Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artistes juifs : Rani Sasson et Dror Ben Ami, les mystères de la création

Rani Sasson et Dror Ben Ami, les mystères de la création

Rani Sasson et Dror Ben Ami et les mystères de la création

Rani Sasson et Dror Ben Ami "Rebirth", On The Seam - Socio Politico Art Museum Jérusalem, février 2020.

Rani Sasson et Dror Ben Ami, les mystères de la création

Rani Sasson et Dror Ben Ami, les mystères de la création

Rani Sasson et Dror Ben Ami explorent les forces de la nature et donne un aspect fractal des mouvements de la création terrestre pour souligner une spiritualité. Elle passe par les forces agissante d'une complexité nourrie par des mises en formes qui deviennent la démonstrations éclatantes du vivant.. Cette exposition permet la rencontre de la féminité maternelle de Rani Sasso et de Dror Ben Ami qui transporte dans d'étranges paysages.

Les deux artistes explorent la profondeur autant de l'existence que des matériaux qu'ils utilisent. Rani Sassoon revient à des sculptures ou structures où le montage d'objets ou de sortes de germes joue un grand rôle. Dror Ben Ami poursuit ses oeuvres au noir où le charbon et des encres créent des peintures géante par effet de pans. S'y mêlent abstraction et figuration là où un paysage de recommencement du monde apparaît. Existent dans les deux cas une mise en exergue de ce qui "tient" face à ce qu'on espère sera une catastrophe inévitable mais qui ne se produira pas.

Artiste juive : Hedy Lamarr la belle et la tête ou Lady Bluetooh

Artiste juive : Hedy Lamarr  la belle et la tête ou Lady Bluetooh

Hedy Lamarr : la belle et la tête

"Lady Bluetooth. Hedy Lamarr", Musée juif de Vienne, du 27 novembre 2019 au 10 Mai 2020.

Née à Vienne en 1914 et de son vrai nom Hedwig Kiesler, Hedy Lamarr est la fille d'un directeur de banque et d'une concertiste pianiste. Surdouée elle apprend plusieurs langues et l’ingénierie. Mais elle délaisse les études. Très belle, elle est vite repérée par des réalisateurs de l'époque, se retrouve épinglée sous l’étiquette de « la plus belle fille du cinéma ».

Elle devient une star dans son pays puis à Berlin, capitale européenne du cinéma. En jouant dans le film tchèque « Extase », elle incarne l’orgasme féminin pour la première fois à l'écran.

Le pape Pie XI la condamne, le monde du cinéma parle d’elle. Mais elle se retrouve enfermée dans cette vie d’apparats. De confession juive, elle se retrouve plusieurs fois à table avec Adolphe Hitler et Benito Mussolini et comprend vite ce qui se fomente.

Elle craint pour sa vie, vole ses propres bijoux pour s'extraire de l'emprise d'un mari jalou, se déguise en servante et s’enfuit.

Elle rejoint Londres puis décroche un contrat avec la MGM. Elle devient la pin-up la plus désirable de la seconde guerre mondiale. Mais l’actrice autrichienne était bien plus qu'un corps. Elle rencontre lors d’une soirée mondaine le pianiste George Antheil. Il va devenir son partenaire scientifique et il la nommera plus tard « géant intellectuel comparée aux autres actrices de Hollywood ».

Les deux s'y connaisse en armement. Et lors de la Seconde Guerre mondiale lorsque l'armée US envoie des torpilles radioguidées pour détruire les sous-marins allemands les missiles sont souvent repérés. Hedy Lamarr et George Antheil inventent un système de codage des transmissions qui permet de tromper l’ennemi. Cette technique de radio guidage est l’ancêtre de la technologie du Wifi, de la géolocalisation, de la téléphonie mobile ou encore, du Bluetooth.

Cette partie de la vie de l'actrice est restée bien occcultée.
L'exposition permet de remettre en perspective l'ensemble de la vie de l'artiste. Aujourd'hui cette existence serait moins tragique mais tout aussi brillante car une telle femme aurait pu s'émanciper de son statut d'icone et d'actrice soumise aux stéréotypes où on l'enferma.

En dépit de ses désirs de revenir en Autriche elle n'y parvint jamais. Mais l'exposition signe une sorte d'éternel retour en mettant en exergue les différents pans de sa vie à l'étranger comme dans l'épisode viennois qui se taille ici et forcément la part du lion. ou de la lionne suave et savante.

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Photographe juif : Lee Friedlander, les livres d'images

Lee Friedlander,  les livres d'images

Lee Friedlander : les livres d'images

Lee Friedlander, Friedlander First Fifty", Introduction par Giancarlo T. Roma. PowerHouse Books, New-York, 2020

Lee Friedlander est né en 1934, à Aberdee (Etat de Washington) dans une famille dont la branche paternelle a fui les persécutions antisémites de l’Allemagne nazie, et la branche maternelle est originaire de Finlande. A la mort de sa mère, Lee Friedlander est accueilli par une famille de fermiers près de sa ville natale, pendant sept ans. Il retrouve sa famille, dont son père agent de change, pendant les vacances.

Sa passion pour la photographie remonte à l’enfance quand, à cinq ans, il découvre la chambre noire et le développement de la photographie jusqu’à sa révélation progressive sur une feuille de papier. Cet ouvrage contient des photographies de chacun des cinquante premiers livres ainsi que des descriptions, des informations sur leur publication avec des interviews de Friedlander et de sa femme.  D'où un regard multiple et un mais aussi le plus personnel et le plus sincère sur la vie et la carrière du photographe.

Au cours de sa carrière sur sept décennies, Friedlander a produit une oeuvre photographique inégalée documentant apparemment tous les aspects du «paysage social» américain par la production de livres qui pour lui sont plus importants que les expositions. "Les livres sont mon médium", a déclaré Friedlander. Et se retrouvent ici l’intégralité des sujets : musiciens de jazz, ouvriers d’usine, monuments, écrans de télévision, autoportraits, nus, photographies de rue et paysages. Il saisit l'Amérique de manière aussi large que le fit en France Eugène Atget. Friedlander lui vous une admiration pour sa vision émerveillée du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lee Friedlander,  les livres d'images

Lee Friedlander, les livres d'images

Artiste juif : Le futurisme particulier de Hans Gunter Flieg

Le futurisme particulier de Hans Gunter Flieg

Le futurisme particulier de Hans Gunter Flieg

D'origine allemande Hanz Hunter Flieg a fui la nazisme et s'est installé au Brésil. Il est devenu "l'imagier" de l'essor industriel de son pays d'adoption. Il n'a cessé de prendre en photo  les usines, machines,  les objets manufacturés et pièces de décolletage un regard particulier afin de les promouvoir, certes, mais en leur donnant une poésie de la modernité.

Ses jeux de lumière et ses cadrages créent des ombres et des perspectives sculpturales que l'on retrouve jusque dans sa saisie et mise en exergue des choses les plus simples dans le refus de tout exotisme ou d'aspects superfétatoires. Flieg s'intéresse uniquement à son sujet, à l'impression qu'il veut produire et ne se perd pas dans les détails.

 

Le paysage industriel ou la "nature morte" technique deviennent l'approfondissement d'une esthétique majeure même si tout l'intérêt de la photographe demeure dirigé vers l’homme et son envirennement futuriste.

Son travail se situe moins en référence au Bauhaus et à l'expressionniste allemand que vers un constructivisme qui lui permet de jouer avec différentes perspectives ou des vues en gros plan. Le monde moderne de la seconde moitié de XXème siècle lui a donc permis d'approfondir son langage formel et a ouvert bien des perspectives à la photographie.

 Le futurisme particulier de Hans Gunter Flieg

Le futurisme particulier de Hans Gunter Flieg

Photographe juive : Eve Arnold dialogue avec le monde

Quel effet cela faisait-il de photographier Marilyn ? C'était comme quand on voit une photographie apparaître dans un bac de révélateur. L'image latente était là, le moment et les conditions de sa révélation dépendaient de Marilyn. L'effet était stroboscopique, et le photographe n'avait qu'à suspendre le temps un instant pour avoir une nouvelle image de Marilyn.

Eve Arnold dialogue avec le monde

Eve Arnold, Self-Portrait in a Distorted Mirror, , New York, 1950

Eve Arnold, Self-Portrait in a Distorted Mirror, , New York, 1950

 

Eve Arnold est née à Philadelphie en Pennsylvanie, ses parents sont des immigrants russes-juifs, William (Velvel né Sklarski), rabbin, et Bessie Cohen (Bosya né Laschiner). Elle vient d'une famille de neuf enfants

La photographe juive Eve Arnold est célèbre pour ses photographies de Marilyn Monroe. Elle en a - d'une certaine manière - réinventé l'image en lui accordant une vision intime mais sans aucun voyeurisme.

Elle ne s'est pas contentée de fixer la star hollywoodienne. Et il y existe peut-être deux Eve Arnold comme deux Marylin, chacune dans leur propre complexité : celle qui ne sait pas trop bien ce qu’il en est de l’identité et de l'image et celle qui donne sens à ses doutes au sujet de l'être et de son aura.

Quel effet cela faisait-il de photographier Marilyn ? C'était comme quand on voit une photographie apparaître dans un bac de révélateur. L'image latente était là, le moment et les conditions de sa révélation dépendaient de Marilyn. L'effet était stroboscopique, et le photographe n'avait qu'à suspendre le temps un instant pour avoir une nouvelle image de Marilyn.

La photographe a parcouru le monde pour l'Agence Magnum puis pour le Sunday Times lorsqu'elle s'installe à Londres. Elle aura photographié tout au long de sa vie un éventail de personnalités diverses - de Malcolm X à la reine Elisabeth II.

Elle sait toujours, hors artifice, donner sa vision non seulement des corps mais des êtres et ce qu'ils représentent dans l'imaginaire collectif sans se soucier des idéologies qu'ils incarnent. Elle sait que la photographie ne se fait pas avec des a-priori mais par attention au "motif" qui est chez elle l'humain. Elle a d'ailleurs écrit et réalise Behind the Veil en 1971, un film sur les femmes voilées au Moyen-Orient qui prend aujourd'hui toute une acuité.

Celle qui naquit à Philadelphie et mourut 100 ans plus tard à Londres (preuve que la photographie conserve) a toujours créé avec scrupule et le souci de l'autre. Elle ne chercha jamais une solarité factice ni à l'inverse des ombres réelles ou supposées. La sincérité reste la base de son regard habité.

 

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Musée juif de Bruxelles : L'autre c'est moi

Musée juif de Bruxelles : L'autre c'est moi

Le multiple plus que l'un "L'autre c'est moi", Musée Juif de Bruxelles.

Contrairement au "Je est un autre" de Rimbaud, le musée juif de Bruxelle donne, à travers l’exemple des communautés juives et musulmanes du Maroc, la preuve que
« L’ Autre, C’est Moi ».
L'exposition organisée par le Centre de la Culture Judeo-Marocaine met en exergue la cohabitation millénaire et les interactions entre les communautés juive et musulmane dans le Royaume de Mohammed VI.

Il est vrai que le pays a toujours été ouvert à toutes les influences dès le temps des phéniciens. Le Maroc garde une forte autonomie par rapport à tout radicalisme dogmatique.
Et l'histoire du Maroc est marquée par la présence de plusieurs cultures qui plutôt que s'accaparer les unes aux autres ont su créer un vivre ensemble dans tout un système d'échos.

L'exposition est une réussite subtile et éclairante. L'échange du lien social se traduit à travers des objets rituels et une importante iconographie qui illustrent la convergence des deux cultures et traditions. Ils et elle proviennent de la collection Dahan-Hirsch, la plus importante sur l’histoire et la culture des juifs du Maroc. Et soudain un monde s'écarte des poisons des ostracismes et des marchés de la peur.

Se découvrent des vues qui sans être forcément identiques restent semblables là où les situations des deux communautés ainsi que leurs symboles se rapprochent quant à l'appréhension des moments essentiels de la vie : naissance, passage à la vie adulte, mariage, la mort.
A des époques où le chemin était plus constant peut-être qu'aujourd'hui. Preuve que le Maroc a toujours su vivre l'harmonie entre diverses cultures qui ne s'ouvrent pas à des dilemmes insurmontables.

Les différences dans l’éducation des filles et des garçons ne sont pas écartées mais à travers cette histoire commune, l’exposition montre comment chaque communauté a eu à coeur de souligner par ses rites et ses traditions, des marques d’intégration partagées.

Elle restent souvent inspirées les unes des autres et mettent à mal certains diktats que les extrémistes veulent monter en épingle en voulant faire croire que les normes des uns s'opposent forcément à celles des autres.

Artiste juive : Carole Bellaïche , Isabelle Huppert icône de la photographie

Carole Bellaïche, "Isabelle Hupper",

Isabelle Hupper icône de la photographie
Carole Bellaïche, "Isabelle Hupper", La Martinière Editeur. Exposition du 14 novembre 2019 au 17 janvier 2020, Galerie 12, 14 rue des jardins Saint Paul 75004.

