hava-melanie Taieb

Mélanie Oz, journaliste française et créatrice de la marque de bijoux de tête Rose Guita, fait son alyah en 2015 à Tel Aviv.

Épouse et mère de 2 enfants, elle navigue depuis 5 ans au grès des marées hautes et basses de l'adaptation à la vie israélienne. Autant vous dire qu'il lui arrive de boire la tasse, mais aussi de barboter avec joie et délices dans son nouveau bocal.

Depuis un an bientôt, elle nous raconte, dans son blog DailyMel, ses tribulations et petites réflexions d'une ola hadasha à la fois dépassée et comblée par son alyah : www.dailymel.net

Et tout y passe : ses anecdotes amusantes et décalées (elle appelle ça le choc des cultures diasporatiques) ; ses récits de vie (authentiques) drôles et moins drôles, telle est la vie ; ses coups de coeur culturels, ses coups de gueule comme une vraie Israélienne qui se respecte ; ses bons plans mode pour tsniout, et qui parle de tsniout, vous l'avez compris, parle aussi de quelques mots de Torah et d'Histoire Juive.

Mél, de son surnom, signe désormais pour L'Alliance Magazine sa chronique spéciale L'Alyah comme sur des roulettes.

Et pour mieux vous la présenter, découvrez deux de ses chroniques phares sur ce voyage ascensionnel qu'est l'Alyah francophone : Moi trentenaire +++ et l'evrit et La révolte en marche.

Les articles de hava-melanie Taieb

L'Alyah comme sur des roulettes : Moi trentenaire +++ et l'évrit de Mel Oz

MOI, TRENTENAIRE+++ ET L’EVRIT

Mélanie Oz, journaliste française et créatrice de la marque de bijoux de tête Rose Guita, fait son alyah en 2015 à Tel Aviv.  Épouse et mère de 2 enfants, elle navigue depuis 5 ans au grès des marées hautes et basses de l'adaptation à la vie israélienne. Autant vous dire qu'il lui arrive de boire la tasse, mais aussi de barboter avec joie et délices dans son nouveau bocal. 

Elle nous raconte, dans son blog DailyMel, ses tribulations et petites réflexions d'une ola hadasha à la fois dépassée et comblée par son alyah : www.dailymel.net

Et tout y passe : ses anecdotes amusantes et décalées (elle appelle ça le choc des cultures diasporatiques) ; ses récits de vie (authentiques) drôles et moins drôles, telle est la vie ; ses coups de coeur culturels, ses coups de gueule comme une vraie Israélienne qui se respecte ; ses bons plans mode pour tsniout, et qui parle de tsniout, vous l'avez compris, parle aussi de quelques mots de Torah et d'Histoire Juive.

Mél, de son surnom, signe désormais pour L'Alliance Magazine sa chronique spéciale L'Alyah comme sur des roulettes.

Et pour mieux vous la présenter, découvrez deux de ses chroniques phares sur ce voyage ascensionnel qu'est l'Alyah francophone : Moi trentenaire +++ et l'evrit et La révolte en marche. 

Oui bien sûr, beaucoup de français parlent l’hébreu couramment…et même parfois sans accent frenchy. Kol hakavod (bravo) !

Sinon, il y a les autres :

– ceux qui refusent de s’y mettre catégoriquement (blocage psychologique, flemme totale, ou encore : « oh non non non suis trop vieux pour ça »..) et qui vivent en anglais en espérant qu’ils ne tomberont pas sur un religieux ou une israélienne d’origine russe qui ne connaît pas un mot, mais alors pas un seul mot d’anglais ;

– ou encore ceux qui essayent mais qui n’y arrivent qu’à moitié. Car apprendre l’hébreu au-delà de l’âge de 30 ans peut devenir un vrai parcours du combattant.

Pour ma part, je me range du côté de ceux qui font un demi-effort d’intégration. Faire son alyah avec pour seul bagage sémantique (Shalom, ken, lo, et sliha) peut relever de la folie pure. Bon, je n’allais pas me décourager pour si peu. Mes convictions sionistes l’emportaient sur la difficulté que représentait à priori l’alyah.

Et puis, on nous bassinait la tête avec l’idée (complètement fausse) que nos enfants s’intégreraient en 3 mois maxi (mais oui bien sûr!) et qu’avec eux, nous deviendrions bilingues en un temps record. Nous n’étions certes pas dupes de la supercherie marketing de l’Agence Juive, mais rien ne pouvait nous arrêter. Nous devions partir. C’était sans nulle doute la grande « mission » de notre vie.

Ok, ok. Je vous passe le départ, l’arrivée etc. On en parlera une autres fois.

Me voilà enfin sur les bancs de l’oulpan après 7 mois d’alyah (bha oui, avant cela, je n’avais pas trouvé de place au mahon (crèche) de la ville pour mon 2ième enfant). Alors pour le chapitre oulpan, je n’ai quasiment que des éloges à faire. J’ai tout appris, forcément je ne savais rien. J’ai rencontré pleins de gens super, forcément ils vivaient la même expérience délirante que moi. Cela m’a rappelé un peu l’école. Cela m’a beaucoup saoulée aussi parfois, je ne saurais mentir, mais finalement, je savais aligner trois phrases correctes à la suite en mélangeant, tenez-vous bien, le présent, le passé et le futur. Grandiose ! Oui je me satisfais de peu. Voilà, j’arrive enfin à communiquer avec la ganenette (la maîtresse de maternelle) de ma fille d’origine russe, donc vous le savez maintenant, qui ne connaît pas un mot, mais alors pas un seul mot d’anglais.

