Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Livre juif : Joseph Roth le juif errant

Joseph Roth

Joseph Roth le juif errant

Joseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes », traduction Jean-Pierre Boyer, Silke Hass, Editions Héros Limite, 96 pages

Joseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes »

Joseph Roth, « Poème des livres disparus & autres textes »

Joseph Roth, comme la plupart de ses personnages, aura erré sans but et parfois sans lui-même. Né à Brody dans une famille juive à la fin du XIXème siècle dans une région où l’antisémitisme était plus que rampant, l’auteur vécut une suite d’échecs que résume un de ses héros : « Il n'avait pas de profession, pas d'amour, pas d'envie, pas d'espoir, pas d'ambition et même pas d'égoïsme. Il n'y avait personne d'aussi superflu au monde. » (La fuite sans fin). Il meurt à Paris à l’âge de 45 consumé par l’alcoolisme, une jalousie démentielle, la misère et frappé par l’indifférence du monde face à la peste brune.

Ses deux chefs d’œuvre « La Marche de Radetzky » et « La Crypte des capucins » traduisent la chute monde occidental et particulièrement de la société autrichienne hantée par sa splendeur passée avec la figure obsédante et absente à la fois de François-Joseph II de Habsbourg « dont les yeux bleus dévisageaient le peuple entier avec lassitude et indifférence ».

Marginal au monde, marginal à lui-même, il est quoique moins connu qu’eux ; l’égal de Zweig (l’ami fidèle) ou Musil. Contrairement à ce dernier, son seul besoin d’exister fut le combat contre tout régime totalitaire (soviétique et nazi). Il a tout compris de l’annihilation d’une civilisation et le génocide du peuple juif.

L’errant à tout prévu et avant de quitter l’Allemagne en 1933 lors de l’arrivée d’Hitler il écrit dans une lettre « Il est temps de partir. Ils vont brûler nos livres et c'est nous qu'ils brûleront à travers eux. Nous devons partir pour que seuls des livres soient livrés aux flammes. ». Ses livres le seront et il mourra ruiné. Son livre « Loin d’où » reste celui qui « dit » au plus près son existence de fantôme parmi les fantômes.

Son ironie féroce n’aura servi à rien face à la marche à l’abîme qui se passait sous ses yeux. Eprouvant la terrible condition de l’homme. Roth reste le modèle de l’être sans illusion face aux atrocités d’un monde privé sens par la montée de l'antisémitisme, du nazisme et les dérives du communisme soviétique. Il s’interroge aussi sur la tyrannie exercée sur l'individu par un monde occidental sacrifiant au veau d’or des progrès techniques, de l’argent, du profit et de la réussite.

Conscience (ignorée) de son temps, il l’est aussi de la nôtre à qui sait comprendre que les fureurs de l'Histoire ne sont pas derrières nous et qu’annonce «Une heure avant la fin du monde ».

Ses « Poème des livres disparus & autres textes », en seize fragments, sont une sorte de requiem pour le monde civilisé. L’empathie naturelle de Joseph Roth sauve le cynisme et le désespoir de tels textes pour la plupart inédit en français.

Refusant de révolutionner la langue, il s’y inscrit classiquement et refuse ce qu’il nomme « tout folklore yiddish » . Mais son écriture est inimitable.

Elle a « des racines dans l’air » pour décrire les êtres à son image : ils sont ballottés par le destin, écrasés par l’effondrement de toutes les valeurs.

Et l’auteur d’ajouter : « Une volonté cruelle de l’Histoire a réduit en morceaux ma vieille patrie, la Monarchie austro-hongroise. Elle est passée presque directement de la représentation d’opérette au théâtre épouvantable de la guerre mondiale ».

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L’éducation « sentimentale » d’un enfant du siècle dernier

Nathalie Azoulai,  Les spectateurs

L’éducation « sentimentale » d’un enfant du siècle dernier

Nathalie Azoulai,  Les spectateurs, P.O.L éditeur, Paris, 2018, 320 p., 19, 80 €.

