Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Michael Kerstgens et la "trivialité positive"

Artiste juif : Michael Kerstgens et la "trivialité positive"

Michael Kerstgens et la "trivialité positive"

Né en 1950 à Llanelli au pays de Galles Michael Kerstgens vit depuis son adolescence en Allemagne. Il a couronné ses études de photographie à l'Université d'Essen par un projet "La vie des Juifs en Allemagne" qui le fait remarquer.

Il devient d'abord photographe freelance pour des éditions et entreprises nationales et internationales puis, après de nombreux périples en tant que reporter, il est devenu professeur de "photographie documentaire" à la faculté Hochschule Darmstadt. Il vit désormais à Oberhausen.

Influencé par sa culture juive, il la défend et l'illustre dans des photos documentaires d'une qualité exemplaire. Existe en elles de l'émotion mais sans le moindre pathos. Ses prises recèlent souvent de fabuleux reliefs tourmentés de la vie de divers groupes entre autres en Allemagne, Royaume-Uni et en ex URSS.

Les photographies sont parfaitement structurées et sont là pour soustraire le regardeur à toute propension à l’indifférence. Au radicalisme minimalisme, l'artiste préfère la saisie du monde dans tous ses états offerte en noir et blanc pour dégager des échos particulier.

La pâle existence périurbaine, l’ennui des campagnes, la banalité sont transformés jusqu'à créer un "trivial spiritual" capable de générer des émotions profondes. C'est pourquoi l'expression "trivialité positive" de Baudelaire convient parfaitement à une telle approche.

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Artiste juive : Le hameçon lumineux de Brigitte Kowanz

L'artiste autrichienne Brigitte Kowanz

Le hameçon lumineux de Brigitte Kowanz

Brigitte Kowanz, Installation lumineuse "Museum", Musée Juif de Vienne, Permanent

L'artiste autrichienne Brigitte Kowanz propose une installation lumineuse au "Musée juif de Vienne". Le premier mot est transcrit en hébreu sur la façade du Palais Eskeles au 11 de la Dorotheergasse. Elle a été créé à l'initiative de Danielle Spera, Directeur du lieu et a été sponsorisée par le cercle des Amis du Musée Juif de Bienne

Brigitte Kowanz, né à Vienne est une des artistes les plus reconnues pour ses installations lumineuses et ses interventions en architecture.

Elle étudia à l'Université des Arts Appliqués de Vienne. Certaines de ses structures ont déjà été présentées à la Biennale de Venise dès 1984. Elle a exposé aussi et entre autres à Eindhoven, Munich, Berlin, Bruxelles, Tel Aviv et Vienne.

Pour elle la lumière est synonyme de mesure, forme et existence. C'est une manière de proposer des "Situations" dans l'espace publique et en conciliant ses propositions avec l'espace architectural.

Il s'agit plus particulièrement ici de réconcilier les normes d'un art nouveau et un art ancien de manière à créer un équilibre et une attention réciproque aux deux postulations : celle de l'oeuvre d'art et celle du bâtiment.

La théorie de la créatrice est simple et se résume à un "Je montre, vous regardez". Il s'agit dans un appel à venir voir au delà de l'annonce et derrière les murs. L'oeuvre par son aspect particulier est là pour inciter la curiosité et à la nécessité de voir plus grâce à cet hameçon lumineux.

 

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Artiste juif : Israël selon Ralph Gibson

Artiste juif : Israël selon Ralph Gibson

Israël selon Ralph Gibson

Ralph Gibson, "Sacred Land : Israel Before and After Time"', Editeur Lustrum Press, 2020

Pour son nouveau livre commandé par Martin Cohen, Ralph Gibson a choisi une présentation en diptyques d’Israël, afin de souligner l'aspect contemporain mais aussi ancien de cette terre.

Le photographe américain l' a parcourue afin de monter un ensemble où le passé appartient au présent et vice versa. Les images couleur et noir et blanc se font face en double page.

Gibson souligne la présence du calcaire sur lequel le pays est construit. Et cette roche qui durcit à l'air libre porte les tatouage de l'histoire du pays.

Tout dans ce livre est sous lumière solaire et méditerranéenne. Elle semble s'étendre sur la mythologie et la sagesse biblique.

Les mots gravés dans la pierre résonnent avec les narrations du temps présent et ses technologies avancées.

Si bien que pour Gibson Israël est "le pays le plus ancien et le plus jeune du monde. Il lutte pour sa survie vis a vis l’extérieur et pour sa définition de l’intérieur".

