Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
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En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

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Mon expérience est le résultat de 17 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

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Les articles de Claudine Douillet

La littérature etles Arts : Ecriture des mythes judéo-chrétiens

             La Littérature et les Arts : écriture des mythes judéo-chrétiens

 

Yona Dureau (Université Jean Monnet; St Etienne) : Le mythe de la fin du monde et de l'Apocalypse.


I.
L'origine de l'expression de la "fin du monde" et l'élaboration du mythe
2.Les sources talmudiques : les deux voies possibles du destin du monde
3.La voie apocalyptique et le choix du monde de pensée chrétien
II.Le mythe de l'Apocalypse : tension ou mort de l'oeuvre
2.La Symphonie Fantastique, le Septième Sceau : danse macabre et fin du monde
L'Apocalypse et le meurtre symbolique des personnages
L'Apocalypse et le meurtre symbolique de l'auteur
b.Le renversement de l'écriture
L'élaboration d'une tension dramatique : Le mythe apocalyptique et la rédemption

Le mythe de la fin du monde naît d'une traduction problématique de deux termes de la Genèse associée à la version la plus pessimiste des avenirs possibles de l'humanité envisagés par le Talmud. On peut considérer que le mythe de la fin du monde est un mythe typiquement chrétien dans la mesure où il ne reflète pas l'eschatologie hébraïque d'origine. Le texte de la Révélation de l'apôtre Jean développe ensuite la vision messianique et eschatologique de ce mythe en associant ainsi de façon durable fin du monde, renversement des ordres de la normalité du monde humain, retour messianique et jugement divin. Ce mythe hante la création artistique, qu'elle soit littéraire, picturale, musicale, ou filmique.

Cet article se propose d'étudier ce mythe dans son origine et son élaboration, avant de considérer les sens ambivalents d'espoir et de peur, de destruction et de rédemption, d'ordre et de renversement qu'il porte en lui. Notre première partie étudiera ainsi l'origine du mythe et ses caractéristiques. Notre deuxième partie se concentrera sur l'utilisation du mythe dans la création artistique et son rôle moteur dans la dynamique de cette oeuvre. La dernière partie sera consacrée à l'étude de l'ambivalence de ce mythe de destruction qui reste associé à un principe de renouveau et de création.

I. L'origine de l'expression de la "fin du monde" et l'élaboration du mythe

1. La Genèse et l'histoire des hommes : l'erreur de traduction et l'élaboration du sens sur l'expression erronée.

L'expression originale "fin du monde" traduit alternativement deux expressions apparaissant dans les textes talmudiques discutant de la venue du messie : "aharit hayamim" et "ketz hamyamim". La tradition exégétique biblique convient de reprendre la première utilisation d'un mot dans la bible pour en comprendre les connotations et sens divers. Il est ici évident que l'expression "aharit hayamim" ("l'après des jours" littéralement) est construite sur l'expression "kets hayamim", et qu'il nous faut considérer la première occurence de "kets hayamim" pour comprendre celle de "aharit hayamim". Or l'expression "kets hayamim" est une expression figée qui ne peut se traduire en prenant séparément chacun des deux termes, et le sens de "kets" n'a signifié "fin" que selon un sens très dérivé, et en hébreu moderne. Sa première occurence apparaît dans le livre de la Genèse (chapitre IV, 3) à un moment qui ne désigne pas précisément la fin du monde mais plutôt le début de l'histoire de l'humanité. La traduction de Jacques Ier, qui est jusqu' aujourd'hui la plus proche du texte hébraïque, traduit à cet endroit l'expression "kets hayamim" par "process of days", le "processus des jours". Le "kets hayamim" désigne donc ce qui est de l'ordre de l'histoire humaine, d'une forme de préhistoire de l'humanité avant que l'homme ne concentre ses forces sur sa vraie destinée spirituelle et que ne commence la véritable histoire de l'humanité, après ces jours identiques les uns aux autres, "aharit hayamim" (Genèse 49:1) . L'avenir de l'humanité n'était donc pas, à l'origine, essentiellement condamné à la destruction.

2. Les sources talmudiques : les deux voies possibles du destin du monde

Le Talmud, dans les discussions liées à l'advenue des temps messianiques et du "aharit hayamim", envisage en fait deux issues bien distinctes. L'humanité parviendra à une reconnaissance de la divinité et de son caractère unique, et comprendra la complémentarité nécessaire d'Israël et des nations et leurs rôles, et la paix règnera sur terre. Dans le cas inverse, la guerre règnerait entre deux super-puissances, Gog et Magog, et un déluge de feu se répandrait sur le monde. La possibilité apocalyptique existe donc dans le Talmud, mais elle n'est pas présentée comme la seule issue possible. L'arrivée du messie doit même contribuer à éviter le désastre, non à le précipiter. Enfin, l'expression du "monde à venir" est à comprendre dans un sens de présent absolu de "monde qui vient", car d'une part il ne s'agit pas d'un futur, mais d'un présent, et d'autre part, le monde qui doit s'établir après le processus des jours est un monde d'où le temps est absent. L'humanité doit revenir au temps du jardin d'Eden, mais d'un jardin d'Eden conforme à la volonté divine. Ainsi, les arbres-fruits seront à nouveau fruits et non fruitiers, mais ces fruits seront éternellement mûrs, sans besoin du perfectionnement du mûrissement .

3. La voie apocalyptique et le choix du monde de pensée chrétien

En fait la voie apocalyptique catastrophique de la destinée de l'humanité ne se développa que tardivement et sous l'influence essentielle du texte de l'Apocalypse de Jean. L'Apocalypse signifie "le retournement" et, en effet, les temps messianiques selon le Talmud se caractériseraient par de nombreuses formes de mondes inversés. Les jeunes ne respecteraient plus les vieux, les juges ne jugeraient plus mais seraient jugés, la corruption règnerait. Le texte de la Révélation va associer à la notion de monde inversé une série d'images de souffrance, de torture, et de destruction, avec le retour de Jésus et le jugement des âmes. Philippe Aries a pu montrer que le jugement des âmes se confond progressivement avec le jugement dernier au Moyen Age et explique la peur de la Mort gagnant l'Europe à la fin du XVIe siècle. Il est possible de dire que cette confusion produisit aussi un choc en retour en mêlant indistinctement jugement dernier, jugement des âmes, Apocalypse et fin du monde à la notion même de mort. Ainsi le retour du messie, souhaité ardemment les premières décennies, puis les premiers siècles après la mort de Jésus, devint peu à peu un sentiment ambivalent puisque ce retour devait s'accompagner d'une destruction effrayante. Cette ambivalence se retrouve dans un processus dynamique de création et de destruction de l'oeuvre en train de se créer, que ce soit dans la représentation de la vie et de la mort dans l'oeuvre (survie et destruction), dans le rapport du monde humain au divin (résignation et lutte), dans le rapport du lecteur à l'oeuvre (fascination et rejet), comme dans le statut de l'auteur (spectateur et auteur, homme et dieu).

II. Le mythe de l'Apocalypse : tension ou mort de l'oeuvre

Le retour messianique est porteur d'espoir de justice et de rédemption. L'Apocalypse devient progressivement synonyme de mort et de destruction, objet d'horreur et de peur. L'Apocalypse devient ainsi un axe de la tension de l'oeuvre.


1. La lutte contre l'Apocalypse et l'inversion sémantique du divin


L'Apocalypse peut créer une tension dynamique dans une oeuvre de fiction. Elle focalise alors toutes les peurs les plus primitives de destruction. L'oeuvre se construit de façon assez classique comme une lutte contre les forces destructrices, et le héros parvient à sauver l'humanité, acquérant une dimension surhumaine. mais ce faisant, les forces divines de l'Apocalypse sont diabolisées.
Que l'on considère ainsi Independence Day, et l'on conviendra aisément de la ressemblance étonnante des nuages précédant les vaisseaux spatiaux des aliens avec les ciels enflammés des tableaux apocalyptiques de la Renaissance. Les aliens sont porteurs potentiels de destruction universelle et deviennent ainsi des êtres sublimés, mais qui doivent être combattus. Pourtant, dans une logique spirituelle, les porteurs de l'Apocalypse ne devraient pas être combattus mais accueillis. Malville, roman d'anticipation de Merle, envisage la destruction de l'humanité selon une interprétation moderne des fleuves de feu brûlant la corruption de Babylone : la centrale supersonique de Malville a explosé et le feu atomique a remplacé le feu divin. Le monde de quelques survivants abandonnés à leur sort semble bien dépourvu d'espoir messianique après la catastrophe, sinon dépourvu de divinité malgré leurs efforts pour garder une forme de spiritualité. Le Cinquième Cavalier, roman d'anticipation lui aussi se propose de lire des événements modernes selon le texte de l'Apocalypse. La tension du texte, qui s'établit ainsi dans un temps pré-apocalyptique, et non post-apocalyptique comme le précédent, se fonde donc sur une possibilité infime de l'homme, à son échelle, de combattre le divin, le temps divin, et la pré-destinée du monde. Le traitement moderne de l'Apocalypse permet donc l'expression détournée du combat de l'homme contre la divinité que présentent certains mythes grecs.

2. La Symphonie Fantastique, le Septième Sceau : danse macabre et fin du monde

Dans la Symphonie Fantastique, Hector Berlioz utilise au coeur du drame musical d'un amour malheureux pour une jeune fille le thème du Dies Irae, Dies Illa, issu de la messe, mais référant directement à l'Apocalypse en termes de punition : "Jour de colère que ce jour-là". Le thème est repris sur un rythme piqué puis à contre-temps, transformant le chant triste et solennel en une danse diabolique, bientôt connotée par la sonnerie de douze coups de cloche qui la transforme ainsi en une danse des morts. Mort individuelle ou collective, épidémique, évoquée par la transmission de la maladie liant par la main malades, vivants et morts. Le film de Bergman Le Septième Sceau, reprend de façon similaire la thématique de la maladie épidémique annoncée par le texte de la Révélation pour l'illustrer par une danse macabre finale où la mort ayant enfin rejoint le cavalier de l'Apocalypse, elle entraîne tous les hommes dans sa danse infernale. L'Apocalypse est, dans ces deux cas, une source de tension, d'angoisse, fondée sur des peurs primitives de mort individuelle et de peur de la maladie. La résignation qui suit la danse macabre dans la symphonie de Berlioz ou le film de Bergman n'est qu'une demi-résignation, celle du spectateur confronté à un destin, mais peu enclin à accepter le sort du personnage disparu sous ses yeux. Ainsi le destin collectif et imaginaire est devenu en quelques associations un destin individuel et inexorable. L'eschatologie atemporelle s'inscrit dans un réel si proche qu'elle suscite à la fois l'identification et le rejet, et par conséquent la fascination morbide. Il est certain que ces deux oeuvres artistiques ont le mérite de refléter ce que devait être la représentation imaginaire du Jugement dernier au Moyen Age, encore enclin à lire le monde comme un livre où s'inscrivaient les signes décrits par les textes, encore porté à ne voir dans la réalité que la mise en scène du sacré, parce que la difficulté quotidienne était déjà génératrice d'angoisse : "[La] panique va projeter les fidèles de l'ancienne religion dans une violence prophétique, violence qui les fera agir avec Dieu, dans Dieu ;[...]" (Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu) . La création artistique, en proposant une expression de ces craintes primaires, propose un sens au non-sens, une expression à l'inexprimable, une structure à ce qui apparaît comme un chaos. Cet apport permet d'expliquer, selon une autre perspective, l'ambivalence entre attraction et crainte du spectateur pour l'oeuvre inspirée par l'Apocalypse.

2. L'Apocalypse et le meurtre symbolique des personnages

Tout auteur, selon Shoshana Fehlman, procède à un meurtre rituel de ses personnages avec la fin du roman. L'Apocalypse contient le meurtre symbolique de l'ensemble, ou presque, des personnages. Ainsi, l'Apocalypse constitue un thème permettant non seulement de procéder à ce meurtre rituel et symbolique, mais de jouer sur l'horizon d'attente établi a priori par un intertexte annonçant cette destruction finale.

Dans Malville. les personnages hissés au statut de héros par leur survie au cataclysme sont ensuite décimés par des incidents dérisoires. Le chef de la colonie meurt ainsi d'une appendicite, parce que l'ordre de la société précédente a eu pour conséquence une répartition élitiste des connaissances vitales de l'humanité, désormais perdues. L'ordre divin est combattu, mais la société humaine n'en est pas pour autant grandie, et la fin des héros s'avère dérisoire, inutile. La tension de l'oeuvre s'exerce alors entre l'espoir et sa déception de voir les héros survivre malgré tout à un destin écrit d'avance. La destinée apocalyptique des personnages de Malville rejoint la tragédie grecque où l'homme se bat en vain contre un avenir préétablit.

Malville illustre ainsi la tentation de l'auteur de finir une oeuvre en en terminant avec ses personnages par un meurtre symbolique. Après que le thème de l'Apocalypse ait été abordé, les survivants ne bénéficient d'un sursis que pour ensuite connaître une fin comparable à celle du massacre final de Hamlet : l'Apocalypse est alors autant la fin prévue dans l'ordre divin que la conséquence de la bêtise humaine.

2. L'Apocalypse et le meurtre symbolique de l'auteur


L'Apocalypse serait une histoire qui se raconterait toute seule, une histoire déjà racontée dont le texte se réalise dans la réalité. L'ordre d'écriture et de lecture entre monde et fiction est donc symboliquement inversé et l'auteur disparaît derrière un texte suprême qui l'engloberait symboliquement. Ce faisant, l'auteur n'est plus qu'un conteur, et il est significatif que le narrateur de Malville soit un des survivants. La seule alternative possible est celle de la position de l'auteur omniscient, position que la langue anglaise qualifie sciemment de "god-like writer". Le regard de la caméra de Independence Day ou de Armageddon surplombe la scène des affaires humaines par des vues panoramiques, des plongées et contre-plongées qui donnent au spectateur le sentiment de participer à la contemplation de l'auteur démiurge. Le cadrage du Septième Sceau est plus subtile, mais nous sommes évidemment dans un "hors-cadre" qui permet une observation muette et passive semblable à celle à laquelle nous convie l'auteur démiurge. L'Apocalypse ne donne pas le sentiment d'un artifice de ce regard puisqu'elle en établit la condition. Le spectateur et l'auteur se situent imaginairement dans la position de spectateur, en renversant ainsi symboliquement une hiérarchie implicite de l'ordre de la lecture. L'auteur disparaît et meurt symboliquement dans le cataclysme qu'il décrit et qui le dépasse.

3. L'Apocalypse et l'ordre du renversement

a.Les mondes inversés et les périodes d'attente millénariste

Le thème du renversement de l'ordre des choses était présent, nous l'avons vu, dans l'évocation des temps messianiques dans le Talmud. Avec le développement de l'apocalyptique chrétienne, ce thème va se voir confondu avec celui de l'approche de la fin du monde, puisque les temps messianiques se confondent dans l'eschatologie chrétienne avec le jugement dernier et la fin du monde.
Ainsi, la fascination exercée à certaines époques par les mondes inversés, que ce soit dans les oeuvres littéraires ou dans les oeuvres iconographiques, peut s'expliquer par un développement implicite du thème de l'Apocalypse et par l'association elle aussi implicite du thème du retournement avec celui du jugement, de la justice . Le développement de cette thématique peut se lire dans une perspective historique comme une tentative de certaines époques politiquement ou religieusement troublées, pour réétablir du sens dans ce qui était perçu comme un bouleversement eschatologique, social, et psychologique. Lorsque la France subit les

guerres de religion et les affrontements entre plusieurs prétendants au trône, lorsque l'Angleterre est gouvernée par une reine et devient le théâtre d'affrontements religieux, les représentations de mondes inversés se multiplient, ainsi que les prédictions de fin du monde.
On peut émettre l'hypothèse que la dynamique du renversement établit au sein de l'oeuvre une tension dramatique anxiogène parce qu'incontrôlable et parce qu'elle engendre plusieurs directions sémantiques contradictoires. Simultanément ces contradictions constituent l'expression même de l'angoisse eschatologique qui pousse son auteur à écrire ou à peindre.
Dans l'exemple de monde inversé que nous avons reproduit ici, il est significatif que les renversements concernent essentiellement les ordres de l'autorité. L'homme n'a plus autorité sur la femme, ce qui constitue son cadre d'autorité intime, il ne domine plus le règne animal, ce qui constitue son cadre d'autorité plus général et naturel. Il est battu par ses enfants, ce qui constitue un retournement de l'ordre générationnel de la relation d'autorité. La première image présente les deux Atlas en fous du roi tenant le monde à l'envers et la dernière image est une représentation d'une ville dans les nuages surplombant le soleil et la lune : à ce point, les retournements ont quitté l'ordre de la Cité pour atteindre une échelle cosmique. Ces deux images nous fournissent la clé du lien entre l'image des mondes inversés a priori ludique, et celle de l'Apocalypse et des bouleversements angoissants qu'elle annonce. Le monde inversé serait lui-même une inversion du drame cosmique en comédie cosmique.

b.Le renversement de l'écriture
Plusieurs renversements essentiels du sens de l'écriture dans le rapport au réel ont lieu dans le cas de l'Apocalypse. Il y a tout d'abord un renversement temporel. La fiction ne prétend pas d'ordinaire précéder la réalité mais la représenter, c'est-à-dire la présenter à nouveau . Dans le cas de l'Apocalypse et de toutes les oeuvres qu'elle a inspirées, c'est le monde qui re-présente le texte (de l'Apocalypse) et non l'inverse. Le signifiant n'est plus le signifiant du texte mais celui du monde, et le signifié est constitué par le texte, qui se présente comme en adéquation avec la Parole divine.
Cette conception de l'écriture dans son retour aux sources de l'exégèse biblique est rendue plus aisée dans son élaboration par la communauté de son discours mystique avec les sources littéraires de ce même discours. La Bible, dans son texte original hébraïque, présente la création du monde par dix "paroles", puisque le mot "davar" signifie à la fois "chose", "mot", et "parole". L'Apocalypse annonce le bouleversement du monde, mais ce faisant elle crée potentiellement un monde qui réalisera ses paroles. Dans ce contexte, on comprend mieux les phénomènes de manifestations collectives à l'approche des temps craints et désirés, interprêtés comme contemporains de la fin du monde. Parce que l'imaginaire biblique est conçu comme une histoire vécue, une "mise en scène du temps divin" (Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu), il ne s'agit pas pour tous d'attendre la fin des temps et l'Apocalypse. Certains s'emparent de cette chronique d'une violence annoncée pour la réaliser. La violence de l'époque actuelle dans les pays de renouveau religieux n'est qu'une réactualisation de ce retournement du sens.
III. L'élaboration d'une tension dramatique : Le mythe apocalyptique et la rédemption


La tradition chrétienne a repris le thème apocalyptique pour l'associer au retour messianique, de sorte qu'une tension s'établit très souvent dans l'oeuvre entre l'espoir de rédemption annoncée par l'Apocalypse et la crainte de la destruction associée à la fin du monde.
Dans le texte de La Révélation de Jean, les cinq cavaliers de l'Apocalypse viennent frapper l'humanité de plaies et d'épidémies, puis après le passage de l'Antéchrist et la destruction de Babylone, cité de la corruption, le Messie revient pour juger les vivants, condamner les incroyants à l'enfer, récompenser les fidèles par le paradis éternel, et ressusciter les morts. Le bouleversement cosmique, accompagné par des destructions et souffrances effrayantes qui précèdent, selon le texte, le retour messianique et le jugement irréductible final, ont fait de ce texte un pôle d'ambivalence sémantique entre la rédemption et la destruction. Cette ambivalence constitue un outil d'une intensité dramatique exceptionnelle, et nous allons considérer tout d'abord une pièce ayant repris cette double valeur de l'Apocalypse.

