Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

De l'artiste, rappel : "Viva Europa!", Koresh 14 Gallery, Jérusalem

Les oeuvres d'Inbal Mebdes-Flohr sont des grandes peintures colorées et chatoyantes.
Y sont scénarisées des amazones guerrières et rebelles d'un nouveau genre.
Jaillissent des Femen tirées de l'histoire du temps comme des figurations de la culture populaire.
Elles brûlent des drapeaux, luttent contre les abus domestiques ou politiques telles de nouvelles Wonder Women voire bien plus (ou pire pour certains machistes...).

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

Et il n'est pas jusqu'à la mythique déesse Europa de s'en prendre à Zeus lui-même.
Le tout dans un falbala de formes vives.
Europa et ses soeurs viennent à bout de leurs kidnappers. Mais elles ne s'arrêtent pas en si bon chemin. Existe une suite de rituels de purfication festive contre la mort donnée aux femmes.

D'Israël l'artiste crée un processus du changement de la condition de celles qui luttent pour leurs droits dans un monde nourrit de violence, segrégation sexiste, hypocrisies dont Zeus fut le premier démiurge.

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

Artiste israélienne : Inbal Mendes-Flohr les rebelles aux causes justes

Dans son aspect psychédélique l'oeuvre dépote. L'artiste utilise aussi bien des "markers", des spray que l'encre ou la peinture pour ses délires lucides. Si bien que l'oeuvre prend une figure de transe et de rébellion constantes.  Demeure un anarchisme concerté, ludique et nécessaire chez ces Sabine qui ne se laissent plus faire et luttent contre le chaos.

Artiste juif : La surface obstruée - Moshe Kupferman

Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

La surface obstruée - Moshe Kupferman Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

Moshe Kupferman revendique une poésie visuelle contre le consumérisme et la douceur. Mais face à la peur et la haine il crée des métaphores dans un dispositif de communication à la fois directe mais apparemment abstraite.

Maître d'un minimalisme particulier, ses grilles et entraves cultivent une forme non seulement de poésie manifeste mais d’humour pour jouer avec le voyeur selon un retour à des visions primitive par le tissage de lignes grises sans imprécations, dégoûts ou vertiges frelatés mais pour souligner certains risques. Mais sans en faire une "politique".

Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

Nul élan n’est noyé. Les œuvres émettent leur magnétisme, les masques disparaissent là où la biffure semble régner dans à la fois une remontée et une protection des abîmes : ils courent dans l’œuvre de l’enfin vers un infini que l'auteur tente de colmater ou d'espérer.

Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

Moshe Kupferman, sommer contemporay, Tel Aviv.

 

Artiste juif : L'art textile abstrait de Samuel Levi Jones

L'art textile abstrait de Samuel Levi Jones

L'art textile abstrait de Samuel Levi Jones

Samuel Levi Jones, "Let Us Grow", Lelmong & Co, du 18 mai au 13 juillet 2019

Natif de l'Indiana, Samuel Levi Jones vit et travaille à Indianapolis et représente un des artistes les plus reconnus dans son pays. Ses oeuvres prolongent la tradition de la peinture abstraite. Leurs surfaces rectangulaires s’imbriquent les unes dans les autres en des assemblages dynamiques de collages de tissus.

Tout provient d'éléments détritiques issus du dépeçage de reliures d’ouvrages savants périmés qui sont supposés avoir fait autorité dans leur domaine : médecine, histoire, droit ou comme dans cette exposition de livres d'art français.

Le disparate signifie à la fois une sorte de dissémination ou de pertes culturelles fruits d’influences issues de diverses traditions. Néanmoins de l’ensemble surgit un point commun : la force de l'image face aux mots et leur logos.

Au classicisme des centaures livresques répond le minimalisme de telles dissonances plastiques post modernistes et expressionnistes là où la "représentation" déconstruite fait le jeu de l’impressionnisme le plus décapant.

Artiste juif : l'imaginaire corrosif de Jack Jano

L'imaginaire corrosif de Jack Jano

L'imaginaire corrosif de Jack Jano

Jack Jano, Engel Gallery, Tel Aviv.

Jack Jano est un artiste israélien (né à Fez) maître de l'humour provocateur. A n’en pas douter souvent il se réveille la nuit : une idée jaillit. Il faut dès le lendemain l’«instruire» en transformant les formes les plus basses comme les plus élevées selon divers «montrage» qui mêlent reprises de la tradition aux visées contemporaines.

Charrettes, revolvers ou stèles anciennes tout y passe et se trouvent convoquées pour diverses réutilisations intempestives. Et si tous les goûts ne sont pas dans la nature l’artiste propose une métamorphose du «méta-morose».

L'imaginaire corrosif de Jack Jano

L'imaginaire corrosif de Jack Jano

La volonté plastique des sculptures et des peintures deviennent des représentations hors de leurs gonds. Jack Jano ravit par la qualité mystérieuse et drôles de ses imageries. Le créateur reste à ce titre tout sauf un cuistre.

Il démontre un «ergo sum» dont le «cogito» fort peu cartésien devient une réflexion aussi farouche qu'intempestive. Il suffit donc d’entrer à pas feutrés dans ses poulaillers visuels pour que le monde sorte de la tristesse. Ce qui débouchait sur la douleur glisse sur la pente de plaisir ou de la farce.

Helena Rubinstein : la beauté dans tous ses états

Helena Rubinstein : la beauté dans tous ses états exposition au musée d'art et histoire du judaisme

Helena Rubinstein : la beauté dans tous ses états

"Helena Rubinstein. L’aventure de la beauté", Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris, du 20 mars 2019 au 25 août 2019

Helena Rubinstein : la beauté dans tous ses états exposition au musée d'art et histoire du judaisme

Helena Rubinstein : la beauté dans tous ses états exposition au musée d'art et histoire du judaisme

 

Helena Rubinstein a toujours été une femme d’avant-garde. Jeune, elle collectionne déjà les arts premiers et la peinture au moment où elle pose pour Raoul Dufy, Salvador Dalí ou Marie Laurencin.

Née à Cracovie dans une famille juive modeste elle fonda, dès 1902 à Melbourne, un empire de la cosmétique auquel elle donne son nom.

Elle "place" son empire en montrant comment la femme du XXème siècle doit entretenir sa beauté en tant qu'arme d'émancipation et de puissance. Elle met la publicité naissante au service de ce message qui va imposer sa "marque" pour faire parfois de la femme une créature ineffable.

Toujours à la pointe de la mode elle s’habille chez les grands coutiers de son époque Poiret, Balenciaga, Chanel, Dior.
Elle partage son temps entre les trois grandes villes de la modernité de l'époque : New York, Londres et Paris.

C'est dans la capitale française qu'elle entreprend sa grande collection d'art qui réinit autant des peintres de l’École de Paris que Picasso, Léger ou Braque et qu'elle devient la mécène de beaucoup d'artistes.

L'exposition retrace cette aventure d'exception présentée d'abord au Jüdisches Museum de Vienne. S'y retrouvent de nombreux documents, objets, photos, livres et bien sûr des oeuvres d'art de Chagall, Michel Kikoïne, Sarah Lipska, Marcoussis, Elie Nadelman, Utrillo.

Jean-Paul Gavard-Perret

Film juif : la double éducation identitaire d'un Israélien, Synonymes de Nadav Lapid,

la double éducation identitaire d'un Israélien, Synonymes  de Nadav Lapid,

La double éducation identitaire d'un Israélien Nadav Lapid, « Synonymes"

Nadav Lapid dans son film le plus auiobiographique - quoique fictionné - retrace son départ ou sa fuite d'Israël pour la France. Tout commence par une crise identitaire paroxysmique au nom d'une orientation programmé. Tout jeune Israélien rêve d'un jour de noce particulier : celui où il devient soldat de Tsahal.

la double éducation identitaire d'un Israélien, Synonymes  de Nadav Lapid,

la double éducation identitaire d'un Israélien, Synonymes de Nadav Lapid,

Le héros du film ne déroge pas à la règle jusqu'à ce que cette programmation devienne insupportable. Il n'a alors pas assez de mots pour dire sa haine : d'où le tittre "synonymes". De tels mots vont devenir une manière d'épancher son "mal" jusque à l'exaspération.

