Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe israélienne : le monde étrange d’Angelika Sher

Angelika Sher

Le monde étrange d’Angelika Sher

"Fifth Column", Zemack Contemporary Art, Tel-Aviv, 2018.

Avec Angelika Sher le monde perd de ses assises. Dans ses œuvres la femme  devient  louve noire, sultane ou gamine qui n’a pas toute sa raison – même si parfois elle semble sage… Mais là n’est pas la question. Et qu’importe si un jour une pomme tomba de l’arbre d’Eden.

Depuis ce temps,  la vie avance et s’enfonce. Les paysages changent. Mais pas tant que ça. Ils étouffent certaines flammes en raniment d’autres. Angelika Sher leur donne un étrange visage qui n’est pas toujours en fusion avec le réel – du moins tel qu’on le conçoit.

Cela n’empêche pas de marcher la nuit, comme Tintin sur la lune, dans d’étranges lieux où  les champs se couvrent d’arbres blancs,  ils remplissent tout l’espace  et cela semble
avoir un nom  : existence.

 Angelika Sher photographe juive

Angelika Sher photographe juive

Avec la photographe le monde est une décoction fantastique. Les êtres y conservent un certain sens du rite mais qu’ils inventent à leurs mains.
Il y a des zones d’ombre, des zones claires. Des chaleurs d’été mais aussi celles d'hiver.
Les êtres sont giflés de silence.
L’artiste en dresse un constat poétique prégnant, énigmatique. Ses femmes demeurent elles-mêmes mystérieuses et sont capables d’inverser le monde. Angelika Sher les fait dériver ou les embaume.

 Angelika Sher photographe juive

Angelika Sher photographe juive

Son père lui disait que les autres ne t’arriveraient pas à la cheville. Il avait raison. Son œuvre avance à mesure qu’elle dicte la courbe de divers horizons en son parcours.

Artiste peintre israélien: Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Matan Ben Cnaan, Zemack Contemporary art, Tel Aviv, 2018.

Dans les peintures où Matan Ben Cnaan scénarise des groupes en principe amicaux.
Demeurent toujours des ombres qui planent. Le plaisir de se retrouver semble toujours en suspens comme si en de tels rencontres tout est moins idyllique qu’on voudrait l’espérer.

La cause de ce malaise est-il individuelle ou plus général e? Là encore l’artiste laisse glisser un doute. Au seins même des rapprochements l’errance est  tenace.  Mais Matan Ben Cnaan introduit par de tels ensemble une méditation sur les êtres, les lieux et  le temps.

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Il propose des perspectives abyssales mais de manière aussi réaliste dans leur forme qu’ insidieuse par la narration. La peinture introduit un mal être sans sujet identifiable mais qui sépare l’être de lui-même et de groupe.

Un manque rampe au moment où les personnages réduit à leur plus simple expression  ouvrent  une voie vers le fond obscur de leur être. La peinture suggère une  musique du silence où l’être semble soumis à sa  propre impossibilité dans un sentiment d'angoisse  que l’autre tente parfois d’apaiser sous une lumière qui fait toute chose se déployer.

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Matan Ben Cnaan peintre de l’empêchement

Dans chacune de ses oeuvres, demeure un empêchement indicible et prégnant. Il donne à l’œuvre sa puissance et une forme de paradoxal merveilleux là où la douleur reste plus suggérée qu’émise au moment – et en dépit de la sollicitude mais parfois à cause de l’indifférence des autres – la femme reste celle qui subit le poids d’un « couvercle » (Baudelaire) qui l’écrase : celui du poids de la société ou celui d’une société patriarcale.

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Artiste israélien : Nir Alon, mesure du chaos Chelouche Gallery

Nir Alon : mesures du chaos Chelouche Gallery, Tel Aviv, 2018.

Nir Alon : mesures du chaos Chelouche Gallery, Tel Aviv, 2018.

Nir Alon crée des empilements chaotiques afin de souligner un monde qui a du mal à tenir debout. Les installations et leurs objets témoignent d’une labyrinthe où la beauté prend un nouveau sens.

Les dédales plaqués au sol et sur les murs où se mixent divers techniques montrent combien l’art se retire de l’absolu ou de la mystique. Il se rapproche d’entrailles vives où tout est affaire de matière là où la mémoire comme l’intelligence tentent de relever un sens dans un tel chaos.

Nir Alon : mesures du chaos Chelouche Gallery, Tel Aviv, 2018.

Nir Alon : mesures du chaos Chelouche Gallery, Tel Aviv, 2018.

 

Aucun ordre ne se justifie plus. Inutile par conséquent de vouloir enfermer le monde dans des cases ou de les cataloguer. Tout devient incompréhensible au regard qui cherche à classer et hiérarchiser.

Difficile de se raccrocher à la vieille histoire de l'art. L’émotion provoquée est d’un autre ordre. L’art se réactualiser dans une ouverture et une intention nouvelle à l’interprétation.

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Artiste juive : Bettina Rheims , révision des fondamentaux

Bettina Rheims : révision des fondamentaux

Bettina Rheims : révision des fondamentaux Bettina Rheims, Galerie XPPAS Genève, du 17 novembre 2018 au 12 lanvier 2019.

Bettina Rheims photographe juive

Bettina Rheims photographe juive

Qu’elle capte par ses portraits  des vies défaites et douloureuses (comme récemment avec « Les détenues", Editions Gallimard), ou des trajectoires stellaires Bettina Rheims ne néglige jamais  et en chaque existence les part d’ombres et de lumières.

L’artiste est capable de suggérer en outre l’ascétisme comme la gourmandise et le manichéiste n’est pas dans sa manière d’aborder le monde.

En ses œuvres elle fait preuve d’affection (sans pathos), d’ironie et d’intelligence. Les exercices préparatoires et les objectifs ont mûrement réfléchi mais au moment de la réalisation cela permet à l’imagination de devenir plus librement encore la maîtresse du logis.

Bettina Rheims contrairement à ses consoeurs et confrères possède une liberté « coupable » : elle s’amuse avec le sérieux pour souligner des incertitudes  de qui est donné pour vérités acquises. C’est pourquoi elle a toujours une longueur d’avance  - qui ne se dément jamais – sur les autres. Ce n’est pas pour elle un objectif, mais la créatrice reste vigilante, elle veille sur le monde dans une saisit ce qui va de traviole.

Elle vit de biais et fait sentir de la même façon. Elle montre parfois que les méchants doivent être pardonnés car les innocents ont eux même ce pardon. Pour autant en un tel réflexe elle ne s’approuve pas forcément elle-même et refuse toute conception érigée en principe.

Mais elle fait sinon mieux du moins bien à savoir l’impossible pour s’affranchir d’elle-même. Non pour atteindre la béatitude mais pour savoir ce que la photographie peut comprendre et qui échappe à tout autre discours ou medium. Et par exemple à travers ce qu’une robe longue diaprée de vert émeraude, de rouge écarlate, de bleu roi ou de jaune fou fait éprouver et qui n’est pas forcément frivole ou surjoué.

monica belluci prographiée par Bettina Rheims

monica belluci prographiée par Bettina Rheims

 

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Auteur juif : Kafka plus proche, Œuvres complètes

kafka  plus proche

KAFKA PLUS PROCHE

Franz Kafka, « Œuvres complètes » Tome I et II, Trad. de l'allemand (Autriche) par Isabelle Kalinowski, Jean-Pierre Lefebvre, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel.
Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, La Pléiade, Gallimard, 2018, 1392 p. et 1072 p., 55 et 60 E..

Les précédentes traductions de l’œuvre de Kafka ne rendait pas toujours à cru la puissance des déchéances qui parsèment les œuvres. Elles gardent ici une sorte d'alacrité. N'existe jamais  de place pour les lamentations : certes l'"optimisme" de certains héros - en particulier celui de « Amerika » - fait sans doute peine à voir, mais il n'en demeure pas moins que l’œuvre crée toujours des suites de décalages. Elles ont souvent ont bénéficié - comme le texte cité - des « chances » de l'inachèvement.

Le nettoyage proposé pour le Pléiade par Jean-Pierre Lefebvre s’incarne  en deux corpus. Le premier réunit d’une part les textes publiés par Kafka en librairie ou dans la presse (entre autres  Observation - La Sentence - La Métamorphose - Dans la colonie pénitentiaire). Le second rassemble les « testaments trahis » que  Max Brod devait détruire ( « vernichten » «anéantir» écrivit Kafka). Les avis divergent sur une telle trahison. Mais il faut rendre grâce à Brod d’avoir sauvé par son « viol » nécessaire des chefs d’œuvre.

Ces nouvelles traductions se signalent aussi par une précision plus forte. Et si chez l’écrivain les textes à caractère narratif et ceux à caractère vécu sont souvent étroitement liés, tous ces éléments épars et disjoints agencés par Lefebvre et son équipe forment à eux seuls non une marginaglia mais un tout. Existe là  - et même si ce n’était pas le souhait de leur auteur - une  mise en abîme et d’approfondissement.

