La double vie des manuscrits de la mer Morte

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                            La double vie des manuscrits de la mer Morte

cave.jpgÀ l'aide de méthodes statistiques, un historien des religions a prouvé que les fameux manuscrits de la mer Morte ont en réalité deux origines différentes.

Depuis l'extraordinaire découverte des quelque 900 manuscrits de la mer Morte, trouvés entre 1947 et 1956 dans onze grottes du site archéologique de Qumrân, en Cisjordanie, paléographes1, historiens des religions et autres spécialistes s'affrontent pour en déterminer l'origine. Si le mystère reste complet sur l'identité des dépositaires et sur leurs motivations, on sait désormais grâce à une méthode statistique développée par un historien des religions que ces manuscrits proviennent de deux fonds bien distincts. Une pièce à rajouter à ce puzzle géant de dizaines de milliers de fragments de textes, que l'on date entre 300 avant J.-C. et 70 après J.-C., et que les chercheurs ont rapidement identifiés : des textes bibliques, des textes apocryphes déjà connus2 et de nouveaux textes de nombreux courants sectaires coexistant à cette époque où le judaïsme n'a rien d'une religion unifiée. « Différents types de textes étaient représentés dans chaque grotte, explique Daniel Stoekl Ben Ezra, historien des religions et chargé de recherche CNRS au Centre Paul-Albert Février3. La répartition étant à peu près la même dans chacune, il a été admis depuis longtemps que l'ensemble appartenait à un seul et même groupe. »

Trouvés dans ce type de grottes, à Qumrân, les manuscrits font encore parler d'eux.

Restait à comprendre comment les textes s'étaient retrouvés dans ces grottes en plein désert. Ont-ils été transportés depuis Jérusalem pour être mis à l'abri de l'attaque des troupes romaines, entre 68 et 70 après J.-C., avant qu'elles n'assiègent la ville pour la détruire ? C'est une théorie. Mais l'absence de textes pharisiens4, courant sectaire pourtant largement représenté à cette époque dans la capitale du judaïsme, semble alors inexplicable. « L'étude des poteries, tombes et autres indices archéologiques du site a plutôt conforté une majorité de chercheurs dans l'hypothèse d'un groupe isolé, à l'identité encore discutée, vivant sur place. Il aurait caché ses textes à la hâte dans ces grottes, parfois très difficiles d'accès, au moment d'une attaque », reprend Daniel Stoekl Ben Ezra.
« Mais quelque chose m'a toujours semblé étrange dans tout cela : personne ne s'est jamais intéressé à la répartition des textes selon leur âge… » Elle est pourtant intringuante : deux des grottes contiennent en majorité des manuscrits en moyenne antérieurs de cinquante ans à ceux des autres grottes. « Or, on imagine mal les habitants de Qumrân prendre le temps de classer leurs nombreux documents au moment de les cacher… », pointe le chercheur. Piqué au vif, il met au point une étude mathématique de la répartition des textes avec l'aide d'un statisticien. Le Kruskal-Wallis Test qu'ils utilisent et la simulation aléatoire qui leur permet de distribuer mille fois les textes dans les onze grottes sont formels : une telle répartition est statistiquement très improbable. « Il existait donc forcément deux collections de livres distinctes, une “jeune” et une “vieille” », conclut le chercheur, dont les résultats seront bientôt publiés dans la revue Dead Sea Discoveries5. « Il faut maintenant imaginer d'autres rebondissements dans nos scénarios pour expliquer l'existence de ces deux bibliothèques… », sourit-il.

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