Interview Exclusive d'Amos Gitai pour Alliance par Laurent Bartoleschi

Paroles d'hommes - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

amoslaurent1.gifRéalisateur (ou auteur finalement) d’une filmographie ô combien singulière, controversée pour certains, Amos Gitai porte un regard tantôt sagace, tantôt lyrique sur la société israélienne. L’amitié qui le lie avec Serge Toubiana, le directeur de la Cinémathèque française, se traduit par un cadeau réciproque aux deux hommes passionnés : en effet, le metteur en scène de Kadosh a offert en 2007 ses archives au Panthéon du cinéma.

Que ce soit au travers de photos autant intimes que rares, des dessins du réalisateur, des scénarios hors normes, des extraits de films déchirants, bienvenue chez Amos. Notons que son dernier film Ana Arabia, avec pour particularité d’être réalisé en un seul plan séquence et qui  trace la vie d’une petite communauté mêlant juifs et arabes, entre Bat Yam et Jaffa, sortira en France, le 4 juin.

Alliance a rencontré le metteur en scène, dit « l’Architecte de la mémoire ».

L.B:« Architecte », certains le savent peut-être, mais avant le cinéma, vous étiez plutôt destiné pour une carrière dans l’architecture. Avec un doctorat en poche, comment bifurque-t-on vers le 7ème Art ?

Amos Gitai: C’était mon père qui m’avait transmis le goût pour l’architecture ; lui qui faisait partie des élèves de Kandisnky,  il enseigna par la suite le Bauhaus aux siens. Mort jeune à 60ans, alors que je venais d’avoir 20ans, il était plutôt normal que je reprenne le flambeau. amosfilm.jpgC’est alors que trois semaines après mon service militaire, j’ai commencé ces études ; je m’y suis beaucoup ennuyé. Plus tard, ma mère m’a offert une caméra Super 8. J’y ai pris goût rapidement ! Mais le déclencheur a été la guerre de Kippour en 1973. Ayant été blessé, je n’avais qu’une hâte réaliser un film, non pas de guerre, mais sur la guerre. C’était le point de départ de ma carrière de cinéaste.

L.B: Jusqu’aujourd’hui, il y a la Amos Gitai’s touch : votre mise en scène est souvent remise en cause, vous êtes, certes, le précurseur du cinéma israélien dans le monde, seulement, votre style ne ressemble à aucun autre de vos compatriotes.

A.G: Pour moi, la caméra est une sorte de stylo. Filmer, c’est prendre une série de décisions qui déterminent non seulement ce qui sera inclus dans le cadre, mais aussi ce qui n’y sera pas. La caméra produit ainsi un document ultra subjectif. A l’heure, d’images à la télévision, d’internet, de Youtube, il importe de rester résolument conscient de l’acte de représentation ; de garder en tête qu’il ne s’agit pas seulement du « quoi » filmer, mais du « comment » filmer.

L.B: Justement, l’une des particularités de cette exposition  réside dans le fait qu’elle est comme découpée : elle n’est pas chronologique, mais plutôt thématique. Décrivez-la-nous en quelques mots.

A.G: Clairement, avec mon cinéma, il est quasi impossible d’arrêter le temps. Il y a en effet comme une déstructuration du temps. J’aime créer des ponts entre différentes époques, souvenez-vous des trilogies «Wadi» et «House ». Respecter une chronologie académique aurait surement perdu tout le charme de cette exposition.

L.B: Ce que l’on aime aussi, c’est de retrouver des photos de votre enfance avec vos parents. Des clichés qui viennent s’entrechoquer avec d’autres issus de vos films. On s’y trompe parfois.

(Matthieu Orléan, le commissaire de l’exposition nous rejoint)

M.O: Il y a une dimension intime dans son cinéma. Ça parle beaucoup de lui ; il se met en scène très souvent. Il est présent afin de poser certaines problématiques. Puis, il a mis aussi en scène ses parents. Cette exposition fait ressortir toute cette émotion indispensable.

A.G:
Mais effectivement, Matthieu a fait un travail remarquable : l’exposition démarre avec Kippour où un son sourd d’hélicoptère vous suivra jusqu’à la fin du parcours, où comme nous en avons parlé plus haut, 1973 fut le déclic. Pour cette première partie, les murs ressemblent à la terre dans laquelle j’avais pu trainer durant cette guerre. Puis en pénétrant dans les pièces voisines, des salons se distinguent, mêlant, photos, dessins, documents, coupures de presse d’époque, scénarios... Enfin, plus on s’enfonce, plus les tableaux s’épurent.

L.B: Et puis, il y a le thème de l’exil, où l’on ressent que les villes détiennent une place à part dans votre filmographie.

M.O: Dans sa trilogie célèbre -Devarim, YomYom, Kadosh-  Amos, met en scène son rapport avec ses propres voyages, de ses propres expériences. La ville demeure très importante à ses yeux. Un peu comme une obsession. Dans son cinéma, il ne choisit jamais les lieux au hasard. Originaire de Haïfa, il aime « sacrifier » ses films pour peindre les microcosmes que couvent les villes : les ashkénazes arrivés dans les années d’après-guerre (Devarim),  les familles de métissage judéo-arabe (Yom Yom), et bien sur les orthodoxes de Jérusalem (Kadosh). 

A.G: j’ai tellement de respect pour les villes et leur architecture, que je refuse catégoriquement de parler de décors, mais d’ «acteur» à part entière.

Amos Gitai, l’Architecte de la mémoire à la Cinémathèque Française, du 26 février jusqu’au 6 juillet. Une rétrospective de l’intégralité de toute sa filmographie, un ouvrage publié à l’occasion de l’exposition Amos Gitai Architecte de la Mémoire aux Éditions Gallimard, ainsi que des rencontres exceptionnelles les vendredis 7, 14, 21 et 28mars à la Cité de l’Architecture.  

Laurent Bartoleschi

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi