livre juif : Le Juif qui parlait Yiddish à l'oreille d'un nazi . Henri Morez

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Henri Morez, le Juif qui parlait à l'oreille d'un nazi

 

LE JUIF QUI PARLAIT YIDDISH À L’OREILLE D’UN NAZI

Derrière ce titre improbable se cache une personnalité qui malgré une mauvaise vue ne cesse de peindre, peindre encore la noirceur du monde, alors qu’il dessinait le rire pendant des année. Proche de Pierre Dac, Goscinny, Uderzo, Bosc Cabu, le dessinateur et peintre Henri Morez se souvient…

Dans un livre à paraître en février prochain il raconte son histoire chaplinesque.

Né en Moldavie en 1922, sa langue maternelle est le yiddish.

L’antisémitisme poussa ses parents à venir en France, à Paris. A l’école républicaine, de la rue Championnet, il apprend le français avec un camarade bilingue yiddish-français, passe son certificat d’étude et devient apprenti tailleur. Mais tous les dimanches, il s’extasie au Louvre devant des Corot ou des Turner. Il dessine sans cesse et parvient à suivre des cours de peinture avec le peintre Mané-Kats. À16 ans, il expose toiles au Salon d’Automne de Paris : nous sommes en 1938.

Henri a lu Mein Kampf dès sa parution et avec ses amis de Montmartre, il craint le pire.

La guerre mondiale éclate et il se retrouve en Normandie. David Uféras, son meilleur ami parisien est un résistant qui lui procure une fausse identité : il s’appellera dorénavant Georges Bénard. Il ne cesse de fuir.

Mais enfin il rencontre la Nature si chère à Corot. Il travaille pour venir en aide à ses sœurs, et il apprend l’art fromager du mieux qu’il peut. L’apprenti paysan et fromager continue de peindre. Tout s’écroule lorsqu’il apprend que son père et sa mère ont été envoyés à la mort.

Il cesse de se nourrir, puis reprend courage. La peur lui fait prendre des risques insensés mais toujours calculés. Aux saynètes cocasses du Yiddisland de Montmartre, succèdent les scènes de guerre, le travail à la ferme. Henri se fait de nouveaux amis, transporte des bombes et entre dans la résistance en allant «  cueillir » les pilotes anglais et américains tombés dans la région de Nonancourt.

À la veille des commémorations de la fin de la deuxième guerre mondiale, ce témoignage nous fait vivre de l’intérieur, les peurs et les angoisses d’un gavroche de Montmartre, jouet et spectateur d’événements historiques indescriptibles. Il s’agit d’une véritable épopée qui va conduire Hers Askenasi, - le vrai nom d’Henri Morez, de Roumanie en Normandie, de traque en rafle, de piège en piège…

Son récit pudique n’occulte rien, ni la lâcheté, ni la cruauté, ni l’engagement et la fraternité en plein antisémitisme européen. Le peintre Mané-Katz avait repéré son talent et lui prédisait un avenir flamboyant.

Ce tourbillon de fuites, ce jeune homme de 94 ans  le porte encore en lui, comme une entrave à la vie qu’il aurait dû avoir. La façon dont s’exprime Henri Morez ressemble à ses dessins, elle est vive, drôle même dans les moments les plus graves. Dans la gueule du loup, après le débarquement, le fuyard est sans cesse recherché par la police, il échappe tant de fois à la mort qu’un jour, qu’à la fin, il s’entend parler yiddish à un très haut gradé allemand. Inconscient ou intuitif ?

Cette plongée dans le passé écrite au présent est un mélange de nostalgie, d’humour juif et surtout de gratitude. La libération a le goût de la solitude pour Henri More, mais encore une fois, l’amitié est au rendez-vous.

J’ai eu la chance de rendre compte de son témoignage dans ce livre à paraître au Cherche-Midi. Chez le même éditeur, on peut trouver ses « afourismes » : les dessins qu’on a pu voir entre autre dans Paris-Match, le Figaro Littéraire, etc…

H.C.

Extrait court pages 10 à 11Le juif qui qui parlait yiddish_001-304.indd

On me raconte ce qui m’est arrivé, il y a quelque temps.

J’avais un berceau en bois massif, tellement lourd qu’il fallait être à deux pour le soulever. Et voilà qu’un incendie se déclara dans la maison mitoyenne. Mon père se révéla héroïque. Selon les voisins, c’était un exploit inattendu pour un homme dénué de force physique, car il hissa le berceau avec moi dedans, et me mit hors de danger au milieu de la cour. Ce fut la seule fois où mon père fit preuve d’un amour plus fort que ses faiblesses! Sinon, c’était un oisif quasi permanent, aimé de tous, ma mère mise à part...

Dans la cour, je ne trouve toujours pas ma place, sauf les jours de neige, quand Jacques, mon frère, âgé de 14 ans, mécano dans une usine, vient prendre ses repas à la maison. Il a toujours faim et il me propose quelques piécettes pour ma part d’œuf ou de poulet. Le jeu qui s’instaure entre nous s’apparente à un joyeux chantage.

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Je lui tire la manche pour qu’il m’embarque sur sa luge et me fasse glisser sur la neige, sinon il n’aura pas son «rabiot» de nourriture.

Il accepte de faire quatre ou cinq fois le tour de la cour. Je suis à plat ventre sur le plateau en bois qu’il a façonné. Je file sur une neige épaisse, tout autour de notre cour immaculée, c’est merveilleux, c’est la révéla- tion du plaisir!

Ce qui est moins drôle, c’est lorsque je constate que ma mère a grappillé de l’argent dans ma tirelire. Je ne sais pas encore compter, mais dans l’ancienne boîte de biscuits, les rares sous que j’y ai placés ne forment plus le même dessin entre les cases. Ces sous proviennent des «opérations financières» entre mon frère et moi... Il m’arrive de constater qu’il me manque des pièces, mais je sais que c’est uniquement par nécessité que ma mère pioche dans ce maigre trésor. Le petit larcin maternel me pèse pourtant.

Un jour, seul dans la maison, je tiens à savoir où nous en sommes. Pour voir «mes sous», il me faut accéder à ma «cassette». Impossible. Je grimpe sur une vieille huche à pain en métal qui se délite. J’arrive à toucher le haut du petit buffet, et au moment où je vais attraper la boîte à biscuits, je tombe et je me coupe la langue sur le tran- chant de la huche.

Visite cuisante chez le docteur: je pisse le sang!
De douleur et de honte, je me tais durant des jours. Ce qui est plus inquiétant, ce sont les cris en yiddish

que j’entends: Student student, student!!! Cet état d’alerte provoque une panique générale.

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que ces étudiants injuriaient et frappaient les Juifs. (sic)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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