L’écriture possède chez Kafka un caractère ambigu (bien plus que chez un Flaubert par exemple). A la fois elle dénude et recouvre, « sauve » et enfonce, justifie mais laisse l’auteur en perpétuel état d’errance. Il ne peut dès lors que demander à d’autres voyageurs - un peu moins errants que lui si - comme cela a lieu en un fragment lui même inachevé en plein milieu de phrase  - derrière les « sept mers il y avait les sept déserts » . Le fait que ce texte soit lui-même laissé en déshérence au coeur d’une proposition en dit long sur la volonté de vision comme apeurée d’elle-même de l’auteur. Elle témoigne tout autant de la puissance de l’œuvre incontornable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Maya Attoun les charmes de Frankenstein

"The Charms of Frankenstein"

Maya Attoun sur les traces de Mary Shelley

Maya Attoun, "The Charms of Frankenstein", Jewish Museum, Londres, septembre-novembre 2018.

The Charms of Frankenstein est une nouvelle installation spécifique au site et au contexte créée par l'artiste Maya Attoun, spécialement pour le Jewish Museum London.
Cette exposition est basée sur le projet récent de l'artiste '2018' et célèbre le bicentenaire du roman emblématique de Mary Shelley 'Frankenstein'. 2018' est à la fois un agenda hebdomadaire et un livre d'artiste qui retrace l'année 1818 à travers le calendrier 2018. Le planificateur sera réinterprété en une expérience immersive tridimensionnelle et fera appel à des objets soigneusement sélectionnés de la collection du Musée juif.
Traduit avec www.DeepL.com/Translator

Maya Attoun propose l’installation « The Charms of Frankenstein » pour célébrer un bicentenaire du livre culte de Mary Shelley . L’artiste a créé une œuvre d’art originale et a aussi choisi pour son installation certains trésors historiques (jamais montrés jusque là) des réserves du musée afin de peaufiner ses propres visions à travers différents médiums.

Se mêlent - dans un bric à brac savamment présenté - des indices d’alchimie et de numérologie au milieu d’autres objets qui ont stimulés la créativité de l’auteur le long de sa vie -  le tout dans une mise en scène des plus inattendues riche en découvertes et jeux d'esprit.

"The Charms of Frankenstein"

"The Charms of Frankenstein"

Preuve - en filigrane - que Mary Shelley n’était pas un sainte mais un tel arsenal aiguise la curiosité et donne envie de revenir à  un livre qui magnétisa et fascine encore ses lecteurs.

Ce que personne n’aurait osé lui demander, l’exposition y répond. Et la descente dans l’horreur de l’univers de la post-romantique s’offre à une remonté à travers ce pilori mécanique ancêtre du post humaniste que symbolise son héros le plus célèbre.

Bob Dylan tel qu'il fût par Schatzberg

Bob Dylan tel qu'il fut

Bob Dylan tel qu'il fut

Dylan by Schatzberg, ACC Editions, 264 pages, 100 col, 2018.

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère.
Preuve que certains jurys préfèrent les albums aux livres.
Ce qui n'empêche en rien Schwartzberg d'ajouter sa propre pierre au mythe.
Mais celle-ci ne date pas d'aujourd'hui ni  même d'hier. Elle remonte au début de la carrière de folk writer et singer.

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère

Schatzberg n'est en rien des afficionados de la dernière heure. Dès "Magic Skyline" - et même avant au milieu des années 60 - il était là avec lui pour "dessiner" l'image de Dylan et le faire découvrir. Restaient de ce corpus d'époque des images inédites. Ce projet éditorial permet de les découvrir.
Manière aussi de rappeler que le cinéaste était un photographe et pas des moindres. Toutes ses images sont d'une impeccabilité rare quel qu'en soit l'objet ou l'objectif. Le photographe  - comme on dit maintenant -  est "focus" sur son sujet et rien ne l'en détourne. Il se met à son service et révèle  chez l'artiste une beauté quasi méconnue.

Dylan ne s'est jamais complu dans les portraits de complaisance. Et c'est peut-être pour cela que de tels clichés prennent encore plus de valeur. Il apparait  comme on ne l'a presque jamais vu. Il se fait souple et attentif à l'objectif.  Preuve qu'il existait entre les deux créateurs une complicité sans déférence. Le photographe était à la recherche d'une vérité d'incorporation. Dylan accepta ce pari. Son  visage est remplacé par ce que Beckett nomme "la visagéïté". Elle donne à Dyllan une autre aura. A l'oeuvre de Schatzberg aussi.