Seulement voilà, l’oulpan s’arrête. Il faut travailler maintenant, trouver sa parnassa (subsistance) et sa place dans la société israélienne. Alors, on pratique autant que l’on peut, pour faire ses courses, dans les mishadim (les bureaux, banques etc…), aux gan (maternelle) et beith sefer (école primaire) des enfants, avec le serveur de café avec lequel on tente une discussion qui relève du débile profond. Oui, ne pas parler la langue du pays peut quelquefois vous renvoyer une image assez désagréable de vous-même. Mais passons. Faire son alyah, c’est d’abord faire preuve d’humilité, sachez-le !

Donc tout ce préambule un peu pompeux mais nécessaire pour vous annoncer, que nous autres franco-israéliens, un peu flemmards mais pas trop quand même, avons créé une nouvelle langue : le « franbreu » avec des touches de « franglais »,  histoire d’être sûrs d’avoir été compris. Vous commencez à deviner, n’est-ce-pas ?

Au bout de quatre ans d’alyah, vous êtes déjà passés sous le bulldozer de la vie israélienne. Vos habitudes ont littéralement changé, votre langage est métamorphosé. Parce que même entre français, on ne parle plus exactement la langue de Molière. Tous les mots hébreux de votre quotidien ont été assimilés et imprimés dans votre cerveau à tel point qu’il nous arrive de chercher le mot en français. C’est étonnant vous ne trouvez pas ?

Donc, dans une discussion absolument banale, l’evrit s’est invité avec panache, ce qui pourrait donner « stam » (genre) : Hamuda, on va se prendre un café afour beyahad (café allongé ensemble).

Ou encore : ce resto est yoter midaï (mieux) ou ari tova (le meilleur)

Ou encore : je reviens de la hanout (magasin) de …. la rechbon (l’addition) était salée, oui parce que tout est plutôt salé ici.

Croyez-vous vraiment qu’on utilise encore ce mot, « l’addition » ?????? Rien que de l’écrire, j’ai l’impression de le redécouvrir comme une enfant qui s’étonne de tout (ce qui ne fera pas de moi une philosophe pour autant).

Mais la vie ne se résume pas à nos relations entre franco-israéliens. Il nous arrive quand même de nous frotter aux israéliens. Et là, ça peut devenir comique, voire même embarrassant.

On commence à parler, on arrive toujours plus ou moins à formuler une demande, à traduire le fond de notre pensée. Seulement, le problème est que la personne en face de vous va vous répondre…. et OUI, parfois je m’arrêterais bien sur mon exploit de jour, mais non, il faut maintenant ÉCOUTER avec ATTENTION chaque mot qui va sortir de sa bouche, priant pour que son accent ne prenne pas le dessus. Lui, il s’en fiche pas mal que tu sois ola hadasha (nouvelle immigrante) ou ce que tu veux d’autre, il va te parler comme il parle à n’importe qui, et c’est bien normal. En même temps, je suis touchée par son égard à ne ne pas me faire passer pour une débilos de service, enfin au début …

Bé kitsouh, j’écoute …. et dans ma tête c’est toujours la panique à bord, vas-y Mél écoute, essaye de comprendre …. non mais là suis perdue … au secours, j’en peux plus… ah ah ah, j’ai pigé un mot là, vas-y vas-y rebondis dessus direct !!

Sauf qu’il repart de plus belle … et c’est rebelotte. De l’extérieur, on pourrait penser que la meuf maîtrise, waouh respect !! Mais moi, je sors de là rincée comme si j’avais été mise KO sur un ring de boxe. Et je vous assure que cette pitoyable métaphore n’est pas disproportionnée.

Il arrive toutefois que je sois obligée de comprendre ce que mon interlocuteur me dit. Alors au moindre passage peu clair, je dois faire preuve d’autorité en lui coupant la parole avec vigueur (oui on n’arrête pas un israélien de parler si facilement… bha oui la plupart parlent forts, voire peuvent donner l’impression de s’engueuler (genre rixe verbale), mais non non non, c’est ni plus ni moins leur façon de s’exprimer… et vous me croirez ou non, je commence à parler l’hébreu avec véhémence aussi… ce qui est sans doute bon signe ?!!)

Quand je coupe la parole maintenant, je ne m’excuse plus (bravo Mél), j’apostrophe direct mon interlocuteur avec un « lo eventi cloum, arshav ata iérol ledaber leat leat bevakasha » : en avant la traduction « je n’ai rien compris, tu pourrais parler plus doucement please ?

Ou encore : « mazé » … (qu’est-ce-que c’est, pour dire, qu’est-que ça veut dire ce mot ????? )

Ou encore plus gênant : « er omrim » trouver, find ? (comment on dit trouver, find en evrit ?)

Et là, s’il ne comprend pas, je dois avoir recours à mon arme ultime, le langage des mains. C’est à ce moment-là que je sais que j’ai touché le fond et que je dois apprendre l’hébreu la nuit s’il le faut…sauf que j’ai toujours autre chose de mieux à faire … Pas vous ?
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