hava-melanie Taieb

Mélanie Oz, journaliste française et créatrice de la marque de bijoux de tête Rose Guita, fait son alyah en 2015 à Tel Aviv.

Épouse et mère de 2 enfants, elle navigue depuis 5 ans au grès des marées hautes et basses de l'adaptation à la vie israélienne. Autant vous dire qu'il lui arrive de boire la tasse, mais aussi de barboter avec joie et délices dans son nouveau bocal.

Depuis un an bientôt, elle nous raconte, dans son blog DailyMel, ses tribulations et petites réflexions d'une ola hadasha à la fois dépassée et comblée par son alyah : www.dailymel.net

Et tout y passe : ses anecdotes amusantes et décalées (elle appelle ça le choc des cultures diasporatiques) ; ses récits de vie (authentiques) drôles et moins drôles, telle est la vie ; ses coups de coeur culturels, ses coups de gueule comme une vraie Israélienne qui se respecte ; ses bons plans mode pour tsniout, et qui parle de tsniout, vous l'avez compris, parle aussi de quelques mots de Torah et d'Histoire Juive.

Mél, de son surnom, signe désormais pour L'Alliance Magazine sa chronique spéciale L'Alyah comme sur des roulettes.

Et pour mieux vous la présenter, découvrez deux de ses chroniques phares sur ce voyage ascensionnel qu'est l'Alyah francophone : Moi trentenaire +++ et l'evrit et La révolte en marche.

Les articles de hava-melanie Taieb

L'Alyah comme sur des roulettes : J'ai rendez-vous à la poste en Israël

Bref, je suis à la poste.

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La poste et moi ça fait 222.

J'ai pris rendez-vous sur l'applicacia (l'application) et pourtant, j'attends depuis 45 minutes, dehors pour cause de Corona.

Heureusement, ils ont engagé un shomer (gardien) à l'entrée qui gère la situation sereinement. Finalement, la poste n'a jamais été aussi calme et les gens aussi civilisés. J'adore le nouveau concept.

Le seul hic, si puis-je dire, est que je dois rester les yeux collés sur la vitre immonde (et c'est un faible mot) pour essayer d'entre-apercevoir les numéros qui défilent sur l'écran. Ça serait ballot que je rate mon tour pardi !

L'idée de désengorger la poste est une bonne mesure sanitaire. Le problème reste cependant entier, puisque les gens sont agglutinés sur le pas de la porte d'entrée pour, comme moi, checker leur tour sur l'écran.

Ici la colonne des A s'affiche à gauche de temps en temps seulement. Il faut pas rater son coup.

À mon arrivée, nous étions au numéro A 207, et depuis 45 minutes que j'attends, cette colonne n'est toujours pas passée à mon numéro, le A 208. Selon ce que l'on vient faire à la poste, on a un numéro correspondant. Il existe pas moins de 5 files d'attente (me demande si c'est pas plus d'ailleurs).

Toutefois, une poignée d'entre nous sont autorisés à entrer et heureusement franchement pour les femmes enceintes ou les mamans avec poussettes ou encore les personnes âgées. Même si en fin de compte, il y a pas mal de jeunes gaillards assis sous le "mazgan "(la climatisation).

Bé kitsou'h (sans transition), mon labrador Simba a toujours un succès fou, et l'asociale que je suis en public d'ordinaire doit taper la discussion avec tout le pays. Vous ai-je déjà dit que TLV était la ville des chiens ? Ici, quasiment tout le monde aime nos amis à quatre pattes.

Il fait 'ham (chaud) dehors, j'ai les gouttes de sueur qui coulent le long de mes jambes sous la jupe (pardon, c'est pas très élégant à révéler, mais ça vous donne une idée du niveau d'humidité ambiante), c'est vous dire. Inné (voilà) c'est mon tour. Je suis quand même allée me plaindre, une fois où deux, que ce n'est pas normal d'attendre 50 minutes quand on a pris rendez-vous. Le shomer (le gardien) a pu plaider en ma faveur. J'aime beaucoup décidément ce nouveau concept de shomer à la poste.

D'autant que ma copine m'attend sous l'olivier du Kikar Rabin.

À l'intérieur, toujours le même cirque, que j'adore modérément encore maintenant. Oui ça veut rien dire, mais ça traduit pourtant assez bien mon sentiment du moment.

Les filles sont assises derrière leur comptoir, une protection plastique de fortune les séparant du monde extérieur. La mienne m'accueille avec un café à la main et le téléphone de l'autre. Elle m'entend plus que m'écouter, et me coupe la parole de la main pour répondre à un message WhatsApp. Ein baya mami (pas de problème) chérie), je connais la chanson par coeur, et maintenant je sais même en fredonner l'air, sauf que mon éducation me poursuit et je ne me l'autorise jamais. Je travaille dessus.

Impossible de lui demander d'aller plus vite, elle prendrait la mouche, et j'en aurais pour une heure sans compter la douche froide qu'elle m'affligerait. Tout y passerait, ses conditions déplorables de travail, ses problèmes de boulot, sans compter ses tracas personnels, et si je me fais pas insulter au passage, alors je dois m'estimer heureuse (il y a bien du vécu bien sûr dans ma supposition).

En clair, je n'ai ni le temps, ni la force d'affronter les foudres de ses rancoeurs encore inexprimées depuis son petit déjeuner. La seule option qui se présente donc à moi est d'afficher un grand sourire, façon publicité Colgate.

Soudainement, je vois son faciès se déformer en une grimace effroyable. J'imagine déjà qu'elle ne comprend pas quelque chose sur son écran.  La voici du coup partir sans explication discuter avec une collègue à l'autre bout du comptoir. Au passage, elle rigole avec une autre fille qui n'hésite pas l'interpeller pour lui dire un mot en privé.

Finalement, la voilà qui me revient. Je maintiens la sourire Colgate en me disant qu'enfin peut-être, on tient le bon bout et que l'on va pouvoir conclure cette petite mascarade.

Et bien non, son téléphone sonne. Non, il n'est pas sur silence, pourquoi, il devrait ? Il retentit fort, suffisamment en tout cas pour tirer Simba de sa léthargie. Elle est magnanime, elle essaye de faire les deux choses en même temps, mais d'un seul coup d'un seul, le ton monte, et elle se lève sans même me regarder, puis s'éloigne de son poste de travail. Oy va voy (je n'ai pas de traduction pour cette expression, désolée) !!!. Derrière moi, le comptoir attribué aux colis me fait rêver. L'agent en charge assure. Les numéros défilent. Chez lui, tout semble facile. Les clients sont satisfaits du service express.

Ah, la voici qui revient à moi, à moins que ... non, c'est bon, elle s'assoit. Je n'attends pas d'excuses, vous vous en doutez bien. On essaye de reprendre parce qu'ayant été perturbée, elle a oublié la précédente information cruciale. Quelque peu contrariée, il est vrai, elle semble se défouler sur le clavier de son ordinateur. C'est ma chance, elle veut enfin expédier mon cas. Très concentrée, je découvre qu'elle n'a besoin de personne et surtout qu'elle est très efficace, quand elle le veut bien.

Je redouble de politesse pour la remercier et lui souhaite une belle journée et surtout bon courage. (En soi, je compatis à 10 000 %. Ca ne doit pas être rigolo tous les jours, j'en conviens.) Elle a déjà tourné la tête pour papoter avec sa collègue. Elle doit en avoir des choses à lui raconter après ce coup de téléphone Tempête.

Je jette un coup d'oeil à l'heure, je viens de passer 1h15 minutes à la poste avec rendez-vous je vous le rappelle. Je n'en reviens pas. Mais tout va bien. Qui est pressé d'abord dans ce pays ? Pourquoi s'énerver ? On ne peut que s'y habituer et accepter les règles du jeu culturel. Bon, ça demande quand même pas mal d'énergie et d'entraînement façon Rocky Balboa.

Parfois, il m'arrive tout de même de taper du poing sur la table, mais ça ne m'apporte pas toujours gain de cause. Il semblerait que dans ce rôle là, je ne sois pas très convaincante.  En revanche, quand je parviens à feindre les pleurs, alors là mes amis, c'est le gros lot. Mais c'est pas facile de pleurer sur demande, surtout quand vous avez envie de boxer à la place.

Ma soeur m'avait dit à mon arrivée en Israël, "c'est simple, si tu veux qu'on t'écoute ici, soit tu cries, soit tu pleures." Vous auriez vu ma tête en l'écoutant. Au début, j'en étais tout bonnement incapable, et puis, à force d'être transparente, et de me prendre des "non" à la pelle, j'ai essayé de mettre en pratique son précieux conseil. Mais ça ne s'improvise pas, cela requiert un entraînement quotidien, à moins que ça soit inné chez vous. Ici, ça a un nom, ça s'appelle faire sa "drama queen".

Toujours est-il que je me console en me disant que la poste c'est fait, et c'est déjà une chose que je peux rayer sur ma "to do list" du jour.

Bessorot Tovot

 

Hava Mélanie Oz

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L'Alyah comme sur des roulettes : Petites réflexions avant Yom Kippour

Alyah comme sur des roulettes, pensées et réflexions juives yom kippour

Chana Tova Oumetouka vé Gmar Hatima Tova à tous,

Je ne sais pas comment vous vivez ces 10 jours de repentance, de retour - Asséreth Yemei Techouva -, mais pour ma part, il s'agit toujours d'une période bien étrange.

Je suis mitigée entre un sentiment de dévotion envers Hachem, à espérer, lui demander avec ferveur qu'il entende mes prières et me pardonne aussi pour ce que je n'ai pas fait, ce que j'ai mal fait, ou encore, ce que j'ai fait mal croyant bien faire.... ; et un sentiment de rébellion qui me pousse à penser que c'est bien hypocrite de ma part tout ce manège.

Si je ne change pas véritablement quelque chose dans mon attitude envers le Roi du monde, envers moi-même, à quoi me sert-il de me rapprocher de Lui ? Si, une fois tout ça finit, je retombe dans ma routine d'hier, la même que l'année précédente et des années passées, à quoi bon jouer la comédie de la Téchouva ?

Mais, je dois bien avouer que depuis que j'ai fait mon Alyah, le temps s'est accéléré. En France, je me laissais vivre, presque passivement. Vivre en Eretz a bousculé mon rythme cardiaque.

Ma tête est passée au moulin à broyer, et je me sens encore à l'état de façonnage.

En 5 ans de vie en Israël, il me semble avoir vécu 10 ans en condensé. En tout cas et pour preuve, mon physique en témoigne. Oh mais, je ne me lamente pas, et ne pleure encore moins sur mon sort. J'ai choisi, j'ai voulu, j'ai avancé, reculé, sauté à pieds joints, suis tombée en chute libre et continue encore à me relever et voler en parachute.

Quand je regarde mes enfants faire une partie de Mario Bross, j'ai l'étrange sentiment de ressembler à ce petit plombier qui a presque mon âge d'ailleurs, et continue à traverser les plateformes Nintendo de plus en plus sophistiquées. Et même quand le petit bonhomme est Game Over, il se relève, et ça continue pour une nouvelle chance.

Veuillez me pardonner pour ce syllogisme si grossier, mais mon quotidien de maman impact forcément sur ma réflexion. Il est celui qui m'a le plus marqué ces derniers jours. Je me sens définitivement comme Mario Bross, à évoluer dans les différents niveaux du jeu, parfois devant recommencer à zéro, ou remportant une bataille décisive qui me donne la clé d'une nouvelle porte pour de nouvelles aventures.

Et quelques fois, non soyons un peu honnêtes, surtout en ce moment, je me sens épuisée et contrariée de me voir stagner au même niveau, sur le même plateau que je crois connaître par coeur et que je ne parviens pourtant pas à passer. Qu'est-ce donc qui m'échappe ?

Et voilà le jugement -dhin- de Rosh Hashana qui est passé. Pourtant, pendant ces jours prochains de Repentance, et ce, jusqu'à Yom Kippour, nous pouvons encore changer la donne. Inverser la tendance ou bien la renforcer.

On espère tous une Gmar Hatima Tova, d'être tamponné favorablement afin d'être inscrit dans le Livre de la Vie avec nos familles et amis en bonne santé, et dans la joie... On prie pour être épargné par de trop lourdes épreuves.

Finalement, Je me sens comme ce Mario Bross, qui, tous les ans, reçoit une nouvelle chance. Et forcément je Le remercie pour tout le bon qu'il m'a apporté, et parfois même le mal qui m'a enseigné des choses essentielles ; même si je ne sais pas toujours comment venir à bout de certains traumatismes. J'essaye en tout cas. La Emouna, la foi,  demeure la véritable clé.

J'ai conscience que c'est déjà bien de savoir ce qu'on ne veut plus, et encore mieux ce que l'on veut. Mais sait-on pour autant comment parvenir à changer les choses. Vous ne vous sentez-vous jamais coincés ? Pourtant, il ne s'agit que d'une fausse croyance. A savoir maintenant si mes voeux vont m'être exaucés ? Seul Hachem le sait.

Je voudrais vous faire part de la petite réflexion de la semaine. Soyez indulgents à mon égard, je suis malade depuis plusieurs jours (y-aurait-il un sens d'ailleurs à être malade en cette période ? Tout a un sens, mais presque tout m'échappe actuellement, mon cerveau est lessivé), et je perds sans doute les pédales, ou pas.

Notre monde est construit sur la notion manichéenne du Bien et du Mal. C'est tout du moins ce qui paraît. Combien de fois ai-je entendu à des cours de Torah des auditeurs demander "pourquoi ceux qui se conduisent le plus mal ne rencontrent presque pas de difficultés"... Vous l'avez compris, il ressort de ce questionnement un sentiment d'injustice.

Et la réponse est souvent la suivante : "nous ne sommes pas dans les comptes d'Hahem". D'ailleurs, on leur rappelle que c'est leur rapport aux Mitsvot qui leur fera gagner une place au Gan Eden... Et bien, je trouve ce genre de discours bien réducteur.

Attention, je ne dis pas qu'il ne faut pas pratiquer les Mitsvot, au contraire.  Seulement, cette forme de discours revêt un caractère punitif et dont le connotation est aussi proche de la culpabilité  caractéristique de la culture chrétienne.

Autant vous dire que j'ai du mal avec ce type d'énonciation qui vise à dire au plus grand nombre quelque chose de vrai avec des raccourcis trop faciles qui portent atteinte finalement à notre Torah et je crois bien, en éloigne plus d'un de la noble pratique du Judaïsme.

En ces jours si spéciaux, je réalise qu'une notion entrevue en cours de Philo sur le Mal est finalement commune avec notre enseignement. Le bien et le mal n'existent pas fondamentalement. Oui bien sûr, le Ying et le Yang, les nuances...

Mais il semblerait que l'inconscient collectif s'accorderait sur l'idée selon laquelle l'indigence matérielle permettrait de sortir de l'indigence spirituelle. Notre capacité à affronter les épreuves, la souffrance serait la réponse pour nous mener sur la voie des justes.

Autant dire que ça ne doit pas envie. Qu'en pensez-vous ? Pas très séduisant tout ça.

Combien de fois, ai-je entendu des sous-entendus de Rav et Rabbanite qui exprimaient qu'à demi-mot que le mal n'existe pas vraiment. Qu'à un niveau supérieur, il forme une unité avec le bien, mais ce n'était pas pour nous...

Tout ceci, est un peu décousu, beaucoup, oui je vous l'accorde, pour vous dire que je réalise que seul prévaut notre cheminement personnel.

Le mal nous sert de miroir pour mieux comprendre ce sur quoi nous devons travailler dans cette vie. Notre état de conscience nous appartient et personne ne peut ou ne doit juger son prochain, se comparer à lui.

Nous recevons le lot d'épreuves qui nous incombe. Seul existe donc notre aptitude à façonner le mal plutôt que le bien ou vis-vers-ça.

Dans ce cheminement, très long, on parle d'une vie, d'une ou plusieurs missions, on monte et on descend, et c'est dans ce mouvement naturel sans doute que l'on gravit des marches parallèles. Chuter est l'ascension la plus fulgurante. Après, nous ne pourrons remonter que différemment.

A la suite d'une rafale d'épreuves, j'ai éprouvé de la colère, du ressenti. Pourtant, entre l'étude de la Torah et ma pratique des Mitsvot, je croyais avoir bâtit un bouclier magique qui me protégerait de toute souffrance. Quelle idiote. Mais en  tant que pratiquante novice, j'ai commis l'erreur de prendre certains enseignements au premier degré.

De vous à moi, j'ai de plus en plus le sentiment de ne rien comprendre et en même temps de me rapprocher de Lui. Mon seul véritable ennemi est le doute, celui-là même qui me ronge pour un oui ou pour un non. Je voudrais cette année combattre cet Amalech et parvenir à croire en mes choix en toute humilité. C'est peut-être le travail de toute une vie, mais ça serait chouette de commencer à m'atteler à cette tâche.

Je vous écris cette étrange chronique cette semaine avec de la fièvre. J'ai fait le test du Covid hier à la maison, j'espère que tout ça sera derrière moi bientôt si D. veut.

Je ne voulais pas rater notre rendez-vous hebdomadaire pour autant. Je n'ai pas la force de me relire, et je vous avoue que je me demande si toute cette succession de mots a du sens.

En tout cas, je souhaite qu'Hachem vous offre le meilleur pour vous et les vôtres et la Refoua Chelema de nos malades. Gmar Hatima Tova à tous.

