Professeur Uri Milstrein : un prophète moderne préchantdans le désert

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Professeur Uri Milstein : un prophète moderne préchant dans le désert

uri.jpg.jpgUn visage toujours grave mais sans haine ni colère. Une voix puissante qui énonce un raisonnement scientifique tranchant à vif. Le Professeur Uri Milstein dérange, parce que son discours est difficile à entendre et impossible à contredire actuellement.

Uri Milstein est un ancien parachutiste, qui ne peut être facilement taxé de manque de sentiment national. Uri Milstein est un Professeur d'Université, Professeur de stratégie militaire - ou, plus exactement était, jusqu'à qu'on le prie de quitter ses fonctions. En 1994 l'Université de Bar Ilan lui ferme ses portes à la suite du scandale causé par sa critique du système militaire et du mythe historique de la gloire militaire d'un Rabin dont il démontre la couardise dans son livre Dossier Rabin - Montage d'un Mythe. En 1995, c'est le collège de Yesha qui a son tour lui prie d'arrêter ses activités d'enseignement : en Israël, les institutions d'enseignement ont besoin de subventions gouvernementales pour vivre, et Uri Milstein est un nom damné, un critique de l'institution fondatrice de l'armée, dont la collaboration risque d'attirer plus d'ennuis que de bénédictions.

Mais que dit donc Uri Milstein dans ses nombreux ouvrages? (The Wars of the Paratroopers (2 vols); The History of the War of Independence (4vols); The History of the Paratroopers; Shaked Patrol; The Rabin File; History of the War of Independence) . Quelle odeur de souffre s'élève donc de ses écrits?

Le Professeur Milstein a commencé par une longue et systématique étude de tous les incidents ayant marqué la guerre de l'indépendance israëlienne pour en arriver à la conclusion que dans bien des cas, on avait réécrit l'histoire. Le Professeur Milstein s'est révolté contre des pseudo-héros qui n'en étaient pas, qui avaient fui le combat, abandonnant souvent leurs subordonnés à leur triste sort. Le Professeur Milstein parle alors avec colère au nom des sacrifiés. On sent l'homme du rang qui sait ce que le combat veut dire et qui ne peut supporter l'idée qu'un supérieur défaillant puisse ainsi mentir à la postérité.

C'est une colère semblable qui le mène à écrire, en 1995, Dossier Rabin : Construction d'un Mythe. Pour lui, Rabin est un couard qui a fui sans cesse le combat en abandonnant ses hommes. Il écrit ce livre dans le but de démontrer aussi qu'une réforme de l'armée israëlienne est urgente et nécessaire, que le système refoule les hommes excellents au combat pour avancer par ancienneté ceux qui ne gênent pas trop et qui ne font pas de vague.

Seulement voilà, en Israël, la gauche comme la droite est représentée au pouvoir par un grand nombre d'hommes sortis du rang, en commençant par le Président actuel de l'état, Ezer Weizman., Ehud Barak, à la tête de la gauche, et feu Ytshak Rabin.

Avec l'assassinat de Rabin, on cherche des responsables. Uri Milstein est un candidat rêvé. La justice ne parvient pas à l'inculper, et tente de l'accuser de traffique de drogue, en vain.

Pourtant Milstein ne veut pas détruire Israël. Il a tout misé sur Israël. Il a tout perdu pour ce pays. Il vit actuellement avec l'hypothèque de sa maison, persuadé du besoin vital de parler, d'écrire, d'alerter.

Il faut, dit-il, réformer l'armée. Nous ne pouvons nous contenter d'une formation de six mois pour nos officiers. L'expérience ne suffit pas pour la vision globale qui permet d'épargner des vies humaines, pour la connaissance historique qui ouvre des comparaisons, pour la stratégie qui nous permettra d'être efficace même avec une petite armée.

Cette efficacité pourra seule dissuader nos adversaires -et ils sont nombreux- d'attaquer Israël. La proportion des forces est trop en défaveur d'Israël, la situation actuelle trop dangereuse avec la Syrie, l'Iran et l'Irak alliées avec l'Autorité Palestinienne depuis Septembre 1996 (rapport Saxton devant le congrès US en Décembre) pour que seule la raison l'emporte : on n'entre pas en guerre parce qu'on n'a plus d'intérêt politique à rester en paix qu'à tenter l'aventure de la guerre. Si la guerre offre une chance de réussir un meilleur résultat, alors il y a la guerre.

Pour Uri Milstein, il est clair que l'accord de paix avec l'Egypte n'est issu que de la conviction profonde de Sadate qu'il pourrait obtenir le Sinaï par la paix alors qu'il n'avait pas réussi par la guerre. A présent l'Egypte menace de se lancer en guerre contre Israel parce que la puissance militaire d'Israël ne l'impressionne plus.

Les accords d'Oslo ont eut lieu, dit-il, parce que Rabin savait quelle était la faiblesse militaire de Tsahal actuellement et que l'intifada avait tenu en échec l'armée. Du côté palestinien ces accords ont eut lieu parce que les Palestiniens ont compris qu'ils ne pouvaient gagner du terrain par la guerre. Ces accords étaient simple : de la terre contre la sécurité, soit une promesse de Yasser Arafat de combattre les factions terroristes du Hamas et du Zihad. 4 ans plus tard, ces deux groupes ont grandi, de sorte que la paix signée avec Israël ne peut apparaître que comme une victoire de ces groupes contre l'état hébreu.

Pour Uri Milstein, il est temps de se resaisir, ce qui ne signifie pas attaquer, mais réformer l'armée, former les cadres plus sérieusement, et fonder ainsi la conviction de la partie adverse, quelle qu'elle soit, que la guerre contre Israël serait une grave erreur : c'est cette seule condition qui assurera la paix, dit-il, et non des territoires. Sans cette conviction, nous pouvons même avoir une guerre alors que la Palestine sera constituée en état, parce que le conflit a aussi une base religieuse que ne peut satisfaire un compromis. Seule la force de dissuasion peut alors dominer la logique idéaliste.

Uri Milstein parle ensuite de projets d'école militaire différente, de développement d'une science militaire nouvelle, comme la linguistique, avec sa propre langue d'analyse. Puis il s'arrête. "Mais ça ne se fera pas. Ceux qui sont en haut ne peuvent admettre la critique, ce serait alors la critique de leur propre passé, de leur formation, et ils préfèrent penser à leur carrière. Mais je ne peux que continuer à dire ce que je pense vital. Sinon, nous n'en avons pas pour cinq ans à survivre"...

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