24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi, livre d'Emilie Frèche et Ruth Halimi

Femmes de paroles - le - par .
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freche.jpgElle avait choisi de garder le silence après le drame. Ruth Halimi vient de publier un livre sur son fils, 24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi. A quelques jours du procès de Youssouf Fofana et du Gang des barbares, qui devrait se tenir à huit-clos, ce témoignage bouleversant revient sur le long calvaire d’Ilan et sur la tragédie vécue par sa famille durant l’enquête. Entretien avec l’écrivain Emilie Frèche, co-auteur du livre.

Pourquoi Ruth Halimi vous a-t-elle choisi pour écrire ce livre ?
Parce qu’elle avait été touchée par le texte que j’avais publié tout de suite après la disparition  d’Ilan, «La mort d’un pote» (2006). Au début, on ne savait pas sous quelle forme écrire «24 jours». On a d’abord pensé à des entretiens, mais très vite, je me suis dit que pour que cette histoire touche les gens, il fallait que je fasse mon travail d’écrivain. Il fallait que je me glisse dans la peau de cette femme, que je mette ma plume au service de sa voix (le récit est écrit à la première personne), car la souffrance d’une mère, il n’y a rien de plus universel.

Vous avez trouvé le ton juste entre émotion et factuel, sans jamais sombrer dans le pathos. La mère d’Ilan vous a-t-elle fixé des limites dans l’écriture ?
Absolument pas. On a travaillé de manière particulière parce qu’elle ne peut pas mettre de mots sur ce qui s’est passé. C’est trop douloureux. Elle me racontait par bribes des moments comme les rêves qu’elle faisait durant l’enquête. J’ai écrit le texte et je lui ai donné à lire.

Le livre s’appelle 24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi. Quelle est cette vérité ?
Celle de la piste antisémite longtemps négligée ?

Oui, mais pas seulement. La vérité sur la mort d’Ilan Halimi, c’est la vérité sur la France d’aujourd’hui. C’est la montée du communautarisme, l’ultra-violence, une jeunesse qui a perdu ses repères, des zones de non-droits où la loi de la cité prévaut sur la loi de la République…Les faits devaient être consignés, pour que ces vérités-là, qui concernent tous les Français, ne nous échappent pas.

Vous relatez le travail du Quai des Orfèvres. Comment expliquer cette volonté de garder plusieurs jours l’enquête secrète, même auprès des commissariats de quartier ?

Je n’ai pas la réponse. La bonne volonté des policiers n’est pas à remettre en doute une seule emiliefreche.jpgseconde. Ils ont travaillé autant qu’ils ont pu, simplement, ils se sont enlisés sur de mauvaises pistes. La discrétion est la règle en matière d’enquête, leur silence est donc compréhensible. Celui des complices, des appâts, des voisins, de tous ceux qui ont entendu qu’un juif était retenu en otage est en revanche insupportable. C’est aussi le silence qui a tué Ilan, voilà pourquoi Ruth Halimi a voulu écrire ce livre.

Sans être de la génération SOS Racisme, Ilan avait des amis de toutes origines. Comment comprendre que la marche en sa mémoire ait mobilisé si peu de non-juifs ?

C’est la question que je pose dans La mort d’un pote. Les gens ne sont pas moins sensibles à l’antisémitisme (les centaines de lettres reçues par Ruth en témoignent), mais le combat contre l’antisémitisme a changé de nature : alors qu’il s’inscrivait, hier encore, dans la lutte contre le racisme, il s’apparente aujourd’hui à une prise de position en faveur des juifs. Et qui, dans cette France rongée par le communautarisme, a envie de prendre partie pour les juifs ?

Comment faire pour que la lutte contre l’antisémitisme redevienne le combat de tous et pas que de la communauté juive ?