Amen

Hava Mélanie Oz

 

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L'Alyah comme sur des roulettes : Faire le plein d'énergie pour un Rosh Hashana Home Sweet Home

L'Alyah comme sur des roulettes en israel

Boker Or mes 🧡

C'est l'heure de la potion magique pour faire le plein de vitamines.

Mon jus préféré est orange-mangue-pêche.

C'est sans doute le jus le plus calorique qui puisse exister. Mais je peux vous assurer que vous n'aurez plus faim pendant de longues heures. Je me l'autorise quand je n'ai pas pris de petit déjeuner. Ça me cale jusqu'à 13h. 

 Mais si j'écoutais mon frère et ma mère qui sont tendances healthy, je devrais plutôt commencer ma journée par un jus de citron-gingembre. Le genre de boisson qui décape

 Je me souviens du jour où ma mère avait demandé ce jus pur citron (sans eau), tandis que ma soeur et moi avions partagé (c'était l'époque avant le Corona hein, cela va sans dire) un jus bien chargé en sucre naturel.

 

 

 

 

 

 

 

Le vendeur avait alors été stupéfait et lui avait lancé déconcerté (c’est rare de déconcerter un israélien)  : " Quoi ??? Que citron-gingembre ???? Sans eau ???... Tu fais la vidange ?" 

A croire que cette potion magique n'est pas une demande commune en Israël. "Je te mets de l'eau ou une orange quand même ?", avait-il insisté.

“Un glaçon”, avait-elle consenti. 

Pour faire genre, nous aussi on est capables, on avait goûté à sa mixture peu attrayante et je dois avouer qu'on ne faisait pas les fières. Sans eau, je peux vous garantir que ça m'a fait la sensation d'avaler la potion magique du très célébrissime druide Gaulois d'Astérix et Obélix. 

La moutarde à côté, c'est de la rigolade !

Ce matin, je fais simple. Pas envie de me trouer l'estomac. Je reste donc sur une valeur sûre et surtout, je profite de ces moments exquis à l'extérieur de mes 4 murs. J-3 avant le confinement national de 3 semaines minimum.  Nous allons être limités à 500 m autour de chez nous, autant vous dire que je profite à fond de la ville Blanche, et ce, malgré la chaleur exceptionnelle.

Les enfants sont encore à l'école (enfin 1 sur 2 pour ma part, mais ça, c'est une autre histoire 🙃)

Ce matin, on va chercher la tête de poisson pour le seder de Rosh Hashana. Je suis un peu en mode freestyle pour mon menu de Hag. 

J'ai du mal à concevoir ces fêtes sans amis et famille ;  sans pouvoir même aller à la synagogue. Je me demande s'ils ont prévu de sonner le Shofar dans les rues de TLV. Oui, ça m'inquiète. 

Je suis contente de vivre au dessus d'un bassin pour pouvoir aller jeter nos péchés et réciter Tachlikh. 

Je me souviens du fabuleux Rosh Hashana de l'année dernière, 5780, que nous avions célébré avec la communauté du Rav Sitruk au centre ALEF. Les enfants étaient tous regroupés dans la cours de récréation du collège/lycée Bar Ilan, tandis que nous pouvions, mères dévouées d'ordinaire, suivre sereinement les prières. Le Rav prenait soin de nous expliquer en profondeur la signification des mots que l’on prononçait. J’étais captivée, illuminée par tant de kavod et ce sens nouveau que revêtait ces fêtes si précieuses. 

La téfila de 5781 sera bien différente, et pourtant, il nous faudra recréer notre petit Beit Hamikdash home sweet home. Je pense à ceux qui seront seuls (j’espère qu’ils iront chez leurs voisins). Je pense à ceux qui sont si démunis à cause de cette crise sanitaire, économique, politique etc. ou des difficultés financières récurrentes car inhérentes à Israël. 

Cette année, plus que les autres, je vais prier pour la refoua chelema des malades et la sérénité au sein du Am Israël, en espérant de tout coeur que la nouvelle année soit moins tragique et balagan que 5780. 

Souhaitons-nous de pouvoir remettre la tête sur nos épaules avec humilité, de tirer les leçons de ces mois laborieux, et tout de même, tenter de  percevoir le bon que l’on a pu récolter en 5780. Cette année nous aura fait grandir sans nul doute, d’une façon ou d’une autre. C’est l’heure du bilan et de savoir ce que l’on veut vraiment pour la nouvelle année. 

Chana Tova oumetouka mes 🧡, briout avant tout, la douceur suivra bezhatachem 🙏

Retrouvez ma chronique sur la précieuse préparation de Rosh Hashana sur le blog dailymel.net 

 

L'Alyah comme sur des roulettes : Eloul frappe à nos portes. Le laisserons-nous entrer chez nous ?