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Artiste juive : Rachel Feinstein et la vie des femmes

Rachel Feinstein, "Maiden, Mother, Crone", exposition réalisée par Kelly Taxter, Barnett and Annalee Newman, The Jewish Museum, New York, décembre 2020 - janvier 2021.

Rachel Feinstein et la vie des femmes

Rachel Feinstein, "Maiden, Mother, Crone", exposition réalisée par Kelly Taxter, Barnett and Annalee Newman, The Jewish Museum, New York, décembre 2020 - janvier 2021.

L'art de Rachel Feinstein se définit par de nombreuses dualités : le féminin et le masculin, le bien et le mal, le précaire et le durable, l'utile et l'inutile.

Pour les mettre en scène elles créent d'autres oppositions - par exemple entre la religion et les contes de fées, le "haut" art européen et l'art plus kitsch de l'Amérique. Elle explore aussi ces conflits à travers des emprunts à la culture biblique et populaire comme avec des objets qu'elle déconstruit afin de les "ré-imager" en suggérant qu'il n'existe pas de réalité sans fiction, de lumière sans ombre et d'équilibre placide sans chaos.

Elle utilise diverses méthodes et matériaux. Des pièces en trois dimensions évoluent vers une présence en deux dimensions à travers des sortes de maquette en bois, céramique, métal. La trace de tels objets créés à la main surgit dans une palette monochromatique. Mais, à côté, elle propose des figures polychromiques peintes comme s'il s'agissait - et à l'inverse - de figurations en 3 D.

L'artiste installe aussi  des éléments qui sont présentés sur un rideau de théâtre, une vidéo ou un  murs peints. Ce travail entretient un rapport étroit avec le performance. Feinstein s'y positionne elle-même comme à la fois sujet et objet de la vision. Elle suit ainsi une myriade de lignes d'interrogation dans lequel le problème du féminisme est central. Elle crée des examens minutieux de la propagation d'un tel concept dans la culture. Les protagonistes femmes prolifèrent en un tel corpus et ses divers médiums.

Quant au titre de l'exposition, il souligne les trois "états" dans lesquels la femme est confinée de son plus jeune âge jusque dans ses vieux jours au sein de la culture dominante. Mais ces trois situations donnent à la femme une accumulation de connaissances. Si bien que la créatrice lutte pour une "néo paganisme" où la figure féminine descendrait une triple divinité : jeune fille, mère et personne vieille - dans laquelle se conjuguent passé et présent, inexpérience et sagesse, fragilité et puissance. Le tout étroitement imbriqué.

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Artiste juif : Richard Alan Cohen

Artiste juif : Richard Alan Cohen

Alan Cohen lanceur d'alertes

Richard Alan Cohen, "Planet Falls, www.richardalancohen.com

Passant des recherches biomédicales à la photographie Richard Alan Cohen a trouvé là un moyen de poursuivre la même approche. Mais désormais c'est par l'imaginaire qu'il se demandant ce que nos images et le monde peuvent devenir en explorant la lumière, ses contrastes et les formes qui permetent de les et le concevoir.

Elles sont inspirés par des éléments paysagers. Mais ceux-ci deviennent des moyens non de reproduire la réalité mais d'inventer de nouveaux mondes qui mêlent le passé et le futur pour souligner ce qui est entrain de se passer dans notre propre monde et époque.

Il imagine ce qui pourrait se passer si la situation actuelle s'aggrave sous l'effet des changements climatiques. Et il propose des formes qui par l'imaginaire rappelle ce que la science annonce.

Le photographe magnifie aussi le monde premier pour ramener à la beauté première de ce que l'on risque de perdre. Il tente de recontextualiser le réel par la force de l'imagerie.

Les images de "Planet Falls" soulignent de tels efforts. Cohen réinterprète la réalité selon des endroits où la beauté naturelle est intacte : "Je les vois comme une porte ouverte sur un monde amélioré. Le titre, Planet Falls, ne correspond pas uniquement a des images de chutes d’eaux mais implique aussi le danger que court le monde" écrit le photographe.

Pour souligner le changement de l’environnement et sa vulnérabilité il y joint ici des nébuleuses stellaires reçu de la NASA, de la fumée, des nuages orageux. Le tout pour nous alerter et espérer un monde moins schizophrène.