Ce beau livre livre évoque la relation photographe-modèle et l'amitié rare entre une photographe et une actrice envoûtante par son intelligence et son jeu.
Carole Bellaïche par ses prises cherche à comprendre le mystère de celle qui est pour beaucoup un mythe et une héroïne de notre temps.

Les premières photos datent de 1993 et l'ensemble témoigne de vingt-cinq années de rencontre où l'intime rejoint l'universel. Le livre est celui dont rêvait depuis longtemps la photographe : "Son visage qui m’est si familier maintenant, me surprend toujours, me séduit, me comble dans cette recherche permanente et obsessionnelle de l’idéal, et de la beauté" avoue Carole Bellaiche

Elle la rencontra grâce aux "Cahiers du cinéma. Pour la revue elle alla à Lausanne où l'actrice incarnait un homme sous la direction de Bob Wilson : Orlando. Un an après, elle la découvre vraiment lorsque la revue prépare son numéro « spécial rédactrice en chef » de la comédienne. Depuis la complicité n'a jamais cessée. Ce fut selon la photographe "un coup de foudre".

Isabelle Hupper lui demanda de la photographier en Marlène Dietrich car Louis Malle voulait faire un film (qui n'a jamais vu le jour) sur l'actrice allemande. Et chaque série est un moment différent. Elle révèle le rapport de l'égérie maîtresse femme à la photo et c'était désormais le moment de révéler ces épisodes presques secrets.

Artiste juive: Aline Kominsky-Crumb une femme libre

Aline Kominsky-Crumb une femme libre
Aline Kominsky-Crumb une femme libre

 

La dessinatrice de Comics américaine Aline Kominsky-Crumb, est née en 1948 dans le milieu juif new yorkais. Ses parents n'aiment pas qu'elle s'attarde sur les B.D. "ces trucs qu'on lit haux toilettes" et elle commence la peinture à l'huile dès 8 ans . Mais son grand-mère l'initie aux spectacles  des comédiens juifs comiques de Brooklyn comme Jackie Mason ou Joey Bischop. La bande dessinée va devenir la synthèse entre scène et peinture.

Considérée comme "la grand-mère du comics de l’épanchement ». Elle a inventé ce qui est considéré comme le premier comics autobiographique féminin avec « Goldie : A Neurotic Woman ».

Elle a conçu son propre langage graphique fait de traits marqués qui soulignent son observation du réel dans des oeuvres le plus souvent autobiographiques. On citera entre autre s "Love That Bunch", "The Complete Dirty Laundry Comics (en collaboration avec son mari Robert Crumb et sa fille Sophie) ou encore "Need More Love: A Graphic Memoir" (son chef d'oeuvre).

La "jewish princess de Long Island" travaille depuis sans arrêt. En collaboration Crumb revenant sur la côte Est il crée des strips pour le New Yorker et s'installent un temps en France  dans les Cévennes. Aline Kominsky  fait alors partie des féministes qui aiment les hommes et s'arrogent le droit de dessiner des sexes masculins, le tout dans l’autodénigrement en fidélité à l’humour juif :

"Jackie Mason, Kafka. Ça, c’est ma tradition. Je ne peux pas envisager l’humour autrement. Je trouve ça très drôle. Et parce que c’est blessant de faire ça à quelqu’un d’autre, je me le fais à moi" écrit la créatrice parfois villipendée  par ces consoeurs féministes radicalistes.
Mais la fille "d' un criminel raté et d'une mère véritable alligator, un monstre, mais je l’aime bien, elle est formidable" prend soin d'ajouter : "C’est bien de détester sa mère, mais il faut que ça s’arrête un jour". Ce qui ne l'empêche pas (au contraire) de vivre en femme libre aux côté de Crumb "qui a toujours été un jeune vieux. Maintenant, c’est un vieux jeune" précise-t-elle. Comme pour lui, chez son épouse le sexe dans ses dessins n’est pas pornographique mais grotesque et en rien érotique.  "Je fais ça parce que c’est important pour toutes les femmes" ajoute celle ne cesse de transformer son cri de colère en grand rire visuel mais toujours en représentant ses cheveux avec une minutie particulière. C'est là sa seule auto-coquetterie...

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Artiste photographe juive : Sally Man dènouages des poncifs

Sally Man dènouages des poncifs

Sally Man est une photographe juive américaine

Sous le commissariat de Sarah Greenough et Sarah Kennel, l'exposition rétrospectives de Sally Mann aura été en 2019 le temps fort du Musée de Paume.