Boker Tov et Shavouatov mes 🧡
Petite halte ce matin au coeur de la Cité des arbres au Sénégal qui compte un baobab de
6 000 ans d'âge.
6 000 ans de vie, d'histoire au pied duquel on mesure notre finitude d'abord et le souffle vital
qui nous anime.
Auprès du géant de sève, on caresse l'écorce de l'éternité et on ressent les battements lents et
sourds de la vie qui coule dans ses entrailles profondes.
La Nature dans la Torah est célébrée à Tou bichvat, le 15 du mois de Chevat. Au coeur de l'hiver
déjà, la nature se régénère et se prépare au printemps. La terre accueille la semence et
commence son travail de croissance.
L'arbre, tout particulièrement, symbolise la vie terrestre de l'homme. Ses racines plongées dans
le sol se connectent à la terre nourricière et immanente, tandis que la cime de ses feuilles tutoie
les cieux, les anges, les sept mondes spirituels.
L'homme et l'arbre ont cela en commun, une ambivalence qui les lie aux deux mondes.
Pour l'arbre, elle demeure immuable et univoque.
Pour l'homme, elle peut être terrassante. Nous sommes appelés à ancrer notre immanence au
bon endroit et apprendre à contrôler notre animalité pour se rapprocher toujours plus haut
des mondes célestes.
Mais comment y parvenir, alors que les forces physiques de l'attraction nous attirent vers le
bas, et nous appellent à regarder vers nos pieds ? Comment ne pas finir à ramper au sol en
mangeant la poussière tel que le serpent a été condamné après la faute d'Adam A Rishon ?
Ni animal, ni ange, dont les rôles sont prédéfinis, l'homme, est cet être à la nature
antagoniste.
Il doit composer et se battre contre ses propres forces pour s'élever.
Son arme s'appelle le libre arbitre.
L'homme a le choix de dompter sa nature animale et s'élever toujours plus haut.
L'homme a le droit de choisir, de tomber et de se relever plus vaillant.
Il peut changer en maîtrisant ses mauvais penchants.
S'il le veut, il peut renaître à lui-même. Le roi du Monde lui a offert le plus beau précieux des
remèdes : la Techouva.
Elle a été créée avant même la réalisation de notre monde. Le Roi du monde a conçu l'outil de
notre délivrance avant même notre conception.

En ce mois d'Eloul, qui précède Rosh Hashana et Kippour, l'homme à de nouveau la possibilité de faire ce pas vers son spirituel.

À la façon des arbres, c'est l'occasion pour lui de laisser pousser ses branches plus haut et
regarder fixement les cieux, tout en gardant les pieds ancrés sur la terre.
Depuis le 15 Nissan, le juif travaille sur lui. Nos maîtres nous enjoignent d'étudier le Hafets

Haïm depuis le début et les Pirkei Avot. Désormais, l'étude sur notre caractère laisse place aux Selihot pour implorer le pardon d'Hachem et accéder à la Techouva avec humilité.

En aleph Eloul, Moïse a gravi le mont Sinaï pour la seconde fois. Pendant 40 jours, il demande le
pardon d'Hachem pour son peuple qui s'était perverti tandis qu'il recevait la parole divine pour
eux. Pendant ce temps où notre Créateur était si proche de nous, notre peuple a pourtant
perdu foi et raison et a succombé à son animalité la plus vile.
Voici sans doute une leçon qu'il convient de se rappeler maintenant plus que jamais, car nous
ne sommes ni meilleurs, ni plus forts que nos aïeuls. Les forces de l'histoire se répètent
chaque année pour nous donner le choix de réparer leur faute, la nôtre : tomber ou nous
élever. Mais il ne suffit pas de choisir. Le travail est ô combien difficile et semé d'embûches.
Nous pouvons déjà essayer en redressant la tête.
Demander pardon à notre Père et nous aider à trouver l'équilibre juste entre l'immanence de
notre corps et l'élévation de notre âme encore prisonnier de sa cage. Ici encore Hachem a
prévu la solution : elle s'appelle Mitsvot.
On en compte 613 et si ce chiffre affole et pèse trop lourd sur nos épaules, il nous encourage à
commencer par quelques unes seulement.
Chaque année pourrait incarner une marche nous menant à Lui.
Et la conscience est déjà le premier pas qui nous place sur la verticalité de notre destinée
céleste.
Les arbres sont nos miroirs et nous montrent que seul le temps permet de faire pousser de

nouvelles branches aux multiples ramifications. Le libre arbitre a été offert à Noah pour donner à l'homme une nouvelle chance.

Hachem descend au plus près de son peuple en Eloul pour se mettre à notre portée.
Il nous tend une main céleste invisible.
Il nous appartient de choisir de la révéler au visible et de la saisir pour nous hisser à la marche
supérieure ou pas.
Beatslaha à toutes et à tous et Gmar hatima tova.
Hava Mélanie Oz
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L'Alyah comme sur des roulettes : itinéraire d'un taxi de Tel-Aviv

 

L’été dernier, nous avons marié notre jeune sœur. Toute la famille se réunissait enfin en Israël pour l’occasion. On a tendance à vivre très éloignés les uns des autres ; il faut croire que nous avons la bougeotte.

Et comme chez nous, la vie est toujours agrémentée de rebondissements incongrus, ce fut sans grande surprise que nous finissions notre été au service des soins intensifs d’Irilov, l’hôpital de Tel-Aviv qui est devenu d’ailleurs, au fil de nos cinq années d'alyah un lieu familier.

Si vous avez besoin d’un GPS pour circuler dans Irilov, je demeure à votre disposition. Et je peux témoigner que l’hôpital constitue le meilleur oulpan gratuit du pays. Progrès garantis en ivrit (hébreu).

Be kitssour (sans transition), notre grand frère avait ramené de Guinée un joyeux cadeau, le paludisme version +++. Je vous avoue que nous avons remercié Hachem que la maladie se déclare ici plutôt qu’en Afrique.

D’autant que nous étions tous là pour le veiller, parler avec les spécialistes, peu optimistes sur ses chances de s’en sortir les quatre premiers jours, et prier, beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup !

BH, grâce à D., il revint complément à lui au bout de huit jours (les médecins ont parlé de miracle), et décida de finir sa convalescence à l’Hôtel, en attendant le feu vert médical pour reprendre un avion direction l'Afrique. 

Au cours de cet été brûlant et humide, nous nous déplacions essentiellement en Get Taxi. Certains profitaient des vélos et trottinettes électriques, mais en ce qui me concerne, accompagnée de mes deux enfants et mon père, je ne réfléchissais pas à deux fois pour m’appeler un petit taxi tout climatisé.

Sachez que les taxis, en Israël, ne vous laisseront jamais insensibles à leurs charmes.

Pour ma part, je ne fais appel qu’à Get taxi. Je sais d’où il vient, qui conduit. Je sais qu’il y aura une trace de la course et surtout et non des moindres, je n’ai pas à argumenter avec le chauffeur sur le prix de la course, puisque le compteur est obligatoirement branché.