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Artiste : David Bowie for ever

David Bowie for ever David Bowie: Icon The Definitive Photographic Collection, ACC Art Books

David Bowie for ever

David Bowie: Icon The Definitive Photographic Collection, ACC Art Books

Bien que n’étant pas juif, Bowie a peut-être été le premier et jusqu'à présent le seul grand chanteur de pop internationale à utiliser la terminologie kabbalistique en hébreu. Dans un article dans The Forward en 2013, Seth Rogovoy a noté que Bowie "a battu Madonna de 20 ans ou plus, quand il a chanté sur le sefirot, les récipients mystiques de l'énergie divine, dans la chanson de son album de 1976 « ​​Station to Station. '"

Ce livre rassemble vingt cinq photographes du monde entier qui ont capturé et scénarisé celui qui est devenu l'icône pop par excellence : David Bowie.

Leurs portraits de la stars sont accompagnées d’essais personnels et de réflexions sur le travail avec David Bowie précédés d'une introduction par celui qui fut son ami : l’artiste George Underwood.

Depuis les images des premiers jours au "Arts Lab" de Beckenham jusqu'à la fin du périple du chanteur, chaque contributeur apporte ses confidences et ses expériences de travail avec Bowie. D'où ce portfolio de portraits, de couvertures d’albums, de performances et de répétitions ou moments privés qui illustrent les différentes images de l'artiste.

Se retrouvent ici et entre autres Philippe Auliac, Alec Byrne, Kevin Cummins, Justin de Villeneuve, Lynn Goldsmith, Andrew Kent, Geoff MacCormack , Janet Macoska, Terry O’Neill, Denis O’Regan, Steve Schapiro, Barry Schultz, Masayoshi Sukita. Chacun présente sa vision d'un "ange"qui chute ou s'élève et qui fuse comme ébloui contre l'oubli entre expansion et engloutissement. Le tout à travers des perceptions plus ou moins profondes d'une étoile qui quoique disparue demeure présente.

Artiste juif : Larry Niehues, hier et aujourd'hui

Artiste juif : Larry Niehues, hier et aujourd'hui

Larry Niehues : hier et aujourd'hui

Larry Niehues est un photographe juif d’origine française. Il vit aux États-Unis et a traversé le pays pendant 5 ans pour le photographier tel qu'il est : moderne tout en recherchant la présence continue de la "vieille Amérique " intemporelle d’après-guerre.

Il saisit des portraits du quotidien et la vie des petites villes à travers motels, stations-service, etc. Tout évoque la vie américaine du milieu du siècle dernier d’une manière à la fois authentique sans doute et désormais vintage et puissante dans la tradition de Bruce Davidson et Robert Frank.

"L’Amérique est toujours là-bas – il suffit de la chercher." dit Larry Niehues et s'il y est allé c'est pour la retrouver avec sa beauté et sa destruction, sa tradition et ses innovation, ses magapoles bruyantes et les espaces plus perdus et calmes.

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Larry Niehues, "Nothing Has Changed", Préface de Dan Auerbach, Lannoo Publishers (USA).

Artiste juive : Keren Cytter, destruction des idées et des formes admises

Artiste juive : Keren Cytter ,destruction des idées et des formes admises

Keren Cytter : destruction des idées et des formes admises

Keren Cytter, Noga Gallery, Tel-Aviv

Keren Cytter née en 1977 à Tel Aviv vit et travaille à New York. Elle est vidéaste de performeuse de premier plan. Elle a créé entre autres des narrations à travers plus de plus de  60 films en ces dix dernières année. Sa reconnaissance est internationale autant pour de telles oeuvres que pour ses performances, dessins et photographies.

Elle est aussi une écrivaine de renom. Elle a déjà publié 3 romans ("The Man Who Climbed the Stairs of Life and Found Out They Were Cinema Seats" , "The Seven Most Exciting Hours of Mr. Trier’s Life in Twenty-Four Chapters", et "The Amazing True Story of Moshe Klinberg - A Media Star ) qui mêlent avec esprit la fiction au monde des arts.
Elle écrit aussi des poème et un journal ( "White Diaries" (2010) ainsi qu'un livret pour l'opéra "Le Voisin" de Thomas Myrmel

Pluridisciplinaire, Keren Cytter ne cesse d'innover pour créer des histoires au situations plus ou moins tordues et où elle prend la défense des femmes. Toute une réalité sociale est là dans un travail expérimental qui renverses les habituelles visions ou histoires.

Rien de linéaire ou de chronologique dans ses montages. Et ce afin de casser les schémas d'interprétation classique là où se mêlent des éléments autobiographique à une imagination des plus fertiles. Ses personnages sont imbriqués dans des situations compliquées afin de souligner différents types d'aliénations dont la femme subit les conséquence.

