Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 17 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

La cinquième bougie de Hannouka

Traduit de Kfar 'Habad Tamouz 5754

Lettre du Rav Moché 'Haïm Grinwald - New York.

"Une Yé'hidout à Varsovie en 5689"
Traduit par Aharon Altabé

aharon@club-internet.fr

Depuis la disparition du Gaon Hakadoch, le Saint Rabbi de Loubavitch, puisse son mérite nous protéger, tant dans le Beth Hamidrach où je prie, que dans mon lieu de travail, des juifs de tous les milieux ne cessent de parler du Rabbi, non pour dire des choses banales, mais chacun a une histoire personnelle avec le Rabbi. Je les ai encouragé, même
s'ils n'en avaient jamais parlé jusqu'à maintenant à diffuser leur témoignage, à l'écrire,
afin que nos enfants gardent la mémoire de ce Saint que nous avons eu le mérite
d'avoir parmi nous, et qui fut le fidèle compagnon de chacun des juifs de notre
génération. N'insiste-t-on pas chez les 'Hassidim sur l'importance de raconter
les histoires des Tsaddikim, comme le sens du verset: "louez l'Eternel, louez les
serviteurs de l'Eternel".

Et pour donner l'exemple, je vais vous conter une histoire extraordinaire arrivée à
mon père, et que jusqu'à présent seuls nos proches connaissaient, et que je ressens comme indispensable de rendre publique depuis la disparition du Rabbi.

Puissions nous, par le mérite de la confiance dans les Tsaddikim, mériter la délivrance complète, pour laquelle le Rabbi a travaillé jour et nuit, et nous sommes sûrs que de là haut, il poursuit son action pour la venue de Machia'h.

 

Mon père, le Gaon Rabbi Abraham Tsvi Grinwald, de mémoire bénie, était né à Lodz,
en Pologne, et avait huit ans lorsqu'il perdit son père. Sa mère, qui restait seule à élever sept petits orphelins, se souciait beaucoup de l'éducation de l'aîné, et l'adressa à son oncle, le célèbre Gaon Rabbi Ména'hem Zamba, qui s'occupa de lui avec
amour,veilla à ses études et étudiait aussi en personne avec lui.

Mon père avait près de dix huit ans lors du "grand mariage" à Varsovie, quand celui
qui allait devenir le Rabbi de Loubavitch épousa la fille de Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch. Mon père citait souvent cet évènement comme un moment spirituel
intense, tant par la très nombreuse assistance, la fine fleur du judaïsme 'hassidique polonais, que par le fait que ce fut sa première entrevue avec le Rabbi. Cette première rencontre en 5689 (1929) allait avoir par la suite une grande importance pour mon père.

Mais auparavant, nous allons raconter les circonstances de ce premier entretien.

Mon père était encore un tout jeune homme, et était venu à Varsovie pour le mariage
en compagnie de son grand oncle, le Rav Ména'hem Zamba.
Le lendemain du mariage,le Rav l'invita à se joindre à lui pour visiter le 'Hatan,
à l'hôtel où il résidait. De quoi parlèrent les deux Rabbanim, mon père ne s'en
souvint pas. Il n'en garda comme seule impression que toutes les parties du Chass
étaient présentes dans la conversation,et que l'on voltigeait d'une Souguia à l'autre.
A la fin de la conversation, avant qu'ils ne se quittent, le Rabbi se tourna vers mon
père et lui dit:

"Bientôt 'Hanoucah! Sais-tu pourquoi chez les 'Hassidim on fête la cinquième bougie
de 'Hanoucah?"

Mon père ne sut que dire, et se tourna vers Rav Ména'hem Zamba, qui observait le 'Hatan et attendait la réponse:

"le cinquième jour de 'Hanoucah représente une grande obscurité: ce jour ne peut
jamais tomber un Chabbat. L'allumage des bougies va illuminer l'obscurité la
plus épaisse.
C'est pour cela que l'apport essentiel et la dynamique de 'Hanoucah s'exprime au
mieux lors de la cinquième bougie, qui représente cette victoire sur les ténèbres.
Et c'est là le rôle de chaque juif, où qu'il soit, à Varsovie ou à Londres, d'illuminer le monde."

Rav Ména'hem Zamba quitta le Rabbi fort impressionné, et en fit l'éloge tant à la maison que devant ses amis.

 

Près de vingt ans passèrent. Mon père avait traversé avec difficulté les difficiles années
de la Choah. Au début dans le ghetto de Varsovie, puis dans un camp d'extermination.
Sa première femme et ses cinq enfants avaient été assassinés sous ses yeux, et c'est un miracle s'il avait pu survivre jusqu'à la fin de cette période sombre, qui le laissa brisé
dans son corps et dans son âme.

Il avait erré deux années durant d'un camp de réfugiés à l'autre pour essayer de
retrouver des parents ou des amis qui aient survécu. En vain. Tous avaient péri.
En 1948, il était enfin parti pour Philadelphie, ou un frère de son père, qu'il n'avait
jamais connu, s'était établi bien avant la guerre. Reb Moché 'Haïm Grinwald était
un 'Hassid d'Amchinov. Il avait financé le voyage et accueilli mon père avec amour
et faisait tout pour l'aider à revivre après cette terrible épreuve.

Sur les conseils de son oncle, et suite à l'intervention du Rabbi d'Amchinov, mon père décida de refaire sa vie et d'épouser en secondes noces ma mère, qu'elle repose en
paix, qui était également une rescapée de la Choah. Native de Krakov (Cracovie?),
elle était la fille de Rav Zoucha Zinkvitz, un des proches du Rabbi d'Alexander.
Elle et sa soeur avaient réussi à fuir l'avancée allemande en Europe, de ville en ville, jusqu'à obtenir un visa pour le Canada, où elles furent accueillies par un oncle maternel,
le 'Hassid Reb Koppel Schwartz, parmi les juifs importants de Toronto.

Avant le mariage, Reb Koppel Schwartz emmena mon père à New York, pour une Yé'hidouth avec Rabbi Yossef Its'hak afin qu'il lui accorde sa bénédiction. (Mon père me raconta une fois qu'il fut étonné devant la vieillesse et l'état de faiblesse du Rabbi, qu'il n'avait pas revu depuis le "grand mariage". Il était très difficile de saisir ses paroles,
et un d'entre les vieux 'Hassidim se tenait à ses côtés pour exprimer à haute voix et commenter ses conseils.)

Reb Koppel fit part au Rabbi que mon père était un rescapé des camps nazis, et y avait perdu toute sa famille, et de ses saints yeux s'écoula un torrent de larmes. Le Rabbi bénit mon père et lui souhaita de fonder un foyer juif qui soit un "édifice" pour le peuple juif,
et lui souhaita une longue vie emplie de bonnes années. Avant de sortir, mon père dit
au Rabbi Yossef Its'hak qu'il avait assisté au mariage de Varsovie. Le regard du Rabbi s'illumina d'un coup, et il fit comprendre que puisqu'il avait assisté au mariage et que
le gendre se trouvait ici, il devrait certainement aller le voir pour le saluer.

Reb Koppel et mon père descendirent de l'étage où les avait reçus le Rabbi et s'enquérirent de l'emplacement du bureau du RaMaCh, comme on l'appelait alors. Le temps de frapper, et ils étaient déjà invités à rentrer. "Nous venons de la part du Rabbi ..." Mon père fut stupéfait de ce que le gendre du Rabbi l'ait déjà reconnu. Il lui demanda de lui parler en détail des derniers jours de Rav Ména'hem Zamba, que D.ieu venge sa mémoire, avant son assassinat par les nazis dans le ghetto de Varsovie.

A la fin de l'entretien, le RaMaCh déclara: "Puisque c'est mon beau père qui vous a demandé de venir me voir, c'est un signe que je dois vous dire quelques mots de Torah. Nous sommes au mois de Kislev, peu avant 'Hanoucah, et il est une coutume connue chez les la plupart des 'Hassidim qui suivent les chemins du Saint Baal Chem Tov de fêter la cinquième bougie de 'Hanoucah. Quelle en est la raison? Le cinquième jour de 'Hanoucah ne peut jamais tomber un Chabbat, et ce défaut évoque la plus grande obscurité. Et c'est là la force des bougies de 'Hanoucah de pouvoir repousser l'obscurité la plus forte. Tout comme un juif, où qu'il soit, à New York ou à Londres a pour mission d'illuminer jusque dans les endroits les plus sombres."

Nul besoin de détailler l'étonnement de mon père, qui avait au fil des ans oublié cet enseignement que le RaMaCh venait de lui répéter, mot pour mot, à vingt ans d'écart! Toute leur première entrevue lui revint brutalement en mémoire, et mon père se dit que
ce n'était sûrement pas des mots "juste pour dire un Dvar Torah".

 

Après son mariage, mon père officia comme Rav et enseignant dans la communauté
Adath Israël de Washington Heights. C'est là que ma soeur et moi naquîmes. Au bout
de cinq années, Reb Koppel fit venir notre famille à Toronto, où il avait obtenu pour
mon père un poste de Rav dans une communauté orthodoxe. Nous fûmes entourés de nombreux 'Hassidim de Satmar, qui constituaient le gros de la communauté, et bien
que n'étant pas dans une institution Satmar, mes frères et moi furent éduqués dans
une yéchivah qui en était spirituellement proche. Toutefois mon père veilla à ne jamais proférer de critiques envers le RaMaCh, devenu le Rabbi de Loubavitch, et en parlait toujours avec une grande admiration qu'il sut nous faire partager.

En hiver 5729 (1969) je devins 'Hatan. Mon père déclara que bien que je ne sois pas un 'Hassid 'Habad, puisque lui même avait reçu la bénédiction du Rabbi avant de se marier,
il sentait qu'il se devait de m'emmener chez le Rabbi, afin de recevoir sa sainte bénédiction, et ce bien qu'il n'ait pas eu l'occasion de le revoir ces vingt dernières années.

