Sarcelles : il est juif , il est musulman ensemble ils ont créé H'echbbone la marque qui marque!

Paroles d'hommes - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

hecbone.jpg

Interview exclusive.  Souleymane Kamissoko & Yoan Barouk : H’échbone*, l’hymne au respect des différences.

Il y a quelques mois, ALLIANCE se faisait l’écho du succès grandissant de H’échbone, la marque aux lettres hébraïques. Mais qui sont donc les deux Sarcellois qui l’ont créée ? 

L’un - Souleymane, est musulman. L’autre - Yoan, est juif. Tous deux balaient les idées reçues associées à « la banlieue », célébrant l’amitié et l’esprit d’initiative. 

Il est probable que cette magnifique addition ne tarde pas à inspirer d’autres « jeunes » et moins jeunes, de Sarcelles ou d’ailleurs… 

Pour comprendre un « parcours », il faut remonter aux racines, à l’enfance. 

Lydie Livine - Pouvez-vous nous parler de vos familles respectives ?

Souleymane Kamissoko : Nous avons tous les deux grandi à Sarcelles. J’ai deux sœurs. Mes parents, oncles** et tantes - comme moi-même -, sommes traditionnalistes. Plusieurs membres de ma famille vivent en Israël, à Jérusalem.

SK : J’ai grandi dans une famille nombreuse. Mes parents, très pratiquants, nous ont inculqué les valeurs de la religion.

LL - Lorsque vous étiez enfant et adolescent, aviez-vous des copains de toutes origines ? 


SK :Bien sûr ! A Sarcelles tout le monde a un « bon ami » arabe, noir, juif, hindou, chinois... Nous avons grandi dans la mixité : avoir été entourés de cultures différentes, nous a permis de nous ouvrir aux autres. Ici, en faisant le tour de la ville, on fait le tour du monde 😉


LL - Comment vous êtes-vous rencontrés ?

SK : À Sarcelles on se salue tous, on apprend à se connaître, à rigoler ensemble : ça peut être sur un terrain de foot comme dans les cours de récré. Nous étions dans le même collège [Jean Lurçat], mais pas dans la même classe

LL - Avez-vous eu un « coup de foudre » amical ?

Yoan Barouk : Nous nous sommes rapprochés un peu après. Au niveau du caractère, nous sommes très différents : Souleymane est un fonceur, quelqu'un qui ne perd pas de temps…

SK : … alors que Yoan est plus dans la réflexion 😉

YB : Nos tempéraments sont opposés mais complémentaires.

LL - A l’adolescence, qu’est-ce qui comptait le plus pour vous ?

YB : L’informatique et le sport. J’ai fait de la musculation à un niveau poussé, avec un régime alimentaire strict...

SK: Pour moi, sport, mode et business.

LL - Que vouliez-vous faire plus tard ? Quels étaient vos rêves ? 

SK : Ayant grandi dans la précarité, mon objectif était d’aller le plus haut possible. Chez moi ce n'était pas Alice aux pays des merveilles…

YB : J’avais beaucoup d'ambition. Je me voyais bien en champion de bodybuilding !

LL- Venons-en à la marque que vous avez créée,  H’échbone. Comment en avez-vous eu l’idée ?

YB : L'idée vient de Souleymane. Il a toujours voulu créer une marque de vêtements. Je l’ai rejoint par la suite en apportant ce que je sais faire de mieux, c’est-à-dire la communication. 

SK : Je suis tombé amoureux du mot H'échbone en le voyant écrit sur une note de restaurant, en Israël : je me suis dit que, si un jour je lançais une marque, ce serait H'échbone !

LL - Quelles étaient vos activités au moment où vous avez créé la marque ?

SK : J’ai grandi dans le business de fringues. Je faisais des allers/retours entre laFrance et l’Allemagne, j’achetais des vêtements de grandes marques en outlet pour les revendre en France. C’est comme ça que j’ai commencé à me constituer un carnet d'adresses… Je tenais aussi un stand de parfums sur les marchés de Sarcelles.

YB : J’étais étudiant en DUT et, en parallèle, je créais des sites web. Cela m’a permis de devenir un expert de la com’ sur le net.

LL - De nombreuses stars du foot (Marco Verrati, Mario Ballotelli, Didier Drogba et bien d’autres), ont posé en portant l’un de vos modèles : avez-vous été surpris de cet engouement ?

SK : Grâce à mon expérience dans le textile mais aussi à des amis d'enfance qui ont percé dans le foot [Serge Aurier, Riyad Mahrez, Benjamin Mendy, Mulumbu], j’ai pu faire connaître H’échbone à des footballeurs prestigieux. 

Le concept les a séduits : ils ne voient pas le logo comme un signe d'appartenance religieuse mais comme un simple tracé. Une centaine de joueurs ont posé gracieusement pour H'échbone, simplement parce qu’ils se sont retrouvé dans le message que nous souhaitons faire passer.

LL - De nombreux articles ont été consacrés à la marque. Cela a-t-il fait exploser les ventes ?

YB : C’est vrai, la marque commence à prendre de l'envergure. On parle d'elle dans le monde entier : le journal Ha'aretz par exemple [en versions hébraïque et anglaise], lui a consacré un article… 

SK : Nous faisons une cinquantaine de ventes par semaine.

