S O U C C O T H , soucca , la fête de la cabane ou quand l'éphémère célèbre l'éternité par Claude Layani

Culture, Judaïsme, Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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souccoth la fête des cabanes l'éphémère et l'éternel deux parallèles qui se rejoignent

S O U C C O T H Fête de l'éternité

sukkah, souccoth la fete des cabanes par claude layani

sukkah, souccoth la fete des cabanes par claude layani

"Dans les cabanes vous habiterez sept jours... afin que vos descendants sachent que j'ai fait habiter les enfants d'Israël dans des cabanes quand je les ai fait sortir d'Egypte" (Lév. 23-42)" La Torah précise donc formellement que la fête de Souccoth est ancrée dans l'histoire du peuple hébreu.

Souccoth fait partie de la "convocation d'automne", vers la fin des vendanges et des autres récoltes. On ressent le changement de saison et l'attente de la pluie. Les mots hébreu qui désignent la fête de Souccoth en tant que jalon de l'année agricole se retrouvent sur un très vieux calendrier cananéen découvert par les archéologues à Guézer, au centre du pays d'Israël.

 

fête des cabanes souccot- etrog et loulav la bénédiction de la souka

fête des cabanes souccot- etrog et loulav la bénédiction de la souka

Le texte de la Torah est très précis à cet égard "Tu observeras également la fête de la moisson, des prémices de ce qu'ont produit les champs par toi semés ainsi que la fête de la récolte en fin d'année, quand tu rentreras des champs le fruit de tes labeurs" (Exode 23, 16). Au cours des millénaires d'exil, le peuple juif s'est détaché de sa terre et il a perdu l'habitude d'en observer la floraison. Mais la ritualisation du calendrier agricole a permis de maintenir le lien des juifs de la diaspora avec les champs, les vignes et les vergers du pays d'Israël.

Tout un traité du Talmud "Soucca" est consacré à la célébration de la fête, et surtout à la construction de la cabane ainsi qu'à la composition du loulav.

Nous apprenons ainsi, entre autres, que la souccah ne saurait dépasser la hauteur de 9m 60 ni être inférieure à 0m 80, qu'elle ne doit pas prendre appui sur un arbre, que sa partie combragée ne doit pas être supérieure à sa partie exposée au soleil, qu'lle ne doit pas utiliser des installations fixes prêtes d'une année sur l'autre, qu'elle ne doit pas être construite en "dur" ni en préfabriqué.

Tous ces détails et bien d'autres sont destinés à nous expliquer le caractère éphémère de la Souccah, corrollairement celui de l'existence humaine, l'incertitude où nous sommes du lendemain, et même de l'heure qui vient. "L'homme, ses jours sont comme l'herbe", dit le Psaume que nous lisons à l'office de commémoration de Kippour.

C'est l'idée que reprend le livre de l'Ecclésiaste " Kohéleth" Paradoxalement, face à cette insignifiance de la vie humaine , de notre labeur, de nos joies, de nos souffrances, c'est l'éternité que veut nous enseigner Souccoth.

Un verset de l'Ecclésiaste déclare ."il a aussi placé dans leur coeur le sens de l'éternité"(3,11). Comment, plus facilement qu'en lui opposant l'inanité d'une hutte, pourrait-on saisir le sens de la durée sans fin ? Nos ancêtres de l'humanité - entendons par là tous les hommes qui nous ont précédés - avaient pensé s'éterniser, s'immortaliser par des oeuvres de pierre, de métal, par des sculptures, des gravures dans la roche, etc..

Même ces monuments ne nous donnent pas l'entière mesure de l'éternité. En effet, ils nous parviennent altérés par les âges, défigurés par les sculptures sans mains, sans bras, sans jambes. Parfois même, nous en sommes réduits à les reconstituer par l'imagination, par des calculs... Il y a donc de la sagesse de la part du judaïsme à vouloir implanter la notion d'éternité chez l'homme, non en la comparant à des oeuvres humaines,passagères, mais en l'opposant volontairement à un objet dépourvu de toute durabilité. De même que le beau se déduit mieux du laid, le bon du mauvais, le clair de l'obscur, de même l'éternel se déduit mieux de l'éphémère, de l'infiniment bref.

Il nous faut savoir que la petite souccah juive, aussi éphémère soit-elle par rapport à l'année, résiste au temps depuis 35 siècles, inlassablement rebâtie sur des bases nouvelles, elle symbolise beaucoup plus que le mythe de Sisyphe ; elle est le symbole du renouvellement de l'homme, de sa créativité jamais en sommeil, de la perpétuité de la protection de D.ieu qui représente, qui est l'éternité, par essence.

En Alsace, on suspend à l'entrée de la souccah un oignon dans lequel on a fiché des plumes d'oiseau. C'est un rébus très significatif car le mot hébreu qui se traduit par "oignon" "BATSAL" peut se lire comme à "l'ombre de..." Avec les plumes, cela donne le verset: "à l'ombre de tes ailes, cache-moi". Tout se passe comme si D.ieu lui-même voulait bien se charger de nous couver, pour ainsi dire.

Souccoth vient nous enseigner chaque année que c'est sans nous déplacer, sur le lieu même de notre vie quotidienne que nous devons découvrir le sens de la vie. Souccoth peut et doit enseigner à tout homme où est la vie véritable, la durée authentique.

Claude Layani

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