C'est avec plaisir que j'acceptais la proposition, mais il n'était plus aussi facile de rentrer chez le Rabbi. Après de longs pourparlers avec le secrétaire du Rabbi, auquel mon père expliqua qu'il ne pourrait attendre son tour durant de longs mois, s'agissant d'un mariage imminent, nous reçûmes finalement un rendez vous suffisamment proche, à la condition
de ne demander que des bénédictions, et ne poser aucune question pour ne pas retarder le Rabbi. Le jour dit, nous partîmes de Toronto pour nous rendre à la Yé'hidouth.

Je ne me souviens plus à quelle heure nous fûmes admis dans le bureau du Rabbi. C'était déjà plus le matin que le soir, aux premières lueurs de l'aube. C'était ma première entrevue, et son visage, son regard, firent sur moi une grande impression. Mon père tendit selon l'usage au Rabbi le papier où étaient écrit mon nom, le nom de ma fiancée, et une demande de bénédiction. Avant même d'ouvrir la lettre, le Rabbi regarda mon père en souriant, et lui dit:

"Au bout de vingt ans, il était vraiment temps! Surtout que c'est mon beau père qui vous a adressé à moi."

Mon père se redressa, surpris, ne sachant que répondre. Déjà le Gabbaï frappait à la porte pour nous rappeler la consigne. Le Rabbi nous fit un signe de la main pour nous dire de ne pas y prêter attention. Le Rabbi lut en un instant le texte, et me bénit de fonder un foyer juif etc..., puis bénit mon père d'une longue vie, faite de bonnes années, et ajouta que puisqu'il avait participé à la joie du mariage du Rabbi, que D.ieu lui accorde le mérite de se réjouir au mariage de ses propres petits enfants.

Des larmes commencèrent à couler sur le visage de mon père, et je fus aussi très ému à l'idée qu'après toutes les épreuves que mon père avait subies dans son corps et dans son esprit, il venait de recevoir une bénédiction extraordinaire.

Avant de sortir, mon père s'adressa au Rabbi: "C'est vrai que je me suis engagé envers le secrétaire de ne rentrer en yé'hidout que pour demander une bénédiction, mais malgré tout j'ai une question qui me tracasse. Le Rabbi me permet il de lui en parler?" Le Rabbi sourit.

- "Puisque c'est mon beau père qui vous a adressé ici, je n'ai pas d'autre choix que répondre à toutes vos questions"

- "Voilà, je vis depuis plusieurs années dans un environnement de 'Hassidim Satmar,
et je ne cesse d'entendre des rumeurs et des critiques sur l'attitude Loubavitch. D.ieu
garde que je prenne à mon compte tout ce que j'entends, mais malgré tout ceci a
introduit en moi un doute, particulièrement sur l'ouverture adoptée vis à vis de ceux
qui ne se comportent pas dans les chemins de la Torah, et qui la combattent.
N'est il pas dit "les ennemis de D.ieu je les déteste", etc... Comment est il possible
que Loubavitch s'associe à de telles personnes qui profanent ainsi notre Sainte Torah?"

Mon père s'excusa une fois de plus d'avoir osé posé la question, et assura le Rabbi que c'était plus une interrogation personnelle qu'une critique, et qu'il souhaitait du fond de
son coeur comprendre l'attitude du Rabbi pour "savoir quoi répondre ".

- "Et que ferait ce chaud "partisan" de D.ieu de votre voisinage, si sa fille avait des mauvaises fréquentations? Essayerait il de la ramener aux chemins de la Torah et des Mitsvoth, ou dirait il "les ennemis de D.ieu je les déteste" ou encore "il est interdit de s'occuper des méchants"?

Sans laisser à mon père le temps de répondre, le Rabbi enchaîna: Ce "partisan" vous
dira, que s'agissant de sa fille, c'est autre chose, car la Torah a énoncé "tu ne te détourneras pas de tes proches"."

Le visage du Rabbi devint très sévère, il ferma les yeux, frappa du poing sur la table,
et reprit: "Sachez que pour D.ieu chaque juif est un fils unique. Pour mon beau père le Rabbi, chaque juif c'est "tu ne te détourneras pas de tes proches".

Le Rabbi nous dévisagea tous les deux, puis se détendit:

"Il faut conclure par une bénédiction. C'est bien connu que chez les 'Hassidim on a l'habitude de fêter la cinquième bougie de 'Hannoucah. Pourquoi donc ? Le cinquième jour de 'Hannoucah ne peut jamais tomber un Chabbat, et il symbolise l'obscurité maximale qui puisse régner dans le monde. Et la cinquième bougie a le pouvoir, elle,
de rendre lumineuses les situations les plus sombres. C'est là le rôle de chaque juif,
fut il à Toronto ou à Londres, de répandre la lumière en tout point du monde.

Chaque juif est une réelle parcelle de la divinité, un fils unique pour son Créateur,
et lorsque on met en lui de la lumière pure, même le plus lointain d'entre eux peut s'éveiller..."

Mon père fut abasourdi. Il n'avait plus conscience des mots de bénédiction que le Rabbi
lui donnait, et je ne sais comment je parvins à le sortir du bureau du Rabbi. Durant tout le chemin de retour pour Toronto, il ne cessa de s'exclamer IN-CROYA-BLE ! IN-CROYA-BLE !

 

Dix années passèrent. En 5739, mon frère se maria à Londres, et nous partîmes tous en famille pour le mariage. Dans l'avion je me rendis compte que mon père semblait préoccupé, et je le pressais de me conter ses soucis. Il refusa tout d'abord, puis finalement me raconta: juste avant le départ, un de ses voisins, très important dans sa communauté, était venu le voir et lui avait dit en larmes qu'une de ses filles avait eu des mauvaises fréquentations, s'était progressivement écartée des voies de la Torah, sans qu'ils n'y prennent garde, et s'était enfuie à Londres ces dernières semaines pour s'y marier
avec un non juif. Tout ceci devait rester secret, compte tenu de la réputation de la
famille à Toronto, mais il avait choisi de lui en parler au cas où mon père aurait
l'occasion d'arranger les choses durant son séjour à Londres. Mon père, qui était un
ami de la famille était bouleversé par cette histoire, et inquiet à l'idée qu'il ne pourrait
peut être rien faire.

Dès le premier soir des Chéva Brakhot, mon père s'adressa au père de la Kala pour lui raconter l'histoire de son voisin. Il ne pouvait lui même rien faire, mais il connaissait un 'Hassid 'Habad, Rav Avraham Its'hak Glick, à qui le Rabbi avait donné plusieurs fois des missions délicates, et qui avait eu l'occasion de parcourir l'Europe pour de tels sauvetages. Le soir même, le Rav Glick nous appelait à l'hôtel pour avoir plus de détails, et pour se mettre en rapport avec le père de la jeune fille. Il nous assura qu'il ferait tout son possible dès qu'on lui aurait donné des éléments permettant de commencer les recherches. Comment s'y prit il, je ne le sais. Toujours est il que dix jours plus tard, le Rav Glick
invita d'urgence mon père chez lui "pour une bonne surprise".

Et quelle surprise: dans le salon était assise une jeune fille en larmes, et en face d'elle, près de la porte, une 'Hannoukia. Et sur la 'Hannoukia, cinq bougies ... Mon père faillit s'évanouir. Lui revinrent en mémoire ces phrases bizarres que le Rabbi lui avait dit cinquante ans auparavant, puis il y a trente ans, et encore une fois il y a dix ans: "La cinquième bougie de 'Hannoucah représente la force de la 'Hannoukia et de rôle de chaque juif d'illuminer le monde, jusque dans les situations les plus sombres ... à Varsovie ou à Londres ... à New York ou à Londres ... à Toronto ou à Londres ... Et que ferait
ce chaud "partisan" de D.ieu de votre voisinage, si sa fille avait des mauvaises
fréquentations ? ... Sachez que pour D.ieu chaque juif est un fils unique ...
Pour mon beau père le Rabbi, chaque juif c'est "tu ne te détourneras pas de
tes proches" ..."

Inutile de vous dire que la jeune fille revint dans son foyer vivre une vie exemplaire,
ni même qu'à partir de ce jour le voisin cessa de parler contre Loubavitch.

 

De retour à Toronto, mon père s'efforça de rencontrer à nouveau le Rabbi. Il se sentait obligé de "rendre des comptes". Mais il était à l'époque impossible de pouvoir s'adresser au Rabbi en Yé'hidout, et ce n'est qu'en Tichri suivant, en 5740, lors de la réception des invités qui suit les fêtes que mon père put rencontrer le Rabbi. Mon père me raconta qu'il était tellement ému qu'il ne n'arrivait pas à sortir un mot de sa bouche. Il finit par dire quelques bribes de l'histoire et éclata en sanglots. Le Rabbi, qui n'avait entendu que quelques mots se tourna vers lui et lui dit: "Mon beau père avait vraiment la vue longue !"

 

A chaque fois que mon père racontait cette histoire, il soulignait que bien plus que la vision extraordinaire du Rabbi, qui avait vu cinquante ans à l'avance ce qui allait arriver,
il avait été frappé par la simplicité du Rabbi qui s'était abrité derrière "Mon beau père
avait vraiment la vue longue !".

L'histoire ne s'arrête pas là: le 14 Kislev 5749, 60 ans jour pour jour après le mariage du Rabbi, après la fin des dernières Chéva Brakhot de ma fille aînée, mon père s'est éteint:
il avait participé au mariage d'un de ses petits enfants, comme le Rabbi l'en avait bénit.

Heureuse la génération qui a mérité un tel Tsaddik. Et puisque l'on enseigne que les Tsaddikim sont encore plus grands après leur disparition physique que durant leur vie terrestre, nous pouvons être sûrs que le Rabbi veille de là haut sur la communauté et
sur chaque juif pour leur assurer bénédictions, consolation et la délivrance, jusqu'à ce
que nous méritions l'accomplissement à nos yeux de "le rédempteur arrive à Sion", comme l'a toujours espéré le Rabbi, de nos jours, maintenant.

L'histoire de Jonas

 

Un jour, il y a des lunes et des lunes, Hachem a parlé à Jonas et lui a dit : - " Lève-toi et vas à Ninive. Ses habitants se conduisent très mal. Avertis-les que s'ils ne changent pas, dans 40 jours, je détruirai la ville.