Pas de mauvaises surprises. Et oui, j’ai appris à m’épargner certaines situations désagréables avec le temps, autant que faire se peut en tout cas.

En règle générale, la discussion avec le chauffeur tourne souvent autour de l’alyah, d’où l’on vient, d’où il vient, etc, etc. Et même au bout de cinq ans, on entend encore ce joyeux et chaleureux baroukh Aba be Eretz (bienvenue en Israël).

Mais la grande énigme demeure.

Comment est-ce possible de quitter Paris pour venir vivre en Israël ? Ils ne comprennent pas, et après x années d’alyah, on ne sait plus vraiment, nous non plus, quoi répondre, sinon que c’est mieux de vivre dans le pays des yehudim (juifs). Mais cette réponse ne les convainc jamais. On a le droit à des drôles de grimaces dans le rétroviseur intérieur de la voiture. 

L’été s’écoula ainsi, au rythme effréné de ces trajets.

Un soir de la fin août, alors que tout se finissait pour le mieux, une sœur mariée et un frère en bonne santé jusqu’à 120 ans si D. veut, nous dînions à l’hôtel de mon frère joyeusement, tous réunis pour la dernière fois avant longtemps. Merci Covid-19 !!!

Qui sait quand on se reverra maintenant. Après nous être dit au revoir dans le lobby de l’Hôtel, j’appelais mon dernier Get Taxi de l’été, exténuée et le cœur lourd de tristesse.

Je sentais ma tête tambouriner comme le mode essorage d’une machine à laver sans fin. J’attendais et redoutais en même temps le bip qui annoncerait le stop de ce trop-plein, et le début du manque d’eux.

Et j’espérais tomber sur un chauffeur conciliant et compréhensif qui, en voyant ma tête, comprendrait d’emblée mon état et accueillerait mon silence avec respect. Du silence, oui, dans la ville blanche illuminée en cette nuit chaude et calme de fin d’été.

Il s’appelait Igor. Je me souviens seulement de son prénom. Je feignais un sourire forcé qui en disait long sur mon humeur, et je lui demandais s’il était possible de s’arrêter à une makolette (épicerie) en chemin, car je n'avais plus d'eau à la maison. Et que n’ai-je pas dit ???? Justement, il buvait, une eau fabuleuse qu’il tenait dans sa main droite. Igor voyait bien que j’étais remuée par quelque chose. 

Voyez-vous, en Europe, on a tendance à respecter la tristesse, ou tout du moins, le silence des gens, d’autant s’ils sont des inconnus. Mais en Israël, tant que vous êtes à l’extérieur de votre maison, vous devez comprendre que vous appartenez à l’espace public. Vos gestes, vos états d’âme et vos enfants, surtout, ne laissent personne indifférents.

Chacun saura commenter vos faits et gestes au moment le moins opportun, et sans doute, le plus critique de votre journée, je vous le garantis. Mieux vaut-il le savoir, l’accepter, et en rigoler, ça aussi, je vous le garantis.

Donc le chaleureux Igor se délectait d’une eau très spéciale, une eau minérale russe faiblement gazeuse dont j’ai littéralement oublié le nom. Attention, il fallait la boire impérativement dans son emballage en verre. Il en allait de la préservation de ses saveurs minérales et de ses précieuses bulles fines.

Il me conduisit dans une makolet où il savait que je pourrais en trouver. Il voulait absolument que je l’achète pour la goûter. Je n’avais que 15 nis sur moi, et je ne savais pas comment lui dire que tout dépendait de son prix d’achat. J’essayais de me dépêcher.

Le vendeur ne connaissait pas vraisemblablement le nom russe que je lui donnais. Je scrutais dans le frigo chaque bouteille, une par une, espérant la trouver de peur qu’Igor ne me conduise ailleurs pas l’acheter.

Iné (voilà), elle était là, sous mes yeux, et coûtait 8 nis, ce qui me permettait de prendre une bouteille de 2 litres Ein Gueidi pour la maison.

J’étais soulagée d’avoir trouvé le Graal russe et en verre qui plus est ! Je pensais même m’être offert la paix. Oui, je savais qu’il faudrait la goûter et disserter une minute ou deux sur son goût exceptionnel.
Mais je pouvais être assurée que je filais tout droit désormais vers mon lit.

Entre nous, l’eau n’avait pas de goût, à tel point que ça me perturba quelque peu. Mais je me gardais bien d’évoquer le fond de ma pensée. Nous récupérions alors Sdérot (avenue) Ben Gurion qui est si belle la nuit. Igor n’allait pas m’abandonner si facilement à mes pensées.

La question sur mon origine française tomba. Très polie, je tentais d’anticiper le panel d’interrogations et je lui offrais le récit des raisons qui m’avaient conduite à faire l’alyah et ainsi que le bilan après 5 ans de vie ici, oui tant qu’à faire.

Voilà, ça s’est fait, me dis-je. Et en effet, une fois, ce récit finit Igor allait enfin se révéler.

Là où je croyais avoir clôturé la discussion, je venais en réalité de l’entamer tout juste. Il ne rebondit pas sur mon exposé bien rôdé sur l’alyah. Il était curieux de connaître mes connaissances en littérature russe.

Coincée pour coincée, je me détendais, j’acceptais de laisser un large sourire me monter aux lèvres et j’entamais notre troisième dialogue sous le pont de la aéria (mairie) de Tel Aviv. Je lui confiais mon amour pour Tolstoï, tout particulièrement. Je parlais de lui, de sa vie, de ses œuvres. Je lui expliquais que j’aimais la littérature russe en ce que ses auteurs savent toucher l’âme, tandis que les Français et autres d’ailleurs ne parvenaient pas à dépasser le cœur, ce qui au demeurant est déjà fabuleux. J’y étais sensible, bla, bla bla….