1. The Tempest : de l'Apocalypse à la rédemption
La pièce de Shakespeare, La Tempête, commence par une scène où les marins se battent contre l'océan lors d'une tempête de "dimension cataclysmique" selon Miranda qui assiste à la scène.
[...]The sky, it seems, would pour down stinking pitch,
But that the sea, mounting to the welkin's cheek,
Dashes the fire out. (The Tempest, Acte I, scène 2)

Le premier homme à sauter à l'eau et abandonner le navire est le fils du roi Ferdinand, qui s'écrie que l'enfer est vide, et que tous les démons sont là : "Hell is empty /And all the devils are here" (scène 2). Le monde catastrophique de la tempête se double ainsi d'un monde où l'ordre des éléments spirituels est perturbé, ce qui est la caractéristique de l'Apocalypse avant le jugement des démons par Jésus.
Quand les rescapés du naufrage se réveillent sur l'île, ils entendent le chant d'Ariel, l'esprit, et alors qu'ils pensent être dans un monde divin, ils apparaissent comme des esprits à Miranda (Acte I, scène 2). Le monde de l'île de Prospero se caractérise donc par une tension entre enfer et paradis, ce qui reflète la tension de l'Apocalypse entre retour messianique et jugement dernier. Mais de plus, les personnages vont percevoir le monde qui les entoure en fonction de leur degré de spiritualité. A la scène 2 du premier acte, Ariel entre en scène en jouant une musique que Antonio, Gonzalo et Francisco perçoivent, puisqu'elle les endort. Mais Alonso et Sebastian, eux, ne s'endorment pas, et conçoivent un complot contre Gonzalo, qui est l'héritier potentiel du trône. Ariel intervient à nouveau pour éveiller Gonzalo et le sauver. Cependant, la totalité de l'échange verbal entre Sebastian et Antonio reprend les métaphores liées au sommeil, et ils conviennent que leur esprit est "endormi":
Sebastian What a strange drowsiness possesses them!
Antonio It is the quality o' the climate.
Sebastian Why does it not then our eyelids sink? I find not
Myself disposed to sleep.
Antonio No I; my spirits are nimble.
They fell together all, as by consent;
They dropp'd, as by a thunder-stroke. What might,
Worthy Sebastian? O, what might? ------ ----_ No more:_
And yet methinks I see it in thy face,
What thou shouldst be : the occion speaks thee, and
My strong imagination sees a crown
Dropping upon thy head.
Sebastian What, art thou waking?
Antonio Do you not hear me speak?
Sebastian I do; and surely
It is a sleepy language and thou speak'st
Out of thy sleep. What is it thou didst say?
This is a strange repose, to be asleep
With eyes wide open; standing, speaking, moving,
And yet fast asleep. (Acte II scène 1, v. 199-215)

Ceux qui ne dorment pas du sommeil "du juste" sont spirituellement endormis, insensibles aux charmes de l'île. Seuls les êtres éveillés spirituellement sont en phase avec elle, sereins, réellement endormis.
Ce qui est rêve pour les uns est un cauchemard éveillé pour les autres. Ce qui est paradis pour les uns est enfer pour les autres : le thème du jugement dernier est ici en filigrane, soutenu par la métaphore de la magie opérée par Prospéro sur les êtres et les éléments. Celui-ci nous dit, dès la scène 2 de l'Acte I, qu'il ne dispose que de six heures pour accomplir son oeuvre répératrice.
Prospero Ariel, thy charge
Exactly is perform'd: but there's more work.
What is the time of the day?
Ariel Past the mid season.
Propero At least two glasses. The time 'twixt six and now
Must by us be used mot preciously. (v. 236-241)
A l'acte V, scène 1, Prospéro s'enquiert à nouveau de l'heure, et Ariel lui répond que la sixième heure est atteinte et que leur oeuvre doit cesser . Ariel est un esprit dont le nom fait traditionnellement référence au lion de Judée (Ariel : lion de Dieu), qui correspondait à l'emblème de la tribu de Judah dont devait descendre le messie. Les six heures sont une transposition habituelle en heures des six millénaires séparant la création du monde du retour messianique. Prospéro est devenu "lord" de son île déserte en y débarquant avec sa fille, et le terme signifie simultanément seigneur et Dieu. Qu'il soit une représentation anthropomorphique de la divinité ou bien celle d'un cabbaliste évoquant les esprits pour hâter la venue du monde à venir, il est clair que la pièce lui donne un rôle central dans un travail de réparation du monde et des êtres qui échoit ordinairement aux personnages messianiques. Prospéro n'a pas cherché vengeance, il a cherché à éveillé le repentir de ceux qui l'avaient déchû de son trône . Il se décrit lui-même comme ayant permis la résurrection des morts:
[...] graves at my command
Have waked their sleepers, oped, and let them forth by my potent art. But this rough magic
I here abjure, and, when I have required
Some heavenly music, which even now I do,
[...] I'll break my staff. (Acte V, scène 1,v. 48-52)

La tempête devient donc elle-même une métaphore du bouleversement cosmique devant avoir lieu lors du jour du jugement. La pièce, après avoir joué de la tension dramatique entre destruction et rédemption, a choisi la rédemption, et Prospéro quitte sa magie pour restaurer l'ordre habituel du monde humain.
D'autres créations artistiques ont repris la tension dramatique de l'Apocalypse, mais en insistant d'avantage sur le jugement inhérent à la scène finale. C'est le cas de la Peseuse de perles, tableau de Vermeer de Delft qui dépasse la dimension d'une scène intimiste pour mettre en scène la condition de l'homme selon le croyant.

Vermeer de Delft La Peseuse de perles Schéma des correspondances de tons mettant aussi en évidence
les parallélismes de composition des lignes entre la scène du jugement
et celle de la pesée
2. Vermeer de Delft La Peseuse de perles : Apocalypse, jugement dernier, et engendrement du fils de l'homme
Le tableau de Vermeer de Delft présente au premier plan une jeune femme enceinte en train de peser des perles face à une fenêtre déversant sa lumière sur elle. La scène est paisible, les tons doux et chauds, et l'attention de la peseuse évoque la lenteur du geste, tandis que son doigt tendu en parallèle au-dessus du bras de la balance exprime la minutie. Le spectateur qui s'approche alors de ce tableau assez petit (une cinquantaine de centimètres carrés) découvre au second plan un tableau dans le tableau, qui loin de répéter la première scène, semble tout d'abord contraster violemment avec elle. Des âmes sont jugées par une divinité en majesté et certaines se voient déjà condamnées aux flammes dont les tons rouges, oranges et jaunes renvoient aux tons chauds du premier plan alors que le fond du tableau est sombre et contraste fortement avec la lumière émanant de la fenêtre. Et pourtant les droites du tableau souligne de leurs parallèles l'écho des deux scènes. Le bras de la jeune femme pesant les perles poursuit la parallèle du bras divin tendu. Le cadre de la fenêtre renvoie au cadre du tableau.
Les tonalités du tableau et sa composition graphique insistent sur les échos entre les deux scènes, alors que le cadre de la fenêtre renvoie implicitement à un monde extérieur qui reprendrait en miroir les deux scènes, puisque tous les cadres -dont celui du tableau, celui du tableau de l'Apocalypse, et celui de la fenêtre- les placent symboliquement en équivalence. La condition humaine est donc celle d'un jugement perpétuel, quotidien, voire intimiste, renvoyant au jugement final de âmes. L'engendrement du fils de l'homme dépend lui aussi de l'histoire humaine et de l'histoire des générations, comme le suggère la femme enceinte. Enfin la sérénité de la jeune femme est en contrepoint de la pesée délicate et fragile, des plateaux de la balance qui peuvent à tout instant pencher du côté redoutable.
Ainsi, tableau du monde, scène intime et cosmique se répondent pour prendre un sens dépassant l'individu. La jeune femme enceinte pèse des perles comme elle pèse peut-être en elle ses actions passées, comme celles-ci apparaissent déjà pesées dans un temps apocalyptique. L'enfant qu'elle porte reflète l'espoir d'un avenir non encore déterminé, et le thème messianique du fils de l'homme, né des engendrements et de l'évolution du "kets hayamim" (du processus des jours) insiste sur la tonalité d'espoir liée au retour messianique.
Le mythe de l'Apocalypse et de la fin du monde constitue un réseau de significations ambivalentes qui sont dangereuses dans la mesure où elles mettent en jeu des pulsions puissantes issues des craintes primitives de destruction de soi. Ce réseau d'ambivalences se double d'une série d'inversions dynamiques qui explique comment le mythe peut très rapidement devenir réalité, comment la fiction peut mener au passage-à-l'acte, comment les thèmes de création, confondus avec leur contraire par les craintes de destruction, peuvent composer une réaction en chaîne ancrée dans une réalité terrifiante. Pour toutes ces raisons, le mythe de la fin du monde, fondé sur un contresens, n'en doit pas moins être pris au sérieux, surtout à l'approche de l'an 2000.

Le faux pas de Monsieur Jospin

                           Le cas des Arabes chrétiens à Bethlehem

 

Il fut un temps où les Arabes chrétiens israëliens permettaient à l'Eglise d'ouvrir un second front en Israël. On présentait alors les Arabes chrétiens comme des victimes d'un conflit militaire qui ne les concernait pas. Les Arabes chrétiens, du point de vue de l'Europe, représentait une image projective idéale. Ils étaient les vrais croyants au milieu de deux peuples stupidement monothéistes, dont la lutte, à n'en pas douter, venait de leur mécréance. Ils ne devaient pas être avidement attachés à la terre, eux, puisqu'ils étaient chrétiens.
En Israël, la position politique des Arabes chrétiens était bien souvent éminemment problématique. Les manifestations n'étaient pas rares où se mêlaient les Arabes chrétiens palestiniens, et parfois même israëliens (lors de la dernière année de l'intifada en particuler), les Arabes chrétiens de Galilée étant les plus nombreux, et possèdant la nationalité israëlienne.
Pendant l'intifada, les médias ont sû utiliser l'argument de cette population à l'appartenance ethnique, religieuse, et nationale complexe, pour les présenter comme les intermédiaires naturels de la paix, voire comme l'expression objective de la justice entre les groupes. Si les Arabes chrétiens participaient à une manifestation, il était clair que cette manifestation contre l'Etat Hébreu était juste. S'ils soutenaient les Palestiniens, on présentait ce soutien comme un choix éthique dicté par leur foi chrétienne, et on feignait d'oublier la dimension ethnique qui sous-tendait parfois de telles décisions. Le Nouvel Observateur en particulier, se faisait le chantre de ces observateurs du dedans, et l'on subissait les articles propagandistes de Victor Cygelman sans qu'aucun droit de réponse à son oeuvre de désinformation ne soit jamais respecté.
Les Arabes chrétiens ont aussi servi d'argument au Pape et à Yasser Arafat pour signer un accord sans l'avis israëlien pour l'internationalisation autoritaire de Jérusalem. Bel argument en effet, pour désaisir Israël de sa souveraineté sur sa capitale que de targuer que la présence d'un groupe arabe - et donc proche d'Arafat- mais chrétien, et donc proche du Vatican, justifiait l'intervention supplémentaire de cette troisième force, qui d'après les accords secrets passés entre Peres et le Pape, obtiendrait le contrôle de Jérusalem. Le premier rabbin contacté à Jérusalem pour servir d'intermédiaire avec le Vatican, aurait, d'après nos sources, refusé devant cette clause de perte de souveraineté.
Aujourd'hui, au temps du processus de paix, les Arabes chrétiens n'intéressent plus la presse française, le Nouvel Observateur, ni personne, car ils ne peuvent plus servir de levier idéologique contre Israël. Ils seraient même une carte gênante dans le discours de langue de bois assénée par nos puissants médias.
Les individus se trouvent à nouveau seuls, abandonnés après avoir été utilisés, seuls face au destin que leur réserve l'histoire. Et c'est là où nos confrères de la presse politiquement correcte les ont abandonnés que nous voudrions, avec Alliance, reprendre le dossier de ces oubliés des médias.
Car c'est à présent que les Arabes chrétiens ont besoin d'être entendus. C'est à présent qu'ils sont en danger. J'ai rencontré une Arabe chrétienne habitant Bethlehem, et qui m'a décrit sa situation. "Ca fait des mois que ça se passe comme ça. On reçoit des menaces de mort les uns après les autres. Certains ont été tués. Les islamistes forcent les familles chrétiennes à partir à l'étranger en les harcelant et en les terrorisant les unes après les autres, maison par maison, rue par rue, et on est de plus en plus isolés. Je ne sais pas ce que je vais faire. je ne peux pas venir vivre en Israël, parce que j'habite officiellement dans les territoires contrôlés par l'Autorité Palestinienne. La seule alternative à a mort, c'est l'exil. Je ne comprends pas que personne ne nous défende."
Effectivement, personne ne parle plus de Arabes chrétiens. Le Pape n'en dit pas mot. Et quand une mosquée est revendiquée sur des lieux saints chrétiens en territoire palestinien, on accuse encore Israël d'être à l'origine de la crise. Peut-être faudrait-il changer de discours, et commencer à dire la vérité, ne fut-ce que pour protéger des individus qui ont servi la politique pour leur position ambigüe, et qui ne trouvent à présent personne pour les défendre... Radio Shalom pourrait aussi y réfléchir.

