Pèlerinage de la Ghriba: vieux rites juifs perpétués dans la joie à Djerba

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gribbba.jpgDJERBA ,le 23/05/08 — Le pèlerinage de la Ghriba, la plus ancienne synagogue d'Afrique, s'est achevé vendredi à l'issue de deux jours de recueillement pour des milliers de juifs perpétuant des rites millénaires dans la joie sur l'île de Djerba (500 km au sud de Tunis).

Sous haute protection, quelque 6.000 croyants venus essentiellement de France, d'Israël et de Tunisie ont mêlé ferveur et fête, alternant prières et rites dans le sanctuaire, divertissement, danses et concerts inter religieux au casino de Djerba.

Le Tunisien musulman Houcine Al-Iffrit et l'Israélien Youval Taieb ont donné de la voix en arabe et en hébreu, faisant pleurer d'émotion en implorant en duo "Allah Akbar" et "Chema Israël" ou en improvisant sur le répertoire culte d'Oum Kalsoum, la diva égyptienne de l'Orient.

"Magique!", lance Jalila, musulmane venue de Nabeul partager le moment avec son amie d'enfance juive dans cette ville du nord-est tunisien abritant autrefois de nombreux juifs.

Avec son tube, "Khalik Bjenbik" (restons ensemble), Mohamed Jebali, vedette de la chanson tunisienne, a répondu présent, lui aussi, à Djerba, en fête pour les pèlerins juifs de la Ghriba.

"C'est un vrai succès", commente Monique Hayoun, créatrice de plusieurs sites juifs, dont Ghriba.com, dégustant à l'ombre méchoui et bière fraîche dans le bâtiment jouxtant la synagogue, où des rabbins prodiguaient les dernières bénédictions.

Par petits groupes les pèlerins défilent pour une ultime prière, un voeu, allumant un dernier cierge ou préparant la parade rituelle clôturant une "hilloula" sans incidents, avant le repos du Sabbat.

Moment fort du pèlerinage, la procession consiste pour les pèlerins à marcher autour de la Menara, objet de culte orné avec autant de foulards noués que de voeux formulés pour la santé, le bonheur, la procréation.

"Pour mon frère handicapé, mon amie cancéreuse, mon fils...", compte avec patience, Isabelle, épouse Parisienne d'un natif de Djerba.

La procession part de la Ghriba au milieu des chants traditionnels et youyous de femmes avant de s'achever par l'introduction de la Menara dans la synagogue. Et le privilège de l'introduire est vendu aux enchères au profit des caisses de la communauté.

La tradition se répète depuis 180 ans à Djerba, affirme le président du comité de la Ghriba en chef d'orchestre incontesté du pèlerinage.

A l'origine, se souvient-il, la procession était destiné à collecter de l'huile pour les lampes illuminant le sanctuaire auprès des habitants.

La "ziara" qui rassemblait alors uniquement des juifs de Tunisie et de Libye était pour les jeunes une occasion rare de chercher l'âme soeur parmi leurs coreligionnaires, raconte Perez à l'AFP.

L'homme se fait "un bonheur" d'accueillir les pèlerins qu'ils viennent pour la première fois comme le Grand Rabbin de Berlin Avraham Daos, ou la nième fois comme Toni Fellah, doyenne des juifs de Libye exilée en Italie.

"Kadhafi nous a virés, la Tunisie nous permet de respirer l'air du pays", déclare l'Italien Filo. Son compatriote Khaldoun acquiesce, sous l'oeil des policiers surveillant le déroulement des rites à l'endroit même, où s'était produit l'attentat meurtrier revendiqué par Al-Qaïda le 11 avril 2002.

Le président de la Fédération des associations juives, Gabriel Kabla, salue une "vue juste" du gouvernement tunisien pour sa "volonté de soutenir la pérennité du pèlerinage" à la Ghriba.

Ce lieu, vieux de 2500 ans selon la légende, accueille annuellement entre le 14è et 18è jour d'Iyyar du calendrier lunaire juif (mai) les descendants de juifs ayant fui la Judée après la destruction du temple de Salomon par Nabuchodonosor.

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