Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : La maison de l’être selon Rubi Lebovitch

La maison de l’être selon Rubi Lebovitch

La maison de l’être selon Rubi Lebovitch

"Home Sweet Home" - objet d’un livre et d’une exposition itinérante  - donne à l’artiste israélien Rubi Lebovitch l’occasion de mettre tout hors de propos. Ilphotographie la vie domestique dans des impasses mûrement programmées. Il fait pénétrer au royaume d’ « absurdie » avec un souci du symbole et de la farce. Ne demeure que l'expression d’une ruine de l’ordre là où le monde se réduit à une désopilante vanité.

La maison de l’être selon Rubi Lebovitch

La maison de l’être selon Rubi Lebovitch

Si bien que le documentaire sur le réel tourner à la comédie en cultivant l’excès. Ne demeure que le bazar domestique : plantes dépotées, livres « dé-rangés », clous martelés dans un mur, etc. Voire parfois des images plus saignantes qui laissent penser que tout dans la maison est ni ordre, ni volupté ?

Demeurent des écarts plus ou moins expérimentaux et des accidents de parcours provoqué par les jeux de l’esprit. Néanmoins l’émotion demeure à portée de l’image là où l’existence de tous les jours en prend sacrément pour son grade.

 Le réel échappe  à une visée platonicienne et Lebovitch se veut ni clinicien, ni spécialiste de la question. du foyer. Il collationne les occasions où les é restent parfaitement illusoires. Et ce type d’aiguillon visuel peut être essentiel dans le mode opératoire d’une quête au dessein – qui sait ? - plus fondamental »

 

 

Réalisateur juif : Robert Siodmak écran noir pour nuit blanche

Les tueurs de Robert Siodmak

ROBERT SIODMAK : ECRAN NOIR POUR NUIT BLANCHE

Robert Siodomak réalisateur juif d'hollywood

Robert Siodomak réalisateur juif d'hollywood

Les tueurs par Robert Siodmak, reprise en sale en 2017, et “ Deux versions des tueurs “ :  “Les tueurs” de Robert Diodmak et A bout portant par Don Siegel, 3DVD, Carlotta Films.

Après avoir été successivement archiviste, assistant monteur et directeur du département "inserts" de sa société hollywoodienne qui le recruta , Siodmak a poursuivi son apprentissage de metteur en scène en travaillant de manière fort singulière sur le montage de courtes séquences narratives destinées à des oeuvres clés de la Warner dont, entre autres,  Les Fantastiques années 20, GentlemanJim et Une femme dangereuse de Raoul Walsh. Par leur efficacité et leur rythme, eles séquences montées par Siegel donne déjà une idée précise de ce que sera sa manière.

Parallèlement à ce travail de montage, le futur grand maître de la "série B" est engagé comme réalisateur adjoint sur plus de quarante réalisations. Il se voit confier la responsabilité de scènes d'action dans Sergent York, Passage to Marseille et L’intrigante de Saratoga. Et c’est en 1946 avec un thriller Le Verdict qu'il aborde le long métrage. Parmi ses œuvres majeures il convient de signaler  Les Révoltés de la cellule 11, description quasi documentaire de l'univers carcéral,  mais aussi Ici Brigade criminelle, film noir dans la tradition du genre, L’Invasion des profanateurs sépulture, un classique du cinéma fantastique, L’Ennemi Public, portrait très particulier d'un gangster notoire :  Baby Face Nelson. Il faut encore rappeler des œuvres aussi majeures que  À bout portant, remake original des Tueurs, Les Proies et Le Dernier des géants.

 

Des Tueurs (1946) repris en 2017, chef-d’œuvre du film noir imprégné par le style expressionniste allemand, à À bout portant (1964), élégant polar nerveux annonçant le cinéma des seventies et son lot de violences urbaines,  toute l’évolution esthétique et économique d’Hollywood s’affirme.

Robert Siodmak et Don Siegel, chacun à leur manière, sont  parfaitement représentatifs de leurs Epoques.  Dans ces films Charlie et Lee, deux tueurs à gages, sont engagés par un commanditaire anonyme. Dans un institut spécialisé pour non voyants, ils retrouvent la trace de Johnny North et ils l’assassinent froidement. Surpris par l'attitude de leur victime qui n'a pas tenté de fuir ni de leur résister, les deux tueurs cherchent à en savoir davantage.

Le triple coffret édité par Carlotta est complété entre autres par une étude de l’adaptation de la nouvelle d’Hemingway au film noir de Siodmak, par Marguerite Chabrol.

On retrouve aussi un retour sur la genèse, les thèmes et l’esthétique des Tueurs par Hervé Dumont, Directeur de la Cinémathèque Suisse et auteur de l’essai Robert Siodmak, Le maître du film noir.

Est présentée aussi une analyse sur la place du personnage de Burt Lancaster au cœur de l’esthétique funèbre du film noir par Pierre Berthomieu, spécialiste du cinéma hollywoodien. Les DVD permettent aussi de découvrir  Les Tueurs d’Andreï Tarkovski (1956), premier court métrage d'Andreï Tarkovski adaptation fidèle de la nouvelle d’Hemingway ainsi que l’étude de Serge Chauvin À bout portant ou la dernière vie des Tueurs. L’auteur y analyse les différentes évolutions esthétiques et thématiques qui marquent la rupture entre film noir (Les Tueurs) et polar urbain (À bout portant).

En dépit de la vocation populaire du cinéma qu’il servit Siodmak rappelle une forme paradoxale de l’élitisme du film noir. Il aimait à rappeler (et Woody Allen aime à le citer) que “ C’est montrer quelque chose (pas n'importe quoi) à quelqu'un (pas n'importe qui) où moment où une société évolue par les types de meutres qui la marquent comme un fer marque une vache ”. Et pour Siegel come pour Siodmak le cinéma reste une “ prise de vue ” sur le réel.

Les deux – à travers le Noir et Blanc puis la couleur – on montré comment d’une même matrice naissent des réflexes et des comportements différents. A ce titre le monde des truands est bien révélateur d’un état du monde. Lancaster tel qu’il surgit en 1946, n’a plus de rôle à jouer ensuite sous peine de devenir un anachronisme ou un Ovni anticipant aucun avenir mais nous repliant sur le passé.

 

 

 

Artiste juive :Florine Stettheimer au Jewish Museum, New-York

Florine Stettheimer au Jewish Museum, New-York

Poétesse et artiste juive. Florine Stettheimer la méconnue.

« Florine Stettheimer: Painting Poetry », Jewish Museum, New-York,  du 5 mai au 24  Septembre 2017.

Florine Stettheimer (1871–1944) est une icône de l’époque du Jazz à New York. Née dans une famille juive aisée de Rochester, elle a étudié à l’  « Art Students League »  de New York City  puis en Europe où elle subit l’influence des peintres et poètes symbolistes et des Ballets Russes avant de revenir à  Manhattan, elle tient un salon avec sa sœur et sa mère et attire vers elles des grands artistes et écrivains de l’époque :  Alfred Stieglitz, Carl Van Vechten, Georgia O’Keeffe, Elie Nadelman, Gaston Lachaise et bien d’autres dont Marcel Duchamp.

Florine Stettheimer au Jewish Museum, New-York

Florine Stettheimer au Jewish Museum, New-York

Le musée Jewish présente une cinquantaine de ses œuvres (dessins, peintures) une sélection  de costumes pour le théâtre, des photographies et des poèmes.

Le musée prouve ainsi la singularité d’une artiste et écrivaine méconnue qui ne dépare en rien au sein du monde de l’avant garde de l’époque. Elle sait autant évoquer des jardins calmes que – et plus particulièrement dans ses poèmes – les lumières, le bruit, la musique de jazz, les marathon de la danse,  les buildings, les bars, les films, leurs artistes et leur voitures de et dans Manhattan.

La curation de Stephen Brown est intelligente et prouve combien la substance active de la poésie  n'est pas  isolable à la manière d’un enzyme. S'il existe une sorte d'essence universelle de poésie elle semble liée à ici à une  étrange association entre les êtres et leur monde.

La réalité poétique fait donc partie de la réalité à physique lié à une époque.

La poétesse et peintre  se sentit libre d'y explorer l'infinité du champs qui s'ouvrait à ses sens,  à son désir de sentir et de comprendre. Elle sut explorer le connu pour  découvrir toujours de l'inconnu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Poêtesse juive : Éternité à coudre de Esther Tellerman

Éternité à coudre de Esther Tellerman

 

Ether Tellerman

Ether Tellerman

Le livre d’Esther Tellerman est hanté par la disparition. La parole tente  de retenir des éléments de l’ordre de la permanence au milieu des décombres, des cendres et des noms effacés mais dont la poétesse se souvient encore : « Vous étiez / derrière le mont / cela / qu’on rêve des / presqu’îles des / cailloux /  blancs / des hospices ».

Tout se joue entre la séparation, le deuil et le seuil. La hantise d’Esther Tellermann passe toujours du personnel au collectif. Demeurent peurs, angoisses et l’espoir d’emplir l’éternité même dans des sacs bien trop lourds à porter.

Mais il s’agit de s’approcher d’une vérité provisoire du monde et du langage capable de soulever des ombres au milieu des larmes qui demeurent dans les « intimités noires » d’où il s’agit malgré tout de trouver une clarté. Cette accessibilité ne peut se traduire que par une telle poésie et sa densité.

Elle devient le point de découverte d'une cache profonde. Il s'agit de l'ouvrir jusqu'à en épuiser les secrets. Etre sidéré reviendrait sans doute à trouver le sens profond du visible, à fusionner avec lui. Mais le poème en n'est que l'approche dans son flot de cassures et de perplexités harmonieusement agencées afin de réintégrer un ordre quasiment originel et caverneux.

Esther Tellermannn  fait entrer dans la soif de l'autre au sein d'un cheminement pour prendre la juste distance le long du désastre du temps et de l'Histoire.

L'œuvre se traduit par une combinatoire de moments pulsés. Ils ne chassent pas la nature physique, ils la pénétre vers ses fonds pour atteindre une forme de mystique du réel.
Esther Tellermann, Éternité à coudre. Nice : Éditions Unes, 2017. 17 euros.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive de France Maternité de Valérie Mréjen

Artiste juive de France Maternité de Valérie Mréjen

Artiste juive de France Maternité de Valérie Mréjen

Valérie Mréjen : « Troisième personne », roman, P.O.L editeur, Paris 2017, « Voilà c’est tout », exposition du 8 juin au 15 juillet, Spatiu Intact, Cluj, Roumanie

Valérie Mréjen devient la dupe consentante du non-dupe..
Ça a un nom.
C'est l'existence. Le plus improbable comme le plus attendu reste alors l’arrivée d’un enfant tout à fait annoncée, reste une surprise jusqu’au dernier moment. Contrairement à l’image assez répandue du petit rôti, il ne fait pas de doute qu’il s’agit déjà d’une personne. Après les premiers jours dans une chambre exiguë, il est temps de sortir pour retrouver le vaste monde ».

Mais cela mérite une écriture aussi convaincante que celle d'un tel livre  dépouillé et dont les éléments créent une sorte de spirale.. Il devient l'histoire de la vrai "folie" : celle de la sagesse qui contrarie le vide par celui qui fait bien plus que le combler. Celle d’un nouveau petit Moïse sauvé des eaux.

L’enfant imprime à la littérature une sorte de lucidité que peut-être seule une femme est capable d’exprimer et qui justifierait l’existence d’une littérature féminine. L’auteure y refuse l’anecdotique, elle le remplace par une succession d’images de l’indicible. L’enfant devient  la source de la résistance à toute instrumentalisation du logos. Valérie Mréjen sait qu’une telle présence crée une légitimité particulière à la littérature : celle de la  profondeur, et de l’ouverture.

Ce livre est donc une surprise au milieu des images de la créatrice, comme celle qu’elle pose sur l’enfant qui vient de naître et ce qu’il entraîne dans son univers et sa vision. Après « Forêt Noire » et ses  fantômes qui logent dans la mémoire et qui hantaient les promenades de l’auteur, succèdent d’autres déambulations. Aux revenants fait place le venant et l’espace qu’il impose. Tout est dit dans la simplicité aussi radicale et subtile. Se crée à la fois un sacerdoce maternel mais aussi une forme de liberté : celle que Beckett définissait sobrement lui aussi par un « ça vient ».

Valérie Merjen ne tombe jamais dans l’anecdote : elle préfère cet indicible que l’enfant offre tout en obligeant mère et père à craquer mais aussi à tenir droit dans leurs bottes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive :Les enquêtes filées de Dominique Menachem Lardet

Les enquêtes filées de Dominique Menachem Lardet

Les enquêtes filées de Dominique Menachem Lardet

 Galerie Elizabeth Couturier, 25, rue Burdeau, Lyon, 1er 2017.

Les enquêtes filées de Dominique Menachem Lardet

Les enquêtes filées de Dominique Menachem Lardet


Dominique Menachem Lardet vise à la fois à rassembler et défaire le monde. La chaîne visuelle est obtenue par une atomisation dues lieux habités d’ombres passagères ou de « ruines ».

D’une photographie à l’autre se construit un rythmique capable d’atteindre des zones de non retour là où des ombres - comme L’innommable de Beckett - pourrait affirmer : "Il faut continuer, je dois continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer".

Les images renforce l'épuisement potentiel même si  le schéma vital de la marche demeure comme acte de résistance perceptible et peut-être  inexplicable.

La vie et la photographie deviennent ininterrompues, concomitantes. Non pour une promenade mais une errance. Une attente, une espérance aussi. Dans des corpus morcelés et  lacunaires  la trace d’un corps oppose sa densité diaphane au glissement du temps.

Une femme avance encore aux rayons d'un mince soleil d'hiver au fond  de divers indices d’un décor improbable. Dans le froid l’ombre est le pain du mort au coeur de la braise. Il n’y personne d’autres que la femme.

Mémoire, trop de mémoire en elle. Devant son regard les paysages fondent. Des sons, des bruits mais pas au point d'en faire une voix. Il faut se contenter du peu qu'on voit.

Ne reste que le battement sourd du vent comme celui d’une porte dérobée. Voici le bout du monde dans l'obscure clarté où soudain quelque chose a glissé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Fritz Busch Une vie de Musicien

Fritz Busch, « Une vie de Musicien », Notes de Nuit, Paris, 2017, 224 p., 20 E., Fabian Gastellier, « Fritz Busch, L’exil : 1933-1951 », Idem, 300 p., 20 E.

L’honneur perdu de Wagner

Fritz Busch, « Une vie de Musicien », Notes de Nuit, Paris, 2017, 224 p., 20 E., Fabian Gastellier, « Fritz Busch, L’exil : 1933-1951 », Idem, 300 p., 20 E.

Mélomane plus que pointue, éditrice engagée et écrivain trop discrète Fabian Gastellier « double » le livre de Fritz Busch d’une biographie aussi précise qu’incisive.

Elle suit les années d’exil d’un des plus grands chefs d’orchestre allemand  (et diariste non négligeable) de la première moitié du XXème siècle.

Pour écrire la vie de l’exilé Fabian Gastellier fait siens les mots de Celan : «un œil siffla comme une comète vers/ de l’étroit/ il trouva à dire l’arrachement de l’aveugle». Les mots de la biographe font plonger dans ceux  de Busch dont l’œuvre reste inachevée et la vie tronquée.

Elle donne voix à  travers les mots du Wagnérien à ce  que Celan nomme « die Unfergesenen : à savoir « les inoubliés » qui sont autant le musicien lui-même que les compositeurs qu’il a servi mais tout ceux aussi qui furent les victimes de la barbarie nazie.

Dans ces deux ouvrages, l’histoire personnelle de l’être, celle de la musique comme celle des juifs allemands  entrent en nous et nous projettent dans un vertige. La musique devient parfois écluse des deuils, destructions des idoles de la peste brune, la recherche d’un mot clé que l’auteur cherche et qui le cherchait.

Sauvé du massacre Fritz Busch n’en sort pas pour autant pas indemne. Et se retrouve dans son travail d’artiste comme dans sa vie au cœur de la pensée juive du passage, du Schibboleth que Fabian Gastellier remet à jour.

Elle sait que la musique enregistrée et jouée par le chef n’était que l’autre face du silence assourdissant qui le suivait. Sans le dire si ce n’est en filigrane Fritz Busch a rattaché son travail musical à la mort des juifs de la Shoah. Il a su aussi -  ce qui apparemment pouvait tenir à une gageure voire un scandale - sauver l’idéal Wagnérien au nez et à la barbe de ceux qui s’en servirent comme pare-fumée dans leurs jeux de massacre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe Juive : Michael Koren Baratz femmes oubliées de la bible

femmes oubliées de la bible

Michael Koren Baratz : femmes oubliées de la bible

L’œuvre est visible en permance à la galerie Zemach Contemporary Art, Tel-Aviv.

Michael Koren Baratz est une jeune artiste israélienne. Après avoir été tenté par la photo de reportage, elle a oublié (du moins en apparence) la capture du réel pour un autre objectif. Captivée par l’imagerie religieuse catholique, elle a découvert le moyen de lier sa quête artistique et sa rechercher existentielle : d’où sa série sur les femmes inconnues de la bible et à leur histoire.

Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

C’est en faisant le ménage chez sa grand-mère et en découvrant un livre d’images sur les femmes dans la Bible que l’idée lui est venue d’approfondir sa rencontre avec Delilah, Bethsabée, Deborah ou encore les filles de Lot séquestrées dans une grotte avec leur père et dont chacune enfantera un fils.

La créatrice a donc reconstitué des scènes méconnues en tableaux photographiques où les femmes sont belles mais le plus souvent tristes. Elle recrée une sorte de révision de la Renaissance Italienne (Le Caravage) ou de Rembrandt. Toutefois ce choix artistique est très éloigné des habituels reproductions ou détournements d’oeuvres anciennes. La photographe ne cherche pas à copier un « à la manière de » mais à faire toucher par un cérémonial classique vire maniériste des scènes bibliques oubliées pour leur redonner un sens premier.

Aaabaratz- Koren Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

les filles de Loth enfermées dans une grotte avec leur père 

Michal Koren aime les angles et les poses qui saisissent le regardeur. Elle lui permet de s’interroger sur la puissance des images et ne cesse d’appuyer sur les contrastes. L’artiste y capte une incroyable intimité. Elle prend valeur universelle car chacun peut - inconsciemment -s’y reconnaître. L’imagerie reste donc bien pour l’Israélienne un mode de connaissance. Les femmes de la Bible sortent de leur silence et constituent l’acte de naissance d’une œuvre par la résurrection d’une autre. Les spéculations métaphysiques font le jeu d’une création où amoncellement de pensées ou d’émotions défilent et permettent un univers visionnaire (par recours au passé) rare dans l’art contemporain.

Photographe juif : Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons, "Women", Abram Book, 2016

A 18 ans Slim Aarons s’engage dans l’US Army om il devient photographe de guerre. Mais très vite il quitte l’uniforme, va en Californie pour photographier les célébrités que l’on nommait pas encore « peoples ». Il devient photographe des stars (Clark Gable, Van Heflin, Gary Cooper, James Stewart). Il les capte sans recours a une préparation pas un styliste ou un maquilleur. Puis il poursuivit sa carrière par ce qui devient son succès : à savoir en photographiant les femmes les plus « attractives » dans des lieux et postures idoines.

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Chaque prise est le fruit d’une longue patience afin qu’une immanence en jaillisse. L’épreuve est un bloc d'espace-temps, une coupe instantanée qu’Aarons diffuse en tous sens et en toute direction. L’univers du photographe ondule entre le rêve et la réalité, l’ombre et la lumière dans une narration où le corps reste la référence. Le photographe donne l’impression que ses images attendent le voyeur. Qu’elles n’attendent que lui.

Ce dernier sait qu’il se trompe mais s’en moque et n’en demande pas plus. Il en retient leur plan d'immanence et leur coupe mobile.

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Photographe juif : Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, Café Albi ,

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv

Nino Herman, « Café Albi », http://www.ninoherman.com/
Nino Herman saisit la vie de Tel Aviv selon une perspective surprenante paradoxalement parce qu’elle ne l’est pas. La vie de tous les jours est là hors contexte politique même si dans ce café beaucoup d’activistes sociaux viennent de rencontrer.

L’artiste pendant plusieurs années a photographié les consommateurs du lieu. Il existe là toute une étude de l’humain et une réflexion sur les fondements de la vie en Israël.

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv
Nino Herman, « Café Albi »,

Loin de tout moralisme, Nino Herman fait de son esthétique quelque chose d'éminemment existentiel. Les jours passent intégralement de la réalité à l'art, des « modèles » à la photographie en un transfert accompli. Chez le photographe l'œuvre ne barre pas la route à l'autre : elle l'ouvre au contraire en évacuant ou en soulignant bien des équivoques.

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv
Nino Herman, « Café Albi »,

Jean-Paul Gavard-Perret