Le mythe du Graal II e partie

L'histoire et le développement de la légende du Graal est donc riche en enseignements, et nous allons tenter de les aborder tour à tour.


Partie I du Graal

Il est d'abord intéressant de voir comment les légendes fleurissent ou bien s'oublient au gré des besoins psychologiques d'une époque. Sans les luttes sanglantes opposant l'Occitanie au Nord de la France, la légende du graal n'aurait peut-être jamais connu la notoriété qu'elle connut.
L'histoire du Graal, peut être inspirée du Judaïsme, probablement résultant des mélanges entre judaïsme et chrétienté que pratiquent très tôt les érudits chrétiens, constitue un des premiers textes de ce que Gershon Sholem fut le premier à nommer "cabbale chrétienne".
Le paradoxe est que ce savant mélange de croyances ait dérivé si loin de sa source hébraïque qu'il servit un peuple oeuvrant à la destruction du peuple juif. Tout se passe comme si en fait toute déformation des valeurs essentielles juives, qui ne se comprennent que si elles se lisent dans leur complétude (l'unité des valeurs est la valeur suprême), représentait toujours une force de destruction phénoménale.
On peut bien sûr trouver la source de cette destructivité dans le symbole sacrificial, le sang, le cricifix, la coupe de sang, qui associe les images les plus violentes aux concepts d'amour et de purification, détruisant les limites nécessaires et fondamentales entre amour et mort.
Ensuite, l'histoire de cette légende nous renseigne sur les fondements paradoxaux de l'idéologie pangermaniste des SS, et nous éclaire sur les raisons jusqu'ici obscures de la "réécriture" de la Bible qu'avait commandée Hitler. Le dictateur avait ordonné, parallèlement à la destruction systématique des talmuds, torah, michaniots des Juif que soit réécirt un texte de la création, "au commencement Hitler créa le monde"...
Lorsque j'entendis parler de ce projet hitlérien, je crus entendre un mythe fondé sur la démence du dictateur. Mais tout acte dément se fonde sur une croyance, un système de rationalité alternative. Si la légende du Graal avait fondé les croyances SS, que ceux-ci s'imaginent même le posséder, alors Hitler pouvait s'imaginer détenir le pouvoir suprême, alors que ss troupes s'imaginaient absoutes de toute faute par cet instrument de purification idéale... L'idéologie de purification éthnique arienne se fondait elle aussi sur un acte de sacrifice barbare ancré sur ces croyances, sur l'idée élitiste et arienne de Grandal... La folie du troisième Reich apparaissait sous un nouveau jour, plus affreux encore, plus primitif, rejoignant les pratiques païennes de l'Antiquité.
Quant à Otto Ran, il est au fond lui aussi un exemple caricatural de ce qui arrive à un Juif désireux d'effecer ses origines. Au service du Reich, il est un "étalon" jusqu'à ce que sa judaïté réapparaisse, et sa chute est brutale, sans voie d'issue: il meurt isolé, en pleine montagne, loin de tous, rejetté par tous.

Le mythe du Graal,des origines aux temps nazis

                         Le mythe du Graal, des origines aux temps nazis...

Graal suite....

Le Graal est selon la légende une coupe dans laquelle auarait été recueilli le sang de Jésus par les anges, ou selon les versions par Joseph d'Arimatie présent lors de la passion.
Le texte narrant la légende du Graal est écrit très tôt, environ au Xe siècle par un certain Chrétien de Troyes. Le nom est vraisemblablement un pseudonyme, puisque le prénom comme le nom sont des noms communs. Or il faut savoir qu'à Troyes se tenait une communauté juive importante, puisqu'on se rappelle que c'est dans cette même ville que naquit Rashi ( célèbre éxegete de la Bible)
Quel rapport, me direz-vous, entre le texte du Saint Graal, et le judaïsme?
Un rapport sémantique tout d'abord, un rapport historique ensuite, ainsi que nous le verrons.
Le texte de Chrétien de Troyes,( qui serait si Chrétien qu'il aurait besoin de porter ce nom comme un étendart... (sic)), utilise une thématique qui n'est pas sans rappeller des thèmes juifs très importants dans la kabbale. On sait par exemple qu'en hébreu, un nom écrit avec un vav est dit "vav malé", c'est à dire "enceint" de vav, plein de vav, le vav étant la lettre de vérité qui lui donne son sens plein. Aini un mot peut parfois être écrit de deux ou trois façons, avec ou sans vav, selon la nuance que l'on souhaite introduire, et on gardera en mémoire l'exemple fameux de "toldot" qui est écrit selon cinq façons différentes dans la Torah, puisqu'il comporte deux vavs potentiels (par les deux "o"), et qu'il peut aussi bien ne pas en comporter du tout (le "o" étant alors simplement pointé). Cette possibilité de la langue hébraïque lie ainsi potentiellement des mots qui sont apparemment étrangers les uns aux utres, mais que la kabbale lie (et lit) comme des mots dont certains sont des formes pleines des autres. Le mot "kissé", le siège, qui peut aussi s'écrire ks, et se pronocer kis, forme raccourcie de "kissé", est ainsi mis en rapport avec le mot "kos", la coupe, qui apparaît comme la forme pleine du premier.
Or le trône (siège, trône s'exprimant par le même mot), ont un lien intrinsèque en hébreu, et ce n'est pas un hasard, si pour nous adresser au trône royal de la divinité, nous évoquons le kos, qui correspond dans notre monde à un objet dont la vérité, à son plus haut niveau, se rapproche de celle du kis, le trône.
Le trône divin est traditionellement un trône "vide" d'image, et réservé à D.
La légende du Graal se fonde sur une problématique très significative pour un hébraïsant. Le roi a pêché, et son pêché a déséquilibré le monde d'en bas en déséquilibrant le monde d'en haut, puisqu'il représente l'ordre supérieur par sa propre hiérarchie sur terre. pour "réparer" cet ordre perdu, et devant le trône vide où le roi ne siège plus, ce trône qui est aussi appellé le siège interdit, il faut retrouver le graal, le kos, qui permettra la réinstauration du kis, du siège de la royauté divine sur le monde, et rétablira ainsi l'équilibre cosmique.
En termes juifs, la royauté divine, la shekhina a quitté le monde qui en est déséquilibré, et il faut réparer le monde par des actes de prières, par le kos, pour rétablir le kis.

La légende du Graal joua un rôle fondamental dans l'histoire de France, que nous aborderons dans ce deuxième point, avant d'évoquer son rôle dans l'histoire juive.
Il faut remonter au temps de l'affrontement entre le Nord et le Sud, entre les provinces de langue d'Oc, et les contes du Nord, autour du Comte de Paris, qui soutenus par l'Eglise, décidèrent de conquérir le Sud de la France, au prix du sang et de la guerre, pour agrandir leur pouvoir.
Dans cette guerre sanglante, (dont on trouvera l'histoire détaillée admirablement écrite dans le Que Sais-je, l'histoire du languedoc), un événement, aux alentours de l'an mille, marque l'histoire du Languedoc de la façon la plus cruelle: c'est la destruction de Béziers, où les Comtes du Nord tuent 10 000 personnes, en prenant soin de n'épargner ni femme, ni enfant, ni vieillard. Le massacre de Béziers emplit d'angoisse et d'horreur toutes les populations du Sud, et il faut, pour en comprendre l'ampleur et l'impact, se représenter cette ville comme l'équivalent pour notre monde actuel, d'une grande métropole régionale comme Lyon ou Marseilles. Imaginez que l'une de ces villes soit rasée, et ses habitants tués jusqu'à la dernière personne.
Ce massacre lance le signal de la révolte de l'Occitanie, et c'est à cette période que la légende du Graal connaît son premier grand succès, en particulier dans toutes sortes de sectes qui fleurissent en réaction aux Comtes du Nord qui massacraient sous le couvert de l'Eglise. Les Cathares, dont les origines religieuses sont complexes, et remontent, selon les chercheurs atuels, à un savant mélange de gnose égyptienne avec des croyances nordiques, s'emparent du mythe du Graal. Dans toute la provence, on ne cesse d'évoquer la coupe mystérieuse pour sauver le monde et rétablir l'harmonie... contre les Comtes du Nord, mais aussi contre l'Eglise, fausse Foi, puisque voilà que l'Inquisition commence à sévir, et pour assoir le pouvoir du Nord sur le Sud, à élever des bûchers criminels contre tous les hérétiques.
Une fois les Cathares exterminés, après le dernier bûcher de Monségur, où périrent près de 250 "parfaits" (les prêtres cathares), la révolte occitane s'essoufle peu à peu, et la légende du Graal tombe dans l'oubli pour quelques siècles. On ne la lira jamais plus en lumière de ce qu'elle signifiat pour tous ces individus révoltés par la barbarie de l'Eglise, et assoiffés de vraie Foi, de communication directe avec le divin, sans intermédiaire de prêtres, et dans le but d'établir un monde de justice.
Un certain Gandal, passioné par les Cathares, redécouvre la légende dans les années 1932. Il prétend avoir trouvé la grotte où se trouverait le Graal, associé ce lieu mythique avec le lieu encore inconnu où les Cathares auraient caché leur trésor, car à Montségur, tout le monde a brûlé, mais la nuit précédent la rédition, deux messagers sont partis par des chemins de traverse connus des seuls assiégés (qui ont tenu des mois de siège parce qu'ils disposaient de passages secrets et se réapprovisionnaient). On dit que cette nuit-là, le coffre qu'ils portaient sur deux rampes contenaient la fortune des Cathares qui a échappé aux Inquisiteurs, et que ce coffre a été caché dans une grotte de la région.
Gandal, lui, est persuadé qu'il va tout retrouver. Il prétend même avoir resitué le Graal dans la muraille, et assure que dans la grotte qu'il a découvert, avait lieu es cérémonies d'initiation des Cathares pour cette même raison.
Gandal a écrit un livre. Ce livre est lu par un jeune Allemand, Otto Ran, qui se passione pour son sujet, et part pour le Languedoc s'initier aux secrets du Graal. Otto Ran s'est aussi enthousiasmé pour la dimension élitiste du livre, pour la notion d'un peuple européen supérieur et désigné par Dieu. Otto Ran va revenir en Allemagne, où il convaincra Hitler de lui donner les moyens de recréer un lieu du Graal. Ce lieu fut Weselbuch. Construit sur le modèle et la symbolique des lieux décrits par la légende du Graal, il devient un nouveau château de la Table ronde des SS. Avec le Graal (mais le détenaient-ils ou leur foi naïve le leur faisait-elle croire?), les Nazis se situent hors du pêché originel. Ils sont absous a priori de toutes les fautes qu'ils auraient à commettre pour "rétabli" l'ordre du monde.
Otto Ran est porté aux nues par le troisième Reich. Il semblerait qu'il ait commencé à réaliser l'horreur de son rôle après avoir visité le camp de concentration de Warlenbuch. Il comprend alorrs que la rédemption nazie n'est pas celle qu'il croyait. Il est de plus en plus dégoûté par le fait qu'on lui demande aussi de servir d'étalon pour créer des enfants de la race arienne dans les hôtels du Lebensraum (lire a ce sujet les fiancées d'Hitler).
Et puis sa situation se dégrade très vite, lorsque, sommé de founir un certficat d'arianité, il s'en montre incapable... Il en était d'autant plus incapable que sa grand-mère était juive. Otto Ran, le dernier rêveur terrible du Graal, est trouvé mort sur un plateau enneigé de haute montagne en 1941, probablement liqudé par ces mêmes SS qu'il a tant soutenu par la légende du Graal...