Errant à Paris à la conquête d'un pays rêvé il va être soumis à la grandeur et la décadence à la fois de ce qui le hantait et de ses illusions. Sauvé une nuit par un couple libre, il va en devenir le troisième pilier. Au fil de cette traingulation une révision va progressivement se mettre en place.

L'herbe n'est pas plus verte ailleurs : c'est ce qu'apprend le héros dans la transfusion inversé qui se passe en quittant Israël pour la France. Ce qui était pris à l'origine pour un aller simple va offrir un retour bientot possible.

Ce film intense et fort va produire peu à peu un apaisement et une réconcilitation. Le réalisateur met ainsi à nu à travers ce road-movie d'un genre très particulier un travail sur la langue et l'identité .

Rien n'est téléphoné ou schématique. Tout s'insinue subtilement dans une révision des principes acquis vers une redécouverte de racines plus profondes que celles formatées par l'éducation. Le film a reçu le Lion d'Ours d'or de Berlin : il le mérite largement. Rarement une "fiction" évite tous les poncifs et les simplifications.

Livre juif : L'étrange demoiselle de Joyce Mansour

Joyce Mansour "l'étrange demoiselle"

Joyce Mansour "l'étrange demoiselle"

Joyce Mansour, Spirales vagabondes et autres parallèles inédites en labyrinthe. Textes réunis et présentés par Laure Missir. Nouvelles Éditions Place, 2019, 339 p., 27 E.

Spirales vagabondes

Spirales vagabondes

 

Joyce Mansour demeure la poète de débordement, de la fragmentation pour éprouver ce qui passe et se passe dans le corps et dans le souffle. De la tradition juive d'où elle vient ne reste sans doute que le corps de la lettre, son ossature de l'alphabet consonnantique afin que le verbe accouche du corps.

Pour Mansour il s'agit de tout casser sous "un talon d'acier", "éventrer les acteurs, déraciner les morts, avaler, cracher, mastiquer, éjaculer". Chez eelle la mort tambourine mais dans un désert chauffé à blanc le martèlement des verbes ponctue hors conjugaison.

La poétesse renverse son angoisse de la mort par la force de l'éros, de l'ironie et de l'autodérision. L'érotisme est chez elle retour à la violence, la transgression et un processus lié à l'action.

Il est donc déroutant d'autant que la langue pour le dire décloisonne les repères : "même morte je reviendrai forniquer dans le monde" dit avec humour celle qui crée une autobiographie "entre lit et rêve" mais loin de "l'enlisement du sommeil", et ce d'un mot à l'autre, dans "une route parallèle à celle qui n'existe pasJean-Paul Gavard-Perret

Joyce Mansour, Spirales vagabondes et autres parallèles inédites en labyrinthe. Textes réunis et présentés par Laure Missir. Nouvelles Éditions Place, 2019, 339 p., 27 €

Artiste juif : Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

Andy Sweet, "Shtetl au soleil", Musée Juif de Floride, 16 mars - 30 juin 2019.

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

 

L’exposition présente le le travail du photographe Andy Sweet (1953 - 1982) à la fin des années 1970,. Il y dresse le portrait de la communauté juive âgée de South Beach (Miamli Beach).

Le musée est d'ailleurs situé au cœur du quartier Art Déco historique de ce quartier où il habitait. Son oeuvre a failli sombrer dans l'oubli mais elle fut partiellement sauvée par sa sœur Ellen Sweet Moss et son mari.

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

Andy Sweet photographe de la communauté juive de Miami

L'exposition présente des photographies dont certaines n'avaient jamais été montrées ainsi que divers documents d’archives, des appareils photo Hasselblad de Sweet, des planches de contacts.

Elle permet surtout ce constater combien l'artiste fit preuve d'originalité pour faire vivre un quartier qui était à l'époque une enclave juive. Beaucoup de ses habitants étaient originaires de New York et des survivants de l’Holocauste.