Originaire de Lexington (Virginie) s’appuyant sur un amour profond pour sa terre natale et de son propre héritage complexe elle n'a cessé de créer des photographies expérimentales à la beauté obsédante.

S'y trouvent repris et corrigés des thèmes majeurs : mémoire, désir, mort, liens familiaux à travers portraits, natures mortes, paysages du Sud des États-Unis.

Les visions d'enfants parfois nues de Sally Mann ne peuvent porter à confusion. En dépit ou à cause de l’absence de puritanisme - elles sont vues sans ambiguité.,Reste la présence d’éléments optiques denses qui interrogent et apostrophent. Le cliché devient la taupe faussement dormante capable de décrypter les messages stéréotypés des publicités ou de certains photographes mâles au regard bien plus pervers.

Sally Mann fait évoluer la photographique de fillettes pré-pubères selon un ordre de la disparition et de la renaissance. Un abécédaire obsolète s’évapore au contact d’un renversement plastique. D'une inspiration décalée surgit un vertige par permutations de la nudité vers un univers a priori scandaleux mais qui sollicite une autre logique accessible par l’audace de la photographe.

Elle poursuit et approfondit non seulement l’histoire de la nudité mais de son langage en tissant tout un réseau de correspondances poétiques. Nous assistons à un pythagorisme plastique incantatoire, presque hypnotique. Il dépasse la dichotomie signifiant/signifié, pour mettre en avant l’aspect «atomique» plus qu’anatomique du corps. A sa manière l’artiste redresse les alphabets tordus de la nudité, rompt la figuration admise pour la métamrphose. Une douce violence figurale exulte: non afin de crucifier le monde mais mettre en image une angoisse et une beauté.

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Artiste juif : La Provence de Willy Ronis

La Provence de Willy Ronis

La Provence de Willy Ronis

Pour le fils d'émigré juif d'Ukraine qu'est Willy Ronis, Gordes va devenir le premier hâvre de paix provençal. Il découvre par hasard la cité lors d'un reportage sur le peintre André Lhote dans la Drôme. Le peintre lui propose de l'accompagner dans son atelier de Gordes où il réalise le célèbre portrait du peintre tenant un cadre vide.

Le photographe y achète une maison en ruines et les travaux d’urgence sont le prétexte à de belles photographies d'artisans et d'un cliché fétiche et iconique « Le nu provençal », où sa femme se rafraîchit avec l’eau d’une cuvette.

La région devient le moyen de multiplier les photographies de paysages et d'instants de tous les jours. Ronis joue dans le Lubéron avec les lumières et entre les ruelles étroites de Gordes pour y saisir un art de vivre.

La Provence de Willy Ronis

La Provence de Willy Ronis

Il acquiert un petit moulin qui devient sa résidence principale où se retrouvent amis inconnus ou connus (Fougeron, Lotar, André Lhote,Vasarely). Il parcourt la région en vélo ou à moto pour faire de nombreux reportages sur les petis métiers, la vie des villages.

La mutation des médias l'oblige de plus en plus à résider dans cette région faute de commandes susceptibles de faire vivre les siens. Il donne des cours à l’École des Beaux-Arts d’Avignon puis à la faculté des lettres d’Aix-en- Provence. Et il fait là figure de pionnier : l’enseignement de la photographie n'existe pratiquement pas en France au début des années 70.

Installé à L’Isle-sur-la- Sorgue, il continue d'écumer la région avant de poursuivre son enseignement à la faculté de Marseille. Son travail provençal est bientôt présenté dans le cadre de l’année du Patrimoine au Centre Pompidou et il est l'invité d’honneur des 11èmes Rencontres de la photographie d’Arles.

Sa notoriété devient inaltérable. Et en 1983, il se réinstalle à Paris. Néanmoins ses photographies entre Luberon et Ventoux reste un moment privilégié de son existence qu'il décrit ainsi : "Marie-Anne à mes côtés, le soleil en pagaille, dans cette campagne bénie des vergers et des vignes séparés de rangées de haies de cyprès noir".

Il y reviendra souvent jusqu'à près de 100 ans où il sera une nouvelle fois l’un des invités des 40èmes Rencontres de la photographie d’Arles. Et cette épisode reste le moment clé de celui qui avant était avant tout un piéton de Paris.

La Provence de Willy Ronis

La Provence de Willy Ronis