Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive: Ruth Kestenbaum Ben Dov la discrète

Ruth Kestenbaum Ben Dov la discrète

Ruth Kestenbaum la discrète

Ruth Kestenbaum Ben Dov Art Space Gallery, Jérusalem, octobre 201.

Roth Kestenbaum ne transige pas. Elle ne cherche pas à complaire et refuse tout exotisme. A travers portraits et paysages elle crée une chronique de temps présent et en disparition.

Ruth Kestenbaum Ben Dov la discrète

Ruth Kestenbaum Ben Dov la discrète

L'artiste prend le monde tels qu'il est mais en cherchant pourtant une lumière pour venir casser ce qui fut dans certaine période de l'Histoire.

Elle poursuit avec patience des séries qui sont toujours des oeuvres in progress. Elles traversent le temps pour le retenir avec un regard attentif sur les être et ce qui fait leur quotidien.

Son travail est aussi pudique que profond. Il est de l'ordre de la caresse en rien romantique mais qui renvoie au réel de manière diffractée.

Artiste juif: Steven Cohen, met ton coeur sous tes pieds...et marche

Mets ton coeur sous tes pieds et avance steeve Cohen artiste juif

Steven Cohen, "Put your heart under your feet... and walk !", MC 93, septembre 2019.

Pour avancer et à travers cette pièce Steven Cohen met littéralement son coeur sous ses pieds dans ce qui tient d'un spectacle total, éprouvant et extraordinaire.

L'artiste a pris du temps pour élaborer cet incroyable rituel. Il a demandé à sa "nounou" et mère adoptive âgée de 96 ans comment continuer à vivre après la disparition de Elu (le bien nommé). Elle lui répondit : "mets ton cœur sous tes pieds... et marche!" et il a suivi stricto sensu son conseil.

C'est une déclaration d'amour absolue à l'homme qu'il a perdu et qui fut sa vie : "Je t’aimerai toujours Elu, tu es enterré en moi, je suis ta tombe." dis celui pour qui les mots de sa pièce deviennent des actes. Et le spectateur est soumis à la cérémonie funéraire parfois insupportable en mémoire de son compagnon danseur et actionniste sud-africain décédé après vingt ans de vie commune.

Existe sans doute une volonté cathartique mais cela devient un "spectacle" d'amour et de vie. Le couple dansa 20 ans entre autres dans une Afrique du Sud raciste, homophobe et avait trouvé dans l'art un moyen de lutte contre les exclusions.

Il ose ici un spectacle total. Steven Cohen avance sur une scène encombrée d'objets qui furent ceux du couple. Il est monté sur des talons-cercueils tel un elfe blanc. Il se livre à une performance totale et multi-média avec des épisodes parfois insoutenables (dans la vidéo par exemple où il se baigne dans le sang de boeufs "fraîchement" tués dans un abattoirs) et jusqu'au rite final qui oblige l'artiste à un nombre compté de représentations.

Tout devient aussi sauvage que poétique et ne peut laisser indifférents. Soit le spectateur se voit presque malgré lui délogé de son siège, soit il assiste à un spectacle qui ne peut que laisser des empreintes voire des blessures "incarnées".

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste peintre juif : Pierre Alechinsky imperturbable

Artiste peintre juif

Pierre Alechinsky imperturbable

Une nouvelle fois Pierre Alechinsky se retrouve sur les rives de la peinture.
Plutôt que d'y plonger corps et âmes, il la longe tout en s'y enroulant.
Mais dans un travail toujours inventif et incessant il invente un monde rebelle aux figurations du temps.
L'artiste ne pense pas allongements, étendues mais réceptacles et coquillages ouverts qui semblent étrangers au monde.

Les formes ne cessent de roue-couler sans nostalgie des ailleurs puisque l'artiste les invente en évitant des explications : «À la question : "Expliquez-moi votre peinture!", il lance : "Si je pouvais le dire, je ne le peindrais pas."

En attendant il fait de ses tableaux des poupées du ventriloque là où leurs robes matières ne couvrent pas tout sans pour autant glisser vers l'obscène.

Pour Alechinsky la matière ne couvre pas tout. Et son œuvre reste une frontière en peinture et écriture. Les formes étranges et sauvages sont désormais domestiquées par le public : elles ont même fait leur entrée au Palais de l'Elysée. Ce qui ne les empêche pas de vagabonder sur de tels murs.

L'artiste est alimentée par sa liberté même si peu à peu son langage s'est imposé. Se reconnaissent de loin les murailles en fragments, en jeu de l'oie de l'artiste.

Ces périples peuvent sembler inchangés mais de fait le peintre inverses ses données initiales ou les creuse entre encombrements graphiques et désencombrements plastique la lumière passe par ce que son œil toujours neuf entreprend de défoncer.

 

Pierre Alechinsky, "Toujours là !", Galerie Chantal Bamberger, Strasbourg, 2019.

Artiste juif : Victor Vasarely et son influence du Bauhaus qui a 100 ans aujourd'hui

Victor Vasarely.

Victor Vasarely (1906 Pecs – Hongrie – 1997 Paris) est ses artistes Juifs, son influence du Bauhaus qui fête ses 100 ans cette année à Tel-Aviv.

S’est tenue cette année à Paris,  au  Centre Georges Pompidou, l’exposition « Vasarely, le partage des formes » .

En observant son itinéraire de Plasticien, nous remarquons que cet hongrois, devenu parisien, est le créateur de l’art optique.

L’influence du Bauhaus q’il a connu en Hongrie, sera considérable dans son œuvre. Cette école dont vas s’inspirer Marcel Breuer (Pecs 1902 – New York 1981) m’ a attiré tout particulièrement : il s’agit d’un courant artistique, concernant l’architecture, le Design et le Mouvement. L’école du Bauhaus sera fermée par les Nazis en 1933 : une poignée d’élèves juifs partent en palestine. La collaboratrice de Marcel Breuer fut Guntha Stölzl mariée avec l’architecte israélien Arieh Sharon.

J’ai tenu à rendre hommage à Victor Vasarely à la recherche d’une nouvelle identité, sa dernière grande exposition à Paris, remontant en 1963.

 

Victor Vasarely inspiré par Naum Gabo (1890 Briansk, Russie – 1977 Waterbury – U.S.A.) et son frère Anton Pevsner (1884 Biélorussie – 1962 Paris) va affiner ses recherches sur l’ »Op – Art ». Comme le décrit Yuri Slezkine  ( Historien Américain né en URSS en 1956) dans le « Siècle Juif », la première sculpture cinétique créée par Naum Gabo en 1920, est une tige d’acier, s’agitant réellement.

Photo n°2 de la Tige d'Acier de Naum Gabo.

Photo de la Tige d'Acier de Naum Gabo.

© http://historyofartedna.blogspot.com/2013/12/arts-cinetiques-et-optiques.html

 

 

Histoire de l’Art : Arts Cinétiques et optiques.

L’artiste s’installe à Paris en 1930 chez un logeur : Mr Pic ; aidé pécuniairement par André Weil, frère de l’un de ses condisciples du Lycée de BudapestVictor décrocha son baccalauréat en 1925.

Employé par un imprimeur à Montrouge, il fait la connaissance du sculpteur hongrois Etienne Béothy (1897 – Paris 1961), ainsi que de sa femme Anna Béothy – Steiner (1902 Autriche – Hongrie – 1985 Paris), également peintre.

Au cours d’un projet d’exposition , Vasarely fait la connaissance d’André Bloc (Alger 1896 – New Delhi 1966). André Bloc expose « La Tapisserie Structure » à la Galerie Denise René, cette œuvre date de 1956, tissée par la manufacture Tabard à Aubusson : Structure.

Photo de la Tapisserie Structure]

© https://www.cite-tapisserie.fr/fr/ressources-th%C3%A9matiques/la-tapisserie-le-mur-et-larchitecte/structure-dapr%C3%A8s-andr%C3%A9-bloc

En 1951, L’architecte, artiste et critique André Bloc, proche de la galerie Denise René, fonde le Groupe Espace à Paris et projette la réalisation de ses premières œuvres cinétiques.

Source : http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-cinetique/ENS-cinetique.html

La mort d’Henri Matisse, le 3 novembre 1954, affecte Vasarely qu’il l’avait placé très haut dans son Panthéon personnel.

http://www.encyclopedie.picardie.fr/Stein-Leo-Gertrude-Michael-et.html

Peter Kassowitz , né à Budapest en 1938 s’intéresse à l’œuvre de Victor Vasarely : le réalisateur juif hongrois va y consacrer un documentaire en 1960 de 8 minutes. Le film de Peter Kassovitz commence par un reportage sur l’exposition Vasarely à la Galerie Denise René, le réalisateur s’attarde sur une Spirale qui évoque le Vertigo d’Alfred Hitchcock ( 1899 – 1980) sorti dans les salles peu de temps auparavant. Peter Kassovitz, à partir de ce court métrage devient désormais célèbre.

 Photo de la Spirale de Vasarely

Photo de la Spirale de Vasarely

 

 

L’architecte Jean Ginsberg (1905 Czestochowa Pologne – 1983 Paris), né dans la même localité que des membres de ma famille maternelle, est le guide de Vasarely, il travaille en collaboration avec les artistes André Bloc et Victor Vasarely (notamment au 59 – 65 Boulevard Lannes ou au 6 rue du Général Carmon à Paris).

façade Ginsberg 59 – 65 Boulevard Lannes ou au 6 rue du Général Carmon à Paris

façade Ginsberg 59 – 65 Boulevard Lannes ou au 6 rue du Général Carmon à Paris

http://astudejaoublie.blogspot.com/2013/04/paris-immeuble-j-ginsberg-vasarely-p.html

Il participa à la fin de sa vie à l’aménagement de la ville israélienne d’Ashdod.

Vasarely a été séduit au Salon des « réalités nouvelles », au cours de l’été 1954, par Yaacov Gibstein dit Agam (plasticien israélien), né à Rishon Le Zion (sud de Tel Aviv) le 11 mai 1928.

Agam, installé en France depuis 1951, est apprécié par les surréalistes, au point que c’est André Breton qui choisit les titres des tableaux de son exposition chez Denise René, le 7 avril 1955 au 124 rue La Boétie à Paris. Yaacov Agam est un artiste israélien formé dans l’esprit du Bauhaus, à la demande de Mr Georges Pompidou, l’artiste aménage l’antichambre des appartements privés du palais de l’Elysée.

https://www.panoramadelart.com/salon-agam

(c)Yaacov Agam - photo Edward Kaprov Fontaine à Tel Aviv de l'artiste

(c)Yaacov Agam - photo Edward Kaprov Fontaine à Tel Aviv de l'artiste

 

 

 

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En analysant les œuvres de Victor Vasarely, l’un des pionniers du Cinétisme ( Optical – Art ), il semble que l’Artiste était à la quête d’une autre identité , puisque son épouse Claire Spinner (1908 – 1990) avait son père enterré dans le Carré Juif de Budapest…

Influencé par le Bauhaus, nous constatons que Vasarely fait partie des pionniers de cette école , dont vont s’inspirer des Architectes Ashkenazes qui partent en Palestine ; le Bauhaus a 100 ans , à Tel Aviv, on dit même « un Bauhaus » pour désigner un immeuble moderniste des années 30.

L’architecte israélien Arieh Sharon (Etudiant au Bauhaus 1926 – 1929) a été un contributeur essentiel aux débuts de l’architecture en Israël. (4).
L’épouse d’Areih Sharon fut Gunta Stölzl (1897 – 1983) qui fut la première femme à occuper un poste d’enseignante : cette juive palestinienne a reçu la citoyenneté palestinienne, ce qui a permis à sa famille de fuir l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. (5).

En analysant les œuvres de Victor Vasarely, l’un des pionniers du Cinétisme ( Optical – Art ), il semble que l’Artiste était à la quête d’une autre identité , puisque son épouse Claire Spinner (1908 – 1990) avait son père enterré dans le Carré Juif de Budapest…

Nous pouvons penser que Victor Vasarely aurait été fier d’apprendre que cette année , le Bauhaus célèbre ses 100 ans à Tel Aviv ! Peu de gens, ignoraient que le style Bauhaus a été importé à Tel Aviv par des étudiants juifs allemands. (6). Les balcons Bauhaus  par leur forme en spirale capte les brises de la Méditerranée et luttent contre la chaleur de Tel Aviv.

Par Franck d’Almeida – Zolty. Le lundi 29 juillet 2019.

Vasarely, Victor (1908 – 1997) – Plasticien – 1979. Un homme et son métier.

2-Vasarely – Une Saga dans le Siècle de Pierre Vasarely et de Philippe Dana aux Editions Calmann Lévy , année : 2019.

3- http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-cinetique/ENS-cinetique.html

4 - https://www.bauhaus100.com/the-bauhaus/people/students/arieh-sharon/

5 - https://www.thoughtco.com/bauhaus-school-women-4684671

6 - https://www.tribunejuive.info/israel-6/bauhaus-celebre-ses-100-ans-a-tel-aviv

 

Artiste juive : Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot : poétique du réel

Melanie Manchot, Chelouche Galerie, Tel-Aviv, 2019.

Tout l’œuvre de Melanie Manchot est traversé par la relation qu’entretient le corps à la fois intime ou social à l’espace privé ou publique. Mais l’artiste s’intéresse à la fabrique de l’image en même temps qu’elle pointe par exemple les limites du tourisme de masse (en Suisse) ou des relations des êtres à travers les stéréotypes d'actes que l'artiste déplace. Et ce depuis 1993 et dans une reconnaissance internationale de New-York à Berlin, de Londres à Moscou, de Tel-Aviv à Istanbul.

 

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

Pour une telle plasticienne allemande qui vit et travaille à Londres, vidéos et images servent à penser les étrange clôtures qui nous cernent. Surgissent de longues allées d’êtres humains en portraits ou situations.

L’œuvre exprime autant la séparation clanique des êtres mais aussi ce qui peut les unire et les transformer.

Le soyeux et l'ardent sont parfois étouffés. Mais qu’importe : le trouble demeure dans des présences qui froncent la nappe cendrée des choses. Quelques éléments concrets d'une narration ou leurs visions en plan plus large créent une hantise entre couleurs et diaphaneïté. La où la mémoire et l'oubli forme une étrange valse dont l'énigme demeure.

Il s'agit toujours à travers les situations de revenir à l’humain revenir comme seul témoin des seuils du réel. Les êtres semblent en attente. Elle est parfois longue comme le suggère certaines vidéos. L'être marche, s’agite ou reste passif. C'est comme si des cauchemars lui lançait leur boule de neige en plaine figure. Typhon d’images, oscillations, sauts grenus. Ce sont moins des drôleries que des énigmes. L’inverse est parfois vrai aussi. Mais au regardeur de se faire son avis.

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

 

Artiste juive israélienne : Dikla Laor et les femmes de la Bible

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan". Voir le site de l'artiste.

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan". Voir le site de l'artiste.

A partir des commentaires rabbiniques qu’elle utilise pour s’informer et s’inspirer la photographe israélienne Dikla Laor redonne vie aux femmes bibliques.

Souvent elle se concentre sur les moins connues et sur lesquelles les informations disponibles même dans le texte biblique sont rares. Parfois elles ne sont mentionnées que par leur seul nom. Comme la Fille du pharaon, ou Zipporah, la plus belle épouse de Moïse et fille de Jethro, les sage-femmes Shifra et Puah et bien d'autres.

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan".

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan".

Ces photographies ressemblent souvent à des peintures. Elles se rapprochent par leurs mises en scène et couleurs des peintures des maîtres de la Renaissance Baroque. Elles sont prises avec un appareil numérique sur le plateau du Golan dont la beauté permet des clichés saisissants au sein des oasis comme dans le désert.

Dikla Laor prépare minutieusement ses séances de shooting. Elle repère longtemps à l'avance lieux et saisons afin de créer l'effet qu'elle souhaite. Elle a demandé d'abord à des amies et à des proches de lui servir de modèles avant de passer à des professionnelles. Et ce afin de plus mettre en évidence la puissance des femmes de la Bible auxquelles la créatrice veut redonner toute l'importance.

C'est une manière par un retour au Livre de revenir au présent et ses préoccupations. Et ce de manière la plus poétique qui soit là même où les histoires bibliques n'ont pa forcément eu lieu. Mais le Golan devient le Golem visuelle d'une telle transaction. L'artiste y vit avec son mari et ses enfants et elle demeure là au plus près de ses défis artistiques

 

Dikla Laor artiste juive et israélienne 

Dikla Laor.

Artiste juif : Gabi Yair le mouvement qui déplace les lignes

Gabi Yair, Agrippas 12 Gallery, Jérusalem, septembre 2019.

Gabi Yair : le mouvement qui déplace les lignes

Gabi Yair, Agrippas 12 Gallery, Jérusalem, septembre 2019.

Gabi Yair présente à la gakerie Agripas 12 de Jérusalem des petits dessins sur papier et de grandes peintures sur toile ou pepier. Il crée un univers poétique qui n'est pas sans rappeler le travail d'un Michaux par les mouvements des gestes qui fomentent une telle approche picturale et graphique.

Les paysages ainsi créés échappent au réel. Rien n'a lieu que leur lieu dans ce qui devient une ouverture vers le silence et la méditation là où tout passe par une mentalisation. Elle ne renie pas pour autant l'émotion qui jaillit des formes et des couleurs.

Ravie d’inventer des histoires l'artiste reconstruit un renouveau du désir d'image. Nous sommes projeté dans un univers des limites sans que nous sachions si nous restons en dedans ou si nous sommes déjà au dehors. L’univers est donc perversement polymorphe à plus d'un titre.

Artiste juif : Stéphane Mandelbaum poète maudit.

Stéphane Mandelbaum poète maudit.

Musée Juif de Belgique, Belgique, au 14 juin au 22 septembre 2019.

Musée Juif de Belgique, Belgique, au 14 juin au 22 septembre 2019.

Né en 1961 à Bruxelles, Stéphane Mandelbaum produisit de façon compulsive dès l’enfance des séries de dessins, dont se retrouve l’essentiel dans cette exposition monographique montée en narration suggestive.

Assassiné dans de sombres circonstances par la milieu belge Maldelbaum s'est retrouvé à l'image des cadavres qu'il dessinait. Porté par son héritage juif il a multiplié par ses dessins la vision de destins entrelacés (Pasolini, Bacon, Rimbaud), des images projetées de l’écriture yiddish ,  mais aussi au réel (les braquages).

D’une grande technique graphique, l’oeuvre se compose de dessins grand format au crayon et d’autres, plus petits, réalisés au stylo bille. Existe dans cette exposition toute la conscience de celui qui reste un poète maudit. «Conscient de son gisement  et pressentant son agonie, Mandembaum fut son propre destructeur.

Mais il sut montrer ce qui souvent dérangeait. A ce titre son oeuvre reste aussi irrécupérable que les mondes qu'il exhume avec une puissance de vérité. Celui qu’on prit pour un ganster fut avant tout un homme qui ne trichait jamais et surtout pas dans son art et son origine.

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Artiste juif: Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy l'essentialisme

 Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy, "L’épreuve du miroir", Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, du 7 décembre 2019 au 8 mars 2020.

Ra'anan Levy n'a de cesse de transformer le quotidien en étrangeté. Il crée à la fois des visions de l'espace, de la fuite du temps, du vide et de l'absence dans des jeux d'abîme de la perception.

Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy l'essentialisme

A travers la matière du monde comme de la peinture il en produit l'essence dans un travail autant d'apparition que de disparition au sein d'intérieurs déserts qui ramènent au regard que l'artiste porte sur le monde.

La subjectivité de son interprétation reste d'une acuité extrême et obsessionnelle. Elle prouve un engagement totale dans la peinture comme dans la gravure. Pour cette exposition il en a réalisé un nombre important à tirage unique ou limité.

Tout joue dans l'oeuvre sur un exercice de l'ambiguité : d'un côté la boulimie et la plénitude. De l'autre le vide ou ce qu'un critique nomme "l'anorexie".

Le tout dans un capharnaum de formes, fragments et de choses comme celles que l'on retrouve dans son atelier. Elles reviennent dans ses toiles et sont des invitations de passer à travers pour decouvrir un autre monde de miroirs, de pièces vides où demeure toujours un passage.

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Artiste juive: Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Etti Abergel créé divers types de bifurcations et de tensions entre l'univers intime et publique. Face à l'hégémonie culturelle elle crée un monde nouveau en tant que peintre, sculptrice et performeuse. Dérangeant l'art purement conceptuel et abstractif elle s'impose comme une chamane attentive à la transformation de la mémoire à travers divers processus de visualisation.

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Elle montre entre autres les effets de l'immigration des juifs de la première et la seconde générations en Israël. Elle en souligne les traumatisme en un langage particulier où jaillissent les liens délicats qui s'opèrent entre la solitude et le groupe d'adoption là où des abîmes des mythes, de la mémoire s'ouvrent à ceux qui sont poussés à trouver en se déracinant de nouveaux espaces existentiels.

Une vision aussi concrète que conceptuelle du monde est en jeu. Tout reste en tension dans de oeuvres qui en cherchant un nouveau langage demeure influencé par ce qui se cache derrière ceux qui l'ont précédé. L'aspect autobiographique de l'oeuvre est constant mais sans que l'égo s'en empare.

Se mélangent le langage appris et inculqué et celui qui lui appartient en propre et qui est nourri par sa mémoire et celle de sa communauté. Le tout afin de créer un univers palpable. Il réactive une autre vision du monde et une manière de vivre une nouvelle existence. Chacun peut y retrouver des échos.

Jean-Paul Gavard-Perret