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Artiste juive US: Martha Rosler, détruire dit-elle ,

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler

Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler

Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

Née en 1943, Martha Rosler vit une et travaille à Brooklyn. Proche et parfois initiatrice des mouvements d’art féministe et/ou conceptuel elle propose tableaux, vidéos, photos, photomontages, installations et performances.

Son travail interroge le quotidien et la sphère publique afin et, selon ses mots de poser« les questions souterraines, comme la façon dont nous vivons nos vies, ou la manière qu’ont les États-Unis de gérer les affaires en notre nom ».

Son photomontage de 1974 «  The Bowery in two inadequate descriptive systems » est considéré comme une œuvre fondamentale de la photographie conceptuelle postmoderne. Et ses photomontages « Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain «  puis « Photo-Op » représente ironiquement (ou cruellement) la femme dans le domaine privé et domestique. Mais elle a étendu son investigation à l’imagerie du guerre : Vietnam, Irak, Afghanistan.

Lors de sa première exposition ou Moma  (« Meta-Monumental Garage Sale ») elle scénarisa une vente typiquement américaine ; celle de garages de stockage abandonnés par leurs propriétaires et vendus à la criée dans des sortes de ventes aux enchères in situ (qui sont devenus un must de la télé-réalité).

Ces étranges événements communautaires, l'a conduite à commencer à collectionner ses propres objets et à faire ses propres événements de ventes de garage. Le « Meta-Monumental Garage Sale « de 2010 a présenté 14 000 objets, issus de sa propre collection, et des objets donnés par les employés du musée et par le public. Elle a reconduit ce type d'événement, dont le « Fair Trade Garage Sale »  à Bâle en 2010 puis au Moma.

L’artiste multiplie - à la place d'expositions personnelles -  des projets pluriels où elle invite des artistes de divers champs afin de poursuivre sa réflexion sur les questions d’éducation, de vie précaire, d’urbanisme, etc.. Extrêmement douée dans la fabrication et la création d’images puissantes, elle fait souvent passer son travail en second plan pour créer des phénomènes plastiques plus larges Avec « The Martha Rosler Library » elle a mis à la disposition du public près de 8000 ouvrages  de sa collection privée dans des institutions artistiques, des écoles et des bibliothèques.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler
Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

D’abord à la  galerie new-yorkaise d'E-flux puis en Europe (Paris, Berlin, Amsterdam, Liverpool, Edimbourg). Les visiteurs peuvent s'asseoir et lire ou faire des photocopies gratuitement de ses volumes. D'autres initiatives, comme des groupes de lecture et/ou des présentations de lectures publiques, ont été organisées en relation avec le projet.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler
Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

L’artiste compose des environnements  aussi réels qu’imaginaires, ouvre des mondes possibles, au moment même où notre époque temps à confondre réel et virtuel. L’artiste rappelle combien nous vivons dans l’ère de l’écran et ses éclats médiatiques « officiels » même dans l’aire des jeux. Contre ces visions l’artiste oppose ses contre images afin de lutter contre les déformations volontaires ses propres fenêtres et ce qu’un critique a appelé un « land art fictif » où soudain les imaginations données pour mortes ou sous perfusion imaginent encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artistes juifs de Belgique : les îles perdues de Nicholas Kahn & Richard Selesnick

Les îles perdues de Nicholas Kahn & Richard Selesnick

Les îles perdues de Nicholas Kahn & Richard Selesnick

Le monde de Nicholas Kahn & Richard Selesnick nous projette entre « Les Villes Invisibles » d’Italo Calvino et « Orange Mécanique » voire tous les films de Stanley Kubrick. Ceux qui se rencontrés au lycée, travaillent depuis ce temps plusieurs médiums dans un décalage des rôles. La photographie et l'installation demeurent majeures pour créer des fictions plus qu'étranges.

Artistes juifs de Belgique

Artistes juifs de Belgique

En effet l'univers des deux artistes est pour le moins baroque : s'y retrouvent des univers de Science-Fiction, d'explorations improbables, le post-modernisme, un certain romantisme et un absurde cher au surréalisme belge qui décale les frontières du monde. Faute de moyens ils utilisent le collage d'éléments récupérés dans les friperies, déchetteries et sur e-bay pour proposer des objets improbables. Ils créent aussi des images architecturales au moyen de l’ordinateur.

Un tel univers est grandiose, comique, drôle, plein d'émotions. Existe là une typologie poétique et étrange en des composites et des hybrides. Seule la poésie opère comme drogue exstrème là où elle résonne au fond des tombeaux ouverts en évitant s'y sombrer pour l'instant - même si la terre devient un trébuchet prébuchant Les artistes y campent au confluent de l'inconfort et de la fulgurance. Prêts à partir, ils semblent déjà non sous les toits mais dans la rue sans attendre l'ajournement de trop.

