Dramaturge et écrivain juif suisse : Simon Senn, le virtuel et le déplacement des genre

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Dramaturge et écrivain juif suisse : Simon Senn, le virtuel et le déplacement des genre

Simon Senn : le virtuel et le déplacement des genres

Simon Senn, "Be Arielle F", art&fiction, Lausanne, 2020.

Achetant la réplique digitale d'Arielle F sur le site 3dscanstore.com pour 10 dollars, Simon Senn grâce à la licence implicite à un tel "objet numérique" possède une quasi-totale liberté avec celle-ci.

Il utilise à ce titre ce double virtuel et rentre sa peau avec en préambule l'injonction de Shakespeare dans La Tempête : "Ses os sont devenus corail / Perles sont ses yeux /Rien de lui ne disparaîtra / Mais il est changé / En quelque chose de beau et d’étrange".

 

Une telle expérience théâtrale se prolonge d’une question centrale dans le récit du créateur metteur en scène : qu’est-ce qui nous permet d’accorder du crédit à une image, une fiction, un artifice ? De même que : qu’est-ce qui lie une personne à l’image de son corps ? Quelles sont les limites éthiques ou légales dans la manipulation d’une image, d’une fiction, d’une virtualité ?

Le texte comme le spectacle fascinent par l’évidence tacite

  1. du rapport entre soi et l’image de soi de même qu'entre Arielle et son double numérique. Son corps numérisé est lié à elle et ne l’est pas. La "vraie" n’a rien à voir avec l’expérience que vit Simon dans cet mutation numérique, qui advient au-delà ou en deçà de ce qu'elle est en tant que personne humaine.

Notre rapport à l’artifice et à l’apparence est ainsi revisité. Les images possèdent une existence propre. Elles agissent, agitent autant qu’elles représentes , par - comme le dit l'auteur " la prise de pouvoir sur les corps tout en ouvrant potentiellement des voies tangentes dans le cours institué du monde".

 

Rien de bien nouveau dirons certains car nous retrouvons le rôle premier de tout spectacle. Et le virtuel, comme tout ce que produit l’humain, n’est pas un espace séparé, mais une présence. A la fois autre et même. Et, ici, dans le trouble des genres via un cybergénésie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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