Carnaval, Pourim, et histoire...

Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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Le carnaval de Venise vient d'avoir lieu, le Mardi gras est passé, Pourim approche. Tous ces carnavals sont-ils équivalents? le fait de se déguiser a-til le même sens? Selon l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie (Le carnaval de Roman), le carnaval avait avant tout une fonction de régulation sociale. Depuis l'antiquité, le carnaval était une institution dans le temps qui permettait qu'un jour par an, l'ordre social soit inversé. Cet historien montre en particulier que depuis les Romains, le carnaval avait pour principe fondateur une prise de pouvoir symbolique par les pauvres. Pendant un jour, les serviteurs devenaient les maîtres et les maîtres des serviteurs. Il ne s'agissait pas seulement de se déguiser. A une époque où les vêtements désignaient la fonction sociale, se déguiser en maître, c'était en prendre les fonctions. Pendant cette journée exceptionelle, les pauvres pouvaient commander et les faibles être forts. La condition de la perpétuation du carnaval était bien sûr venise1.gifque l'ordre revienne à la fin du carnaval, et l'historien se penche sur des cas où le carnaval, au lieu de se terminer comme d'habitude par un ordre retrouvé, se termina par une émeute, une jacquerie, une mini-révolution. On peut penser que dans la citée des Doges, Venise, ville où la police secrète opérait une étroite surveillance et où l'ordre très dur régnait, le carnaval avait aussi une fonction de régulation des tensions sociales. Voilà un jour, ou une semaine par an pendant laquelle il n'était pas possible de tout contrôler. Les masques empêchaient une stricte surveillance et les citoyens marquaient avec effronterie leur liberté fondamentale. Les vêtements traditionnels du carnaval de Venise étaient aussi ceux de la noblesse que tout un chacun pouvait alors endosser. Pour un jour, on pouvait être riche, puissant, au-delà des règles et des classes. Pourtant la dimension féerique du carnaval de Venise vient de son caractère onirique. Certains masques prenaient des vêtements totalement imaginaires. Ce n'était plus la noblesse qui se voyait parodiée, le citoyen s'échappait dans un Pays des Merveilles, créait un autre univers. La ville ouverte sur la Mer favorisait certes le rêve de pays lointains non encore découverts, et les récits fabuleux des grands explorateurs, de Marco Polo en particulier ont dû permettre très tôt au carnaval de Venise de devenir une invitation au voyage au pays des rêves. Pourim serait-il un carnaval? Pourim se fonde sur un événement qui est à l'opposé du carnaval. venis2.gifPourim marque la célébration de la sauvegarde d'une communauté qui risquait un progrom. Célébrer Pourim n'était donc pas du domaine des rêves, mais du souvenir d'une dure réalité. Il n'aurait jamais été possible aux Juifs des communautés minoritaires de se prendre pour l'autorité de la ville pendant un jour. Pourim n'est pas une fête de régulation sociale car elle n'aurait jamais pû fonctionner comme telle : le reste de la population (non-juive) n'y participait pas. Pourim c'est l'histoire juive qui part en exil. Les reine Esther, par qui doit passer la royauté d'Israël se déguise en épousant le roi Ahashvérus. Pourim, d'une certaine façon, n'est pas une fête. C'est une défaite. Leïtrapes, en hébreu, signifie se déguiser, mais aussi se chercher. A Pourim, on n'inverse pas les cadres sociaux pour pouvoir laisser exploser sa colère. A Pourim on célèbre un miracle et on se cherche. Le Juif cherche le sens de son exil, de son identité, de son peuple. Avec ces trois carnavals, nous avons entrevu trois civilisations, trois façons d'être homme, et trois façons d'utiliser un moyen apparement semblable : le déguisement. Mais on le voit, les coutûmes parfois semblables recouvrent des sens très différents.

Yona Dureau

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