Les oeuvres des artistes sont visibles à la Galerie Aeroplastics, Bruxelles.

Auteure juive : Charlotte Delbo, l'inéluctable du pendant et de l'après

L'inéluctable du pendant et de l'après de Charlotte Delbo

L'inéluctable du pendant et de l'après de Charlotte Delbo

Charlotte Delbo, "Une connaissance inutile - Mesure de nos jours" (Auschwitz et après II et III), éditions de Minuit, Paris, 2018. Collection "double", 336 p., 9 E.

Charlotte Delbo (1913-1985) est non seulement l’un des écrivains de la littérature dite des camps les plus étudiés dans les pays anglo-saxons, où elle est considérée à l’égal de Primo Lévi, mais une femme au destin exceptionnel. Près de 30 ans après sa mort, alors qu’on commémore en 2013 le centenaire de sa naissance, Violaine Gelly et Paul Gradvohl reviennent sur la vie de ce formidable témoin du XXe siècle. Issue d’une famille modeste, elle poursuit des études de philosophie à la Sorbonne et adhère aux Jeunesses communistes, où elle rencontre Georges Dudach qu'elle épouse en 1936. En 1939, elle fait la connaissance de Louis Jouvet, devient son assistante et sa confidente. Une rencontre intellectuelle décisive, qui place le théâtre au cœur de son expression.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance avec son époux. Ce dernier est arrêté et fusillé. De leur dernière entrevue, Charlotte tirera, vingt ans plus tard, une pièce de théâtre, Une scène jouée dans la mémoire. Le 17 août 1942, Charlotte Delbo est déportée dans un convoi de prisonnières politiques françaises à Auschwitz-Birkenau.

Télécharger le livre en cliquant sur ce lien :https://ebooks-gratuits.club/ebook/charlotte-delbo/

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Troisième ouvrage de l'auteure sur les camps, le livre "Une connaissance inutile" - réédité aujourd'hui - demeure plus personnel que les deux premiers qui recherchaient une forme de dépouillement impersonnel. Ici l'auteur parle à travers elle de l'amour, de l'amitié, du froid et de la mort avant de poser dans "Mesure de nos jours" la question de la survivance des rescapés, des "revenants".

Charlotte Delbo tente ainsi de répondre aux impossibles et lancinantes questions du rester vivant pendant et après Auschwitz et autres lieux de condamnation aussi impensables que quasi irrévocables.

Dans "Une connaissance inutile" l'auteure montre comment la détresse et l'abandon créent d'étranges rapports. Elle évoque par exemple son lien aux hommes du camp : "j'eus pour eux une immense pitié et un immense effroi" note-t-elle au moment où elle se retrouve "le coeur en cendres" et en voulait à tous les vivants. Et l'auteure d'ajouter : "Je n'avais pas encore trouvé au fond de moi une prière de pardon pour ceix qui vivent".

Les sentiments de Charlotte Delbo sont mis à nu dans ce travail de reprise où, au côté de ses "soeurs" elles se mettent à réconforter les hommes ce à quoi ceux-là répondent par une dignité et un autre type de réconfort. Reste une atmosphère terrible, irrespirable. L'auteur fait partager ce qui est le plus inexprimable mais qui soudain s'articule. Dire que c'est terrible est peu : l'accumulation de ces moments d'existences rend ce "document" (mais bien plus) d'une force rare d'autant que l'auteure y avoue parfois cette "honte" d'être encore en vie quand les autres étaient appelés par la mort organisée.

Quant au retour il n'est pas ce qu'on voudrait croire. Comment répondre au viva et à l'accueil bienveillant de la foule après "ça" ? Ceux qui pourraient aider l'auteur ne sont pas, ne sont plus. Reste une angoisse. Elle n'est plus du même ordre que dans les camps. Mais est-elle plus supportable ?

Sans doute nous qui n'avons pas vécu la Shoah ne pouvons le comprendre. Mais Charlotte Delbo exprime ce qui se passe : elle se dit non "desespérée" mais "absente". Nous comprenons alors ce trou qui suit l'enfer. Et le silence dans lequel se sont retrouvés les survivants.

Certes, tous ne vécurent et ne vivent pas de même manière l'après. Mais l'auteure touche le noeud profond qui fixe ceux qui ont vécu la Shoah dans un écroulement muet dont ils ne purent se remettre même si certains d'entre eux et d'entre elles trouvèrent des raisons non seulement de continuer mais de faire. A ce titre Simone Weil reste un symbole. Mais ceux qui renoncèrent aussi.