Ma od (quoi d’autres), me coupa-t-il ? Euh… Et bien, je connaissais Dostoïevski bien sûr, que je m’aventurais à qualifier de Zola russe. J’allais commencer à lui expliquer qui était Zola, quand il anticipa ma pensée et me scotcha littéralement.

Igor connaissait Zola, peut-être mieux que certains Français. Je n’en revenais tout simplement pas. Il se mit à me parler de littérature française en français, en m’offrant des tirades sans fautes ni accent.

J’étais conquise. Il revint bientôt à la charge sur mes connaissances littéraires russes. Je prononçais timidement Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Oui, une œuvre fantasmagorique majeure, me concéda-t-il. Ok, je le voyais bien déçu et de ce vernis culturel russe.

Je sortis ma dernière carte, Gogol ! Oui Gogol !!!! Quoi donc de Gogol ? Les Nouvelles de Pétersbourg, que j’avouais avoir seulement lues et étudiées au lycée ou au collège, je ne me souvenais plus. Et quoi d’autres de Gogol ? Surenchérit-il ? Mon vernis de culture littéraire russe était donc bien fin et écaillé. Je devais impérativement lire plus de Gogol.

Il me convainc sur le moment sans nulle doute, mais je dois vous avouer que c’est seulement en me remémorant notre rencontre que je me souviens maintenant que je dois lire Gogol, et quelle belle perspective !

Je vais pouvoir appeler la Librairie française du Foyer de Tel-Aviv pour savoir s’ils ont du Gogol, hors des sentiers battus de l’horizon purement scolaire. Je connaissais Igor depuis 20 minutes seulement, et je l’appréciais déjà beaucoup. Je ne me serais pas permise de lui demander quel métier il faisait avant de venir en Israël, où il dut, comme tant d’autres, se réinventer professionnellement pour nourrir les siens. Je conserve certaines habitudes françaises encore.

En ouvrant la portière de la voiture, je le remerciais pour ce petit voyage merveilleux et je lui souhaitais que de belles choses pour lui et les siens, et une belle nuit sur la route.

De sa grosse voix chaleureuse et réconfortante, il m’avoua que chaque trajet était un nouveau voyage, surtout en Israël. Je le quittais en regardant la voiture filer. Ses dernières paroles résonnaient encore dans mon esprit. Je montais lentement les trois étages de mon appartement, heureuse de vivre dans ce pays atypique et pleins de surprises.

Je pus m’endormir le cœur plus léger et accepter ce retour à la normale. Chacun retrouvant son chemin de vie dans le pays où il a élu domicile, pour le moment. Mais je pensais tout de même que je continuais à prier pour qu’un jour nous soyons de nouveau tous réunis en Israël. Bezhatachem.

Bessorot tovot mes chéris d'🧡

Retrouvez moi sur le blog www.dailymel.net pour plus de chroniques😘
Mél

L'Alyah comme sur des roulettes : Moi trentenaire +++ et l'évrit de Mel Oz

MOI, TRENTENAIRE+++ ET L’EVRIT

Mélanie Oz, journaliste française et créatrice de la marque de bijoux de tête Rose Guita, fait son alyah en 2015 à Tel Aviv.  Épouse et mère de 2 enfants, elle navigue depuis 5 ans au grès des marées hautes et basses de l'adaptation à la vie israélienne. Autant vous dire qu'il lui arrive de boire la tasse, mais aussi de barboter avec joie et délices dans son nouveau bocal. 

Elle nous raconte, dans son blog DailyMel, ses tribulations et petites réflexions d'une ola hadasha à la fois dépassée et comblée par son alyah : www.dailymel.net

Et tout y passe : ses anecdotes amusantes et décalées (elle appelle ça le choc des cultures diasporatiques) ; ses récits de vie (authentiques) drôles et moins drôles, telle est la vie ; ses coups de coeur culturels, ses coups de gueule comme une vraie Israélienne qui se respecte ; ses bons plans mode pour tsniout, et qui parle de tsniout, vous l'avez compris, parle aussi de quelques mots de Torah et d'Histoire Juive.

Mél, de son surnom, signe désormais pour L'Alliance Magazine sa chronique spéciale L'Alyah comme sur des roulettes.

Et pour mieux vous la présenter, découvrez deux de ses chroniques phares sur ce voyage ascensionnel qu'est l'Alyah francophone : Moi trentenaire +++ et l'evrit et La révolte en marche. 

Oui bien sûr, beaucoup de français parlent l’hébreu couramment…et même parfois sans accent frenchy. Kol hakavod (bravo) !

Sinon, il y a les autres :

– ceux qui refusent de s’y mettre catégoriquement (blocage psychologique, flemme totale, ou encore : « oh non non non suis trop vieux pour ça »..) et qui vivent en anglais en espérant qu’ils ne tomberont pas sur un religieux ou une israélienne d’origine russe qui ne connaît pas un mot, mais alors pas un seul mot d’anglais ;

– ou encore ceux qui essayent mais qui n’y arrivent qu’à moitié. Car apprendre l’hébreu au-delà de l’âge de 30 ans peut devenir un vrai parcours du combattant.

Pour ma part, je me range du côté de ceux qui font un demi-effort d’intégration. Faire son alyah avec pour seul bagage sémantique (Shalom, ken, lo, et sliha) peut relever de la folie pure. Bon, je n’allais pas me décourager pour si peu. Mes convictions sionistes l’emportaient sur la difficulté que représentait à priori l’alyah.

Et puis, on nous bassinait la tête avec l’idée (complètement fausse) que nos enfants s’intégreraient en 3 mois maxi (mais oui bien sûr!) et qu’avec eux, nous deviendrions bilingues en un temps record. Nous n’étions certes pas dupes de la supercherie marketing de l’Agence Juive, mais rien ne pouvait nous arrêter. Nous devions partir. C’était sans nulle doute la grande « mission » de notre vie.

Ok, ok. Je vous passe le départ, l’arrivée etc. On en parlera une autres fois.