LL - La fabrication se déroule au Portugal, ce qui vous oblige à augmenter le prix de vente. Pourquoi ce choix ?

SK : Tout simplement parce que nous exigeons de la qualité. Nous aurions pu faire fabriquer enAsie, cela serait revenu moins cher mais la qualité aurait été moindre. L'image que nous avons donnée à la marque, est celle de l’excellence.

LL - Comment « fonctionne » H’échbone ? Souleymane effectue-t-il toujours lui-même les expéditions ?

YB : Depuis que le volume des ventes a augmenté, nous avons fait appel à une société de logistique. Avant cela, Souleymane allait lui-même déposer les colis à la Poste tous les jours !

LL - H’échbone propose des t-shirts, sweats et pull pour hommes. Comment définir son style ?

YB : Une marque sportwear de qualité, au style chic et sobre. La plupart de nos modèles ne comportent que le logo en hébreu à gauche de la poitrine, et la transcription phonétique sur l'épaule gauche. Une certaine discrétion : on n’est pas dans la provoc’.

LL - Qui s’occupe du design et quelles en sont les sources d’inspiration ?

YB : L'inspiration vient de nous deux. On ne cherche pas à savoir ce que fait la concurrence car notre approche est différente.

LL - Envisagez-vous d’élargir la gamme et de créer une gamme féminine ?

SK : Oui, c'est prévu pour bientôt 😉 Sur les réseaux sociaux, nous avons une très forte demande d’articles Femme.

LL - Quels sont vos objectifs immédiats pour la marque ?

YB : Nous emmènerons la marque aussi loin que possible. Si demain H'échbone devient une référence, nous en serons très heureux !

LL - Parlons maintenant « société ».Sarcelles est décrite comme une ville de banlieue difficile et pourtant, comme le soulignent son maire et divers responsables communautaires, jusqu’à présent Sarcelles était aussi synonyme d’œcuménisme.

Aujourd’hui, croyez-vous qu’une explosion de violence encore plus radicale que celle du 20 juillet dernier, soit possible ?   

YB : Ce qui s'est passé le 20 juillet, a fait beaucoup de mal à Sarcelles. Mais il ne s’agissait que d’une minorité. Les casseurs étaient pour la plupart des gens venus de l’extérieur car notre ville, ce n'est pas ça : c'est une ville cosmopolite où tout le monde a grandi avec tout le monde.

LL - Quel regard portez-vous sur le « conflit israélo-palestinien » ?Vous a-t-on reproché votre initiative avec un « juif » ou un « musulman » ?  

YB : Nous savons faire la part des choses entre les événements à l'étranger et ce qui se passe dans nos cœurs… 

SK : Ce conflit nous touche et nous savons que, malgré tous nos efforts, notre « petite marque » ne permettra pas de changer le monde. Et pourtant, de nombreuses personnes adhèrent à notre message… Il faudrait que les projets de ce type se multiplient, pour que les mentalités évoluent.

YB : Contrairement aux idées reçues, nous avons été félicités de tous les côtés pour notre initiative et encouragés à continuer dans cette voie !

LL - Selon vous, comment peut-on empêcher que le conflit ne soit « transposé » en France ?

YB : Les media peuvent jouer un rôle capital. En relayant une initiative comme la nôtre, on transmet un message de paix et d'espoir qui rassure et met du baume au cœur : oui, il existe de nombreuses personnes censées, capables de prendre de la distance… 

LL - Quels sont les principaux blocages qui empêchent, aujourd’hui, les « jeunes de banlieue » de se sentir acceptés et donc, de prendre leur envol ?

YB : Peut-être le manque d'ambition. Même si l’on ne naît pas avec une cuillère d’argent dans la bouche, tout le monde a les moyens de réussir : encore faut-il en avoir la motivation et être prêt à repousser ses limites.

SK : Il ne faut pas se mettre plus de difficultés que celles qui existent réellement. Créer une marque avec un logo en hébreu, portée par des joueurs de foot mondialement connus, ce n'était pas gagné et pourtant…

LL - Quel rôle, doivent jouer les pouvoirs publics ? 

SK : A notre avis, mieux vaut ne compter que sur soi-même pour mettre toutes les chances de son côté.

LL - Dernière question, light 😉 

En vacances, quelles sont vos activités favorites ? Quelles ont été vos destinations de l’été ?Irez-vous prochainement en Israël ?

YB : J’aime découvrir et visiter les lieux où je passe mes vacances. Me REPOSER !!! Mon été a rimé avec Cannes et New-York.

Sk : Idem pour moi, la découverte, les visites ; et faire la fête ! Je suis allé au Brésil – à l’occasion de la Coupe du Monde - et au Qatar.

Nous nous rendrons en Israël à la rentrée 2015 car la marque commence à y prendre de l'ampleur...

Yoan Barouk et Souleymane Kamissoko ont su mettre leur intelligence et leur détermination, leur talent et leur cœur, au service d’une initiative audacieuse.

En s’appuyant sur les lettres hébraïques, ils témoignent de la beauté calligraphique de l’hébreu mais aussi de son incroyable subtilité et partagent avec le plus grand nombre, un véritable trésor : toute la sagesse du monde.   


Lydie Levine



 

* H’échbone signifie l’addition, en hébreu.

Contact : http://www.hechbone-paris.com

** Deux des oncles de Yoan Barouk, sont « très pratiquants ».

 

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi