Livre : Père à l´horizon

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peredhorizon.jpgBob Biderman   Red Dreams
Hachette - Littératures 2008 /  18 €

Au milieu des années 50, aux États-Unis, alors que de nombreux Juifs ont fui l’Europe et les horreurs de l’Allemagne nazie pour se réfugier de l’autre côté de l’Atlantique, la chasse aux communistes est ouvertement officialisée par le Comité de lutte contre les organisations antipatriotiques (de 1945 à 1958) venant complété le Smith Act (loi sur l’enregistrement des étrangers en vigueur depuis 1940, visant à surveiller les étrangers susceptibles d’avoir l’intention de renverser le gouvernement). La peur de la mouvance rouge a induit de nombreuses suspicions envers toutes personnes cataloguées comme partisanes du régime en place en URSS.

Alan, adolescent de 13 ans, narrateur du roman de Bob Biderman, vit cette oppression de très près. Juif d’origine, issu d’un milieu ouvrier, son existence sombre dans les affres de la déchirure. Son père, Jacob Bronstein, partisan de la défense des ouvriers et profondément défenseur des droits et de la dignité des travailleurs, se retrouve sur les listes noires du FBI. Pour échapper à l’emprisonnement, il fuit. Son absence durera deux longues années, synonymes d’une douloureuse errance pour Alan. Sa mère, dans l’obligation de travailler pour subvenir à leurs besoins, est contrainte de quitter l’Ohio, son lien marital avec Jacob la lésant pour trouver le moindre job.

Alan et sa mère s’installent en Californie, à Hollywood plus précisément. Les contrastes entre les milieux sociaux, les mélanges culturels qui se font difficilement, montrent une Amérique déjà libérale et tournée vers ce rêve de l’ascension sociale. Dans cet univers aux contradictions cinglantes, Alan lutte contre ces questions sans réponses qui le maintiennent dans un mal être et une nervosité à fleur de peau. Où est son père ? Quand reviendra-t-il ? Qu’a-t-il fait de si grave pour qu’ainsi il disparaisse du jour au lendemain ? Est-il toujours en vie ? Un amoncellement d’inquiétudes auxquelles son environnement ne répond que par un silence pesant. Une révolte gronde en lui, son ventre est douloureux, assailli de tiraillements que rien ne peut apaiser.

Ce moment si souvent imaginé par Alan arrive enfin. Son père revient. Le garçon de 13 ans est devenu un adolescent de 15 ans, Jacob n’est plus le père rassurant, un voile insaisissable de dureté et de tension habite son visage. La joie n’est pas aussi évidente que celle mise en scène dans les maints scénarii qu’Alan a élaborés pendant deux années. Les relations familiales se gâtent quand la famille, à nouveau réunie, prend la direction du Texas.

Bob Biderman interroge, à travers l’expérience d’un adolescent, la question de l’identification au père et sa place. Ce lien par lequel les transmissions culturelles, idéologiques, les valeurs familiales se perpétuent ou au contraire se distendent, se déchirent, est vulnérable. La distorsion conséquente d’une absence injustifiée, tue tel un secret, provoque l'imagination fantasque du fils qui s’enfonce dans le rejet de toutes les règles. La quête d’un absolu devient alors une condition de survie pour contraindre une fragilité latente. La plume du romancier anglais est juste, authentique et simple. Mais son aversion envers les États-Unis est parfois agaçante car injustifiée dans le déroulement de l’histoire.

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