II Partie L'éducation israelienne

                              Education et Démocratie (suite et fin)

1 ere partie

L'éducation supérieure en Israël est donc une chose possible jusqu'au stade de la licence.
Le seul problème, c'est que la licence ne débouche sur aucune qualification particulière, sur aucune profession. Et si vous souhaitez poursuivre vos études dans le domaine académique, vous verrez s'élever devant vous des obstacles subtils mùais efficaces pour vous en dissuader. Personne ne vous dira quoi que ce soit. Personne ne profèrera aucune menace. Mais la machine administrative et académique sera mise en oeuvre pour tout bloquer, pour vous décourager.
Alessandra est arrivée d'Italie avec les meilleures notes de l'Université de Milan. Elle espérait pouvoir poursuivre ses études et faire un doctorat, travailler dans une université. Au bout de cinq ans interminables, elle finit par abandonner.
Lorsque Barbara arrive du Canada, elle a été selectionée avec un autre étudiant parmi 200 étudiants pour faire une maîtrise en Israël, et elle a obtenu une bourse dans ce but de son université. Le système se met en marche dès son arrivée. On lui impose des "hachlamot", cours obligatoires "de compensation" en prétendant que l'Université de Toronto n'a pas le même niveau que celle de Jérusalem. Elle fait trois ans de cours compensatoires et mange ainsi sa bourse. Une fois ces cours accomplis, les difficultés 'amoncèlent, alors qu'elle étudie la littérature anglaise, dans sa langue maternelle. Un professeur, russe d'origine, qui la dirige, lui fait réécrire neuf fois son travail, en prétendant corriger son style. Il faut savoir que Barbara a travaillé comme éditrice au Canada pour saisir le grotesque de la situation. Il faudra neuf ans à Barbara pour finir sa maîtrise, et on la contraindra à abandonner son mémoire, à prendre la formule "maîtrise par examen", en lui donnant un note finale dont trois dixièmes de points l'empêche de s'insrcire en doctorat. Au terme du parcours, Barabara éprouve le sentiment d'avoir été laminée par un rouleau compresseur. Quand on vous fait douter du moindre mot écrit, vous finissez par ne plus oser écrire.
Naomie vient des Etats Unis. Elle arrive en Israël bardée de diplômes en éducation spécialisée. On rétrograde son niveau et on lui accorde de s'inscrire en maîtrise, avec des "hachlamots". Même scénario. Naomie a une bourse, qu'elle dépensera pedant ces années d'hachlamot, où rien ne laisse prévoir les difficultés à venir. Au bout de sept ans, elle aussi, bloquée par tous les obstacles dont un consiste à attendre des mois des décisions de commissions ou des notes de devoir conditionnant vos prochaines inscriptions, finit par abandonner. Naomie, spécialisée dans l'éducation des enfants en difficulté ne pourra jamais transmettre son savoir ni même travailer dans son domaine.
Tal elle, est bi-nationale, et elle est issue d'une famille modeste. Lorsqu'elle arrive des Etats Unis, elle s'affronte pendant six ans à la machine de l'éducation supérieure. Elle repartira aux USA pour son doctorat, qu'elle achève en un temps normal.
Faut-il vous énoncer les vingt cas recencés sans grande recherche parmi tous les étudiants de ma promotion? Faut-il vous dire qu'arrivée en Israël avec un Master canadien et une maîtrise française, on m'imposa à moi aussi trois années d'hachlamots? Faut-il dire qu'il m'a fallu neuf ans pour faire un doctorat, et que je dus abandonner le premier entrepris pour une suite de quatre scandales dans le traitement de mon dossier par l'Université hébraïque?
Il y a là véritablement un scandale, et la seule institution capable de faire pression sur les universités est l'agence juive: c'est elle qui verse des bourses et qui ferme les yeux sur cette technique de pompage de l'argent pendant trois ans avant la mise en place d'un système de blocage pour favoriser d'heureux élus de bonnes familles. C'est la technique du closed shop (marché fermé, réservé) et la meilleure preuve de ce favoritisme honteux protégeant quelques familles, c'est que certains milliardaires américains se sont émus du fait que les Universités israëliennes ont parmi les taux les plus faibles de publication du monde par nombre de doctorants et enseignants. C'est tout à fait logique si on observe que pour les professeurs, un doctorat est une concurence potentiel et que tout est fait pour l'empêcher de publier, et que d'autre part, les sélectionnés du système ne sont pas brillantissimes.
Le problème subsidiaire de ce système éducatif est que toutes ces difficultés ne valorisent pas plus vos diplômes. Lorsque vous vous présentez ensuite dans une université française, vous entendrez des réflexions comme "c'est un diplôme du Tiers-Monde", ou bien "de toute façon, nous n'avons pas d'accord d'équivalence avec Israël". Les diplômes israëliens coûtent cher, ils ne débouchent pas sur un diplôme académique du niveau doctoral si vous n'appartenez pas aux familles de privilégiés israëliens proches du pouvoir, et ils ne sont pas reconnus à l'extérieur.

Yona Dureau

Identité (s) juive (s) ?

                                             Identité(s) juive(s)?            

 

Qu'est-ce qu'un Juif? Pour le pratiquant, le Juif est d'abord celui d'ont la mère est juive, et qui se doit d'endosser les mitsvots pour se parfaire dans son identité.
Depuis l'identité d'Abraham, de la mida (qualité) de générosité, en passant par l'identité de Ytshak, dont la qualité, est la mida de justice, pour atteindre l'identité de Yaakov, puis celle-ci dans son accomplissement de l'unité des valeurs (de justice et de générosité), l'identité d'Israël.

Le Juif serait un homme dont la carte identitaire passerait par l'unité des valeurs, l'équilibre entre jutice et générosité, le refus de privilégier l'un de ces deux pôles, et c'est en celà qu'il serait l'ami (yehud) de Dieu, l'unité suprême des valeurs.

Tous les Juifs ne se reconnaissent pas dans une définition religieuse de leur identité, même si, instinctivement, ils appliquent cette carte identitaire dans leurs idéaux, façonnés par l'histoire de leur peuple ou de leur terre.

Pour certains, bien sûr, être Juif est un fardeau, ils sont nés Juifs par hasard, parce que leur mère était Juive, et ils rêvent de se débarasser rapidement de cette identité en fuyant tout ce qui se rapporte à leur culture.

Mais ces cas extrèmes sont rares.
On les retrouve aussi souvent, au bout de quelques années, artisans au fond d'un village, en train de façonner une mézouza "pour les touristes" disent-ils, ou de visiter une synagogue "par intérêt culturel", rappellés à leurs origines malgré eux.
Etre juif, c'est avant tout être porteur de mémoire. Les Juifs se définissent par leur lien de mémoire à un livre, à une terre ou à un peuple.
Et leur histoire a fait que cette mémoire porte en elle le germe d'une identité originale qui dépasse toutes leurs différences.
Pour ccomprendre cette identité, la Torah nous avait donné quelques indications. Devenir chrétien, en hébreu, c'est "léitnatser", soit devenir "notsri", croyant de la secte qui voit son origine à "natseret", (nazareth).
Devenir musulman, c'est "léitaslem", soit devenir "muslémi", musulman.
Devenir Juif, ce n'est pas "léityahed", qui serait l'équivalent sémantique, mais "léitgayer", soit "devenir ger", devenir... l'étranger.
Le rav Ashkénazi enseignait ainsi que l'expérience du Guer, au sens premier de l'étranger, était une expérience si primordiale, qu'elle était indissociable de l'expérience juive.
Les Hébreux avaient été "étrangers dans une terre qui ne leur appartenait pas" (l'Egypte),, et lorsque Moïse nomme son fils, il le nomme Gershon, étranger-là-bas, car, dit-il, j'étais étranger en Egypte.
Devenir Juif, entrer dans cette nation, c'est donc endosser l'identité d'un peuple qui connaît l'identité de l'étranger chez l'autre, et qui a appris à admettre une identité étrangère chez lui.
Dans le peuple juif, la tribu des Lévy n'avait pas le droit de posséder une propriété foncière: elle représentait en permanence l'identité de celui qui n'est jamais chez lui, au sein même des institutions juives, liée et proche du monde de la prêtrise, comme si rien de sacré ne pouvait se faire sans cette conscience-là.
Les tribus qui protégeaient le territoire d'Israël, à la frontière, étaient les tribus de Gad et de Reuven, dont les premières lettres reformaient le mot de Guer: l'identité Guer protégeait Israël.
A leur tour, les Guer (au sens de convertis) expériementaient cette identité pour devenir Juif.
Quant aux étrangers au sein de la nation, leur présence étaient si indispensable que tous les textes de la Torah qui évoquent les lois de la terre leur accordent toujours une place, en parlant de "l'étranger qui est dans tes murs".
Leur présence leur permettait de partager une expérience humaine qui devait être universelle, afin de réparer la faute de Caïn, afin d'apprendre à donner sa place à l'autre.
Etre Juif, c'est donc être étranger, mais avec cet amour de l'étranger qui se retrouve dans le cosmopolitisme Juif.
Pas un Juif qui ne cherche à dire combien la nation où il a choisi d'habiter est la meilleure de toute, combien l'identité de ce peuple est merveilleuse.
La tentation de devenir l'autre est intrinsèque à la culture juive.
Et pourtant, l'identité juive porte en elle-même une contradiction: si l'autre attire, néanmoins la mémoire de l'histoire lui a appris que tout est perfectible.
Espoir né du désespoir de son histoire, le Juif, religieux ou laïc, espère toujours changer le monde. Les institutions des hommes sont relatives et toujours sujettes à une remie en cause, une perfection plus grande.
Aussi trouve-t-on les Juifs dans toutes les batailles de l'histoire, dans les révolutions comme dans les quêtes scientifiques, toutes ces luttes ressemblant à leur manière toujours à un espoir messianique en l'homme, que cet homme soit messie par ses institutions ou par ses connaissances.
Etre Juif, c'est, armé du désespoir du passé, espérer indéfiniment en l'homme, c'est, chargé de la mémoire d'un peuple massacré, aimer sans cesse d'autres peuples, et vouloir changer le monde.

Yona Dureau

Haider et l'isolement politique de l'Autriche

Yona Dureau attend vos réactions sur son forum

http://www.alliancefr.com/new/services.ahd?col=4&menu_id=4

 

II La Question de la radicalisation politique de l'Autriche : les taux
d'immigration et la politique coercitive de l'Europe

La Question Haider et l'Isolement Politique de l'Autriche

La question de la shoah divise à nouveau l'Europe. On feint de découvrir la version autrichienne de la guerre. On l'accuse à travers son ressortissant, Hitler. On souhaiterait pour cette question une mesure d'ingérence de l'Europe dans les affaires intérieures de ce pays. Dans cet épineux dossier, au moins trois questions fondamentales sont mêlées sans discernement, et il nous a paru essentiel de les dissocier afin de remettre ce débat sur un terrain plus rationnel. La première question concerne la responsabilité de l'Autriche dans la shoah, question que nous aborderons sous le point de vue de la responsabilité collective. La deuxième question concerne le problème fondamentale du type de gouvernement central que l'Europe veut se choisir, et le risque d'une dérive durable au nom d'une crise ponctuelle. Enfin le troisième débat concerne les risques graves des conséquences politiques intérieures et extérieures, pour l'Autriche et pour l'Europe, d'un isoement de ce pays.

I. L'Autriche, la Shoah, et la Responsabilité collective

Précisons tout de suite notre perspective : nous ne tenons pas à devenir les avocats de Haider, ni du nazisme, ni des fascistes de l'extrème droite actuelle. Il nous a surtout paru important de ne participer à un phénomène qui risque de voiler une responsabilité collective éminement plus grave, par le biais d'une sorte de jeu de bouc émissaire au niveau international.
Le scandale Haider a commencé lorsque celui-ci, invité à une soirée d'ancien combattants nazis, a, d'une part, accepté de se rendre à cette invitation, et d'autre part, invité à la tribune, déclaré qu'il ne voyait devant lui "que des hommes fidèles à leur passé et à leurs choix". Notons tout d'abord que l'Europe n'a rien fait contre l'Italie qui a invvité Haider il y a moins d'une semaine, à se rendre à Trieste à une réunion du parti fasciste. deux poids, deux mesures...
Notons de plus qu'il aurait été plus subtile d'attaquer Haider sur le fond de sa déclaration car l'entêtement à l'erreur au-delà des années n'a jamais été une marque de l'intelligence humaine. Quoiqu'il en soit, Haider cherchait visiblement à rassembler des voix, en utilisant des techniques démagogiques, et une fois son parti en tête des sondages, il formula des excuses sur ses paroles, tout en faisant preuve d'un art du retournement de veste qui n'est pas pour rassurer, sans être pour autant une exception dans le monde politique.
La première chose frappante dans toute cette affaire, c'est que dans le cas de Haider, nous avons assisté à un tollé général, probablement parce que l'opinion a été choquée par le fait qu'un homme de la génération d'après-guerre ne rejette pas haut et fort le passé de son pays. A-t-on entendu Mitterand ou Chirac condamner le passé de Vichy? Les prises de position ambigües de Mitterand à ce sujet l'ont-elles empêchées d'être président? A-ton alors demandé une intervention internationale?
Le deuxième aspect frappant concerne le fait que lorsqu'un précédent président autrichien avait été dénoncé il y a quelques années par Israël pour sa participation passée active au nazisme, personne n'avait réagi, magré les protestations répétées d'Israël... L'affaire autrichienne est donc plus complexe qu'il n'y paraît, et on perçoit dans ces contradictions logiques des dessous politiques qui nous dépassent vraisemblablement.

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La responsabilité collective

Il est temps de nous confronter tous aux fantômes du passé, et cesser de trouver des responsables isolés à lapider. Le problème autrichien est un miroir de notre propre refus à assumer nos responsabilités passées, et la réaction épidermique européene, dans l'opinion publique, traduit, comme dans tous les cas de bouc émissaire, un réaction viscérale de refus de culpabilité rejetté sur l'individu porté au pilori. pour comprendre le phénomène, analysons-le un instant. Que prétend dire l'Autriche pour sa défense concernant son rôle lors de la seconde guerre mondiale?
Nous avons été envahis par l'Allemagne au moment de la déclaration de l'Anschluss qui avait été soutenue dans le gouvernement autrichien par des nazis assassins faisant régner un régime de terreur dans les coulisses du pouvoir. Tout cela est strictement vrai du point de vue historique, mais incomplet. Les nazis introduits dans le pouvoir étaient aussi soutenus par des groupes nazis en Autriche, sans le soutien desquels une réaction démocratique du pays contre l'Anschluss.
Que prétend la France au sujet de Vichy? Nous avons été envahis par l'Allemagne, et nous avons assisté impuissants à la mise en place de la solution finale?
Que prétend l'Italie au sujet du fascisme? Nous avons délivré notre pays de ce fléau juste avant l'arrivée des troupes américaines. Nous sommes des défenseurs des libertés.
Que va-ton dire maintenant pour justifier le fait que lorsqu'en 1933-34, Hitler demanda aux pays d'Europe d'accueillir les Juifs allemands, aucun pays n'accepta, la crise de 1929 ayant laissé des détresses économiques qui, disait-on, ne permettait pas de prendre en charge des immigrants. L'antisémitisme européen de cette période n'est sans doute pas à négliger non plus.
Que va-t-on dire pour justifier que les forces militaires anglaises et américaines, alertées depuis 1940 par le gouvernement polonais en exil de l'existence des camps d'extermination, refusèrent des bombarder les lignes de chemin de fer y accèdant, sans jamais apporter d'explication à ce refus?
Que va-ton dire pour expliquer que les survivants de la shoah furent accueillis en Israël sous les quolibets, comme des moutons, disait-on, qui avaient accepté d'être menés à l'abattoir. Que va-t-on dire pour expliquer que ceux réchappés des camps furent envoyés après une brève semaine de formation, bredouillant quelques mots d'hébreu et comprenant à peine les ordres, en première ligne, contre les troupes arabes, et d'où très peu revinrent...
Un article publié le 4 Février par le International Herald Tribune par Barry Lando, dévoile un dernier aspect, un chaînon manquant dans ces suites d'horreurs : les Américains n'ont pas bombardé les lignes de chemin de fer menant aux camps de concentration parce que les Juifs américains, dans la situation antisémite de l'époque, avaient peur que l'arrivée de cette masse de réfugiés en Amérique, amènent des réactions antisémites encore plus vives: ils ont donc fait pression pour empêcher ces bombardements.
De Gaulle, le glorieux libérateur de la France, avait quant à lui exigé que l'on protège Paris et favorise la délivrance de la capitale avant de procéder à un quelquonque sauvetage des camps: la longue marche de la mort, les camps incendiés par les troupes allemenades où de nombreux survivants ont péri auraient pu être évités.

Il faut donc en convenir, l'admettre, et faire notre examen de conscience : les victimes de la shoah ont souffert par notre responsabilité à tous, et il serait temps de réfléchir comment éviter un nouveau drame, comme par exemple le génocide du Cambodge, où le monde a abandonné une population à un bourreau...
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II Ingérence Européene et Liberté des Etats

Nous sommes à un point de notre histoire qui sera un tournant décisif pour notre avenir, et il faut en prendre conscience quelque soit notre choix. Ces dilemme a été celui des Etats Unis lors de la mise en place de l'Union, et l'ajustement nécessaire entre pouvoir fédéral et pouvoir des états. Veut-on ici une Europe centralisée, forte, décidant au nom des Etats, ou veut-on une administration centrale chargée de régler les problèmes économiques touchant nos intérêts communs?
Le président Chirac a déjà dévoilé son choix lorsqu'il poussa à la mise en place de forces militaires communes d'intervention rapide. pour lui, pas d'Europe sans pouvoir central fort.
Le paradoxe est que nous souhaitons ce pouvoir central fort par intermittence. Nous souhaitons un pouvoir contraignant l'Angleterre à arrêter ses exportations de viande lors de la crise de la vache folle, puis nous refusons d'accepter la décision européene de lever l'embargo sur la viande britannique, alors que nous acceptons la viande espagnole ou portugaise où des cas de vache folle se sont déclarés.
Aurions-nous accepté de voir l'Europe intervenir après l'élection du président Mitterand au nom de ses amitiés vichisoises?...
Nous ne pouvons pas continuer à exiger deux poids et deux mesures. Il faut choisir, et accepter les conséquences philosophiques et politiques de notre choix. Soit nous voulons la liberté des Etats, dont la nôtre, et nous devons accepter celle de l'Autriche, soit nous choisissons un pouvoir central fort, mais qui contrôlera peut-être aussi nos vies dans un sens qui ne nous paraîtra pas démocratique en ce sens qu'il ne reflètera pas nos opinions : une restrictions de nos libertés au nom de la démocratie et des libertés.
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III Les Conséquences de l'Isolement de l'Autriche

