"Du cristal à la fumée": faire entendre les mots des dirigeants nazis

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du-cristal-la-fumee.jpgPARIS,le 18/09/08- Rendre compte. Faire entendre les mots prononcés lors d'une réunion des dirigeants nazis en novembre 1938 qui porte déjà en germe la "solution finale": c'est la tâche difficile de la pièce "Du cristal à la fumée" de Jacques Attali, montée par Daniel Mesguich au Théâtre du Rond-Point.

"Ce qui est très important, c'est de comprendre que ceci est arrivé et que ceci peut arriver de nouveau", explique  Jacques Attali, qui signe là sa deuxième pièce.

Le 12 novembre 1938, Hermann Goering, numéro deux du régime, convoque à Berlin les barons du nazisme et des hauts fonctionnaires nazis. Cette réunion secrète a lieu deux jours après la "Nuit de cristal" au cours de laquelle des centaines de synagogues et des milliers de magasins juifs ont été détruits et une centaine de juifs tués.

Goering, chargé par Hitler de régler la "question juive", ne veut plus de ce type d'actions anarchiques, fomentées par le ministre de la Propagande Joseph Goebbels, car elles s'avèrent coûteuses pour l'économie allemande.

Pour reconstituer cette scène, l'écrivain s'est appuyé sur les notes récemment redécouvertes d'un des sténographes présent à la réunion, ainsi que sur des compte-rendus des procès de Nuremberg.

"C'est une réunion absolument folle. Peu de gens ont vu à quel point elle contenait en germe tout ce qui allait ensuite en découler. Tout le monde croit que la +solution finale+ est décidée en 1942", souligne Attali. "Lors de cette réunion, les dirigeants nazis décident de l'élimination économique des juifs mais celle-ci ne peut que conduire à leur élimination physique. Ca crève les yeux", relève l'ancien conseiller de François Mitterrand.

Pas simple de mettre en scène un tel moment d'histoire. "D'abord, c'est difficile de fréquenter ces gens. Au bout de quelques jours, on se sentait un peu poisseux", déclare à l'AFP Daniel Mesguich.

Mais le plus difficile, "c'est de faire un spectacle qui n'en soit pas un, de donner l'écrin le plus juste possible au bijou immonde qu'on présente", poursuit le metteur en scène. "C'est une lecture que j'ai voulue spectaculaire pour qu'on l'entende le plus possible, le plus loin possible", poursuit-il.

Alors, les croix gammées sont bien là mais biffées par des tags. Les comédiens, en uniforme, gardent leur texte à la main et le lisent parfois ostensiblement, même lorsqu'ils le savent par coeur.

Bernard-Pierre Donnadieu campe un Goering tonitruant, Xavier Gallais un Goebbels agité, William Mesguich un Heydrich implacable.

"C'est un conseil des ministres de gangsters, très différents les uns des autres et qui se haïssent. Il y a des voyous comme Himmler et Heydrich, des flics épouvantables, des juristes dévoyés, un noble prussien dévoyé, un diplomate trouillard", décrit Jacques Attali.

Convoqué pour estimer les conséquences financières, pour les compagnies d'assurances, de la "Nuit de cristal", le directeur général d'Allianz, Eduard Hilgard, incarné par Féodor Atkine, défend ses actionnaires mais n'a aucun d'état d'âme concernant les traitements infligés aux juifs.

Pour permettre au public de respirer face à ces "monstres", Daniel Mesguich a eu l'idée de créer un "passant" invisible (Zbiniew Horoks), qui promène sa longue silhouette au milieu des dignitaires nazis, les écoute, se rend compte.

Et lorsque la lecture, glaçante par moments, se termine, les comédiens s'abstiennent de venir saluer. Car on n'applaudit pas une scène de cette nature.

"Du cristal à la fumée" se donne jusqu'au 28 septembre au Théâtre du Rond-Point à Paris. La pièce de Jacques Attali est éditée chez Fayard.

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