Les Juifs d'Inde

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Indian_Jews.jpgPresque tous les Juifs indiens vivent aujourd'hui en Israël. En Inde, ils constituaient trois groupes distincts : les Juifs de Cochin, les Béné Israël, les Juifs baghdadis. Ces derniers se sont établis au XVIle siècle à Bombay et à Calcutta.


Les Juifs de Cochin

Les Juifs de Cochin étaient installés depuis des siècles dans l'État du Kerala avant leur départ collectif en Israël, au début des années 50. Personne n'a jamais douté de leur judéité. Au XII e siècle, Benjamin de Tudèle, un voyageur juif, signale leur existence à Quilom sur la côte de Malabar : « Dans ce pays il y a environ cent (mille) Juifs.

Tous les habitants, Juifs compris, sont noirs. Ce sont de bons Juifs qui observent les préceptes, qui connaissent la Torah de Moïse et des prophètes et très peu le Talmud et la Halak'ha (Haïm Harboun, les Voyageurs juifs du Moyen Age. Xlt' siècle, Aix-en-Provence, éditions Massoreth, 1986.) »

Les Juifs de Cochin arrivèrent sur la côte de Malabar à la fin du V e siècle de l'ère chrétienne, fuyant les massacres dont ils étaient victimes en Perse. Conduits par Joseph Rabban, un dignitaire de Babylone, ils trouvèrent refuge à Cranganore, à une vingtaine de kilomètres au nord de Cochin. Le maharajah Arivi les accueillit avec faveur (Shellim Samuel, M.A., LL.B., A treatise on the origin and early history of the Beni Israël of Maharashtra State, Bombay, Iyer and Iyer P. Ltd, 1963).

Non seulement il leur octroya des terres et l'autorisation de vivre selon leurs propres lois, mais encore il conféra à Joseph Rabban des honneurs princiers héréditaires, celui de se déplacer à dos d'éléphant, précédé d'un hé pour l'accompagner avec des tambours et des cymbales, privilèges cédés à Joseph Rabban et à ses soixante-do successeurs appelés mardeliar sont rédigés sur des plaque de cuivre conservées jusqu'à présent par les Juifs de Cochin .

Ces documents auraient été gravés entre 970 et 1020. Ils établissent les droits des Juifs sur la terre d' Anjuvannam. Les Juifs furent prospères pendant plus de mille ans, V e siècle au XV e siècle, et vécurent sans heurts avec les autres communautés. En 1498, leur fortune tourna avec l'arrivée des Portugais, qui disputaient aux Maures le monopole du commerce des épices. Des conflits internes à la communauté concernant la succession du mardeliar conduisirent une partie des Juifs à quitter Cranganore pour Cochin. En 1524, les Maures massacrèrent les Juifs de Cranganore, brûlant leurs maisons et leurs synagogues.

Les Juifs de Cochin sont issus de migrations multiples venues du Moyen-Orient, d'Espagne et du Portugal. Certaines seraient antérieures à celle des Juifs de Perse. Ils parlent le malayalam, un mélange d'hébreu, de tamoul, d'espagnol et de hollandais.

Les Juifs de Cochin sont noirs dans leur grande majorité (80 %), les Blancs forment une communauté séparée. Ils affirment qu'ils sont arrivés les premiers dans le pays avec des esclaves qu'ils ont convertis puis affranchis, mchouharim. Eux-mêmes se nomment les bien-nés, myouchasim, alors que les Indiens les désignent par le terme d'étrangers, par de si. De leur côté, les Noirs affirment être les descendants des Juifs du Yémen et de Babylone qui parvinrent au Kerala après la destruction du premier Temple (586 av. J.-C.).

En 1882, le grand rabbin de Jérusalem déclara, à la suite d'un appel de la communauté, que les Noirs étaient de vrais Juifs, mais que les affranchis, descendants d'esclaves de Juifs noirs ou descendants d'esclaves de Juifs blancs, ne seraient considérés comme Juifs qu'après une immersion dans un bain rituel.

Les deux communautés, bien qu'observant le même rite séfarade, ont construit des synagogues distinctes. Jusqu'en 1932 les Noirs n'étaient pas autorisés à assister à l'office des Blancs, sauf à l'occasion de la tète de Simhat Torah. Les Noirs ne se sont jamais résolus à cette situation. L'un d'entre eux, A.B. Salem (né en 1902), jeûna dans la synagogue des Blancs jusqu'à ce qu'il obtînt d'y avoir accès. Ces discriminations, disparues en Israël, furent sans doute renforcées par le caractère hiérarchique de la société indienne. Les Hindous font une différence entre le blanc bienfaisant, gaure, et le noir, inférieur, kala.

Pourtant, ils n'ont jamais persécuté les Juifs. Cette tolérance est rare dans l'histoire juive. Les maharajas surent apprécier les qualités commerciales et militaires de leurs Juifs. Ils les protégèrent au XVI e siècle, à l'époque où les Portugais occupaient Cochin. Le raja leur donna des droits et des privilèges sur une terre proche de son palais où ils construisirent une synagogue. En échange, les Juifs formèrent une brigade au service de ses forces armées, mais ils ne combattaient pas pendant le chabbat.

En 1663, les Portugais brûlèrent la synagogue et massacrèrent les Juifs qui soutenaient les Hollandais. Ces derniers remportèrent finalement la victoire et remercièrent les Juifs de leur soutien en garantissant leur liberté de culte et leurs privilèges.

La présence hollandaise eut pour effet de mettre fin à l'isolement de la communauté de Cochin; les Juifs devinrent des agents commerciaux, établirent des liens avec leurs coreligionnaires d'Amsterdam et reconstruisirent la synagogue. En 1686, les Juifs d'Amsterdam envoyèrent une délégation en Inde. Dans son rapport, Moses Pereira Paiva indique qu'il y avait à Cochin des familles juives de Cranganore, de Castille, d'Alger, de Jérusalem, de Safed, de Damas, d'Alep, de Bagdad, de Perse, et même d'Allemagne. La délégation apporta des livres écrits en hébreu et contribua au renouveau du judaïsme indien.

L'absence de persécutions n'a pas empêché une immigration massive en Israël. Un fort sentiment messianique a toujours animé les Juifs de Cochin, qui établirent des contacts
avec la Terre sainte au milieu du XVIlIe siècle. En 1923 ils fondèrent un mouvement sioniste. En 1970, environ quatre mille Juifs de Cochin vivaient en Israël, seuls quelques dizaines d'entre eux sont restés en Inde.

(Ce chapitre est, en partie, une synthèse de deux textes beaucoup plus détail.: « Bene Israël and Cochin » par James M. Boykin in Black Jews, Miami, 1982, et « Connaissez-vous les Juifs indiens? » dans Les Nouveaux Cahiers n° 87, 19861987, par Elisabeth Chalier-Visuvalingam. Ces deux auteurs se sont référés â pluâeurs ouvrages : A. Timberg, Jews in India, Delhi, Viskas, 1986; M.D. Jephet, Jews of India, Tel-A viv , Dayag Press, 1937; Shalva Weill, The Jews !rom Konkan, The Bene Israël communities in India, Tel-A viv , Bet Hatefutsot, 1981 ; Encyclopredia Judaïca, Jérusalem, 1971).

[Maurice Dorès, La Beauté de Cham, Mondes Juifs, Mondes Noirs, Balland, Paris, 1992.]

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