Cinéma : L'enfant de l'autre. Emmanuelle Devos etLoraine Lévy pour Alliance par Laurent Bartoleschi

Femmes de paroles - le - par .
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fils-lautre.jpgEn pleine guerre du Golfe, dans un hôpital de Haïfa. Deux femmes accouchent chacune d'un garçon: Joseph et Yassine. L'une d'entre elles est une Française juive qui vit à Israël, l'autre est palestinienne. Dix-huit ans plus tard, Joseph, qui doit effectuer son service militaire, va recevoir des résultats sanguins qui vont se révéler incompatibles avec ceux de ses parents. Les deux enfants, dans le chaos des bombardements, ont en fait été intervertis.
Comment les parents ainsi que les intéressés vont-ils vivre ce lourd secret?

Accompagné d'un brio d'acteurs exemplaire, Le fils de L'autre donne un certain relief de la société israélienne et palestinienne. On retrouve une réelle maturité dans l'écriture et dans la direction des comédiens; il y a comme une harmonie qui baigne tout au long du troisième opus de Lorraine Levy. Les acteurs s'y sentent complètement à leur aise dont Emmanuelle Devos qui nous en parle, accompagnée de sa réalisatrice.
 
L.B: Comment s'est opéré le choix des comédiens? Il s'agit d'un couple plutôt atypique Emmanuelle Devos/Pascal Elbé.

Lorraine Levy: J'avais déjà travaillé avec Pascal dans Mes Amis, Mes Amours; J'en ai gardé un très bon souvenir. Ici, dans Le Fils de L'autre, il fallait un personnage de taiseux; un homme qui a énormément de mal à exprimer ses émotions, et en même temps un homme de sensibilité: il fallait être capable de jouer Le mot qui ne sort pas; la sensibilité qui est là mais qui n'arrive pas à être dite. Et je savais que Pascal en serait capable et que ca serait un régal de le lui demander. Emmanuelle quant à elle, je ne la connaissais pas encore, autrement qu'à travers ses films dont j'étais assez fan. J'aimais la plupart de ses choix ce qui du coup possède un sens à mes yeux. Alors mon choix était immédiat et donc après lui avoir envoyé le scenario qu'elle a eu la gentillesse de le lire vite. On a vite travaillé toutes les deux le rôle d'Orith. J'ai opéré vraiment différemment avec elle qu'avec Pascal. On a travaillé comme on ferait un mille feuilles, c'est-à-dire par strates, en ajoutant un peu d'émotion par ci, par là, en enlevant ici et là afin de garder le bon équilibre et une bonne cohésion. Aussi, on a comme l'impression d'avoir écrit le scenario tous ensembles.
Emmanuelle Devos: J'ai été immédiatement happée par cette histoire absolument incroyable et surtout dans le fait d'aller vers des situations peu ou prou courantes dans la vie de tous les jours. C'était ce vertige qui avait à jouer que je trouvai passionnant. Comment accueille-t-on une nouvelle pareille? On pouvait trouver tout un panel d'enjeux difficiles à réaliser. Il y avait trop d'explications dans le scenario, contrairement au tournage, où les mots semblaient totalement dérisoires tant l'action se suffisait en elle-même. Lorraine possède un bon regard sur ses acteurs.

L.B: Cela vous fait quoi si je vous dis que votre film détient un air du film La Vie est un Long Fleuve Tranquille?

Emmanuelle Devos: Pour rire, lorsque l'on me posait la question: quel serait mon prochain  rôle àmanuelle-devos.jpg jouer, je répondais pour rire "la vie est un long fleuve tranquille version Israël/Palestine; je ne vous cache pas que cela créait un certain malaise.

Loraine Lévy: Le postulat de départ celui de l'enfant échangé à la naissance avec l'enfant d'un autre fait penser effectivement à ce film ; tout est dans la façon de le raconter. Chatillez a fait un film génial, mais, qui est une satire sociale, alors que mon film possède une palette qui n'est pas la même. Il n'y a aucun point commun malgré ce petit point de départ mais si vous en trouvez je serais preneuse.

L.B: C'est un de vos premiers rôles en tant que mère. Pourquoi n'avez-vous que peu de rôles de maman dans votre large filmographie?

Emmanuelle Devos:: Ce qui est amusant, c'est que je suis maman et qu'à priori les rôles de mère ne m'intéressent pas du tout. Le rapport filial n'est pas une chose qui me plaît à jouer. Ici, pour le coup ce dernier est comme bousculé. D'autant plus que les liens que j'avais avec Jules n'étaient pas si maternels que ça. Jouer juste une maman n'est autre que pléonastique. Ca me fait un petit peur aussi finalement: en jouant, on découvre beaucoup de choses de soi, inconsciemment. Aussi, pourquoi les réalisateurs nous les proposent? Parce qu'ils (res) sentent chez un acteur comme un appel muet…

Loraine Lévy : …Je sentais chez Emmanuelle, une douceur contrariée: il y a quelque chose d'infiniment doux le tout enveloppé et en même temps le non envie de rentrer dedans. J'avais l'impression en lui offrant le rôle la chance d'acquérir le beurre, l'argent du beurre et le talent de la crémière.

L.B: Vos acteurs principaux- Pascal Elbé et Khalifa Natour, les deux papas- sont quasi muets. Etait-ce un choix?

L.L: Ce n'est pas une plaidoirie contre les hommes! On a beaucoup parlé de la libération de la femme, mais il y a aussi celle de l'homme! Encore aujourd'hui, beaucoup d'hommes ont du mal avec leurs émotions. Dans mon film, il leur faut en effet du temps "avant que ça ne sorte". Ici, ce sont les femmes qui font bouger les choses. Si les deux pères Alon et Saïd ne disent rien, c'est plutôt qu'ils n'arrivent pas à dire ce qu'ils pensent, tout simplement. Mais, leur silence exprime tellement: ils ne peuvent partager que ce silence. Et le partager possède un réel poids. Oui, mes hommes sont des silencieux, mais des hommes de force et de bonté.

L.B: Pourquoi avoir décidé de finir votre film avec une ouverture?

L.L: Ca aurait été un cliché terrible que de faire terminer le film dramatiquement; d'ailleurs dans la première version, il se terminait plutôt mal, je me suis dit qu'il n'en été pas question aussi bien idéologiquement que scénaristiquement qu'artistiquement. Donc, je suis totalement en phase avec cette fin ouverte dont j'en suis tres fière. Mon désir étant d'en faire un film optimiste. Sans faire quelconque politique, moi Lorraine Levy de Belleville, je voulais que mon film soit ainsi.

Laurent Bartoleschi

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