27 janvier 2010 : 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz

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Auschwitz.jpgArticle paru dans "RFI"
« Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples,sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente,que « l’étranger, c’est l’ennemi ».(…)Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme. »

Primo Levi, Si c’est un homme.

A l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, le Conseil général des Alpes-Maritimes, présidé par Eric Ciotti, a organisé le 18 janvier 2010 un « voyage de la mémoire » sur les sites de Auschwitz et Birkenau. Par cette action, Eric Ciotti souhaite sensibiliser les jeunes générations aux horreurs commises par les nazis et leur permettre d’approcher avec lucidité et courage les conditions dans lesquelles l’irréparable, l’indicible a été commis.

Initiative unique en France de par son ampleur et sa constance : En 2004, dans le cadre de la commémoration du 60ème anniversaire de la Shoah, le Conseil général des Alpes maritimes a initié les premiers voyages de la mémoire : 23 au total avec une participation de 2600 collégiens. Une initiative qui aurait pu être sans suite. Mais, en bon pédagogue, le Conseil général a décidé de poursuivre son action. Et depuis, afin de sensibiliser les jeunes générations, il renouvelle ces déplacements en leur consacrant un budget conséquent. En 2009, par exemple, un million d’euros (somme importante mais équivalente à la réalisation d’un carrefour giratoire), et 700 000 euros en 2010 pour 5 voyages auxquels vont participer 44 collèges. Ainsi, depuis 2004, c’est 8000 collégiens qui se sont rendus sur les sites d’Auschwitz-Birkenau.

Au cœur de la délégation : Charles Gottlieb. Né à Nancy en 1925, entré en résistance à l’âge de 17 ans, il intégra le réseau Carmagnole, fut arrêté et interrogé par les services Barbie, puis déporté à Auschwitz le 14 août 1944. Son convoi, le 78, comptait environ 700 personnes. Après la sélection faite avec le pouce ou une badine par un officier, une centaine fut retenue pour travailler, les autres (le plus souvent les hommes âgés, les vieillards, les femmes, les enfants et les malades) furent directement envoyés à la mort .

Deux fois tatoué par les Nazis (une première fois comme résistant sous le numéro 193189 et une seconde comme juif sous le numéro 13 96 64), Charles Gottlieb quitta le camp le 18 janvier 1945 pour le camp autrichien de Ebensee quand les nazis, menacés par l’avancée des troupes soviétiques, commencèrent à fuir. Il était entré à Auschwitz en 45 avec 700 personnes. En 1945, 32 avaient survécu, dont 16 femmes. Aujourd’hui, comme le font plusieurs déportés, Charles Gottlieb sillonne le département des Alpes-Maritimes pour communiquer son douloureux passé dans les collèges et les lycées.

Comment ne pas penser ici à la scène bouleversante racontée par Elie Wiesel dans La nuit et que rappelle Elisabeth Roudinesco dans « Retour sur la question juive » ? Un jour, à Auschwitz, les SS pendirent un enfant, pour la simple jouissance de l’acte. Un petit Pipel de 12 ans qui, ne pesant pas assez lourd pour que le poids de son corps brise sa nuque, agonise lentement. Les prisonniers du camp sont obligés d’assister au spectacle. Eliezer (Elie Wiesel), passant devant lui comme l’exige le cérémonial, voit sa langue rose, ses yeux toujours clairs et pleure. « Où est donc Dieu ? » demanda un homme. Et le jeune déporté qui avait perdu la foi se dit en lui-même : « Le voici – il est pendu ici, à cette potence. »

Auschwitz-Birkenau est le plus grand camp de concentration et d’extermination du Troisième Reich. Créé en mai 1940, il fut libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945. En cinq années, entre 1,1 et 1,5 million d’hommes, de femmes et d’enfants y meurent, dont 900 000 immédiatement à leur sortie des trains qui les y amenaient. 90% de ces personnes étaient juives. Auschwitz est considéré comme le symbole des meurtres en masse commis par les nazis, et plus particulièrement celui du génocide des juifs dans lequel près de six millions d’entre eux sont assassinés.