Tout commence pour les « spectateurs » du roman par l’achat d’un poste de télévision à l’écran bombé comme c’était le cas à l’époque. Puis le discours que le jeune héros du livre écoute avec sa sœur et ses parents sur ce poste  quelques temps plus tard : celui d’une conférence de presse du Général de Gaulle le 27 novembre 1967.

Ce prétexte sert à engendrer toute  la force de gravité du secret d’une famille exilée et ballotée entre l’orient et l’occident. De cette histoire l’enfant ignore tout. A l’époque il était presque admis que les parents  des familles juives ne parleraient pas aux enfants du passé. Et ce pour les épargner.

Néanmoins, le gamin veut savoir. On ne répond pas à ses questions. Mais le soir même de la conférence, il entend de l’autre côté d’un mur les confidences de sa mère à son amie couturière. Il n’est plus  question des robes qu’elle lui confectionne d’après celles des stars hollywoodiennes des années 40 (Rita Hayworth, Lana Turner, Gene Tierney).  Il comprend que la vie n’est pas du cinéma. La télévision « commet »ainsi un étrange travail de mémoire. D’autant qu’à travers les confidences maternelles à une tierce personne il perçoit bien des menaces, des départs, des adieux.

A lui de recoudre les différents pans d’une histoire qui entrelace l’amour et le secret, l’exil et le cinéma, l’Orient et l’Occident, l’histoire juive et celle d’une histoire française où les « pieds noirs » furents réduits à d’affreux colonisateurs auxquels une gauche politique fit un sort sans comprendre ce qu’ils vécurent.

Ce qui fut tant bien que mal surpassé par sa famille déborde chez l’enfant. Et une sensation de l’irrecevable confine au désir de pleurer. Toutefois, du calme s’érige au sein de la turbulence. Ce qui n’avait pas de visibilité et de mots va provoquer chez le jeune héros un surcroît de conscience. C’est le premier pas vers une « éducation sentimentale » mais pas seulement

Sous le faux sommeil du silence se crée un univers où  la jouissance est menacée par l’horreur mais où Gene Tierney et ses sœurs peuvent parfois accorder un rêve face à l’épuisement que ces « accidents » de parcours génèrent.

L’enfant apprend  la force du nomade face  à la force et la violence qui débordent de partout et qui induisent des périples imprévus. Une question lancinante apparaît : quel lieu ses parents ont-ils connus qui n’aient pas eu leurs dangers ?  L’enfant va savoir à brider sa rage et calmer ses peurs. Il aura compris par le silence de ses proches que si tout baratin est détestable certains mots créent des clés. Le héros va  les tourner pour ouvrir ses propres portes  en se refusant de réduire son existence  au simple désir de durer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Livre juif : La Légende de Bruno et Adèle de Air Gutfreund

La légende de Bruno et Adèle, d'Amir Gutfreund : le désenchanté de Tel-Aviv

Le Blade Runner biblique de Amir Gutfreund

Amir Gutfreund, « La Légende de Bruno et Adèle »,

La légende de Bruno et Adèle, d'Amir Gutfreund : le désenchanté de Tel-Aviv

novembre 2017, traduit de l hébreu Katherine Werchowski, coll « du monde entier », Gallimard, 2017.286 pages, 22,50 €

Le titre « La Légende de Bruno et Adèle » fait penser à un roman moyenâgeux ou à une bergerie du XVIIIème siècle. On en est fort éloigné. Mathématicien, cadre pour l’armée de l’air israélienne, scénariste de séries TV policières son auteur  Amir Gutfreund propose est un roman noir apparemment classique si ce n’est le lieu. Les bas fonds de New York sont remplacés par ceux de Tel Aviv où sévit un tueur en série et une jeune femme, un touriste belge et une vieille dame âgée sont retrouvés morts Le mode d’assassinat varie d’un cas à l’autre et les lieux des meurtres sont  bien différents les uns des autres. Mais deux éléments les relient : une arme à feu d’un modèle ancien et chaque fois une phrase dépeinte au pochoir mais qui apparemment n’a rien d’une revendication du crime.

Deux commissaires sont chargés de l’enquête : un commissaire divisionnaire Yona Merlin flic du genre moyen niveau et un collègue plus vaporeux et cultivé Michaël Ohayo. Ils travaillent  avec deux autres policiers peu motivés placés là pour leur incompétence. Ces mousquetaires iraient au fiasco sans une lycéenne de dix-sept ans, intelligente et présente sur le lieu du deuxième meurtre, pour leur apprendre que ces phrases au pochoir sont en réalité des citations, tirées des œuvres de l’écrivain juif abattu en 1942, Bruno Schulz.

L’auteur n’est pas là par hasard : il fut un des écrivains favoris d’Amir Gutfreund. Et les meurtres seraient peut-être une manière de se venger l’assassinat de l’écrivain. Ce n’est qu’une hypothèse : ne pouvant être négligée, une course contre la montre débute dans Tel-Aviv et un « Taxi Driver » particulier se met à fonctionner. Car la raison des meurtres  est à chercher  dans le passé des victimes, celui d’Israël voire même celui de l’humanité. Car il faut souvent remonter au mobile du premier meurtre de l’Histoire, celui d’Abel par son frère. Dieu lui même n’en fut-il pas le responsable  en refusant l’offrande  animalière de Caïn ?

Le livre tient sur un séquençage des narrations par les différents personnages. Mais il tient surtout parce que le roman policier se transforme en un "blade runner" biblique. Il est facile de savoir qui sont les coupables mais trouver les raisons est d’une autre problématique eu égard aux flics du livre comparable aux «hanvélos » de Queneau.. Elle trouvera néanmoins sa résolution dans un  déluge final sue Tel Aviv : manière de laver la ville ou rappeler que le monde est à recommencer sur des bases plus solides que celles de Dieu.

Artiste juive : Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin

Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin

Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin

Nathanaëlle Herbelin, « Versions », Jousse Entreprise du 30 novembre 2017 au 6 janvier 2018.

 

Nathanaëlle Herbelin a passé son  enfance dans un petit village au centre d’Israël. Elle a apprit la peinture à Tel-Aviv  auprès  d’artistes russes et ukrainiens arrivés dans le pays dans les années 1990. En France elle garde le souvenir de ses lieux premiers. Et tout dans son travail balance entre douceur, dureté,humour, mélancolie, et tension. Sa peinture figurative est faite de scènes simples et a priori banales.

Mais le réel prend toujours un aspect poétique au sein de sujets parfois minimalistes  et quasi abstraits (tréteau, angle d’atelier) dès que les personnages quittent la scène. Ceux qui apparaissent sont des proches ou des inconnus. Souvent elle les peint d’abord en esquisse sur des planchettes de bois puis elle passe au vrai support dans un long travail d’épuisement et d’effacement.

Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin

Les lumières limpides de Nathanaëlle Herbelin

La couleur vive est souvent délaissée au profit de couleurs plus sourdes qui donnent au  portrait en couple ou solo une puissance impressionnante. Une certaine solitude (seule ou à deux) est souvent présente. Elle crée aussi des maisons de l’être mais où celui-ci a bel et bien disparu. Il s’agit à la fois d’abri, de cachette, d’autel.

Dans une telle œuvre la  lumière ou la couleur n'est pas ce qui flashe dans l'intensité, c'est ce qui se retient. De fait l'image n'est ni l'abstraction, ni la figuration, mais l'épure d’un centre. Nathanaëlle Herbelin  cherche là : autour l'intéresse mais le coeur des choses ou des êtres la préoccupe en ce frôlement et cette pénétration du réel. Autour d'elle des tonnes de larmes se sont dissipées jusqu'à se mélanger aux pigments afin de créer un fond qui scelle plus que le tableau, la vie.

 

Décès de l’artiste juif Benjamin Mecz

artiste juif Benjamin Mecz

 

Décès de l’artiste juif Benjamin Mecz

Benjamin Mecz vient de disparaître tragiquement et bien trop tôt. Le jeune artiste était un des rares à remettre en cause – en Israël comme en France – la notion d’œuvre d’art comme celle de sa « marque » ou de sa signature qui a souvent plus de valeur que l’œuvre elle-même depuis le Renaissance.

Oeuvre de Benjamin Mecz

Oeuvre de Benjamin Mecz

C’est à travers le tramage du textile qu’il a construit la majorité de ses travaux. Il a par exemples cousu des milliers d’étiquettes de Tshirt pour  créer une tente et un sac de couchage afin de souligner comment la signalétique devient objet.

fruit_loom la pomme et la vigne

fruit_loom la pomme et la vigne

Dans « Fruit of the loom » à l’inverse il casse le logo de cette marque à l’aide d’une plaque de marque réduite en morceau afin de faire disparaître la valeur symbolique du logo à la pomme et feuille de vigne.

L’artiste émettait par ces installations les problématiques de notre société et de la mondialisation. Il créait ce qu’il nommait le « handmade » : en partant d’un simple élément, industriel  il offrit d’autres « patrons » à ceux du monde et de l’industrialisation. Il chercha à provoquer chez le spectateur une réaction face à notre manière de considérer les images et le monde. Le décès de l’artiste crée un vide dans l’art mondial contemporain/.

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L’œuvre est représentée à la galerie Ceysson et Bénétière Paris.

Artiste juif : Sebastian Riemer et les Spolia

Riemer Artiste juif :  Sebastian Riemer et les Spolia

Sebastian Riemer et les Spolia

Sebastian Riemer, Goethe Institut, Tel Aviv, du 14 novembre au 22 décembre 2017.

 

Les spolia - ou remplois  désignent la réutilisation de pièces de monuments antérieurs comme matériaux de construction dans un nouveau monument. Cette pratique traverse les siècles et Sebastian Riemer la reprend dans son travail de photographe. Il extrait  des images de leur contexte originel  pour les insérer dans un nouveau « cadre ».  A l’opposé des pratiques contemporaines des manipulations numériques de  l’image, il travaille les couches d’une image originale pour mieux la révéler et selon une technique précise.

A l’origine il photographia des détails anodins de la réalité la plus humble découverte lors de ses déplacements ou chinages. Une grille métallique de micro trouvée dans un atelier de peintre  (Night Safe) ,des boutons vus sur l’affiche d’une devanture de magasin (Bouton) sont agrandis pour transformer l’objet, sa « choséité » et bien sûr le regard porté sur des œuvres qui développent leur matérialité plastique par perte de lien avec l’objet référent. Le  changement d’échelle et de rapport font de la photographie ce que l’artiste nomme un « all over ».

 Artiste juif : Sebastian Riemer et les Spolia

Artiste juif : Sebastian Riemer e


Plus récemment, se transformant en archéologue en quête d’Histoire, il la fait surgir à leur surface en les « détournant » de vieilles photographies ou des publicités marqués par les aléas du temps. Il les photographie plusieurs fois, moins pour utiliser les motifs de l’image que pour créer une sorte de ready-made d’un nouveau genre sans chercher à reconstruire un imaginaire de nostalgie à travers de tels emprunts.

Par recadrages précis et successifs  l’image change de nature et crée moins un monde de références que d’irréalité. La photographie propose une ambiguïté au sein  d’une expérience concrète. L’ apparition devient plus bouleversante qu éclairante.  L’œuvre séduit par son évidente beauté formelle qui se manifeste notamment par l’utilisation de « présence » frisant autant l’abstraction géométrique, l’influence de l’expressionnisme allemand (qui ne se limite pas à un seul objet) Par ailleurs, malgré la gravité du propos, les touches d’humour sont très présentes et dénotent la maîtrise de tels ensembles.

Deux artistes phares d'Israël :Efrat Natan et Nahum Tevet

Efrat Natan et Nahum Tevet

L’art conceptuel selon Efrat Natan et Nahum Tevet

« Efrat Natan / Nahum Tevet », Ed. Michael Buhrs et Verena Hein, Hatje Cantz, Berlin,  2017. 192 pp., Exposition:Museum Villa Stuck, Munich, du 26 octobre 2017 au 28 janvier 2018.

Efrat Natan est une artiste conceptuelle et minimaliste qui a grandi dans le Kibboutz Kfar Ruppin. Comme Nahum Tevet elle a étudié l’art avec Raffie Lavie. Son art est très influencé par la vie dans la vie en, collectivité de son enfance  et les idées utopiques qui y sont défendues. Nahum Tevet a grandi dans un autre kibboutz. Il vit et travaille à Tel Aviv.

Les deux artistes sont très liés depuis longtemps et depuis les années 70 ils sont deux figures majeures de l’art conceptuel non seulement en Israël mais dans le monde.  Efret Natan travaille de manière poétique un vocabulaire plastique pour évoquer la jeunesse dans les kibboutz.  Nahum Tevet développe une figuration plus monumentaliste pour mener des expériences sur l’appropriation de l’espace.

Leur travail se construit  en parallèle selon une esthétique minimaliste avec aussi pour Tevet  une référence marquée au Bauhaus et au géométrisme architectural. Par leurs œuvres les deux artistes englobent ou circonscrivent l’espace entier d’un lieu  par à la fois l’occupation du sol et diverses élévations. Leurs travaux se veulent des expériences où se croisent à la fois leur points de vues et leur manière d’embellir le monde et ceux de spectateurs confrontés à de telles perspectives parfois assez radicales et qui demande un effort de vision..

L’obsession créatrice joue en une forme de majesté qui rappelle paradoxalement et dans la rudesse une atmosphère où les contraires s’attirent. Une puissance et des présences indéterminées crée  une plénitude. Elle offre des chemins de pacification là où nature, matériaux et les structures jouent comme des stimulants : le « je » humain des artistes donne accès à une expérience autant personnelle que mythique qui oblige peut-être le regardeur à se reconnaître sous le jour le plus étranger.

 

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Ecrivaine juive :Violaine Schwartz ,la poupée et son double

Violaine Schwartz : la poupée et son double

Violaine Schwartz : la poupée et son double.

Violaine Schwartz, « J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte », P.O.L éditeur, 2017

Violaine Schwartz propose une nouvelle  « opération poupée ».  Mais celle-ci n’a rien d’une Barbie.
Selon différentes séances de « poses » elle en devient le contraire là où le vent de mélancolie et de doute souffle.
De doute surtout. D’autant que Lola la narratrice si elle n’est pas tout à fait une autre, n’est pas vraiment elle-même. Il se peut qu’elle ait été tuée par son père ou enfermée par sa mère. Pas quoi en faire une choucroute, mais un livre :oui.

Toutefois non ne sommes pas ici dans le genre « heroic fantasy » en dépit non seulement de revenants mais de leurs fantômes…. Pas question donc de prendre appui sur une telle réalité. Le sol glisse. Et la pièce est ensemencée de mauvais conseils et de « fake news » comme on dit aujourd’hui. Mais sans savoir d’où ils viennent . Au dedans d’une tête malade ?  Ou de dehors ?

Ce qui est sûr : la narratrice devient de la chair fraîche pour son médecin. Même si de lui ou d’elle qui pourrait dire qui a le plus peur ?  Qui sont les chats et les moineaux ? Bref les « choses » échappent. Et pas seulement elles. Reste un huis-clos où l’enfer n’est pas forcément  les autres. La pièce parle et ne dit rien. Ou l’inverse.

Violaine Schwartz : la poupée et son double

Violaine Schwartz : la poupée et son double

Elle berce de chimères dans un babil d’une classe dangereuse et faussement primaire. Il y a un goût de cendre dans la bouche d’une tête qui part en vrille. On peut toujours se rassurer qu’il n’existe là que des blagues. L’auteur en rit sous cap.

