Livre juif : La Légende de Bruno et Adèle de Air Gutfreund

Coup de coeur, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
La légende de Bruno et Adèle, d'Amir Gutfreund : le désenchanté de Tel-Aviv

Le Blade Runner biblique de Amir Gutfreund

Amir Gutfreund, « La Légende de Bruno et Adèle »,

La légende de Bruno et Adèle, d'Amir Gutfreund : le désenchanté de Tel-Aviv

novembre 2017, traduit de l hébreu Katherine Werchowski, coll « du monde entier », Gallimard, 2017.286 pages, 22,50 €

Le titre « La Légende de Bruno et Adèle » fait penser à un roman moyenâgeux ou à une bergerie du XVIIIème siècle. On en est fort éloigné. Mathématicien, cadre pour l’armée de l’air israélienne, scénariste de séries TV policières son auteur  Amir Gutfreund propose est un roman noir apparemment classique si ce n’est le lieu. Les bas fonds de New York sont remplacés par ceux de Tel Aviv où sévit un tueur en série et une jeune femme, un touriste belge et une vieille dame âgée sont retrouvés morts Le mode d’assassinat varie d’un cas à l’autre et les lieux des meurtres sont  bien différents les uns des autres. Mais deux éléments les relient : une arme à feu d’un modèle ancien et chaque fois une phrase dépeinte au pochoir mais qui apparemment n’a rien d’une revendication du crime.

Deux commissaires sont chargés de l’enquête : un commissaire divisionnaire Yona Merlin flic du genre moyen niveau et un collègue plus vaporeux et cultivé Michaël Ohayo. Ils travaillent  avec deux autres policiers peu motivés placés là pour leur incompétence. Ces mousquetaires iraient au fiasco sans une lycéenne de dix-sept ans, intelligente et présente sur le lieu du deuxième meurtre, pour leur apprendre que ces phrases au pochoir sont en réalité des citations, tirées des œuvres de l’écrivain juif abattu en 1942, Bruno Schulz.

L’auteur n’est pas là par hasard : il fut un des écrivains favoris d’Amir Gutfreund. Et les meurtres seraient peut-être une manière de se venger l’assassinat de l’écrivain. Ce n’est qu’une hypothèse : ne pouvant être négligée, une course contre la montre débute dans Tel-Aviv et un « Taxi Driver » particulier se met à fonctionner. Car la raison des meurtres  est à chercher  dans le passé des victimes, celui d’Israël voire même celui de l’humanité. Car il faut souvent remonter au mobile du premier meurtre de l’Histoire, celui d’Abel par son frère. Dieu lui même n’en fut-il pas le responsable  en refusant l’offrande  animalière de Caïn ?

Le livre tient sur un séquençage des narrations par les différents personnages. Mais il tient surtout parce que le roman policier se transforme en un "blade runner" biblique. Il est facile de savoir qui sont les coupables mais trouver les raisons est d’une autre problématique eu égard aux flics du livre comparable aux «hanvélos » de Queneau.. Elle trouvera néanmoins sa résolution dans un  déluge final sue Tel Aviv : manière de laver la ville ou rappeler que le monde est à recommencer sur des bases plus solides que celles de Dieu.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi