Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Duane Michals à l'épreuve du confinement

Duane Michals à "l'épreuve" du confinement

Duane Michals à "l'épreuve" du confinement

Duane Michals pendant le confinement n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Il a entre autre créé une série photographique "Gipsy Rose Me" qui intègre son documentaire "The Corona Follies". Lisant au début du confinement un article sur sa série de 1964 "Empty New York" où il montrait la fraîcheur du petit matin dans un Manhattan, vide d’activité, 56 ans plus tard, il s'est dit-il "étonné de la rapidité avec laquelle la ville s’est tue. Cela fut certainement pour moi une période d’introspection."

D'où la création de très courts métrages d’environ une minute chacun qui traitent de la Covit, le tout compilé en une seule séquence qui est devenue "The Corona Follies". Et Michals de préciser : " L’idée de ces courts-métrages m’est venue récemment à la banque, quand j’ai trouvé un long bâton sur le trottoir. Je me suis alors pavané dans la rue en l’agitant comme une matraque, jusqu’à la fenêtre de la banque. C’est ainsi qu’est né le personnage de Bozo Boy, dans le rôle de Bozo Boy on Parade."

Existe dans ce film toute une énergie. Le photographe devient un personnage qui incarne la joie et le plaisir afin de lutter contre un moment de peur et de stress. C'est donc sa réponse face à un épisode sidérant. Et l'artiste de préciser : "Je suis certain que plus on est sérieux, plus on doit être insensé et trouver des moyens de rire." Et dans cette atmosphère le créateur s'est mis aussi à la sculpture en ce qui est devenu un processus de méditation. Celui qui jusque là a toujours travaillé seul a fait appel pendant cette période à un groupe de personnes pour l'aider et comme pour conjurer le mal qui rampait. Il les a appellés "joueurs de la 19ème rue" et ils apparaissent comme ses comparses dans son film en tant que remède interactif à la Covit.

JPGP

Artistes juifs : Femmes entre elles à Jérusalem

Femmes entre elles Collectif, "AS SHE TRANSFORMS", The Jerusalem Print Workshop, Jerusalem

Femmes entre elles

Collectif, "AS SHE TRANSFORMS", The Jerusalem Print Workshop, Jerusalem

Cette exposition réunit les oeuvres imprimées (gravures, etc.) tirées de la collection du "Jerusalem Print Workshop". Elle rassemble des travaux de dix créatrices qui ont utilisé pour leurs travaux diverses techniques d'impression.

Existe dans cet ensemble une poésie prégnante, originale. Les femmes transforment l'apparence des corps, le sortent d'un exhibitionnisme et érotiqme de connivence. Les artistes fluidifient les limites entre l’extérieur et l’intérieur, la relation entre l’intimité et l’extime, la tension entre la matière et l’esprit.

L'ambition d'un tel propos est rare. Ce ne sont plus les hommes qui sont faiseurs de reines. Un tel projet permet à de l'impensé et de l'invisible de devenir palpables par l'animation de formes qui refusent de tout sacrifier au manque de vie réelle et en ce qui tient certes de la cérébralité de l'art mais qui ici ne sacrifie en rien à l'émotion qu'il doit susciter..

Contre un manque charnel, une sensation d'abstinence forcée, les plasticiennes traquent ce que Pierre Mabille nomma "le Miroir du merveilleux". Mais ici il se refuse à tout poncif.

JPGP

Artiste juif : Gay Block, pour la mémoire de l’Holocauste

Pour la mémoire de l’Holocauste : Gay Block

Gay Block, "Rescuers", texte de Malka Drucker, 256 pages, Radius Book, 50 $. 2020

Gay Block a commencé sa carrière en tant que photographe portraitiste en 1973 avec des portraits de sa propre communauté juive aisée à Houston. A partir de ce point de départ ses projets ont suivi les deux branches de sa famille à travers les Camp Girl, et la communauté juive de South Miami Beach.

Les photographies de Gay Block sont incluses dans des musées et des collections privées à travers les États-Unis,(MFA Houston, MoMA, SFMOMA et le Center for Creative Photography, Tucson). En 1992 son "Rescuers: Portraits of Moral Courage in the Holocaust" fut un élément historique majeur de l’Holocauste. Il présente des portraits photographiques, des archives et des interviews, il s’agissait du premier livre (et première exposition) de la photographe.

Tous ses portraits sont de fait des témoignages visuels de celles et ceux qui ont lutté contre l'Holocauste. Partant de la manière dont ils racontent leurs histoires de vie, la photographe "image" les témoins comme elle le fit avec son livre et son court-métrage sur sa mère, "Bertha Alyce" primé dans une vingtaine de 25 festivals de cinéma.

