Nabil Ayouch Chorégraphe romantique

Coup de théâtre - le - par .
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Article paru dans "Le Figaro" , le 24/04/08

Portrait d'un cinéaste dont le nouveau film ressemble tout autant à un manifeste politique qu'à un spectacle poétique.

Nabil Ayouch est un jeune réalisateur engagé dans une voie artistique passionnelle. Ses deux premiers longs-métrages, Mektoub et Ali Zaoua, prince de la rue, vilains affronts pour les conservateurs, s'inscrivaient dans une stratégie de combat menée au nom de la liberté et de la tolérance. Franco-marocain, Nabil Ayouch est juif par sa mère et musulman du côté paternel. « Cette mixité a été pour moi un vrai fardeau durant mon enfance. C'est en grandissant et grâce au théâtre et au cinéma que j'en ai fait un motif de grande fierté », confie-t-il.

L'héroïne de son nouveau film *, Lola, est une jeune New-Yorkaise qui vit de ses modestes revenus de facteur en rêvant de devenir danseuse. Un jour, lors d'une tournée, elle croise le regard de Zack, tout droit venu du royaume des pharaons. Les deux tourtereaux s'envolent sur les ailes de l'amour. Une dispute au sujet de la passion de sa belle incite Zack à rentrer au Caire. Elle le rejoint aussitôt, mais un fossé culturel les éloigne et la flamme s'éteint rapidement. « Je souligne ici une forme d'hypocrisie sociale, en évoquant cette jeunesse bourgeoise du Sud qui part étudier en Occident et se laisse aller à la désinvolture générale mais qui, de retour au pays, se soumet à la pression familiale », commente le réalisateur. Malgré son chagrin, Lola consacre toute son énergie à trouver puis à convaincre Ismahan, une célèbre danseuse orientale, de lui enseigner l'art du déhanché. Au pays du croissant de lune, une nouvelle étoile va naître. Nabil Ayouch poursuit : « J'ai rejeté la manière dont la religion s'est approprié la sphère publique. Je me suis attaché à la culture arabe, qui a beaucoup de belles choses à révéler : ainsi la danse, qui sert de lien dans mon film. Dire : "On a tous le même Dieu, donc on est tous des frères" est faux ! On a tous des différences, et c'est là que nous puisons notre force. » Il rend ici toute sa splendeur à une contrée dont la réalité ne se réduit pas à la misère et au terrorisme. Son film, tel un conte des Mille et Une Nuits, est à noter d'urgence sur son carnet de bal. Et son nom, à retenir.

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