On avait dit pas la famille Théâtre Musical

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on avait dit pas la famille Eva Gruber

Où est passé le pianiste ? En l’attendant, une chanteuse lyrique remonte le fil des histoires. Entre récit et récital, elle évoque ses parents et ses grands-parents émigrés juifs d’Europe de l’Est, son enfance à Pigalle dans les années 70, la mort de son père, la naissance de son fils... Mais il en va des souvenirs comme des poupées russes, chacun en contient un nouveau. Que va-t-on encore découvrir ? Tel-Aviv et la Californie, des juifs antisémites et des rabbins orthodoxes, l’œuvre presque complète de Sigmund Freud, un pot-au-feu explosif, ou Monterverdi en version punk... Dans la tradition de l’humour juif le spectacle réunit petites et grandes histoires, imbriquées les unes dans les autres par une parole alerte et incisive.

 

Création 18 mars - 9 mai 2015 Théâtre du Lucernaire
53 Rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris, France
Téléphone +33 1 45 44 57 34

du mardi au samedi à 21h

Production Premier Balcon

Ce projet est né alors que j’écrivais un texte qui devait servir d’introduction à l’aria de Cage que l’on m’avait demandé de chanter à l’occasion de la Nuit de la Folie de la Péniche Opéra.

J’avais choisi pour aborder l’œuvre d’y parler de mon rapport à la folie, et plus précisément de la folie dans ma famille.

Alors que j’écrivais, il m’est apparu que le texte devenait plus important que l’œuvre elle-même. Je me suis alors demandé ce qui se produirait si je n’interprétais pas l’aria.

Si pour reprendre Peter Handke dans Outrage au public : « Ce qui doit advenir ne se produira pas ». Il se produira alors autre chose : un autre type d’aria. C’est ainsi que j’ai construit une performance d’une vingtaine de minutes qui constitue le point de départ du présent travail. Eva Gruber

eva-gruber on avait dit pas la famille auteur et interprète

eva-gruber on avait dit pas la famille auteur et interprète

 

Parce qu’il n’y a pas de pianiste et que les pupitres sur lesquels elle tente de faire tenir ses partitions s’effondrent, l’interprète, seule en scène, va s’adresser au public. Elle va lui raconter des épisodes de sa vie, de celle de ses parents, et de ses grands-parents. 

Sans faire de psychologie et sans se départir d’un certain étonnement et d’un fatalisme légèrement ironique, elle va se promener de son enfance à Paris dans les années 70 aux shtetl de Pologne dans les années 30, de son grand-père juif antisémite à son grand-père rabbin orthodoxe, de sa mère et ses deux oncles psychanalystes, à son père, vendeur de décorations de Noël et tankiste en Israël pendant la Guerre de Suez...S’il y a dans la nature de l’écriture une distance qui permet à l’auteure d’objectiver les événements intimes, la musique est, à l’inverse, un espace où les sensations et les émotions s’exposent pleinement.

Elle intervient sous forme d’accidents, de clins d’œil, de cri, ou de prières, a capella et à l’aide d’un dispositif qui comprend des capteurs et des accessoires sonorisés.

Le répertoire musical fait appel à l’opéra, la chanson, la liturgie, au slam au punk et à la pop. Le public devient alors le témoin de la constitution d’une identité et d’une culture faite de milliers de fragments épars. Fille et petite-fille d’émigrés juifs d’Europe de l’Est, l’auteur interroge aussi à travers ce monologue l’histoire d’une génération qui a pris racine sur un terrain accidenté.

Extraits du texte 

« J’ai grandi à Pigalle ; au coeur de la Nouvelle Athènes, en face de la Nouvelle Eve. A l’époque, il y avait encore beaucoup de prostituées qui tapinaient dans les rues ; il y en avait une en bas de notre immeuble et il y en avait plusieurs dans la rue qui menait au métro. Il y en avait deux sur le chemin du Prisu et plusieurs aussi sous la fenêtre de ma chambre. Je me demandais ce qu’elles attendaient. Un jour j’ai demandé à ma mère :

« Elles attendent quoi les dames, maman ? ». « Elles attendent leur carrosse. ». Silence. Des carrosses je n’en avais jamais vu passer un seul dans la rue ... Alors elles attendaient toutes un truc qui n’allait jamais arriver ? »

« Leur père avait un accent yiddish à écorner les bœufs. C’était un petit homme qui se tenait droit et travaillait dur. Il venait d’une famille de rabbins orthodoxes descendant du Grand Voyant de Lublin, qui est une figure importante du mouvement hassidique. Je ne sais pas dans quelle mesure ça l’a affecté, quoi qu’il en soit, il était profondément antisémite. Après la guerre, il a fait changer son nom. L’administration française s’y est reprise à deux fois, ce qui fait que ma mère a porté trois noms différents au collège. Chaque rentrée elle changeait de blaze :

Monique Reinchenbaum ? Présente. Monique Rèchebaum ? Pré—sen—te. Monique Rèchau (elle lève la main). Silence Elle n’aimait pas son prénom. »

« A la maison on suivait les règles d’une cacheroute tout à fait particulière ; ainsi le rôti de porc, les côtes de porc, les rillettes, le pâté de campagne, l’andouillette, les rognons, la cervelle, et le boudin étaient définitivement bannis de la maison, à la différence du pâté de foie, du jambon blanc, du jambon fumé et du saucisson sec qui étaient eux autorisés. La maison comprenait d’autres interdits ; ainsi le pain blanc, la baguette, le Nutella, les jus d’oranges industriels, Louis de Funès, Jean Gabin, Mireille Darc, Sylvie Vartan et Claude François n’étaient pas casher, à la différence du pain noir, des matzot, du pickel fleish, des cornichons au sel, de Jeanne Moreau, Jean-Luc Godard, Samy Frey, Rita Hayworth et du salami hongrois. Cette cacheroute était parfois assez difficile à suivre, par exemple Marilyn Monroe n’était pas casher, tandis que Brigitte Bardot elle l’était... Quoi qu’il en soit ma sœur et moi nous y retrouvions très bien, et nous avons passé de nombreux après-midi à sécher les cours pour regarder Les Tontons Flingueurs en mangeant des sandwichs aux rillettes avec des petits cornichons au vinaigre (pas casher non plus). »

 

 


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