" Mais Jonas a refusé d'obéïr à Hachem et, au lieu d'aller à Ninive, il a prit un bâteau pour aller à Tarsis ! Hachem s'est mit en colère et a fait souffler une violente tempête sur la mer. Les vagues, de plus en plus grosses, secouaient le bateau qui montait et descendait. Les matelots avaient très peur et priaient leurs dieux, tandis qu'à l'intérieur, Jonas dormait. Le Capitaine est venu le réveiller :

- " Jonas, lui dit-il, demande à ton D'ieu de nous sauver ! " Jonas s'est mit à prier Hachem, mais malgré ses prières, la tempête soufflait toujours de plus en plus fort. Jonas leur a expliqué que D'ieu avait envoyé la tempête parce qu'il avait refusé d'aller à Ninive. - "Jetez-moi à la mer et la mer se calmera ". Tristement, ils ont jeté Jonas par dessus bord et aussitôt, la mer s'est calmée.baleine.gif Jonas ne s'est pas noyé, mais il a été entraîné dans les profondeurs de la mer. Au moment où il allait mourir, Hachem a envoyé un énorme poisson qui a avalé Jonas tout entier. Il y faisait froid et noir. Jonas avait très peur.

Par moments, il dormait, mais la plupart du temps, Jonas priait et demandait à Hachem de lui pardonner. Jonas est resté trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine. Puis, l'Eternel a ordonné au poisson de le rejeter au bord de l'eau.

Alors D'ieu a parlé de nouveau à Jonas :
- "Va à Ninive, lui dit-Il et avertis les habitants que la ville sera détruite dans quarante jours s'ils ne deviennent pas meilleurs " Cette fois, Jonas a obéït à Hachem. Il est allé à Ninive qui était une grande ville en disant :
- " Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! " Le roi et son peuple ont cru les paroles de Jonas et ont promis de se repentir. Hachem a été heureux de pouvoir les épargner.
Ce récit nous enseigne que personne ne peut échapper à D'ieu et qu'il faut savoir faire " Téchouva "
(se repentir) comme les habitants de Ninive.

Le sacrifice d'Isthak

akedat.gif... (Musique) Avraham était âgé de 137 ans. Il avait surmonté avec succès neuf épreuves de difficulté croissante. Il lui restait désormais à affronter l'épreuve cruciale, égale à elle seule aux neuf précédentes. ... (Musique) l'Éternel apparut à Avraham et l'appela. - Je suis prêt répondit Avraham - Je t'ai imposé de nombreuses épreuves et tu les as toutes surmontées. Maintenant, prends ton fils et fais le monter en offrande sur la montagne!

- Quel fils ? demanda Avraham
- Ton fils unique, fut la réponse
- Les deux sont uniques pour leur mère !
- Celui que tu aimes
- Le coeur d'un père peut-il distinguer entre ses fils demanda Avraham. Je les aime tous les deux.
- Prends Itzhak sur la montagne au-dessus de laquelle tu apercevras la présence divine. Elle sera illuminée par les Nuées de Gloire. (commencer à mettre en sourdine la musique de fonds) L'esprit d'Avraham fut assailli d'interrogations et de doutes : sacrifier Itzhak ? N'était-ce pas contraire à la promesse divine l'assurant qu'Itzhak serait son héritier ? Comment l'Éternel pouvait-il exiger un sacrifice humain ?
Cependant, Avraham se retint de formuler ces questions. Sans la moindre hésitation, il se prépara à accomplir le commandement d'Hachem. ... (Monter la musique)
Le lendemain matin, alors qu'il faisait encore sombre et que Sarah dormait, Avraham se leva pour préparer le bois destiné au feu de l'autel. Il ne prit que des branches parfaites, délaissant celles que les vers avaient rongé. Il fendit lui-même le bois et chargea l'âne de son bât, refusant de laisser ces tâches à ses serviteurs dont c'était habituellement l'office. Dans son immense amour pour D'ieu, Avraham s'était imposé de veiller lui-même aux préparatifs. Il appela son fils Ismaël (qui était venu du désert de Paran pour rendre visite à son père), son serviteur Eliézer, et tous ensemble, accompagnés d'Itzhak, se mirent en chemin, de bon matin. Ils voyagèrent pendant trois jours avant de découvrir la montagne dont l'Éternel avait parlé. (commencer à mettre la musique, et, à la deuxième phrase musicale) : - "Mon père, voilà bien le feu et le bois... Mais où est l'agneau du sacrifice ?
- L'Éternel Lui-même pourvoira à l'agneau du sacrifice, mon fils. S'Il ne le fait, tu seras
cet agneau... ... (laisser la musique) Le troisième jour, Avraham remarqua une montagne qu'irradiait un nuage de feu allant de la terre au ciel : elle était entourée des Nuées de Gloire. - Que vois-tu ? demanda-t-il à Itzhak - Je vois la présence divine sur la montagne, répondit-il.
- Que voyez-vous ? demanda-t-il à Ismaël et Eliézer - Nous ne voyons rien, furent leur réponse - Si vous ne voyez rien... restez ici avec l'âne jusqu'à notre retour. Avraham déchargea l'âne du bois dont il était porteur et l'entassa sur l'épaule d'Itzhak. Il prit en main le feu et le couteau et ils se mirent à gravir ensemble la montagne. Parvenus au sommet, Avraham et Itzhak édifièrent l'autel. Avraham lia sur l'autel les mains et les pieds de son fils, disposa le bois et prépara le feu. Il regarda Itzhak au fond des yeux tandis que ses larmes coulaient sur lui... Les yeux d'Itzhak regardaient droit dans le ciel... Avraham raffermit son bras... se saisit du couteau... en examina le fil (pour s'assurer qu'il était conforme à la Halakha... et... au moment même où il posa le couteau sur le cou d'Itzhak, l'âme de celui-ci quitta son corps... C'est alors qu'il entendit une voix venue du Ciel : " Avraham ! ... Ne porte pas le main sur ce jeune homme ! " ... (Musique) Lorsque Itzhak entendit les mots : &laqno; Ne porte pas la main sur ce jeune homme », son âme revint dans son corps ... (Suite de la musique) &laqno; Maître de l'Univers, dit Avraham, lorsque Tu m'as ordonné d'offrir Itzhak en sacrifice, j'aurais pu te faire remarquer que Ton ordre était en contradiction avec Ta promesse. Mais je n'ai rien dit afin d'exécuter Ta volonté.
Si mes enfants viennent à pécher, Souviens-Toi du Sacrifice d'Itzhak, retiens Ta colère et pardonne-leur ! ... (Musique) : Akédat Itzhak - Philippe Darmon - - Souviens-Toi du Sacrifice d'Itzhak, retiens Ta colère et pardonne-leur ! - Je pardonnerai leurs péchés lorsqu'ils sonneront le Shofar devant Moi le jour de Roch Hachana... - Qu'est-ce qu'un Shofar ? demanda Avraham - Si tu ne le sais pas, retourne-toi. Avraham se retourna aussitôt et remarqua un bélier, retenu par ses cornes dans les buissons.
- "Le peuple juif sonnera le Shofar qui est fait de la corne d'un bélier et il lui sera pardonné par le mérite du zèle que tu as témoigné en m'offrant ton fils"expliqua l'Éternel Ce bélier avait été préparé la veille du Chabbat des 6 jours de la création pour être offert en sacrifice à la place d'Itzhak. Ses cornes le retenaient captif dans les buissons. Tout au long du jour, il resta prisonnier des fourrés : dès qu'il parvenait à se dégager, il était de nouveau retenu par d'autres arbustes. Il étendit ses pattes en direction d'Avraham, comme pour lui montrer qu'il voulait être libéré. Avraham le détacha du buisson dans lequel il se trouvait pris et il l'offrit en sacrifice à la place d'Itzhak.

Moche Noa'h - 1ere partie

MOCHE NOA'H

DESSIN.JPGscène de village par Tikvah A. Notre histoire commence en 1836 dans une bourgade de Pologne. Elle va nous faire partager la vie juive de l'époque: amour de la Torah et de ses Commandements, fréquentation des Sages de l'époque, amour de la Terre d'Israël. Ce sont ces valeurs éternelles du judaïsme que MochéNoa'h va nous faire partager, sous la plume de M. Guets, auteur de "Yérouchalaïm chel Maalah".

L'accueil

Ce Roch 'Hodech 1 Sivan de l'année 5596 (1836) était un jour de fête à Lomzhe, en Lithuanie. La ville entière semblait sereine et digne. L'ambiance des grands jours régnait derrière les fenêtres largement ouvertes des maisons de la ville. On apercevait à l'intérieur des nappes blanches, comme on en utilise d'habitude à Pessa'h,(pâques) étendues sur les tables, des parures de Chabbat recouvrant les fauteuils. Plus étonnant encore, les maisons étaient vides! Qu'était il donc arrivé aux habitants si calmes de Lomzhe?

De fait, hommes femmes et enfants étaient tous sortis accueillir un invité de marque,guer.JPG Gaon(grand érudit) dans sa génération, Rabbi Akiba Eigger, venu pour une courte visite dans la ville.
Un des témoins de cette journée a noté dans son journal:
"C'est par centaines que les habitants de Lomzhe et des environs sont venus à la rencontre de Rabbi Akiba Eigger, qui arriva dans un splendide carrosse attelé à quatre chevaux. Un frêle personnage, revêtu d'un manteau de soie, un bonnet de fourrure sur la tête apparaissait modestement dans le carrosse. J'ai encore aujourd'hui le souvenir de ce visage noble et doux, ce je ne sais quoi que l'on ne trouve que chez les Grands et qui exprime la grandeur et la finesse de leur âme. Telle fut l'impression de tous ceux qui se pressaient autour de lui, en retenant leur souffle.

Nous étions là des centaines à le voir descendre du carrosse et gravir les quelques marches du perron, s'arrêter pour adresser à la foule un léger sourire, empreint d'amour. Tous étaient tournés vers lui avec un grand respect. L'un des hommes s'écria "Baroukh haba" (bienvenue) et tous répétèrent après lui. Saisies d'émotion, les femmes se mirent à sangloter."
Il n'y a certainement pas d'exagération dans cette description d'époque: qui, de tous les habitants de Lomzhe n'était pas venu sur cette grande place à l'entrée de la ville?

Les Bné Torah (Sages, étudiants de la Torah) avaient fermé leurs livres, les commerçants avaient abandonné leurs échoppes, et les femmes avaient déserté leurs cuisines pour
venir ici leur bébé dans les bras, tous ensemble pour manifester leur respect au Grand de la Torah, le Maître de la génération. L'émotion, joie et larmes, fut à son comble lorsque le Rav tendit la main pour saluer grands et petits. Les mères se pressaient sur le bord de l'allée pour que le Rav pose ses mains sur la tête de leur enfant et le bénisse.

A tous, le Rav murmurait "que D. vous rajoute des bénédictions, à vous et à vos enfants" (Psaumes 115, 14). Rabbi Yéro'ham Fichel Perlov, auteur d'un commentaire sur le Livre
des Commandements de Rabbi Saadia Gaon, qui fut l'un des grands Maîtres à Jérusalem aimait raconter qu'il était l'un de ces enfants qui eurent le mérite d'être bénis par Rabbi Akiba Eigger qui avait posé les mains sur sa tête.


Tu ne te déroberas point de ton proche...

Les riches de la ville rivalisaient entre eux pour avoir l'honneur d'accueillir et d'héberger le Rav durant son séjour dans la ville. On avait même convenu que l'on tirerait au sort pour savoir à qui reviendrait ce mérite. Toutefois, on apprit que Rabbi Akiba Eigger avait décidé qu'il irait chez un membre de sa famille qui habitait en ville.

Qui donc était ce proche? Les chefs de la communauté se renseignèrent auprès de leur illustre invité, sans succès. Après beaucoup d'insistance, le Rav le nomma: c'était un des mendiants, toujours assis au fond du Beth Hamidrach. Les notables esquissèrent une grimace: un Gaon de cette dimension allait visiter une grande ville juive comme Lomzhe pour y être accueilli dans la maison d'un juif pauvre tout simple! Qu'allaient dire les gens! Serons nous quittes de la Mitsvah de respecter la Torah et ses Sages ?
Mais Rabbi Akiba Eigger ne voulut rien entendre: il exigea de ses hôtes qu'on l'emmène
de suite chez son parent.

Les notables essayèrent à nouveau, mais en vain de l'en dissuader, lui décrirent la pauvreté de cette petite maison - était ce même une maison, cette baraque sur le point
de s'écrouler ? Ils parlèrent de la honte qu'éprouveraient les habitants de Lomzhe après
un tel accueil. Ils promirent que l'on installerait son parent à la table d'honneur, et qu'il serait comme le maître de maison là où le Gaon serait reçu.
Les érudits tentèrent également de fléchir le Maître: puisque déjà pour une Mitsvah DeOraïta (commandement écrit dans la thora)comme rapporter un objet trouvé, un Sage
en est dispensé si la situation n'est pas en rapport avec sa dignité, alors pourquoi le Rav irait il honorer son parent qui ne peut le recevoir avec toute la dignité requise, et par là offense toute la ville?

Rabbi Akiba Eigger prit un air sévère, et son visage pâlit comme lorsqu'il était assis à rédiger ses 'Hidouchim (commentaires) mais il répondit immédiatement: "Chers amis,
c'est bien la preuve du contraire que vous m'apportez là! Lorsqu'à propos d'un objet
trouvé la Torah dit "et tu te déroberais" (Deutéronome 22), nos Sages ont expliqué qu'il
y a là possibilité effective de se dérober devant la Mitsvah dans le cas d'un Sage pour qui ramasser l'objet serait un affront. Mais le même mot est employé pour nous dire "et de ta chair tu ne te déroberas point!" (Isaïe 58), et il n'y a donc aucune possibilité de se dérober
à la préférence que l'on doit donner à son proche."
Les notables, tout autant que les Sages, furent surpris d'entendre une réponse aussi vive
de la part du Rav et ils durent se résigner à l'accompagner chez son hôte, chez qui il s'établit durant tout son séjour à Lomzhe.

Et de ce jour là jusqu'à son départ un flux incessant de visiteurs investit la ruelle des forgerons où le Gaon résidait.
Qui de la ville ou des alentours n'y était pas venu? Les érudits avec leurs questions ou leurs réponses sur des points de Talmud, d'autres seulement pour assister aux offices du Rabbi, l'entendre, le voir à table... "Chacun de ses gestes est un livre de Torah ouvert" se soufflaient les gens. Beaucoup venaient aussi pour déverser la tristesse de leur coeur, demander un conseil, une bénédiction, un mot de réconfort ou une phrase apaisante.

Une montagne de petits billets s'élevait de jour en jour sur la table, avec les demandes
les plus diverses d'entre ce qu'un coeur juif a besoin: parnassah (revenus), Chalom Baït (paix dans le foyer)satisfaction du devenir des enfants, santé, etc...

La demande d'Ethel

enfants - jpg.jpgParmi le flot de personnes qui se pressaient à la porte de la maisonnette, dès les premiers jours, se trouvait la Rabbanite ( femme de rabbin) Ethel ...
Après des heures d'attente, vint son tour, et elle se présenta devant le Gaon, les yeux baignés de larmes. Cette Ethel, qui resplendissait d'habitude de joie, qui était toujours la première à accourir pour toute Mitsvah qui se présentait, quel était donc son problème?
Elle avait neuf enfants, tous assidus à la Yéchivah, sauf l'un d'entre eux, Moché Noa'h, qui au grand désespoir de ses parents était complètement "bouché", et n'avait jamais réussi à apprendre ne serait ce qu'une ligne de Guemara. Ethel avait déjà consulté des Rabbins réputés, reçu toutes sortes de conseils mais sans effets. A ce jour, Moché Noa'h allait sur ses quinze ans, et étudiait la Torah comme un enfant de trois ans ... Plus étonnant, en calcul, écriture ou connaissances pratiques, il était particulièrement doué et éveillé, et saisissait en un instant ce que beaucoup d'autres avaient du mal à apprendre.
Mais quand arrivait le cours de Guemara, c'était une autre affaire.

Rabbi Akiba Eigger écouta l'amère histoire que lui racontait cette maman brisée, minée par lemere -jpg.jpg malheur de son fils. Il conclut doucment "Nos Sages ont décrété qu'il faut faire très attention à ce que même un bébé ne consomme pas une nourriture interdite, car ceci atteint son âme, et une fois grand, il sera de mauvais caractère et inaccessible aux paroles de Torah".
"Quoi, quoi, s'écria Ethel, comme frappée d'hystérie, mon Moché Noa'h a mangé quelque chose interdite lorsqu'il était petit ? 'Hass veChalom ( que Dieu en préserve) ! Rabbi c'est im-pos-sible !"
"Et pourtant, reprit doucement Rabbi Akiba Eigger, à t'écouter, il semble bien que ce soit la vraie cause de son incapacité à comprendre la Guemara ..."
Ethel, remplie de confiance dans les paroles du Sage s'effondra, puis après un court instant tenta
- Rabbi, et que faire pour ça ?

- Etudier la Torah dans la pauvreté. Beaucoup s'investir dans l'étude, dans la misère la plus grande."

etude - jpg.jpg Rabbi Akiba Eigger répéta plusieurs fois sa sentence. Déjà, le visiteur suivant se présentait devant le Sage, et Ethel quitta la pièce.
Elle se précipita chez elle, et raconta précipitamment à son mari, Rabbi Hirsch Leïb, les paroles du Rav, sa suggestion quant à la cause de l'ignorance de leur fils, et son conseil pour l'avenir.
- "Et comment as tu fait, toi la femme vertueuse pour laisser notre fils consommer une nourriture interdite ?" s'exclama Rabbi Hirsch Leïb avec indignation.

- "Comment peux tu t'imaginer une telle chose! éclata Ethel. Qui sait mieux que toi
l'attention que j'accorde à ces choses là! Jamais il n'est rentré à la maison du lait à la traite duquel je n'ai pas assisté. Les enfants ne connaissent pas le goût du pain du boulanger,
car ils ne consomment que celui que je cuis moi même, après avoir tamisé la farine.
Même les fruits et les légumes qui peuvent contenir des vers ne rentrent pas à la maison.
Quant à la viande, c'est toi même qui l'apporte de chez le Cho'het (abatteur rituel)
après avoir assisté à l'abattage et la vérification. Comment notre fils peut il, après tout
ça, avoir consommé quelque chose d'interdit, et comment peux tu me soupçonner
de négligence ?"

Un lourd silence s'installa entre eux. Ethel, approfondie dans ses réflexions, murmura: "Peut être notre Moché Noa'h aurait consommé quelque chose d'interdit chez un voisin
ou un ami ? Ou bien à un mariage ou une autre occasion ?"
Rabbi Hirsch Leïb approuva sa femme et ils se résolurent à mener l'enquête dès le retour de Moché Noa'h de la Yéchivah. C'est dire avec quelle impatience ils l'attendirent ce soir là. Son père s'assit face à lui, comme tous les soirs, puis commença à le questionner sur ses études de la journée. Il trouva rapidement l'occasion de lui demander s'il avait un jour mangé quoi que ce soit en dehors de la maison. Moché Noa'h répondit catégoriquement qu'il avait toujours respecté la consigne maternelle de ne jamais rien consommer chez des étrangers, et autant qu'il s'en souvienne, il n'avait jamais, même étant petit, accepté quelque nourriture de qui que ce soit: il ne goûtait que les nourritures préparées par sa mère. Rabbi Hirsch Leïb ne se contenta pas de cette réponse, et le reprit point par point.

Il était malheureux de soupçonner son fils et de pratiquer un interrogatoire de façon aussi déplaisante, mais il était sûr que Rabbi Akiba Eigger avait vu juste: il traqua le moindre
des souvenirs d'enfance de son fils, ses amis, ses promenades. Après deux heures de discussions, Moché Noa'h s'endormit sur son banc, épuisé. Il se réveilla en sursaut peu
de temps après:
'Papa, Papa, je me souviens maintenant de quelque chose! J'avais cinq ans, c'était à Hanoucah, je sortais du 'Héder ( de l'école) dans le froid et la nuit, et à l'hôtel qui est en ville, il y avait un mariage. Un des parents est sorti à notre rencontre et nous a pressés de venir prendre un bouillon chaud, avec une part de poulet ..!"
L'interrogatoire était terminé.

Moche Noa'h - 2eme partie

Dans la maison du Cho'het

Maintenant Rabbi Hirsch Leïb savait que son fils avait effectivement mangé une nourriture en dehors de la maison. Mais quoi donc ? Rabbi Eliézer, le patron de l'auberge était connu comme un homme craignant D.ieu et un érudit, et le Cho'het local qui aurait pu abattre les poulets était connu également pour être un homme pieux et exemplaire.
Comment était il possible qu'ils aient servi aux invités du mariage une nourriture tréfa (impure) ?Rabbi Hirsch Leïb envoya Moché Noa'h se coucher, et décida d'aller dès le matin voir son ami Rabbi Eliézer pour parler avec lui. Peut être se souviendrait-il de quelque chose concernant les aliments servis ce soir là ?

Tôt le matin, dès la fin de Cha'harit (l'office du matin), Rabbi Hirsch Leïb se présenta à l'hôtel. "Te souviens tu, Reb Eliézer, d'un mariage qui s'est tenu ici à 'Hannoucah, il y a dix ans ?" Rabbi Eliézer dévisagea Rabbi Hirsch Leïb avec étonnement: "j'ai ici deux mariages par semaine ! Comment veux tu, Reb Hirsch, que je me souvienne d'un mariage d'il y a dix ans ?". Mais Rabbi Hirsch Leïb n'était pas homme à se laisser démonter aussi facilement.

Il expliqua à son ami que la question le touchait au plus profond de lui, et qu'il avait un besoin extraordinaire de savoir qui s'était marié, et dans quelles circonstances le repas s'était effectué. Reb Eliézer se laissa convaincre sans difficultés; il appela son serviteur, prépara une lampe à pétrole et descendit avec Rabbi Hirsch Leïb dans la cave, pour voir s'il restait quelque vieux livre comptable qui puisse renseigner son ami. Après avoir feuilleté une dizaine de registres et soulevé des montagnes de poussière, l'aubergiste exhuma un vieux cahier de cette année là.
On remonta dans la salle à manger pour mieux feuilleter le registre. Et ils arrivèrent à la page fatidique: "Ce second jour de 'Hannoucah, 26 Kislev 5586 (1825), a eu lieu le mariage en secondes noces de Yekoutiel Halpert. Tout a été payé d'avance".

L'entêtement de Rabbi Hirsch Leïb avait donc payé: il avait cette fois en mains tous les éléments qui permettraient de ... commencer l'enquête. Yekoutiel Halpert habitait à quelques rues de là. Il ne restait plus qu'à aller le voir et écouter de sa bouche les détails concernant l'abattage des poulets qu'il avait servis le soir de son mariage il y dix ans...
Yekoutiel Halpert était un juif typique de Lomzhe: robuste, grossier, il était maréchal ferrant. Dès qu'il vit Rabbi Hirsch Leïb, le Rav de la ville rentrer dans l'écurie, il l'apostropha le sourire aux lèvres, sans même le saluer. "Qu'est ce qui amène ici le Rav?", demanda-t-il d'une voix claquante comme les sabots des chevaux. Le Rav lui expliqua qu'il souhaitait avoir des détails sur son second mariage, il y a dix ans. Peu importe à Yekoutiel pourquoi le "petit Rabbin", comme il l'appelle, s'intéresse à son mariage. Il n'est pas curieux de nature, et se sent très honoré que son "petit Rabbin" soit venu en personne dans sa forge pour s'entretenir avec lui, et en plus de son propre mariage. Aurait il un jour imaginé tel honneur?

Il lui parla de son divorce, trente ans auparavant, après son premier mariage avec Ra'hel, de la ville de Rouwné. Puis de son remariage, après vingt ans de célibat, avec sa seconde femme 'Havah. De lui même, il abondait en détails sur la splendeur du mariage qu'il s'était alors offert, le Rav qui célébra le mariage, le cho'het, le banquet ... Rabbi Hirsch Leïb n'en demandait pas plus, et après lui avoir souhaité longue vie et bonheur, il s'éclipsa.
Quelques instants après, il poussa la porte de la maison de l'ancien cho'het qui avait cessé depuis de travailler.

 

" Vous souvenez vous de quelque chose concernant l'abattage des poulets pour le banquet de mariage de Yekoutiel Halpert, il y dix ans ?" lui demanda-t-il après quelques paroles d'usage. A peine avait il prononcé ces mots que le Cho'het pâlit.
- Oïe, oïe, soupira le vieil homme. Le mariage de Yekoutiel ... une chose terrible ! Combien de jeûnes ai je jeûnés depuis pour me faire pardonner, et l'on vient encore, dix ans après me rappeler ma faute ...!
- La che'hita n'était pas cachère ? demanda Rabbi Hirsch Leïb en tremblant.
- D.ieu garde, répondit vivement le cho'het, ce n'est pas celà! c'est tout autre chose!
- Et quoi donc ?
La curiosité de Rabbi Hirsch Leïb allait en grandissant. Le vieux cho'het essayait de s'esquiver.
- Tant d'années ! Tant d'années ! A quoi bon se poser des questions sur un passé aussi lointain ?

Rabbi Hirsch Leïb, ému, raconta à son vieil ami l'histoire de Moché Noa'h, si obtu dans les études saintes, les paroles de Rabbi Akiba Eigger qui avait relié ceci à la consommation de mets interdits. Il expliqua qu'il ne pourrait être tranquille avant de savoir comment ceci avait pu arriver à son fils, afin d'être plus vigilant à l'avenir.
"Les paroles qui sortent du coeur vont droit au coeur" et le cho'het ne put que s'émouvoir des paroles de Rabbi Hirsch Leïb, convaincu de sa peine, et de la grandeur de Rabbi Akiba Eigger qui avait vu d'aussi loin cet évènement inconnu de tous. Il prépara un verre de thé pour apaiser son hôte, puis commença sa terrible histoire, d'une voix brisée.
"C'était il y a trente ans, commença-t-il, quand Yekoutiel Halpert divorça de sa première femme Ra'hel à Rouwné. Je ne sais quel Beth Din a procédé au Guett (divorce religieux), mais quelques semaines après, des rumeurs circulaient sur la validité du Guett. D'éminents Rabbins invalidèrent successivement le divorce, et interdirent à Ra'hel de se remarier. Des années durant ce divorce fut l'objet de discussions dans les Beth Hamidrach, jusqu'à ce que l'affaire s'oublie.
Il y a dix ans et trois mois, sur le tard, Yekoutiel se remaria.

Le Rav qui pratiqua le mariage ne fit pas cas du divorce contesté de Yekoutiel, et quant à moi, je n'en n'avais jamais entendu parler.""Le cho'het recommença à soupirer et à se tordre les mains. Malheur à ces mains qui seront brûlées dans le feu du Gehinom pour avoir abattu la viande d'un tel mariage!
"Quelques semaines après le mariage, j'eus l'occasion de rencontrer un de mes amis, un vieux 'Hassid 'Habad, qui me fit des remontrances" "Comment est ce possible ? Comment en es tu arrivé là ? Ne sais tu pas que notre Maître, Gaon d'Israël le Saint Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l'auteur du Tanya et du Choul'han Aroukh Harav, a fait partie de ceux qui ont invalidé le Guett donné par Yekoutiel à sa première femme ? Comment as tu osé abattre des poulets pour le mariage d'un tel pêcheur, qui se marie avant d'avoir répudié convenablement sa première femme!"
Je m'évanouis de surprise, et mon ami s'efforça de me ranimer. Je lui expliquai que j'étais innocent, et que j'ignorais tout du passé de Yekoutiel. Il sortit de sa poche une copie de la lettre de Rabbi Chnéour Zalman, qui s'élevait avec amertume contre la procédure du divorce de Yekoutiel.
"Malheur à moi, qui ai pêché involontairement, et malheur à ces mains qui seront brûlées dans le feu du Gehinom pour avoir abattu la viande d'un mariage aussi controversé !"


La lettre du Baal Hatanya

Maintenant Rabbi Hirsch Leïb savait tout. Enfin presque tout. Il aurait bien voulu voir la lettre du Baal Hatanya, le Rabbi Chnéour Zalman. Le cho'het, lui ne souhaitait pas tellement la lui montrer; l'évocation de cette lettre lui était déjà pénible, et il redoutait de la revoir. Si près du but, Rabbi Hirsch Leïb ne se laissa pas décourager, et le cho'het finit par admettre qu'ils iraient voir la lettre chez le vieux 'Hassid. Mais il habite loin d'ici, dans un petit village à plus de vingt milles de Lomzhe. Comment irons nous ? gémit-il. En un clin d'oeil, Rabbi Hirsch Leïb avait entraîné son ami dans la rue, accosté une diligence, et les voilà en route. Le cocher se dirigea rapidement vers la sortie de la ville, et le long voyage commença sous une pluie battante qui ne les quitta pas jusqu'à leur arrivée, quelques cinq heures plus tard, dans la nuit du petit village.

Quelques légers coups sur la porte, et celle ci s'ouvrit sur un visage impressionnant. Le vieux 'Hassid, qui avait servi dans sa jeunesse chez Rabbi Mena'hem Mendel de Vitebsk (13) et chez Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (14 )les reçut joyeusement, leur tendit la main et les installa rapidement devant une collation et une boisson chaude.

La glace dont leur barbe est éparse eut tôt fait de fondre, et leurs os de se réchauffer. Le cho'het s'inquiéta de la santé de son ami, de sa famille puis aborda le sujet qui justifie leur visite si tardive. "Nous sommes intéressés au plus haut point à voir la lettre de Rabbi Chnéour Zalman concernant le guett passoul de Yekoutiel,et ceci touche au plus profond mon ami ci présent, Rabbi Hirsch Leïb." Et d'enchaîner sur l'histoire de Moché Noa'h, et les paroles de Rabbi Akiba Eigger. Le 'Hassid sursaute, tout comme à l'époque. "Comment est il possible qu'un Rav ait marié cet homme sans se renseigner sur lui? Et comment se peut il qu'un cho'het abatte de la viande sans demander qui se marie et qui sont les participants ...?" Le cho'het s'abrite à nouveau derrière le Rabbin qui pratiqua le mariage, puis reprocha au 'Hassid de n'avoir pas donné plus de publicité à la lettre du Baal Hatanya: on n'en serait pas arrivé là!