Par l’enseignement et la pédagogie. C’est un travail de fourmi. Dans le rapport Obin sur les signes extérieurs d’appartenance religieuse à l’école, j’ai lu que des enfants affirmaient sans complexe qu’ils n’aimaient pas les juifs. Ces enfants-là ne savent donc pas que l’antisémitisme n’est pas une opinion, mais un délit. Cette ignorance prouve à quel point, soixante ans après la Shoah, notre mémoire est fragile.

D’un autre côté, il y a l’espoir avec les témoignages adressés à Ruth Halimi, d’anonymes de toutes confessions…

Oui, il y a notamment cette lettre d’une jeune musulmane qui était enceinte durant l’affaire et qui a décidé d’appeler son fils Ilan. C’est bouleversant.

Malgré le drame, Ruth Halimi dit croire encore, comme le faisait son fils, en la bonté des hommes. Est-ce sa force de conviction qui vous a le plus marqué chez cette femme ?
Oui. Elle m’a dit une chose étonnante sur les bourreaux de son fils : «Je veux voir où est l’humanité chez ces gens ». J’ai trouvé ça incroyable de la part d’une femme qui a vécu un tel cauchemar.

Le procès se tiendra à huit-clos. Y’a-t-il une chance qu’il soit public ?
Le seul espoir, c’est que le 29 avril, jour de l’ouverture du procès, les deux accusés qui étaient mineurs à l’époque des faits, et aujourd’hui majeurs, demandent la publicité des débats. La décision leur appartient en dernier ressort.

Propos recueillis par Paula Haddad

24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi, Ruth Halimi, Emilie Frèche, éditions du Seuil

Vos réactions

  1. sylsincmtl@bellsouth.net'Sylvain Assouline

    La France et les Français ont vendu leurs âmes au diable. Rien d’étonnant qu’il y eut un Halimi et non pas plusieurs. Y en a t-il eu d’autres? De Gaulle avait dit que la France était un très beau pays mais que ces habitants ne le méritaient pas. C’est de la chien-en-lit.
    Ne comptez pas sur les pédales du Vel d’Hiv de compatir ou de rendre justice. La France est dominée par les « thugs » ou casseurs et n’attendez-vous pas à voir les flics se mouiller. Leur devise sauve qui peut. Nous l’avions vu quand des milliers de voitures brulaient toutes les nuits à travers toutes les villes de France sans qu’il y ait intervention ou arrestation. L’étranger domine. Quelle tristesse.

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  2. bruch.caroline@wanadoo.fr'bruch

    Ce meurtre restera le symbole de l’ignorance et de la bêtise humaine.
    Alors que la France veut enseigner la Shoah, même ses maîtres ou ses élèves ne le souhaitent pas.
    ce sera encore une occasion ratée d’effacer la bêtise humaine qui reste toujours figée sur ses croyances.
    Eistein disait qu’il est infiniment plus difficile de supprimer un préjugé que de dissocier le noyau d’un atome…
    Nous sommes dans ce cas.

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  3. jlmcgiac@sfr.fr'crazynonna

    lorsqu’on lit un tel livre,on se dit !!!comment est ce possible,comment apres toutes les horreurs commises par les SS et cie ça peut encore arriver!!comment ce pays se laisse gangréner par des « hommes  » (pas sur) tel que ce barbare(prononcer son nom serait encore trop beau)..et pourquoi personne n’a reagit ,pour resoudre cette affaire rapidement ,quand tant d’indices crevaient les yeux…
    madame Halimi recevez de la part d’une simple maman toute l’expression de ma tendresse amicale !je suis tres triste pour vous et les votre..
    .