Ce nouveau livre est une refonte complète de son ouvrage premier avec une nouvelle préface du spécialiste de l’art juif américain Samantha Baskind. Gay Block a traversé de huit pays en trois ans avec le rabbin et auteur Malka Drucker. Ce livre documente les histoires courageuses - voir plus - de celles et ceux qui ont risqué leur vie pour sauver parfois des milliers de victimes juives de l’Holocauste et qui sont entrés en résistance en bravant la menace de mort et de torture.

Pour la mémoire de l’Holocauste : Gay Block

Pour la mémoire de l’Holocauste : Gay Block

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Sabine Weiss dans ses œuvres

Artiste juive : Sabine Weiss dans ses œuvres

Sabine Weiss dans ses œuvres

Sabine Weiss, "Une vie de photographe", Le Kiosque - Espace Simone Veil, Vannes, du 18 juin au 6 septembre 2020

Sabine Weiss appartient à ce qu'on a appelé "l’école humaniste française" au côté de Robert Doisneau, Willy Ronis, Edouard Boubat, Brassaï ou Izis.

L'exposition permet à travers photographies, films et documents de montrer tout l'éventail des oeuvres de celle qui se consacra très tôt à la photographie.

En 1946, elle quitte Genève pour Paris et devient l’assistante du photographe allemand Willy Maywald spécialiste des clichés de mode et de portraits. Après son mariage avec le peintre américain Hugh Weiss elle devient photographe indépendante et rencontre le milieu des artistes d’après-guerre.

Si bien qu'elle photographie de nombreux créateurs (peintres, sculpteurs musiciens, écrivains ) et rejoint l’agence Rapho.

Elle devient vite reconnue. Son oeuvre est exposée et elle travaille pour New York Times Magazine, Life, Newsweek, Vogue, Paris Match, etc.

Jusqu'au début du nouveau millénaire elle n’a cessé d'être présente dans la presse illustrée internationale et aussi pour de nombreuses institutions et marques pour des reportages dans la mode, la publicité ainsi que pour des portraits de personnalités et des sujets de société. Elle y fait preuve d'un regard vif et libre teinté parfois de mélancolie.

Artiste juive : Sabine Weiss dans ses œuvres

Artiste juive : Sabine Weiss dans ses œuvres

jpgp

Artiste juive : Hanna Doukhan, Suspension Points Artspace Gallery à Jerusalem

Artiste juive : Hanna Doukhan, Suspension Points Artspace Gallery à Jerusalem

Hanna Doukhan, "Suspension Points", Artspace Gallery, HaZefira St. 5, Jerusalem.

Hanna Doukhan par ses paysages créent les tensions qu'il existe entre leurs éléments et ce par le jeu des formes et des couleurs.En un exercice de pénétration s’ouvre en un mouvement.

Chaque toile est le résultat d'une étude et d'une appropriation de ce qu'offre le réel ; mais l'artiste le modifie. Chaque mouvement se mêle aux autres pour créer une nouvelle harmonie qui n'a rien d'imitatrice. Elle est initiatrice d'un nouvel ordre.

S'y découvrent la lumière et l’obscur. Leurs deux théâtres se superposent. Le paysage n’est plus tout à fait à l’intérieur de lui-même. Mais il n’est pas pour autant à l’extérieur à lui.

Il s’agit de "lire", de regarder, de respirer et de méditer la peinture dans son espace qui est clos et ouvert. Existent la chair du monde et son énigme. De telles peintures ne se pénètrent pas en simple « visiteurs ». Elles témoignent de la marque manquante du mystère que toute création digne de ce nom fomente.

 

JPGP

Artiste juive : Deborah Anderson, Women of the White Buffalo 

24e Festival du film de la Nation Rouge

L'artiste du Colorado Deborah Anderson est chanteuse et compositrice. Son album "Silence" est sorti en 2009. Il était déjà été doublé par une série photographique et le livre "Paperthin" (Verlhac Editions) l'a créatrice cultivant bien des arts.

www.womenofthewhitebuffalo.com

Son dernier ouvrage, "Women of the White Buffalo", suit les femmes de la tribu Lakota du Dakota du Sud. L’exposition photographique a ouvert ses portes à Los Angeles à la Leica Gallery et se double lui aussi d'un film prévu pour une sortie l’automne 2020. Il a déjà remporté sept prix, dont celui du meilleur réalisateur d’un long métrage documentaire aux Los Angeles Independent Film Awards.

La créatrice a été fascinée pour les cultures autochtones. Avec une femme médecin elle a visité les réserves indiennes en raison de meurtres ou de disparitions de femmes autochtones et elle voulait comprendre de visu ce que signifiait etre "autochtone moderne vivant dans ces réserves" et le montrer.

artiste juive qui expose les femmes indiennes des Etats-Unis

artiste juive qui expose les femmes indiennes des Etats-Unis

Avant de visiter ces espaces l'artiste a fait de nombreuses recherches. Elle a compris que personne ne s’était vraiment concentré sur les femmes dans les cultures autochtones en Amérique. Elle y a découvert derrière un matriarcat perdu comment les femmes continuent d’être l’épine dorsale de leurs tribus. Dans son approche de terrain elle a choisi huit femmes de différents âges pour parler de leur vie quotidienne, de leur histoire au sein d'un des plus pauvres comtés d’Amérique du Nord.

Partageant les rites de la tribu, assise à l’intérieur des roulottes en ruine, elle a dû renoncer parfois à filmer en direct car cela aurait été trop descriptif et aurait fait passer à côté du sujet. Elle a eu besoin de déplacer son point de vue et choisir les images fixes plus parlantes et "chargées". Preuve que la technique documentaire et plus complexe qu'il n'y paraît.

Le film est déjà devenue dans son exploitation non officielle et commerciale un moyen de sensibiliser lors de séances privées en écoles et musées la vie dans les réserves. Et les femmes du film ont été emmenées à Los Angeles pour assister au 24e Festival du film de la Nation Rouge. Elles peuvent alors parler à un public et être reconnues pour ce qu'elles sont dans leur résilience, équilibre et dignité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Lillian Bassman et ses miroirs

Artiste juive : Lillian Bassman et ses miroirs

Lillian Bassman et ses miroirs

Filles de deux intellectuels juifs d'Ukraine et de Russie qui ont immigré aux États-unis en 1905, Lillian Bassman a grandi à.Brooklyn et au Greenwich Village à Manhattan.

Elle étudia à la Textile High School de New York avec Alexey Brodovitch et des années 40 aux années 60 elle est photographe de mode pour "Juniors Bazaar" puis pour "Harper's Bazaar".

Toujours sous la férule de Alexey Brodovitch elle photographie en noir et blanc ses modèles. Mais dans les années 70 elle se dirige vers des formes pures dans sa pratique et se tourne alors vers une pratique plus personnelle de la photographie .

Elle mit de côté 40 ans de négatifs et de tirages : bref le travail d'une vie. Ce corpus oublié est réhabilité à la fin du siècle dernier au moment où elle s'intéresse à la technologie numérique et la photographie abstraite en couleurs et même à Photoshop

Dans toute son approche photographique l'utilisation de forts contrastes entre la lumière et l'obscurité, le placement géométrique des modèles ou des formes et ses angles de prise de vue font d'elle une photographe à part dans la photographie américaine.

Les peaux des femmes semblent parfois attendre des caresses et à leur cou se pendent des firmaments. S'y greffe toujours la question de l'élan dans des grains de mémoire qui prend parfois l'aspect d'une esthétique sophistiquée un rien vintage.

Ce qui est cousu chez certains photographe ou à l'inverse laissé trop ouvert, l'artiste en retire la rondeur que pourtant l'image s'apprivoise dans une sorte de marche forcée au fil du temps.

JPGP

Lillian Bassman : Redefining Fashion, Atlas Gallery, Londres, 2020.

Artiste juive : Ruth Orkin l'éternelle ingénue

écrivait Ruth Orkin (1921-1985)

Ruth Orkin "l'éternelle ingénue".

« Être photographe vous fait voir les choses différemment ou peut-être que vous devenez photographe parce que vous voyez les choses différemment. » écrivait Ruth Orkin (1921-1985) photographe et réalisatrice américaine, née à Boston.

La seconde partie de son affirmation lui convenait parfaitement tant elle a su soulever le réel pour lui accorder une grâce altière. Fille de l'actrice du cinéma muet Mary Ruby et de Samuel Orkin créateur des jouets Orkin Craft, elle grandit à Hollywood.

Dès l'âge de 10 ans avec le "39 cent Univex" qu'on lui avait offert elle commence à photographier ses amis et enseignants. Plus tard, armée d'un "Kodak Baby Brownie" à peine plus cher elle poursuit ses shootings pour "dire" aux autres ce qu'ils devraient regarder.

A 17 elle entame un long périple à vélo de Los Angeles à New York pour se se rendre à l'exposition universelle de 1939 et en revient avec un reportage sur son périple.

Nommée première coursière aux studios MGN elle réalise la chronique de son travail en photographiant une de ses collègues dans ses activités journalières puis s'installe à New York, où elle travaille comme photographe dans un night club et en effectuant des photos de bébés et de portraits d'enfants qui resteront un de ses sujets de prédilection.

Débute très vite une collaboration avec les grands magazines de l’époque et elle rencontre grands les musiciens, Leonard Bernstein, Isaac Stern, Aaron Copland, Jascha Kheilfitz, Serge Koussevitzky. Pour "Life" en 1951 elle part pour un reportage en Israël sur l'orchestre philharmonique d'Israël.