Après un bref échange de paroles, le vieux 'Hassid s'enfonça dans ses pensées, puis sortit la lettre, qu'ils lurent ensemble, mot à mot:
"J'ai été stupéfait de voir, et désolé d'entendre cette histoire inouïe qui s'est passée dans votre contrée, concernant une femme répudiée par un Guett non conforme à la Sainte Torah, qui ne mentionne que son nom Ra'hel: bien que son nom de naissance soit effectivement Ra'hel, étant donné qu'elle est connue de tous sous le nom de Roucha, son Guett est totalement invalide. C'est pourquoi, il vous revient de tout faire pour empêcher cet homme de se remarier (...), et d'interdire fermement à tout cho'het de pratiquer un abattage de viande ou de volaille pour ce mariage, et s'il contrevenait, à D.ieu ne plaise, sa viande serait Névéla -interdite à la consommation (15)(16)

Rabbi Hirsch Leïb et le vieux cho'het éclatèrent en sanglots, et les larmes coulèrent sur le vieux papier jauni de la lettre du Saint Rabbi Chnéour Zalman.
Rabbi Hirsch Leïb prenait ainsi mesure de la force du Maître Rabbi Akiba Eigger qui avait vu de si loin une telle chose. Il prit le soir même le chemin du retour vers Lomzhe, laissant le cho'het se reposer chez son ami, dans le village.

Il n'était plus préoccupé, maintenant, que de savoir comment accomplir le sauvetage de son fils, par l'étude dans la pauvreté, afin que D.ieu lui ouvre le coeur à la Torah. Il arriva à Lomzhe tout juste à l'aube, pour se joindre à son minyan habituel avec les Vatikim, ceux qui prient au lever du soleil. Dans le Chemoné Esré, il se répandit en pleurs, pour implorer D.ieu de lui procurer l'intuition nécessaire: où envoyer Moché Noa'h étudier pour mettre en pratique le conseil de Rabbi Akiba Eigger.

En arrivant au passage "veliyrouchalaïm irekha" Rabbi Hirsch Leïb buta sur les mots "et dans Jérusalem ... et dans Jérusalem Ta ville..." Serait une allusion d'en haut à ma prière ? Il se mit à frissonner. Qui n'a entendu parler de la pauvreté matérielle de la communauté de Jérusalem ? Qui n'a entendu parler de la richesse spirituelle des juifs, ainsi que nous content les rabbins et émissaires envoyés par les institutions pour collecter les oboles ? Là bas, tout près de la Porte du Ciel, ce sera certainement l'endroit convenable pour Moché Noa'h pour qu'il puisse nous donner toute satisfaction comme un bon enfant juif. Est ce possible que ma tefila ait déjà été exaucée ?" conclut il

Moche Noa'h - 3eme partie

L'exil

Ce jour même, Rabbi Hirsch Leïb aborda le sujet avec Moché Noa'h, seul à seul.
"C'est vrai , mon fils, que tu as beaucoup travaillé pour étudier la Torah, mais à ma
grande tristesse, tes efforts n'ont pas été couronnés de succès. Ta mère, la Tsadkanit ,
la juste, qui se fait tant de souci pour toi, a pris conseil chez un des Sages d'Israël, qui
lui a dit que seul l'exil dans un lieu de Torah et l'étude dans la pauvreté peuvent te sauver".
Rabbi Hirsch Leïb se tut quelques instants. Ses yeux se fixèrent dans le regard étonné
de son fils, puis il reprit d'une voix étranglée: "C'est vrai, mon cher fils, qu'il est dur,
à ton âge, de quitter ses parents pour partir en Erets Israël, ce lieu qui t'a été désigné
du ciel pour ton élévation spirituelle. Mais saches que c'est encore plus dur pour tes parents, qui t'aiment de tout leur coeur. Pourtant, c'est là bas seulement que tu pourras arriver au vrai but de la création de l'homme, là bas seulement que tu trouveras une guérison à ton mal: avec l'aide de D.ieu tu y grandiras dans la Torah et tu deviendras
un Grand de la communauté d'Israël."
Moché Noa'h éclata en sanglots. Il avait à peine quinze ans, et il était obligé de quitter la maison de ses parents, de se séparer de ses frères si exemplaires, de ses soeurs si affectionnées... mais il savait combien pire serait de rester toute sa vie un Am Haarets,
un ignare, . Moché Noa'h accepta avec amour la décision de son père de partir en exil dans un lieu de Torah.
A cette époque, en Lithuanie, un groupe de Talmidei 'Hakhamim, sages érudits, se préparaient à monter en Eretz Israël. Rabbi Hirsch Leïb eut tôt fait de se lier avec un
des voyageurs, auquel il raconta toute son histoire. Il lui confia son fils, avec pour seule consigne de veiller sur lui jusqu'à ce qu'il lui trouve un compagnon d'études convenable.
Quelques jours plus tard, toute la famille était là, sur le quai pour accompagner Moché Noa'h. La séparation fut rude: Rabbi Hirsch Leïb se mordait les lèvres pour se contenir, Ethel adressait à son fils baisers et bénédictions, tandis que les frères et soeurs faisaient des grands signes d'adieu, jusqu'à ce que le bateau avec ses trente passagers juifs s'éloigne du port.
Il fallait à cette époque près de trois mois de bateau pour accoster à Jaffa. Après quelques jours de repos, ils eurent l'occasion de se joindre à une caravane qui partait pour Jérusalem, (les chemins étaient alors incertains, et les pélerins se regroupaient pour faire route avec un guide, sous bonne garde). Chacun prépara ses coffres et ses paniers, et parmi eux, Moché Noa'h le plus jeune du groupe, qui outre un coffre plus haut que lui, tenait à la main une lettre que son père lui avait recommandé de ne jamais quitter,
jusqu'à la remettre à son destinataire à Jérusalem.
Cette lettre de Rabbi Hirsch Leïb était envoyée à une de ses connaissances, le Gaon et 'Hassid Rabbi Yaacov Koppel Chapira, (le père du Tsaddik connu à Jérusalem, Rabbi Tsvi Mikhal), et contenait en quelques lignes bien tracées,(A la façon des textes manuscrits de certains contrats et des textes sacrés, qui doivent être écrits sur un texte ligné)d'une écriture droite, la recommandation suivante:
"A mon cher Ami, le respecté Gaon et Tsaddik Rabbi Yaacov Koppel, que D.ieu lui
accorde une longue vie.
Avec tout le respect pour un homme de Torah, et mes meilleurs souhaits de paix
pour lui et toute sa grande famille, je te confirme, selon les termes de ma lettre précédente, que j'ai pu mettre à exécution le projet dont je t'avais parlé, et mon fils.
Moché Noa'h, porteur de la présente, monte à Jérusalem avec les plus pures intentions
et le projet de s'adonner à la Torah dans les plus dures conditions. Je te redemande,
cher ami, avec insistance, de le garder comme la prunelle de tes yeux, de veiller à ce
qu'il ne cesse d'étudier la Torah, ne fut ce qu'un instant. Je te confie la vie de mon
fils, et te prie de le préserver de tous les dangers: qu'il ne mange que de ton pain,
ne boive que ce qui se boit chez toi, et soit à tes côtés. Enseigne lui l'étude,
l'acharnement à l'étude, l'assiduité, et mets le à l'écart du luxe et du laisser aller.
Comme je te l'ai écrit, nous avons également dans nos pays d'exil ces qualités
d'étude et de ferveur. Mais ce n'est qu'à Jérusalem que l'on peut côtoyer la Torah
et la pauvreté,et c'est pourquoi je te le confie. Agis comme tu me l'as proposé dans
ta dernière lettre,où tu te proposes de lui faire partager la vie de nos frères de
Jérusalem installés là bas à la porte des cieux, et D.ieu dans Sa grande bonté lui
viendra en aide et ouvrira son coeur à la Torah, et ce sera là la plus grande
récompense de ma vie.
Ton ami respectueux,ému au souvenir de ton père le Gaon et 'Hassid Rabbi Velvel
de Tiktin, Hirsch Leïb Farber, de Lomzhe.