Et certains de déclarer: "peu nous importe l'Autriche, c'est un pays agricole, qu'ils restent entre eux..."
N'oublions pas que dans un premier temps, l'Allemagne post-première guerre mondiale était isolée, et que ce replis sur elle-même, auquel s'est ajoutée la crise de 1929, le retrait brutal des fonds américains, l'a poussé à un extrémisme politique. N'oublions pas que l'arrivée au pouvoir d'Hitler, la montée du nazisme, ont été favorisés par cette situation. N'oublions pas que cet isolement croissant, et l'esprit français de "L'Allemagne paiera" concernant les mines de la Ruhr (ne tentons-nous pas aussi de "faire payer" quelque chose à l'Autriche dans toute cette histoire?) n'a abouti qu'à des réactions nationalistes virulentes. Et tout cela de toute façon a fini par contraindre les politiciens, au moment où les choses étaient réellement graves, à faire le compromis honteux de Münich, en dépis de la démocratie, et pour rompre un isolement qui ne pouvait être maintenu plus longtemps: méfions-nous de ne pas mettre en place un tel embargo politique que nous serions forcés de briser à un moment beaucoup plus grave...
L'Autriche est un pays à position stratégique pour l'Europe, car elle nous lie à l'Europe de l'Est. Sa politique vis à vis de l'Europe de l'Est ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur notre avenir. Son isolement n'est pas seulement l'isolement d'un pays éleveur de vaches.
Quant à Israël, retirant son ambassadeur d'Autriche, refusant de donner un visa à Haider, on peut penser qu'il y a là une réaction d'honneur national, mais qu'elle est étonnante après une absence de réaction politique face à un président aux antécédents nazis. Dans l'isolement politique actuel d'Israël, cette coupure diplomatique risque aussi d'avoir des conséquences économiques graves.
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La Question de la radicalisation politique de l'Autriche : les taux
d'immigration et la politique coercitive de l'Europe

On oublie souvent les origines des problèmes, et pourtant, en ce qui
concerne la situation actuelle d l'Autriche, l'origine du problème en
dit long sur la crise qui vise l'Europe actuellement. On oublie que
l'Autriche, comme l'Allemagne, ont littéralement dû faire front au
déferlement d'une immigration de masse depuis la chute du bloc
soviétique, qui s'est mué en une vague incontrôlée d'immigration
clandestine depuis le conflit du Kosovo, et de la Yougoslavie. Depuis
plus de dix ans, la politique européene a fait la sourde oreille aux
problèmes rencontrés par l'Autriche, qui était en première ligne pour
les questions touchant à ces conflits, et qui ne disposait pas des
mêmes ressources économiques que l'Allemagne elle aussi concernée par
ces phénomènes. Or tout le monde le sait, une immigration de masse,
non contrôlée, n'est bonne ni pour la population migrante, ni pour la
population recevant cette arrivée, car cette immigration, mal gérée,
aboutira à marginaliser ces individus en ne les intégrant pas.
L'Europe a imposé à l'Autriche des taux d'immigration qui rendaient
cette intégration impossible.
De plus, le refus des partis politiques modérés à prendre en main ce
problème qui est un sujet tabou (celui qui parle de "réguler" une
immigration est immédiatement assimilé à l'extrème-droite) a abouti à
offrir ce sujet à l'extrème-droite, et à ainsi radicaliser les votes
de ceux qui souhaitaient une prise en main du problème par les
gouvernants. L'Europe court à présent le risque de voir se répandre
le même phénomène si elle poursuit sa politique imposant des règles
d'immigration aux pays frontaliers, et si elle se refuse à poser les
questions pratiques découlant de cette politique d'immigration.
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I Partie l'éducationisraelienne

         EDUCATION ET DÉMOCRATIE OU LES PROBLÈMES DU "CLOSED SHOP" EN ISRAEL

 L'éducation est un des piliers de la démocratie dans le monde. Lorsque je pense au sytème français, avec tous ses défauts, et que je rencontre la fille de la femme de ménage d'une famille d'amis, actuellement en médecine, j'éprouve une certaine joie, comme si un peu de justice existait en ce monde. Le système universitaire israëlien, malheureusement, ne permet pas une grande mobilité sociale. Très cher, il ne permet guère que d'atteindre le niveau de la licence, et dans des conditions qui relèvent du parcours du combattant. Pour celui qui prétendrait poursuivre, s'élèvent des barrières innombrables de mauvaise volonté et de malhonêteté pour protéger ces carrières et les conserver pour les bonnes familles israëliennes ou les personnes protégées politiquement, selon un système connu en économie sous le nom de "closed shop": traduisez, "le magasin est fermé [pour vous]. Il est donc particulièrement risqué de choisir de poursuivre ses études en Israël, et illusoire d'imaginer qu'il y a là la possibilité d'une quelquonque intégration ou carrière.
Cette série d'articles abordera les questions universitaires en se concentrant particulièrement sur l'Université hébraïque sur laquelle nous avons réuni vingt témoignages de personnes issues de plus de dix pays différents, et toutes parvenues en Israël avec des notes excellentes et des références élogieuses. Il ne s'agit donc pas d'un point de vue personnel, mais de faits malheureusement trop nombreux.

Situation générale
De grandes Universités se partagent le petit marché étudiant d'Israël : Beer Sheva, Tel Aviv, Haïfa, Jérusalem, et depuis peu, l'Université des Mormons installée sur le Mont des Oliviers.
Vu de l'extérieur, le système universitaire israëlien paraît une gigantesque machine. Des centaines d'étudiants viennent faire la queue chaque année pour s'inscrire aux cours, pour s'inscrire aux "méonots", résidence universitaire, pour payer, enfin, leur inscription, qui malgré une subvention clamée très importante par le gouvernement, reste à des prix exorbitants pour un Européen : environ 10220 shekels actuels par an (auxquels s'ajoutent 322 shekels de services divers obligatoires) pour tous ceux qui prennent un programme complet, ce qui explique la nécessité pour la plupart des étudiants d'emprunter pour faire des études, ou de travailler en même temps qu'ils étudient.
Pour donner une idée de la taille des usines universitaires, 24000 étudiants sont inscrits à l'Université Hébraïque, dont 13000 préparant une licence.
A première vue, on peut penser que ces usines fleurissent, prospèrent, et se portent bien. L'Université hébraïque possède même des bâtiments immobiliers assez nombreux au sein de Jérusalem. Une secrétaire que j'interrogeais un jour de grève me répondit : "Il ne faut pas se leurer. L'Université a d'immenses dettes. C'est nous, les employés, qui l'empêchons, par l'intermédiaire de nos syndicats, de vendre ces bâtiments, qui sont notre seule caution pour que nos salaires soient versés en cas de ruine de l'université.".
Situation donc paradoxale d'un monstre aux pieds d'argiles. La situation de l'Université de Tel Aviv, serait, dit-on, plus saine, ainsi que celle de Haïfa.
Mais que se passe-t-il du côté étudiant?
Un dicton israëlien annonce :" accrochez un âne quatre ans à un pilier de l'Université, et payez les inscriptions, et au bout de quatre ans il sortira avec un diplôme de licence." C'est probablement ce dicton qui explique que le journal étudiant s'intitule hamokh (l'âne). Le sentiment général est donc qu'une fois la terrible barrière des psychométriques passée, examens obligatoires classant les étudiants, et les autorisant, selon leurs notes, à poursuivre seulement certaines matières, il suffit généralement de persévérer et d'assister aux cours pour avoir une licence.
Le système des examens psychométriques, remis en cause depuis plusieurs années aux USA, continue de sévir en Israël, et désavantage les étudiants d'origine européene qui ne sont pas formés pour des examens où il s'agit de choisir des formes selon une logique déterminée par des psychologues, avant d'arriver à une partie mathématique en temps limité, et en l'absence de questions réelle de connaissance, de réflexion autonome, ou d'aptitude.
Des écoles privées sont donc apparues ces dernières années, elles aussi très chères, pour préparer les candidats aux études supérieures aux examens psychométriques, préparation coûteuse et retardant encore le début des études, de même que la "mehina" équivalent d'un collège américain où l'on prépare les étudiants au système universitaire.
Devant ces coûts, le temps nécessaire pour toutes ces étapes, et la double difficulté de poursuivre des études en travaillant et en faisant leur milouims (mois d'armée obligatoire chaque année), nombreux sont les Israëliens qui ont déjà choisi de poursuivre leurs études à l'étranger.
Les étudiants ayant décidé de demeurer en Israël se voient en général contraints, dans ces conditions générales, de prévoir cinq, six, ou sept ans pour le passage d'une licence, retardés par le petit boulot qui leur permet de vivre et par un rythme administratif et professoral si lent qu'il faut parfois attendre un à deux mois pour avoir le résultat d'une note, trois mois pour celui d'une commission : pour ne citer que monn cas personnel, je perdis inutilement ma dernière année de bourse à attendre la décision d'une commission siégeant deux fois par an et qui s'était trompé une pemière fois sur mon dossier, pour ensuite l'éliminer afin d'effacer les traces d'erreur.
Bref, le dédale géographique de l'université de Jérusalem, construite comme un labyrinthe, finit souvent par refléter celui des étudiants en quête de diplôme, errant d'année en année, pour atteindre trop tard un titre si désiré, et dévalué à l'étranger.

Le fonctionnement des bourses d'étude
Mais, me diront mes détracteurs, il y a des bourses. Certes, il y a des bourses, que ce soit pour les étudiants sortant de l'armée (pendant un ou deux ans), ou pour les nouveaux émigrants, par l'intermédiaire de l'agence juive, qui donne des bourses pendant trois ans.
Mais ce système originellement égalitaire s'est vu au cours du temps perverti par le système universitaire israëlien au point d'être totalement neutralisé.

PROCHAIN ARTICLE : LE SYSTÈME DE RETARDEMENT SYSTÉMATIQUE DES ÉTUDIANTS: UNE RENTABILISATION MAXIMUM ET UNE EXPLOITATION DU MARCHÉ ETUDIANT EFFICACE

Reportage de David Bedein

Le texte qui suit est une traduction d'un reportage de David Bedein confié exclusivement à Alliance.

David Bedein est directeur du centre d'étude pour la Paix, au Beit Agron de Jérusalem. Tous ses reportages sont centrés sur de problèmes qui lui semblent mettre en danger la paix d'une part, et trouver leur origine dans une mauvaise gestion de la paix. Son optique est donc particulière, puisqu'il est à la fois critique mais optimiste, persuadé que de mesures de réforme, ou des attitudes différentes dans la gestion du processus de paix peuvent établir une paix durable.
Nous présentons donc ce reportage, et nous présenterons ensuite notre propre commentaire. Le texte anglais d'origine suit.