Me voilà enfin sur les bancs de l’oulpan après 7 mois d’alyah (bha oui, avant cela, je n’avais pas trouvé de place au mahon (crèche) de la ville pour mon 2ième enfant). Alors pour le chapitre oulpan, je n’ai quasiment que des éloges à faire. J’ai tout appris, forcément je ne savais rien. J’ai rencontré pleins de gens super, forcément ils vivaient la même expérience délirante que moi. Cela m’a rappelé un peu l’école. Cela m’a beaucoup saoulée aussi parfois, je ne saurais mentir, mais finalement, je savais aligner trois phrases correctes à la suite en mélangeant, tenez-vous bien, le présent, le passé et le futur. Grandiose ! Oui je me satisfais de peu. Voilà, j’arrive enfin à communiquer avec la ganenette (la maîtresse de maternelle) de ma fille d’origine russe, donc vous le savez maintenant, qui ne connaît pas un mot, mais alors pas un seul mot d’anglais.

Seulement voilà, l’oulpan s’arrête. Il faut travailler maintenant, trouver sa parnassa (subsistance) et sa place dans la société israélienne. Alors, on pratique autant que l’on peut, pour faire ses courses, dans les mishadim (les bureaux, banques etc…), aux gan (maternelle) et beith sefer (école primaire) des enfants, avec le serveur de café avec lequel on tente une discussion qui relève du débile profond. Oui, ne pas parler la langue du pays peut quelquefois vous renvoyer une image assez désagréable de vous-même. Mais passons. Faire son alyah, c’est d’abord faire preuve d’humilité, sachez-le !

Donc tout ce préambule un peu pompeux mais nécessaire pour vous annoncer, que nous autres franco-israéliens, un peu flemmards mais pas trop quand même, avons créé une nouvelle langue : le « franbreu » avec des touches de « franglais »,  histoire d’être sûrs d’avoir été compris. Vous commencez à deviner, n’est-ce-pas ?

Au bout de quatre ans d’alyah, vous êtes déjà passés sous le bulldozer de la vie israélienne. Vos habitudes ont littéralement changé, votre langage est métamorphosé. Parce que même entre français, on ne parle plus exactement la langue de Molière. Tous les mots hébreux de votre quotidien ont été assimilés et imprimés dans votre cerveau à tel point qu’il nous arrive de chercher le mot en français. C’est étonnant vous ne trouvez pas ?

Donc, dans une discussion absolument banale, l’evrit s’est invité avec panache, ce qui pourrait donner « stam » (genre) : Hamuda, on va se prendre un café afour beyahad (café allongé ensemble).

Ou encore : ce resto est yoter midaï (mieux) ou ari tova (le meilleur)

Ou encore : je reviens de la hanout (magasin) de …. la rechbon (l’addition) était salée, oui parce que tout est plutôt salé ici.

Croyez-vous vraiment qu’on utilise encore ce mot, « l’addition » ?????? Rien que de l’écrire, j’ai l’impression de le redécouvrir comme une enfant qui s’étonne de tout (ce qui ne fera pas de moi une philosophe pour autant).

Mais la vie ne se résume pas à nos relations entre franco-israéliens. Il nous arrive quand même de nous frotter aux israéliens. Et là, ça peut devenir comique, voire même embarrassant.

On commence à parler, on arrive toujours plus ou moins à formuler une demande, à traduire le fond de notre pensée. Seulement, le problème est que la personne en face de vous va vous répondre…. et OUI, parfois je m’arrêterais bien sur mon exploit de jour, mais non, il faut maintenant ÉCOUTER avec ATTENTION chaque mot qui va sortir de sa bouche, priant pour que son accent ne prenne pas le dessus. Lui, il s’en fiche pas mal que tu sois ola hadasha (nouvelle immigrante) ou ce que tu veux d’autre, il va te parler comme il parle à n’importe qui, et c’est bien normal. En même temps, je suis touchée par son égard à ne ne pas me faire passer pour une débilos de service, enfin au début …

Bé kitsouh, j’écoute …. et dans ma tête c’est toujours la panique à bord, vas-y Mél écoute, essaye de comprendre …. non mais là suis perdue … au secours, j’en peux plus… ah ah ah, j’ai pigé un mot là, vas-y vas-y rebondis dessus direct !!

Sauf qu’il repart de plus belle … et c’est rebelotte. De l’extérieur, on pourrait penser que la meuf maîtrise, waouh respect !! Mais moi, je sors de là rincée comme si j’avais été mise KO sur un ring de boxe. Et je vous assure que cette pitoyable métaphore n’est pas disproportionnée.

Il arrive toutefois que je sois obligée de comprendre ce que mon interlocuteur me dit. Alors au moindre passage peu clair, je dois faire preuve d’autorité en lui coupant la parole avec vigueur (oui on n’arrête pas un israélien de parler si facilement… bha oui la plupart parlent forts, voire peuvent donner l’impression de s’engueuler (genre rixe verbale), mais non non non, c’est ni plus ni moins leur façon de s’exprimer… et vous me croirez ou non, je commence à parler l’hébreu avec véhémence aussi… ce qui est sans doute bon signe ?!!)

Quand je coupe la parole maintenant, je ne m’excuse plus (bravo Mél), j’apostrophe direct mon interlocuteur avec un « lo eventi cloum, arshav ata iérol ledaber leat leat bevakasha » : en avant la traduction « je n’ai rien compris, tu pourrais parler plus doucement please ?

Ou encore : « mazé » … (qu’est-ce-que c’est, pour dire, qu’est-que ça veut dire ce mot ????? )

Ou encore plus gênant : « er omrim » trouver, find ? (comment on dit trouver, find en evrit ?)

Et là, s’il ne comprend pas, je dois avoir recours à mon arme ultime, le langage des mains. C’est à ce moment-là que je sais que j’ai touché le fond et que je dois apprendre l’hébreu la nuit s’il le faut…sauf que j’ai toujours autre chose de mieux à faire … Pas vous ?
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