« La Résistance » sur France 2, un travail de mémoire

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                           « La Résistance » sur France 2, un travail de mémoire

Article paru dans "Le Courant.info"par Vincent Gersin

Hasard du calendrier, au moment où le Président de la République divulguait son plan concernant l’ « apprentissage » de la Shoah dans les écoles primaires, France 2 nous proposait la semaine dernière un documentaire en deux parties sur la résistance. Retour sur ce docu-fiction qui sortira en DVD au mois d’avril.

La réhabilitation du fait résistant

L’intention de Christophe Nick, qui est à l’origine du projet, se dessine vite. La première partie du documentaire (Vivre libre ou mourir) se focalise sur les événements qui font passer la résistance passive à de la résistance active. La volonté affichée : ne pas sacraliser les résistants. Ces-derniers ne sont pas ici présentés comme des héros, la mémoire de la guerre ne pouvant être, ou toute noire, ou toute rose. De l’assassinat d’un soldat allemand dans le métro parisien par Fabien le communiste au travail d’unification des multiples réseaux par Jean Moulin, le documentaire toise les différentes façons de résister. Car le but est, en l’occurrence, d’expliquer la résistance. Où débute l’acte de contestation ? Le résistant est-il terroriste ? Comment peut-on définir le fait résistant ? Autant de problématiques mises en avant par ce documentaire. Les sobres scènes de fiction sont là pour égayer le propos et imager les mécanismes du passage à l’acte de résister, de l’acte quotidien du non consentement au combat armé. La Résistance est le fait de nombreux français et non seulement de quelques grands hommes semble nous clamer le documentaire.

ésistance pourrait être perçu comme le contrecoup du prétendu collaborationnisme des années 70. Mais au sortir de la guerre, les français ont la mémoire qui flanche. Le pays n’a pas tout entier résisté, comme un seul homme, d’une seule voix. C’est le mythe d’une France totalement résistante qui prévaut à la libération. On voit dans les années 70 s’installer une remise en question des idées reçues. La majorité des Français n’a pas résisté, mais bien collaboré. Un travail de reconstruction des mémoires est en quelque sorte effectué, mais peut-être sous-estime-t-on à ce moment l’importance de la résistance. C’est en contrepied que Christophe Nick conçoit son documentaire car il veut rétablir dans la mémoire collective l’importance de la France résistante. On laissera donc ici au second plan les collabos, les dénonciateurs, dans une démarche contraire à celle adoptée dans Le chagrin et la pitié (1971), œuvre majeure de Marcel Ophuls, qui met en avant des comportements quotidiens ambigus à l’égard de l’occupant, voire de franche collaboration. Ce film contribua à tirer un trait sur l’image d’une France idéalement résistante. Il fut censuré à la télévision pendant une dizaine d’années.

Christophe Nick insiste donc ici sur le grand développement du fait résistant. Cela se ressent dans le commentaire (voix-off de Tcheky Karyo) qui prétend à un moment que « la France entière est hostile aux nazis ». Peut-être serait-il bon de revoir Le chagrin et la pitié...
Un important travail d’archives

Pour appuyer son argumentation, le documentaire dispose d’images d’archives impressionnantes. Notamment lorsque Pétain estime en 40, que le pays « n’est pas encore assez antisémite » pour faire appliquer un nouveau statut aux Juifs. Ou cette incroyable campagne antisémite qui déferle sur Paris, avec des images sur un salon concernant les vices du Juif, qui n’obtient pas le succès escompté. La rafle du Vel d’Hiv constitue un véritable choc pour les Français, contrairement aux idées reçues. Car la France est le pays d’Europe où la plus grande proportion de Juifs a été sauvée. La 2ème partie du documentaire, Quand il fallait sauver les Juifs, montre la prolifération au fil du temps des associations qui s’occupaient de cacher les Juifs, de les faire passer en zone libre ou à l’étranger. Le parti pris est ici de ne pas montrer comment une centaine de milliers de Juifs de France sont envoyés en camps de la mort mais comment des centaines de milliers d’autres y ont échappé. Par exemple, en ce qui concerne la rafle du Vel d’Hiv, les Allemands espéraient une prise au moins deux fois plus grosse. Il y a eu des fuites provenant de la police française. La Résistance montre qu’il n’y avait pas en France une haine du Juif aussi importante que celle souhaitée par Pétain.

Une œuvre bien huilée donc, et qui se veut aussi pédagogique. C’est toute la complexité de la résistance qui est intelligemment disséquée. Car la tâche n’est pas aisée. Mais la grande force du documentaire c’est qu’entre des gaullistes et des communistes qui se disputent la paternité de la résistance, des Alliés qui n’envoient pas d’armes aux résistants, pourtant nombreux en cette année 44, car « le moment n’est pas venu », et des entourloupes légales pour faire sortir un maximum de monde des camps d’internements du gouvernement de Vichy, tout est expliqué avec une grande clarté et une grande précision en deux fois 90 minutes. L’accessibilité est associée à la qualité : c’est une belle leçon de service public que nous offre France 2.

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