Auchwitz I
Ouvert le 20 mai 1940, Auschwitz I fut créé sur l’emplacement d’anciennes casernes polonaises, vides depuis que la région a été annexée par le Reich. A l’origine camp de concentration et de travail forcé, il accueille les hommes politiques et les intellectuels opposés au régime nazi, puis des prisonniers de guerre soviétiques, des criminels allemands, des prisonniers politiques, ainsi que des « éléments asociaux » (vocable nazi) tels que les Tziganes, les prostitués, les homosexuels, les handicapés, les témoins de Jéhovah et les Juifs. L’entrée dans le camp se fait par un portail qui porte l’inscription, reprise de Dachau, Arbeit macht frei : « Le travail rend libre ». Volée le vendredi 18 décembre 2009 au matin, remplacée immédiatement par une copie fabriquée au moment de la restauration de l’original, cette pièce en acier d’environ 5 mètres de long (réalisée par un groupe de prisonniers) a été retrouvée quelques jours plus tard, découpée en trois morceaux. La volonté des responsables du musée est de remettre l’original à sa place au plus vite.

Auschwitz II (Birkenau)
Ce que beaucoup nomment Auschwitz est en fait le camp de Birkenau, qui comprend le centre d’extermination ainsi qu’un gigantesque camp de travail forcé. D’une superficie de 170 hectares, c’est là que périrent au moins 1,1 millions d’individus, principalement des Juifs et des Tsiganes. Et, à partir de mai 1944, des Juifs hongrois. Les chambres à gaz pouvaient recevoir près de 2000 personnes à la fois. Les corps étaient ensuite brûlés dans les crématoires. Vers la fin de la guerre, alors que les crématoires tournaient à plein régime, les nazis tuèrent encore plus et brûlèrent les camps dans des fosses.

C’est en 1947 que le Parlement polonais décide de faire d’Auschwitz un musée à la mémoire des victimes. Auschwitz I est devenu à proprement parler un musée. Auschwitz II, lui, a été volontairement laissé en l’état comme témoin de l’ampleur du crime. Seule une rangée des baraques en bois du camp de quarantaine des hommes a été reconstruite. Un monument international à la mémoire des victimes, situé entre les crématoires II et III, a été inauguré en 1967. Il est un lieu de recueillement dans ce qui peut être considéré comme le plus grand cimetière de l’histoire de l’humanité.

Le mercredi 16 décembre 2009, l’Allemagne a pris une décision historique pour préserver le camp d’extermination d’Auschwitz II-Birkenau. Le pays a accepté de verser 60 millions d’euros à la Fondation spécialement créée en janvier de la même année pour assurer la pérennité du lieu. Ces 60 millions d’euros représentent la moitié de la somme que doit récolter la fondation. Près de 40 pays ont été sollicités en ce sens par le premier ministre polonais, Donald Tusk.

On peut lire…

« Le voyage des lycéens. Des Jeunes de cité découvrent la Shoah », Samia Essabaa et Cyril Azouvi, Editions Stock, 2009, Paris.
Tout le monde n’a pas déploré les attentats du 11 septembre. Ainsi, plusieurs élèves de Samia Essabaa ont crié : « C’est bien fait pour eux ! Dans ces tours, il y avait plein de Juifs, c’est normal, les Juifs sont tous riches. » Que faire ? Samia Essabaa a décidé de frapper fort en emmenant ses élèves à Auschwitz. Des élèves majoritairement musulmans et issus de l’immigration. Et c’est ce voyage qu’elle raconte. Et la transformation des élèves face à l’horreur qu’ils découvrent.

« La destruction des Juifs d’Europe », Raul Hilberg, Editions Gallimard, 2006, Paris (trois volumes).

« Auschwitz, 60 ans après », Annette Wieviorka, Editions Robert Laffont, 2005, Paris.

« La Nuit », Elie Wiesel, Editions de Minuit, 2007, Paris.

« Retour sur la question juive », Elisabeth Roudinesco, Editions Albin Michel, 2009, Paris.

On peut voir…

« Shoah », film de Claude Lanzmann, France, 1985, (9 heures et demie).

« Auschwitz, l’album de la mémoire », film d’Alain Jaubert, DVD distribué par les Editions Montparnasse.

A voir : L'Institut Lumière, à Lyon est un musée du cinéma ainsi qu'une cinémathèque qui programme des rétrospectives de grands cinéastes.

Actuellement, il se consacre à Claude Lanzmann, dans un cycle qui débutera demain, date de l'anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, par une soirée exceptionnelle en présence de Martin Goutte, historien du cinéma, avec la projection du film Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures. A l'Institut Lumière, Lyon, soirée d'ouverture du cycle Claude Lanzmann, en présence de Martin Goutte, (historien du cinéma): 20h30 Présentation et projection du film Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures de Claude Lanzmann (1h35)

Institut Lumière
25 rue du Premier-Film BP 8051
69352 Lyon cedex 08
Tél. 04 78 78 18 98 - Fax. 04 78 78 36 56
http://www.lumiere2009.org
http://www.institut-lumiere.org

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