Le New York Times daté du 2 Juillet 1999, rapporta les paroles du président Clinton concernant les Arabes palestiniens, "qu'ils avaient le droit de vivre où ils le souhaitaient." Le New York Times ne rapportait pas par contre les échos de cette déclaration dans les médias arabes et dans les camps dirigés par l'organisme des nations unies, United Nations Relief and Work Refugee Agency (UNRWA), où les réfugiés palestiniens ont été logés dans des abris "temporaires".depuis 1948. Pendant près d'un demi-siècle, ces hommes se sont vu promettre que d'après la résolution 194 de l'ONU, ils avaient un "droit inalienable de retour " aux lieux abandonnés en 1948, ce qui inclut les sites actuels des communautés juives de Tel Aviv, Haïfa, Ashkelon, et de centaines de villes, moshavims et kibbuzims à travers Israël, y-compris le campus de l'université de Tel Aviv, qui constituait le village arabe de Sheikh Munis. Ce "droit de retour" n'est pas une notion théorique dans les camps de l'ONU. Il constitue un programme instillé dans les coeurs et les esprits des résidents de ces camps. Il forme aussi la politique de l'UNRWA, financé par les impôts américains pour assurer aux arabes palestiniens qu'ils pourront bientôt concrétiser leur "droit de retour". L'Autorité palestinienne interdit à ces résidents de voter ou même de recevoir une meilleure habitation et de meilleures conditions de vie.

Les programme scolaires palestiniens insistent sur le retour "imminent". Les enseignants des écoles de l'UNRWA forment une nouvelle génération de la jeunesse palestinienne à se préparer à rentrer "à la maison". La "maison" ne désigne pas la bande de Gaza et la Cisjordanie, mais les frontières de l'avant-67.
L'organisme de diffusion télévisée et radiophonique palestinien brandit le "droit de réponse"comme un slogan dans ses émissions quotidiennes de radio et de télévision. A peine une semaine aprè le début de la diffusion de programme par cette institution, des manifestations de masses étaient organisées dans les camps du UNRWA scandées aux chants de "Nous reviendrons à Ramle, à Jaffa, à Lod, et en Gallilée". pour les résidents des camps de l'UNRWA, le "droit de retour" n'est pas un principe abstrait, c'est un plan d'action.
Face à cette situation, un officiel du State Department aurait assuré M; David Bedein, directeur actuel du centre d'Etudes pour la Paix à Jérusalem, que Dennis Ross aurait rassuré le gouvernement israëlien que la résolution 242, fondée sur les conditions déterminées après la guerre des Six Jours en 1967, rendait caduque l'antique résolution 194 de l'ONU...
Personne n'a pris la peine, semble -t-il, d'en informer l'UNRWA, et les réfugiés de ces camps...

David Bedein, Media Research Analyst
Bureau Chief, ISRAEL RESOURCE NEWS AGENCY
Beit Agron International Press Center
Jerusalem
The New York Times of July 2, 1999 correctly reported President Clinton's
statement on Arab Palestinians: that they have a right to live "wherever
they would like to live."

What The New York Times did not report was how Clinton's policy statement
resounded through the Arab-Palestinian news media, and through the camps
run by the United Nations Relief and Work Refugee Agency (UNRWA), where
Palestinian-Arab refugees have been consigned to "temporary" shelters
since 1948.
Their number, originally about 500,000, is now claimed to be
3.6 million.

For more than half a century, these clients of the United Nations have been
promised that under UN Resolution 194 they have an "inalienable right of
return" to the places abandonned in 1948, that include the present sites of
Jewish communities in Tel Aviv, Haifa, Ashkelon, hundreds of towns,
moshavim and kibbutzim throughout Israel, including the campus of Tel Aviv
University that was one the Arab village of Sheikh Munis.

This "right of return" is no theoretical notion in the U.N. camps. It is a
program instilled into the hearts and minds of the residents of those
camps. It is the policy of UNRWA, which is funded primarily by the U.S.
taxpayers, to assure these Palestinian-Arabs that they may soon realize
their "right of return." Arafat's Palestine Authority forbids the
residents to vote, or even to be given better housing and better living
conditions.
The curriculum of its educational system (that is also partly funded by the
United States) stresses the forthcoming "return." Teachers in the UNRWA
schools train a new generation of Arab-Palestinian youth to prepare
themselves to return "home." They do not by that mean homes in the West
Bank and Gaza; they mean within the pre-1967 borders of Israel.
The Palestine Broadcasting Corporation, founded in 1995 and funded in part
by the U.S. government, continuously weaves the "right of return" into its
daily programs on radio and television. Since the inception of the
Palestine Authority and the media it controls, hardly a week has gone by
that there have not been mass demonstrations in the UNRWA camps with loud
chants of "We will return to Ramle, Jaffa,
Lod and the Galilee." For the clients of the UNRWA refugee industry, the
"right of return" is not a abstract principle, it is a plan of action.
A U.S. State Department official told me that senior State Department
policy advisor Dennis Ross had reassured the Israeli government that UN
Resolution 242, based on conditions after the Six-Day War of 1967,
supersedes the antique UN Resolution 194.

Nobody has bothered to tell that to UNRWA, which still runs on 194, or to
the milliions confined to its camps.

II Reunification des familles et processus de paix

 II REUNIFICATION DES FAMILLES ET PROCESSUS DE PAIX

 

En 1993, dans le contexte du processus de paix, le gouvernement d'Israël lança une politique sur la question de la réunificationdes familles, touchant aux points et changements suivants:

Les époux(ses) de résidents dans les territoires administrés qui, dans le cadre des procédures établis en 1990, se virent remis un permis de visiteur de longue durée, ou qui étaient éligibles à de tels permits, furent considérés comme ayant-droits pour l'obtention du statut de résident permanent des territoires administrés sur les bases de la réunification des familles. Les personnes concernées pouvaient déposer une demande de résidence permanente, accordée sauf dans les cas spécifiques de problèmes de sécurité. La demande de résidence devait être accepté après une période de probation d'un an nécessaire pour les vérifications administratives concernant le statut antécédent du candidat, et quant aux vérifications du service de sécurité. Environ 6000 personnes étaient concernées par ces mesures d'après l'estimation du ministère de la Justice.
De plus, il fut décidé de fixer un quota annuel de permits de résidence permanente, et suivant les lignes directrices suivantes:

a). Le quota devait être de 2000 personnes par an. Ce chiffre représente un doublement du nombre de permits accordés annuellement lors des années précédentes. Le nombre de permits était ouvert à des réévaluations selon les circonstances.

b) Les quotas étaient subdivisés en sous-catégories de causalités, réunification d'époux, demandes pour causes humanitaires, et autres raisons.

c) Les demandes de permits pouvaient être soumises à toute période de l'année. Les demandes qui n'auraient pas été considérées dans l'année de leur dépôt pour raisons de quota, étaient prises en compte en tête de liste l'année suivante. Les candidats dont les demandes n'avaient pu être étudiées une année donnée, n'avaient ainsi pass besoin de reformuler une demande l'année suivante. Les personnes dont les permits avaient été refusés pour d'autres raisons devaient par contre redéposer une demande.

d) Le quota de 2000 permits n'inclut pas les personnes résidant déjà dans les territoires selon les provisions temporaires mentionnées ci-dessus. Les permits de résidence permanent étaient accordés au-dessus du nombre de 2000 et n'étaient pas inclus dans les quotas.

III. Analyse du document.

Le document du ministère de la justice israëlienne, lettre de réponse à nos demandes, est une source importante, mais non parfaite.

1) Il rappelle avec justesse les clauses internationales de la Convention de Genève concernant les territoires occupés à la suite d'un conflit. Ce rappel est d'autant plus important qu'Israël est souvent attaqué au nom de cette convention sans que le texte ne soit en fait réellement connu du public. Ce rappel permet de montrer clairement qu'Israël est allé au-delà des clauses humanitaires prévues par le texte pour le cas de territoires occupés.

2) Lors de ce rappel, cependant, le juriste israëlien citant ce texte ne semble pas réaliser qu'il cite un texte parlant de "territoires occupés", alors que la l'Etat d'Israël a toujours refusé ce statut aux territoires dits "administrés". Le centre du problème desdits territoires est pourtant dans leur statut, qui resta dans un flou total pendant de nombreuses années, en portant en germes tous les problèmes actuels des accords de paix. Sans statut d'annexion réelle, lesdits territoires ne furent jamais l'objet d'investissement financier israëlien qui auraient pû permettre leur développement économique. Sans développement économique, la population locale était condamnée à servir de réservoir de main-d'oeuvre à bon marché, sans droit social. Sans horizon de développement économique, la même population était condamnée au désespoir, et d'une certaine façon, à la révolte. Le statut intermédiaire de territoire administré ne fut un avantage ni pour Israël, ni pour les Palestiniens: il ne servit que les intérêts économiques des entrepreneurs privés israëliens, que nous citons comme un des lobbies permanents de l'Etat.

Les accords d'Oslo, qui ont procédé au transfert des responsabilités administratives des territoires, ainsi qu'au paiement rétroactif des droits sociaux des travailleurs palestiniens par la constitution de fonds de pension, ne sont pas à minimiser sur ces points. En effet, ces mesures auraient dû permettre une amélioration des conditions de vie de la population de ces territoires, et par voie de conséquence une stabilisation de cette zone, faits concrets qui précédent dans l'urgence une dimension patriotique et nationaliste. Malheureusement, les fonds de pension ont été investis et perdus par l'Autorité palestinienne, fragilisant ces plans de développement et de stabilisation.

3) Le chiffre avancé par le juriste concernant les mariages palestiniens à l'étranger ayant abouti à une immigration de 75 000 personnes est très problématique et demanderait une vérification par d'autres sources. Le fait d'une immigration de cette ampleur n'est pas remis en cause. Mais si l'on considère qu'il naît plus de femmes que d'hommes, ce chiffre suggère qu'un grand nombre de femmes palestiniennes résidentes des territoires ont dû rester célibataires par conséquence de ces mariages extérieures. L'autre explication serait de considérer l'ampleur de la polygamie de la population locale, qui est un fait établi et admis par des institutions comme la sécurité sociale israëlienne,qui verse ainsi des pensions de veuvage à plusieurs femmes en cas de polygamie des familles palestiniennes. Néanmoins, il conviendrait d'établir avec plus de certitude le chiffre des hommes mariés partis se marier une deuxième ou troisième fois avec des femmes des pays avoisinants. De tels mariages successifs ne sont en effet possibles que lorsque le père de famille gagne suffisament d'argent pour subvenir aux besoins d'une famille élargie.

SUITE DU DOSSIER : LES CLAUSES ACTUELLES DES ACCORDS D'OSLO SUR LA QUESTION ET LES REVENDICATIONS PALESTINIENNES SUR LA LOI DU RETOUR.