Se retrouvent dans toutes ses expérimentations des rappels autant aux univers d'Alfred Hitchcock, John Cassavetes, Roman Polanski qu'à ceux de Tennessee Williams et Samuel Beckett.

Un tel travail est d'une qualité rare soit que la créatrice utilise pour leur réalisation - comme ce fut d'abord le cas - amis et connaissances que désormais avec actrices et acteurs professionnels.

 

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Artiste juif : Abram Games de l'affiche au design

De l'affiche au Design : Abram Games

De l'affiche au Design : Abram Games

Abram Games a été un des plus important graphiste du XXème siècle. Né à la fin de la première guerre mondiale et enfant d'émigrants juifs il vécut dans le quartier de l'East End de Londres.

Il commença sa carrière comme artiste indépendant en produisant des affiches pour le "London Transport" avant de créer une centaine d'affiches pendant le second conflit mondial. A la fois pour le recrutement de volontaires que pour signifier des messages de sécurité pour les Londoniens soumis aux bombardements nazis.

Par ses racines et sa culture première il influença tout de dessin anglais. Ses images sont d'une facture simple et claire afin de produire des messages puissants et qui le restent aujourd'hui.

Sa judéité demeura toujours pour lui essentielle : "Je me sens intensément juif et cela a contribué au caractère de mes travaux" écivait-il. En témoigne l'énorme cops d'images qu'il consacra aux organisations juives et à leur cause, très souvent gratuitement.

Sa carrière après la guerre fut couronné de succès : il créa de nombreuses affiches pour les institutions britanniques, des entreprises commerciales ou à but non lucratif. Il réalisa par exemple des travaux pour la BBC, les Jeux Olympiques et divers festivals.

Il devint aussi un créateur de logo et un designer. Il créa pa exemple une machine à café et un photocopieur pour Gestener. Et reçu ' nombreuses récompenses pour ces objets dont le prix du "Royal Designer for Industry" en 1959.

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Artiste juif : Décès du photographe Franck Horvat l'outsider, in memoriam

photographe juif est mort Franck Horvat

Franck Horvat l'outsider, in memoriam

Celui qui a défini la photographie comme "l’art de ne pas appuyer sur le bouton" vient de nous quitter. Né en 1928 à Abbazia à l'époque italienne, dans une famille juive originaire d’Europe centrale, il a  évolué dans plusieurs domaines : photographies de mode, photojournalisme, portraits, paysage et sculpture.

Faisant sienne la définition de Baudelaire selon laquelle l'imagination est "une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies » il va devenir un franc-tireur et un novateur.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il vit à Lugano et à quatorze ans, échange sa collection de timbres contre un Retinamat 35 mm, puis , il étudie l’art à l’Academia di Brera, travaille pour une firme de publicité et collabore comme photographe free- lance à des magazines italiens.

En 1950, il rejoint Paris, y fait la connaissance de Henri Cartier-Bresson qui va l'influencer pour la richesse de contenus de ses photographies et l’art du cadrage et de la construction de l’image.

Puis il commence à sillonner le monde et ses photographies sont publiées par Life, Picture Post, Réalités, Match, Picture Post, etc..

En 1955, l’une d’elles est sélectionnée pour l’exposition célèbre Family of Man, au MoMa, Musée de New York. S'en suit une collaboration avec des magazines de mode en privilégiant la lumière naturelle. Il en devient une des stars et reste le premier à shooter une femme enceinte nue.

Il rejoint ensuite Magnum et s’essaie aussi au cinéma et à la vidéo dont un triptique sur New York. Il interview aussi ses amis photographes; Doisneau, Boubat, Mario Giacomelli, Josef Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Marc Riboud, Jeanloup Sieff et Joel-Peter Witkin et Helmut Newton et réunit ces entretiens dans son livre 'Entre vues".

Il est l’un des premiers artistes à expérimenter la photographie numérique. Grâce à Photoshop, il assemble des parties de photographies prises à des moments divers, sur des lieux variés. Ce procédé produit des effets curieux, bizarres et crée une oeuvre polysémique. Ses publications de livres se multiplient et de nombreuses expositions.rétrospectives sacralisent cet « outsider de la photographie ».

Grâce au cadrage, à l’uniformisation des objets et des espaces à un format, grâce aussi à leur extraction du contexte originaire, Horvat aura libéré l'image pour lui offrir une autonomie par rapport au réel afin qu'elle signifie quelque chose d’autre ou de plus. Et il sut accorder l'importance au hors-champ selon sa doxa : " La seule chose qui éveille l’imagination est ce qu’on ne montre pas, ce qui est en dehors du cadre".