Y découvrant la vie en Kibboutz elle y reste presque un an et revient via Rome, Florence, Venise, Lucerne, Paris et Londres sources de nombreuses prises. A Florence elle rencontre une étudiante en art, Nina Lee Graig, qui devient le sujet d'une de ses plus célèbres photographie « American Girl in Italy ». Et son statut de photographe est désormais établi.

De retour à New York elle produit avec son mari deux longs métrages, dont « Little Fugitive » mais surtout, depuis de son appartement sur Central Park,elle photographie défilés, concerts, etc. Elle en tire deux ouvrages à grand succès : Through My Window » ( Un monde à travers ma fenêtre ) et « More Pictures From My Window » ( Plus de photos depuis ma fenêtre ).

Elle sera reconnue comme une des dix meilleures photographes femmes et passant du noir et blanc à couleur elle devient l’une des toutes premières à accorder de l'importance dans de tels clichés. Elle reste par ailleurs l’une des premières photographes à montrer l’émancipation des femmes à travers la force narrative de ses prises qui font d'elle un conteuse drôle et poétesse du réel;

Elle est toujours capable de dévoiler des moments intimes au sein même de l'image publique. Il y a là une vision insouciante et primesautière qui fait tout la charme de photos drôles, justes et intuitives qui donnent à la femme qu'elle qu'en soit son statut un aspect - comme la créatrice elle-même d'"éternelle ingénue".

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : David Nissen l'enchanteur

Artiste juif : David Nissen l'enchanteur
David Nissen l'enchanteur

David Nissen, sur le plateau de tournage de son film "Angels" avec Kolectiv Provoke, a réalisé une série de photographies des filles angéliques dans l'usine en ruine qui lui ont inspiré un imaginaire hautement atmosphérique.

L'artiste est  non seulement directeur de l'image sur des longs métrages et pour la publicité mais un grand photographe passionné. Il est vrai que ces deux arts se font écho et se complètent puisqu'il s'agit dans les deux cas il s'agit d'écrire une histoire avec la lumière. Et parfois l'exigence de l'image fixe est plus grande puisque ne peut s'y joindre des adjuvants sonores.

Ici l'espace se régénère par la présence des sylphides qui en deviennent la fibre. David Nissen sans aucun artifice - voire avec des angles paradoxalement en plongée -  donne un aspect aérien à ses égéries. Elles semblent s'envoler et prêtes à quitter le monde du bas.

L'enchantement passe par un univers qui a priori ne s'y accorde pas. Et la poésie visuelle est encore plus intense. Elle  rappelle celle d’Andreï Tarkovski modèle d'un photographe. Comme lui il est  avide pour l'image d'un statut aussi poétique que brute. Il s'agit de  souligner le caractère particulier des danseuses enfantines qui semblent libres dans l’enveloppe charnelle de l'usine isolée et abandonnée .

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Yoram Roth le gêneur libre

Yoram  Roth le gêneur libre

Collectionneur, président et propriétaire majoritaire de musée Fotografiska, photographe Yoram Roth, né à Berlin, a grandi à New York où il a terminé ses études de photographie avant de revenir à Berlin. Ces trois "titres" ne sont pas simple à gérer même s'il espère toujours redevenir artiste a temps plein. Grâce à sa galerie"Camera Work" son travail est connu dans le monde entier même si, contrairement à ce qu'on pense, la nudité qu'il illustre est de plus en plus   mal considérée.

Pourtant la façon dont il la présente dérive sur l’abstraction et des aspects éthérés qui n'ont rien d'obscènes. Il a été néanmoins désinvité de Photo fair San Francisco l’année dernière et n'a même pas pu montrer mon site Web à Dubaï. À San Francisco, son travail était perçu comme politiquement incorrect, dans l’émirat, il était considéré comme du pornographique.

Le créateur cherche toujours un caractère sacré du corps humain comme en captant la lumière dans le cadre physique pour faire passer l’impression réelle.Il avance ainsi sans oublier de regarder ceux qui comme lui avancent dans le même sens de Douglas Gordon, Kyle Meyer, Annegret Soltau à David LaChapelle, Julie Blackmon ou Anja Niemi.

L'artiste rappelle que la photographie est un art pas intimidant et c'est là son problème. Tout le monde peut se croire photographe et ne se rend pas compte qu’il fallut plus qu’une combinaison intelligente de boutons pour faire une bonne photo. L’artiste doit avoir des compétences, un point de vue et un regard .C'est le cas de Yoram Roth. C'est pourquoi ses projets intriguent fascinent ou dérangent.

Jean-Paul Gavard-Perret