Elle fait croire à la réalité afin d’en dévoiler l’illusion.  Mais elle se double d’une seconde : restituer le jeu des forces élémentaires de l’écriture au-delà de ce qui est dit et qui échappe au règne du pur  mental - de créer un horizon qui déplace les lignes et ce qu’on nomme poupée bien à tord.

 

Jean-Paul Gavatf-Perret

Artiste juif :Math Bass ou l'art de la mutation

Math Bass « Crowd Rehearsal »

Math Bass ou l'art de la mutation

Math Bass « Crowd Rehearsal » , du 3 novembre 2017 au 18 mars 2018, The Jewish Museum, New York

 

Math Bass « Crowd Rehearsal »

Math Bass « Crowd Rehearsal »

Math Bass est une artiste juive américaine née à New York en 1981. Elle vit et travaille à  Los Angeles. Ses peintures, sculptures, vidéos et performances se situent toujours en une zone indéterminées : ce sont à la fois des images, des objets et du langage. Dans « Crow Reherasal » par exemple une sculpture semblable à une échelle drapée d'un manteau est mise contre deux toiles qui rappellent l’objet premier. Tout joue ainsi entre fluidité et transfert avec des images dont le titre et les formes suggèrent la présence de l’humain sans jamais le montrer.

Le nom de l’exposition (mot à mot « répétition de foule » qu’on pourrait traduire plus justement comme « Peuple en marche » ) peut être pris sous diverses acceptions. L’artiste fait autant à la référence à sa culture qu’à une invitation à l’action. Elle ne cesse de proposer en effet des injonctions entre le public et elle-même, le fiction et le réel.

Très influencée et attentive aux cérémonies, rituels et textes juifs sa peinture en rappelle souvent de manière subtile les symboles. Les formes masquées et les espaces vides ponctuent aussi ses oeuvres, les imprégnant d’un sentiment de possibilité ou l'incomplétude. Cette résistance à la fixité (jusque dans des jeux de lettres qui naviguent dans l’appréhension de divers mots) crée une tension que traduit parfaitement un style radical, coloré, efficace et tout simplement beau.

Artiste juif : Jim Dine le parisien

Jim Dine artiste peintre américain surnommé le parisien

A 82 ans, l’artiste  américain, a quitté ses grands ateliers new-yorkais pour un lieu plus petit à Montrouge. Dégagé de ses obligations managériales il est, à 82 ans, plus libre que jamais. Désormais il rénove et approfondit ses gammes de couleurs et ses techniques tout en révisant ses thèmes récurrents.

Artiste juif américain Jim Dine le parisien

Peinture de  Jim Dine le parisien

L’exposition chez Templon propose des peintures inédites et « fraîches » puisqu’elles furent réalisées cet été. Et de fait, sous ses thématiques, Dine ne fait une fois de plus qu’explorer la peinture elle même, ses potentialités, ses pouvoirs. Dans chaque œuvre figure l’histoire de ses repentirs et des états privisoires afin créer une renaissance là où l’acrylique et le sable (matières parfois meulées) créent un magma aussi brut que sophistiqué.

Quittant un temps sa figure emblématique de Pinocchio, l’artiste  s’est inspiré des travaux sur bois d’Edward Munch  afin de créer des estampes impressionnantes sous forme de labyrinthe optique : Dine y réimprime ses supports, intègre de nouveaux fragments,dessine les détails à la tronçonneuse, au sein  d’une accumulation des couches. On y discerne parfois telle une coupole, la forme de sa terre comme un clin d’œil au « Cri » de Munch et en une série de variations et de jeux de couleurs qui ressortent des couches recouvertes.

L’exposition est couronnée ou s’achève par une immense bronze : autoportrait de l’artiste. Tel celle d’un nouveau Don Quichotte ou d’un Christ révisé, la tête de l’artiste est armée d’outils. C’est un trophée inversé. L’artiste n’est pas la proie tué et exhibée mais celui qui fait  et ose ironiquement  non sans raison s’autocélébrer.

Jean-Paul Gavard-Perret