Interview de Kristin Scott Thomas pour "Elle s'appelait Sarah"

Femmes de paroles - le - par .
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kst.jpg- Article sur le film

- Article sur le livre

En 2009, une journaliste américaine, installée en France depuis plus de quinze ans, écrit un article sur la Rafle du Vel d'Hiv. Au fil de ses recherches, elle se rendra compte d'une effroyable verité qui la concerne directement. Inspiré du livre à succés de Tatiana de Rosnay, Elle s'appelait Sarah parle aussi bien de courage, d'identité et de la transmission. Kristin Scott Thomas a répondu à nos questions.
 
L.B : Connaissiez-vous le best-seller de Tatiana de Rosnay, avant que Gilles Paquet Brenner ne vous contacte?

K.S.T : Ma fille, ainsi que beaucoup de mes amis, l'avait lu; par contre, pour ma part, je n'avais parcouru que certains passages. Je devais le prendre avec moi juste avant de partir aux Etats Unis, pour jouer Tchekhov au théâtre; mais l'on peut dire que ce dernier à usurper le roman (magnifique) de Tatiana de Rosnay.

L.B : "Elle s'appelait Sarah" possède deux thèmes puissants pour un seul film, la mémoire etellsap.jpg le secret. Qu'en avez-vous pensé, en lisant le scénario?

K.S.T : A la lecture du script, il faut dire que j'ai tout de suite été séduite, tant les propos étaient intéressants et passionnants Je trouve que l'œuvre de Paquet Brenner possède une force: d'abord, sur ce que l'on apprend, qui rend le film utile. Puis, Elle s'appelait Sarah fait référence au passé dans le présent (du film): c'est-à-dire que l'on voit les conséquences de nos actes des années 1942, 60 ans plus tard.

Mon personnage qui arrive d'Amérique qui a épousé un français découvrant au bout de vingt ans de mariage, que la famille de son mari n'est pas celle qu'elle croyait. Le film est rempli de ce genre de secrets: l'un des points essentiels du film. Il prend une partie de l'histoire terriblement marquante qui démontre les conséquences et répercussions de nos actes soixante ans plus tard.

L.B : Dans le film, il y a certains collègues journalistes qui ignorent ce qu'a été la Rafle du Vel d'Hiv. Connaissiez-vous cet épisode, plus jeune?

K.S.T : Quand je suis arrivée en France, je n'étais au courant de rien. Puis au fil des rencontres, je me suis intéressée très tôt; notamment, et surtout aux survivants et victimes de l'holocauste, aux beaucoup de gens qui ont été cachés pendant cette guerre. Mais je suis sure et certaine, qu'il y a énormément de gens de ma génération, en France, qui ne peuvent pas croire qu'il y avait des rafles, en plein Paris! Et que cela ait existé.

L.B : Hier "La Rafle" de Rose Bosch, aujourd'hui "Elle s'appelait Sarah", tant de films sur la rafle du Vel d'Hiv pour ne pas oublier…

K.ST : On commence tout juste à parler de ça. C'était en 1995, lorsque Chirac a fait son discours remarquable, sur la  reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans la déportation durant l''Occupation; je trouve un peu normal le fait de faire régulièrement sur l'Histoire; ce qui permet deux choses: l'une de ne jamais oublier et l'autre, de ne pas refaire. A la différence du film de Rose qui est un film qui raconte de "manière très réelle" les faits de juillet 1942, alors que dans Sarah, on fait état de ce qu'il s'est passé durant cette épisode avec les répercutions que l'on rencontre aujourd'hui. Ce que l'on fait à l'heure actuelle laissera des traces pendant plus de 50ans. Comme je disais plus haut...Retrouvez la suite en Audio et cliquez-ici

L.B : Dans le dossier de presse vous dîtes: "je connaissais évidemment des éléments de l'histoire de cette période car je me sens concernée par le sort des juifs pendants la Seconde Guerre Mondiale". C'est-à-dire?

K.S.T : On devrait tous être concerné par le sort des juifs;  Vous savez, je suis allée à Auschwitz, bien avant que je sois connue ici en France; et puis, j'ai toujours été terrifiée par cet horrible volet de l'Histoire; et le fait que l'on me propose un rôle tel que celui-ci fut pour moi tel un électrochoc, une sorte d'exorcisme. 

L.B : Sortons un peu du contexte du film si vous le voulez bien pour nous dire qui était votre belle mère?

K.S.T :  Elle a été très active dans le rétablissement de la mémoire sur cette tragédie. Ma belle mère a fait un film sur les enfants cachés; elle faisait partie de l'association qui mettait les plaques du Souvenir à l'entrée des écoles.

L.B : Le fait d'être mère, vous a aidé à renforcer cette idée?

K.S.T : Je me sens très concernée, parce que j'ai des enfants et que mon cauchemar serait celui de devoir les protéger d'un éventuel persécuteur qui stigmatiserait et persécuterait quiconque d'entre nous. Rien que d'y penser, c'est terrifiant! Le défi pour moi, était de ne pas me laisser emporter par ma propre émotion; je n'aime pas pleurer au cinéma, je trouve ça trop facile de verser des larmes, puisque ça illustre une scène ou une séquence qui dirait "regardez comme je suis malheureuse". En ce moment, je fais beaucoup de films où les femmes que j'interprète sont tristes, pourtant j'essaie de morfondre le moins possible. Mais lorsque l'on est maman, et que l'on lit ces plaques avec le nom de des enfants déportés sur l'entrée de certaines écoles, ça fait froid dans le dos! On devient tout de suite quelqu'un de plus humain.
 
Laurent Bartoleschi

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