenu l'idée « audacieuse, dérangeante peut-être, mais belle » de Nicolas Sarkozy, affirmant qu'« il faut incarner l'histoire » et se souvenant de l'émotion que fut pour elle au collège la découverte du Journal d'Anne Frank. « Je fais totalement confiance aux enseignants pour avoir le doigté et la délicatesse nécessaires, et trouver les mots justes, le ton juste ».

Valérie Pécresse a estimé que « le gouvernement s'est en quelque sorte inspiré du centre Fleg » dans son plan campus pour créer « des lieux pour étudiants » et a conclu par un « longue et heureuse deuxième vie au centre Edmond Fleg ».

Une Fantaisie chromatique de Bach jouée au piano par David Greilsammer a clos cette grande après-midi, avant qu'une partie du public n’aille ensuite découvrir le centre Edmond Fleg dans ses murs rénovés.

Edmond Fleg

Edmond Fleg (né Flegenheimer en 1874 à Genève, mort en 1963 à Paris) est un homme de lettres, poète, romancier, essayiste et homme de théâtre français. L'affaire Dreyfus a ramené ce fils d'une famille juive assimilée vers le judaïsme, auquel il a consacré toute sa vie études et écrits.

Librettiste d'opéra (Macbeth traduit de Shakespeare sur une musique d'Ernest Bloch en 1910, un livret original pour Œdipe de Georges Enesco en 1931), traducteur d'une partie de la Bible en français, Edmond Fleg a écrit pendant une quarantaine d'années son oeuvre poétique « Écoute Israël » (quatre volumes, de 1913 à 1954). On lui doit aussi entre autres oeuvres « L’Enfant prophète », « Pourquoi je suis Juif », « Le Chant nouveau »...

Edmond Fleg a été un inspirateur et un conseiller des Éclaireurs israélites de France, ami de leur fondateur Robert Gamzon et président d'honneur du mouvement. Il a été un des fondateurs, en 1948, de l'Amitié judéo-chrétienne de France, après avoir proposé, dans « Jésus raconté par le Juif errant », une des premières lectures juives des Évangiles.

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