De Lomzhe à Jérusalem

C'est dans un nouvel univers que Moché Noa'h plongea dès son arrivée à Jérusalem.
Après quelques jours passés dans la maison de Rabbi Yaacov Koppel, il était déjà imprégné de sensations nouvelles qui bouleversaient son monde. La maisonnée de
ses parents était pourtant loin de tout luxe, et chacune des dépenses quotidiennes y
était mûrement débattue; elle pouvait cependant passer pour un palais à côté de ce
qui se voyait chez Rabbi Yaacov Koppel. On était vraiment à des milliers de kilomètres
de ce qui se passait à Lomzhe.
Chez ses parents, il y avait trois grandes chambres, et les murs crépis étaient décorés
de couleurs. Les lourdes armoires de bois massif avaient des portes sculptées, et dans
la salle à manger, une longue table, avec des chaises assorties, une vaisselle de porcelaine aux motifs bleus, des couverts en métal, des couteaux qui coupent.
Les enfants, quoique habillés modestement portaient des vêtements agréables,
sans reprises, des chaussures non rapiécées. La nourriture elle même, était toujours suffisante pour tous. Et pourtant, Rabbi Hirsch Leïb était bien loin d'avoir le train de vie
des riches de la ville. Plus encore, sans sa position de Rav, il aurait certainement été considéré comme un des pauvres de la ville, quoique partageant le sort de la classe moyenne de Lomzhe, pour qui un sou était un sou !!
Ici à Jérusalem, la maison de Rabbi Yaacov Koppel comportait une pièce et demi,dont
les soupiraux arrivaient à grand peine au niveau de la rue. Le crépi des murs avait certainement existé un jour, lors de la construction de la maison. Quant aux meubles
de la maison, ils avaient une mine bien pitoyable: la seule table était un assemblage ingénieux de poutres et de planches. Les sièges consistaient dans les restes des chaises offertes lors du mariage, trente ans auparavant. Les vêtements des enfants étaient accrochés sur des clous de ci et de là, faute d'armoire.
Sur une lourde étagère on posait tous les soirs une lampe à pétrole qui dispensait
une bien pâle lueur qui donnait cependant à tous une envie d'étude extraordinaire.
Quant aux vêtements, rien de comparable avec Lomzhe ! Quelques mois avant une Bar Mitsvah, on soupesait déjà avec gravité la possibilité d'acheter au garçon une nouvelle paire de chaussures. Le reste du temps, on ne comptait plus les pièces recousues sur
les vêtements et chaussures des uns et des autres.
Bien que l'alimentation et le menu occupaient peu de place ici, il n'était pas rare d'entendre Rabbi Yaacov Koppel et la maîtresse de maison en discuter dans les détails. C'est ainsi que Moché Noa'h entendit plus d'une fois la Rabbanite proclamer en début
de semaine: "cette fois, les enfants, nous ne pourrons pas acheter de lait.
Il faudra vous contenter d'eau avec un peu de vin fabriqué par Papa, et D.ieu vous
donnera des forces pour étudier la Torah!" Ou encore:"hier tu as mangé la moitié d'un oeuf, aujourd'hui il faut que tu la laisses pour ton frère ! Quant à Rabbi Yaacov Koppel
lui même, il pesait à chaque repas sa part, un kazaït de pain;(volume d'une olive,
approximé à 30 grammes, qui justifie une bénédiction après le repas) , précisément,
juste de quoi faire Bircat Hamazone après son seul repas de la journée.
Au début, Moché Noa'h fut effrayé de ce mode de vie. Il avait des vertiges à la seule
vue de cette table vide, et se demandait combien de temps il tiendrait avant d'être
obligé de retourner à Lomzhe. Puis il se rendit compte que les enfants de la maison tenaient le coup, et mieux que lui et ses frères qui consommaient de la viande et un
plat chaud tous les jours. Il admit que la vie spirituelle, le repos de l'esprit et la volonté
font partie des ingrédients d'une bonne santé.
"Les visages de ces enfants affamés ne brillent ils pas plus que ceux des enfants de Lomzhe rassasiés ?" se disait Moché Noa'h. "D'où ces enfants de Jérusalem tiennent
ils ce regard lumineux et ces forces pour étudier la Torah avec tant d'énergie, tout le
jour et tard le soir ? Serait ce dans ces monotones tranches de pain noir trempées dans
de l'huile et tartinées de jus d'ail ou je ne sais quel autre légume ? D'où leur vient ce visage noble et calme le Chabbat et les jours de Fêtes? Seraient ce leurs vêtements on
ne peut plus rapiécés ? Et ce sourire de satisfaction lorsqu'ils répètent le soir devant leur père, de leur voix chantonnante, les questions du Maharcha ou les raisonnements du Pnéi Yechoua qu'ils ont entendu au 'Héder ?"
Petit à petit, Moché Noa'h s'éveilla à cette nouvelle atmosphère qui faisait des petits enfants de Jérusalem des êtres exceptionnels: son âme "s'alluma" lentement, et ses interrogations s'évanouirent d'elles mêmes.
Jérusalem, la ville des Prophètes, résidence des rois de Judah, foyer des Tanaïm,(rédacteurs de la Michnah, première compilation écrite de la Loi Orale, sous l'impulsion de Rabbi Yéhoudah Hanassi, contemporain d'Antonin) qu'il connaissait tant
par le Tanakh,(initiales des trois livres de Torah, Neviim, Ketouvim, Pentateuque
Prophètes et Hagiographes qui constituent la Bible) cette ville toute en esprit et en
sainteté, avait maintenant conquis son coeur.
Il percevait Rabbi Yaacov Koppel, à qui son père l'avait adressé, comme son sauveur.
Il étudiait maintenant quinze heures par jour, et sentait à quel point ces tartines de pain trempées dans de l'huile lui procuraient force et ardeur à la tâche.
Le corps et l'esprit sain, heureux, il se sentait progresser dans l'étude, s'accrocher à tous les 'Hiddouchim, sans en perdre un brin, raisonner juste. Il rattrapa puis dépassa les enfants de son âge ...
Celà faisait maintenant trois ans que Moché Noa'h étudiait régulièrement avec son bienfaiteur Rabbi Yaacov Koppel, trois heures et demi d'affilée, dans le Beth Hamidrach
"le Consolateur de Sion". La différence d'âge entre les deux semblait s'estomper au fil
des pages, des discussions et 'Hiddouchim. Moché Noa'h était devenu un autre être, et
sa seule aspiration était de continuer son ascension. Jusqu'au jour où Rabbi Yaacov
Koppel lui fit comprendre que le moment était arrivé ... Nos Sages n'ont ils pas enseigné "âgé de dix huit ans, c'est le mariage". Et à Jérusalem à l'époque, on ne discutait pas
avec celà!

La pierre précieuse

Moché Noa'h comprit de suite l'allusion. Mais était ce bien à lui de s'en occuper ?
En était il même capable ? Comme lisant dans sa pensée, son maître et compagnon d'étude lui suggéra d'aller rendre visite au Rav de la ville, le Gaon Rabbi Chmouel Salent.
Une semaine plus tard, face au Rav, toutes les appréhensions de Moché Noa'h s'effacèrent: conquis par l'étendue des connaissances du jeune homme et sa vive intelligence, le Rav sera lui même le Chadkhan,( marieur, ancêtre de nos agences matrimoniales.).
Et quelques jours plus tard, on célébra les fiançailles de Moché Noa'h avec la fille du Tsaddik Rabbi Yossef Kovner, de Jérusalem.
Dans la lettre qu'il adressa à ses parents à cette occasion, Moché Noa'h écrivit:
"A mon cher Père, mon Maître, et à ma chère Mère,
Ce n'est que maintenant que je prends la mesure de ce que vous avez fait pour moi,
alors, en me forçant à me séparer de vous et de mes frères et soeurs, car de n'est que
la Torah que j'ai apprise ici, dans la difficulté, qui m'a sauvé, et qui sera mon seul
mérite durant toute ma vie, ici à Jérusalem où je souhaite habiter avec la future
épouse que D.ieu m'a donnée. Soyez rassurés et reposés, et que D.ieu ne vous donne
que du bonheur de moi et de tous vos enfants, en tous temps.
Votre fils, Moché Noa'h."

Lorsque cette année là, Rabbi Chmouel Salent dut sortir du pays pour visiter les communautés de l'exil au profit des institutions de Jérusalem, il passa également à Lomzhe, et visita les parents de Moché Noa'h, Rabbi Hirsch Leïb et sa femme Ethel.
Il leur annonça la bonne nouvelle: "c'est une pierre précieuse, un trésor inestimable,
que vous avez dans la Ville Sainte".

Fin

De Tou-Bichevat à Pourim...Le refus des arbres

Quand il s'est agit de pendre Aman, le persécuteur des juifs dénoncé par la Reine Esther, D'ieu s'adressa aux arbres qu'il avait créés le troisième jour, et demanda lequel d'entre eux voudrait bien prêter son bois pour la potence.

-Je refuse, dit la vigne. Et d'ailleurs, je suis trop petite, trop basse. En outre, c'est moi qui fournissait le vin que l'on versait en offrande sur l'Autel. Je ne puis donc me charger de la tête d'Aman.;

- Je refuse, dit le figuier. C'est chez moi que l'on venait pendre les fruits destinés à être présentés comme prémices au Temple. C'est de mes feuilles qu'Adam et Eve se sont couverts au Jardin d'Éden quand ils surent qu'ils étaient nus. Je ne veux pas d'Aman sur mes branches.;

- Je refuse, dit l'olivier. Je ne suis pas fait pour ça, moi qui ai donné l'huile pour la Ménorah du Beit Hamiqdach.;

- Je refuse, dit le pommier. C'est à moi que le Roi Salomon a comparé le peuple d'Israël. N'a-t-il pas dit dans son Cantique : est comme un pommier parmi les arbres de la forêt; ? Comment puis-je servir de potence à un ennemi d'Israël ?;

- Je refuse, dit le cédratier. Que les juifs prennent mon fruit pour louer le Créateur. Qu'Aman aille se faire pendre ailleurs !;

- Je refuse, dit le dattier. Tout le monde sait que le Juste me ressemble. Voyez les Psaumes : Le Tsadik fleurira comme le dattier;. Et tout le monde sait qu'Aman est un méchant, le fils d'Amalek - maudit soit son nom.

Le figuier, le dattier, l'olivier, le myrte, le cèdre, le chêne, le tilleul, tous les arbres refusèrent de porter sur eux le corps du persécuteur d'Israël.

C'est alors que le ronce se leva et dit :

- D'ieu, tous les arbres que Tu as crées te font honneur. Chacun d'eux sert à quelque chose, chacun d'eux a des mérites. Moi seul, ne suis bon à rien. Personne ne veut de moi. C'est pourquoi, moi j'accepte. Que l'épine soit pendue parmi les épines.

D'ieu lui donna raison et Aman fut pendu à une ronce.

Le rendez-vous de Monsieur Tou

Un 15 Chevat, Monsieur Tou, fils de Monsieur Itou et cousin proche de Messieurs Bi et Chevatt, se leva de belle humeur.

Il croqua une pousse neuve, but une larme de rosée du matin et se fit une coquetterie avec une étamine blanche.

Monsieur Tou exécuta ensuite quelques pirouettes avant de regarder ses rendez-vous sur son agenda en feuille de lierre (pas de la vulgaire feuille nommée vulgarata, mais de la feuille sensitive, charmante, primesautière, en un mot comme en mille, de la feuille savante, appelée par tout un chacun distillara distillarum distillaram!).

Ce jour là, il avait un seul rendez vous. Mais quel rendez-vous ! Il lui avait particulièrement été recommandé par Messieurs Bi et Chevatt. Il devait rencontrer Dame Nature!

- " Voyons voyons ! Quelle heure est-il à l'horloge des cieux ? Il est... Si je ne me trompe pas, Grand Soleil moins toute petite brumette à l'horizon. J'ai donc bien le temps avant de rencontrer cette Dame qui, bien que recommandée, doit être plutôt ennuyeuse ! J'irai à petite lune et quart croissant!"

1-toub7.jpgAprès avoir ainsi puissamment raisonné, Monsieur Tou sauta dans un buisson, sourit à une abeille et cueillit un papillonaux ailes translucides. Puis il grimpa au haut d'un chêne et appela : " Israël ! Israël ! Israël !"

Il appelait son ami Eretz Israël ! mais celui-ci ne reste jamais sans rien faire. Il lui répondit avec de la fumée de locomotive, de l'écume tracée par une barque de pêcheur, du bon travail d'homme qui construit le pays:

- " Rien à faire pour folâtrer mon vieux ! J'ai de l'ouvrage à en revendre ! Mais si tu veux m'aider... "

Pensez-vous que Monsieur Tou voulait aider qui que ce soit ? Non qu'il y mit de la mauvaise volonté, mais ce Monsieur Tou là ne voyait pas plus loin que son bouton de rose...

Monsieur Tou se mit donc à voleter de cyprès en cyprès, de chêne en chêne, d'acacia en acacia, de sapin en sapin, annonçant à toutes les chenilles des bois que c'était le 15 Chevat et que la vie était belle...

A épuisement d'arbres, à la fin des fins, quand plus une seule forêt ne fut en peine de Monsieur Tou, ce dernier se laissa glisser sur une dernière primevère. Il chanta encore une fois " Kalinioth, kalinioth... " en hommage à son ami " coquelicot " (un rouquin très aimable qui " fait " les grandes routes) et de mit à respirer très fort.

Quand lui vint l'idée d'expirer... il était déjà " pleine lune " au cadran de l'Éternité !1-toub8.jpg

Épouvanté par son énorme retard, Monsieur Tou fit un saut périlleux extrêmement hâtif et retomba sur ses pieds... devant Dame Nature!

- " Je... Bon... Je... " bredouilla-t-il, ne sachant que dire
- Bonsoir ! fit Dame Nature. A vous revoir !
- Vous voulez dire " Bonjour ! Heureuse (ou malheureuse) de vous voir pour la première fois "
- Pas du tout puisque nous nous sommes déjà vus !
- Ah bon ! Où ?
Là, Monsieur Tou ne comprenait plus rien !
- Mais, sur le Pin Alef, sur le chêne Beth, sur le cyprès Guimel, etc...
- Impossible ! Je vous aurais reconnue !
- Tu l'as fait ! Tu m'a offert de la rosée, de la joie et des chansons ! Ton labeur est fini ! Mes arbres vont faire le leur !
- C'est que...
- Ne dis rien Cher Tou ! Sache seulement que, de toute éternité, j'ai le don d'ubiquité. Maintenant, je te laisse : j'ai des comptes à rendre.
- A qui ?
- Au Grand Patron !
- L'Éternel ! dit Monsieur Tou impressionné
- Salut ! dit Dame Nature !
- Salut ! répondit Monsieur Tou. A la prochaine fois !
- A l'An prochain ! Le-hitraot répondit pour la dernière fois Dame Nature en s'évaporant dans l'air !

Et c'est ainsi que s'acheva la journée de Monsieur Tou, cousin de Bi et de Chevatt !

Les contes

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L'enfant au Bonzai
Le shabbath de Reb Moïshé
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audio.gifJean-Louis Schneider le jeune peintre
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J'ai des milliers de fils en Israël
Qui avait caché la fiole d'huile?
La cinquième bougie de Hannouka

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La Vieille du Temple
L'histoire de Jonas
Le sacrifice d'Isthak

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La rose et le petit garçon
Moche Noa'h - 1ere partie
Moche Noa'h - 2eme partie
Moche Noa'h - 3eme partie

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De Tou Bichevat à Pourim... Le refus des arbres
Le rendez-vous de Monsieur Tou

Cartes postales de la vie juive au Maroc

Regards sur la vie juive au Maroc
7 octobre 1999-2 janvier 2000
Expositions, concerts, films, débats
(au musée d'art et d'histoire du Judaïsme 71 rue du Temple 75003 Paris
tel : 01 53 01 86 53
)

cartes postales à voir

Indissociable de l'histoire du Maroc, le judaïsme marocain est à l'honneur au Musée d'art et d'histoire du judaïsme dans le cadre du "Temps du Maroc" Expositions, concerts, projections de films documentaires et de fiction évoquent les différents visages passés du judaïsme marocain et leur interprétation contemporaine.
L'histoire du judaisme marocain, une des plus anciennes traditions juives marquée d'une continuité inégalée en terre d'accueil, remonterait, selon certaines légendes, à l'époque de la conquête babylonienne de Jérusalem et à la destruction du Temple au IV" siècle avant lère chrétienne.
Il est difficile d'imaginer aujourd'hui, au regard de la petite minorité juive toujours établie au Maroc, ce que fut le judaïsme marocain au temps de sa grandeur. Des quelque deux cent vingt-cinq mille juifs que comptait le Maroc en 1956 presque tous ont émigré dès l'indépendance du pays, poussés par les conflits politiques qui opposèrent le monde arabe à l'État d'Israël après la création de ce dernier.

Cette rupture d'une histoire millénaire ne doit pas effacer ce qui fut un modèle de vie commune et de traditions partagées. Les Juifs firent partie de la vie marocaine aussi bien dans le monde rural que dans les cités, où ils jouèrent un rôle important dans le tissu économique.

Documents et objets réunis à cette occasion sont autant de séquences de la vie des juifs au Maroc, de la fin du siècle dernier aux années précédant leur émigration dans les années soixante, et témoignent d'un passé encore fortement gravé dans les mémoires de la diaspora judéo-marocaine.

Parallèlement, une programmation spéciale de concerts, de films et de débats à l'auditorium du musée atteste l'attachement des artistes Juifs à la préservation de leur héritage judéo-marocain et l'actualité des questions que ce dernier continue de susciter en eux.

Entre orientalisme et colonialisme
Nicolas Feuillie

Cartes postale
La carte postale constitue une source documentaire pour la connaissance

de l'histoire d'un pays et de ses habitants, et c'est d'autant plus vrai lorsque
des bouleversements importants ont entraîné une modification radicale du paysage humain. C'est le cas du Maroc, dont la communauté juive ne représente plus aujourd'hui qu'une petite partie de ce qu'elle était au début du siècle - le conflit entre Israël et les pays
arabes, ainsi que l'indépendance
du pays, en 1956, ont conduit la majeure partie
des juifs à émigrer vers la
France ou vers Israël dans le courant des années cinquante.
Les très nombreuses cartes postales du début du siècle permettent, dans une certaine mesure, de rendre compte de la place des juifs dans la société marocaine au début de l'époque du protectorat. Ces images ne documentent pas la vie quotidienne juive au Maroc, tel que le ferait le travail d'un ethnologue : les vues sont trop parcellaires et ne pénètrent pas suffisamment dans la vie familiale et religieuse des individus.
En fait, la carte postale, au Maroc, se situe au croisement de deux histoires
: celle de l'iconographie orientaliste et du monde arabe en général, dont Delacroix constitue une référence, et celle de la colonisation entreprise par la France au Maroc à partir de la fin du XIX' siècle.
C'est cette convergence qui modèle la vision que donne la carte postale des
habitants des mellah (les quartiersjuifs). Si l'on s'intéresse aux cartes postales pour leurs illustrations, on peut rap- peler qu'elles sont d'abord un objet de communication qui, parce que la correspondance n'est pas cachée, n'autorise pas à être très personnel. On peut dire que cette neutralité du message se retrouve dans l'image : les photos prises donnent dans leur grande majorité des vues superficielles et extérieures des sujets qu'elles représentent. Dès son origine, la carte postale s'appuie sur des panoramas, des monuments et des paysages exemplaires, sur des types de population rapidement identifiables. Ce que l'usage confirme en faisant de "carte postale" un synonyme de "lieu commun". De l'imagerie orientaliste à l'imagerie coloniale.
L'image véhiculée par la carte postale, en particulier dans le contexte de l'imagerie coloniale de l'Afrique du Nord, n'est cependant pas sans histoire: elle prend sa place dans la tradition de la photographie. Elle est l'héritière de ces images sur papier albuminé qui étaient largement commercialisées dans les années 1870-1900 sous forme d'albums. Celles-ci sont très fréquentes en Algérie et en Tunisie déjà occupée par la France - l'Algérie est un territoire français depuis 1930, et la Tunisie est soumise à un protectorat depuis 1881 - elles sont, en revanche, quasiment absentes au Maroc.

"Clichés " les juifs du Maroc à travers la carte postale ancienne(1900-1920) soixante-dix cartes postales sur les juifs du Maroc, issues de la colelction du Musée d'art et d'histoire du Judaïsme et provenant de dons récents.
Editées alors que le Maroc connaît les début du protectorat (1912), ces cartes offrent le reflet d'un regard occidental en quête d'exotisme et de pittoresque. elles n'en sont pas moins le témoin de la vitalite du monde juif marocian traditionnel, métiers d'artisanat, fêtes et costumes qui s'épanouissent dans le mellah (quartiers juifs)- avant que celui-ci ne soit bouleversé par le monde moderne
(au musée d'art et d'histoire du Judaïsme
71 rue du Temple 75003 Paris
tel : 01 53 01 86 53
)


carte1.gifBijoutiers juifs Maroc vers 1915

carte3.gifHabitation israèlite à Meknes Maroc vers 1905

carte2.gifMusiciens juifs Maroc vers 1930

carte4.gif
Jeunes juives Safi, Maroc vers 1910

carte5.gif
Fabricants de lanternes et savetiers juifs à Meknés Maroc vers 1905

carte6.gifEcole de l'Alliance Israèlite de Tétouan Maroc vers 1910


Cartes postale du Maroc du Musée d'art et d'histoire du Judaisme
don de Philippe Cohen