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  4. jujudu596@live.fr'Julien

    Madame Halimi, Comment exprimer au nom de tous les français notre soutien pour vous et votre famille en cette période difficile de procès ? Depuis quelques temps déjà, je me suis intéressé à cette histoire de votre fils qui aurait pu arriver à tant d?autres personnes et qui se serait peut être produite pour d?autres jeunes (je pense à ces garçons qui ont été la proie de ces appâts comme Mickael, Olivier, Jacob, Jimmy, Marc et ces différents médecins victimes du racket). Votre livre écrit avec Emilie Frèche m’a d’autant plus touché que je suis moi-même un jeune de 20ans et me sens légèrement visé par ce genre d?actes. Je ne suis pas juif mais, Ilan avant dêtre juif est un Homme et restera toujours un Homme. Alors, Ilan et moi sommes frères. Comme le veut la Constitution, « tous les Hommes naissent libres et égaux ». Ilan est né et a toujours vécu sur le même pied d?égalité que tous les Hommes. Malheureusement, un jour de Février 2006, il a quitté ce monde qu?il aimait tant comme peuvent le montrer les quelques photos de lui toujours souriant. Ce n?est pas ses amis ou sa famille qui diront le contraire. Ilan mordait la vie à pleine dents, il avait encore de longues belles années à venir. Le plus malheureux, c’est qu’Ilan n?a pas eu la joie de donner un petit enfant à sa maman. Cet enfant aurait pu être à l’image d’Ilan, toujours souriant, heureux de vivre, ambitieux et surtout très proche de sa famille, de ses amis et de sa copine Mony qu’il devait tant aimer. Il m?arrive souvent de penser à Ilan et au calvaire qu’il a vécu, je prie pour lui, malgré que je sois chrétien, je suis très compatissant et souhaite montrer cette égalité des religions. On ne peut pas être assassiné, car on parle bien ici d?un assassinat, juste en raison d’une religion ou d’une couleur de peau. Or, ces barbares ont opéré de la sorte juste parce qu’Ilan était de confession juive. A voir de tels événements, on pourrait se demander si nous sommes bien au XXIe siècle. Ilan a été victime, bel et bien, de « barbares antisémites », et il faut espérer que la circonstance aggravante de l?antisémitisme soit retenue contre tous les accusés. Maintenant, je souhaiterais revenir sur Ilan et ce beau prénom qu?il porte, comme on peut le voir dans l??uvre « 24 jours », Ilan, en hébreu, signifie « arbre ». Et ce terme d? « arbre » correspond parfaitement aux traits de la personnalité d?Ilan que l?on peut connaitre. Il avait de l?ambition, voulait grimper haut, réussir sa vie, il souhaitait assurer une descendance. Ilan avait toutes ses qualités là, mais malheureusement, il n?a pas pu les utiliser jusqu?au bout. J?aimerais pouvoir vous dire que mon fils s?appellera Ilan, comme d?autres personnes ont pu le faire, mais je n?ai pas encore l?intention de donner la vie. Mais je peux vous assurer que mon enfant s?appellera bien Ilan. D?une part, c?est vraiment un beau prénom avec beaucoup de significations mais aussi en hommage à votre fils et pour que son nom reste à jamais gravé dans nos mémoires. Je ne souhaite pas revenir sur ces 24 jours de cauchemar que vous avez vécu car ce ne serait que renfoncer le couteau dans la plaie. En cette période de procès, vos souvenirs ont du être mis à grande contribution et ces moments ne doivent pas être faciles. Bien sûr, ce texte, je le destine également à Didier Halimi, les s?urs d?Ilan, sa petite amie et toutes les personnes qui ont vécu de près ou de loin ces 24 jours où il a été énormément mis à contribution par les ravisseurs. J?aimerais tant établir des contacts avec vous, mais je pense que cela serait difficile pour vous, recevant surement trop de lettres de soutien. Cette lettre est véritablement un pied de nez à l?antisémitisme, espérons au moins que la mort d?Ilan serve de leçons sinon c?est encore plus triste. Ilan avait toujours le sourire aux lèvres, Les personnes qui l?entouraient le rendaient heureux. Aujourd?hui, tu nous as quittés, Nous garderons ton visage dans nos c?urs pour toujours. Ilan avait toujours le sourire aux lèvres, Les personnes qui l?entouraient le rendaient heureux. Aujourd’hui, tu nous as quittés, Nous garderons ton visage dans nos coeurs pour toujours.

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