Andy Sweet prouve qu'il faisait bien partie de ces jeunes artistes qui ouvrirent la photographies d'art - jusque là monopolisé par le noir et blanc - à la couleur. Celle-ci permet au créateur de montrer une culture vivante par delà toute banalité.

Les photos spontanées, pour être de concert avec leurs personnages, rejettent la notion de fabrication artistique consciente. Elles sont toujours vivifiantes, intuitives et exceptionnelles. Et ce d'autant qu'elles furent le fruit d'un créateur décédé à l'âge de 28 ans et qui laisse une œuvre dont le caractère n'est pas seulement documentaire. Tant s'en faut.

Sept visions d'Israël au musée juif de Suisse

Sept vision d'Israël au musée juif de Suisse

Sept visions d'Israël au musée juif de Suisse

Fonder un pays génère un idéal. laisse des traces. Le risque de le perdre laisse des traces de violence, les blessures mais l'espoir habite les pionniers et les nouveaux venus. Anne-Patricia Kahn commissaire de l'exposition "Isrealities" a choisi afin d’explorer les nuances et les subtilités de l’expérience israélienne les visions très personnelles de sept photographes. Et ce dans la ville même où en 1897, le journaliste et activiste Theodor Herzl déclara: «À Bâle, j’ai fondé l’État juif».

Sept vision d'Israël au musée juif de Suisse

Sept vision d'Israël au musée juif de Suisse

L’exposition présente les œuvres de sept photographes de renom: six de l'agence Magnum (Philippe Halsman, Erich Hartmann, David ‘CHIM’ Seymour , Micha Bar-Am, Patrick Zachmann et Thomas Dworzak) et Oded Balilty. Chacun a trouvé son prpre langage et son angle de vue pour des narrations originales où l'aspect documentaire propre à une agence de photos axée sur le reportage est sublimé.

Pour la commissaire de l'expo «L’idée est de présenter sept visions subjectives et totalement uniques d’un lieu presque banalisé par le déluge médiatique». Elle a donc choisi des portraits classieux parfois mélancoliques et parfois drôles deviennent des déclarations affectives des plus touchantes.

Ses choix restent aussi réalistes que symboliques et poétiques. Tout est montré plus sous forme d'interrogations que de certitudes. Il s'agit de comprendre plus par la bande que la démonstration le passé et espérer un avenir apaisé. Les visions réunies ici le plus souvent l'espèrent.

"Isrealities, sept voyages photographiques", Musée juif de Suisse, Bâle du 29 mars au 14 juillet 2019

Sept vision d'Israël au musée juif de Suisse Oded-Balilty

Sept vision d'Israël au musée juif de Suisse Oded-Balilty

 

Artiste juif : Les bergeries de Ygal Ozeri

Artist Yigal Ozeri is photographed in his studio.
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Wed Dec 14, 2011:  Mana Center for Contemporary Art,  at 888 Newark Avenue in Jersey City, NJ consists of gallery spaces, art storage facilities, framing and restoration facilities and is run by Eugene Lemay, President of Moishe's Moving and Storage. "Moishe's Moving and Storage is moving into the art world. Moishe's has purchased 1.5 million square feet of storage space in Jersey City, and has turned it into a contemporary art center, complete with galleries, performance space and beer garden. It's the biggest art center in Jersey City, and a completely for-profit venture. The business plan: provide art storage for major collectors and transform the interior of the warehouse into column-less, white-walled galleries to display those collections to the public. On display now: a half a dozen paintings by Chuck Close, and a major collection of works of photo realism. The Center also provides framing and art restoration services, and rents studios to established visual artists. The person behind all this is the President of Moishe's, Eugene Lemay. Lemay, born a Lebanese-Christian, moved from Detroit to Israel as a boy in the 60s, converted to Judaism, served during the 1982 war in Lebanon, and then returned to the U.S. and started working as a mover for Moishe's. He's driven to use art as a way to "build bridges" across cultures, but he's too much of a businessman to do it without also making a profit. Hence, the Mana Center for Contemporary Art. The Center officially opens to the public in February, and can be toured by appointment only anytime.
Credit: Rob Bennett for The Wall Street Journal
Slug: NYMOISHESART

Les bergeries de Yigal Ozeri

Une femme en robe blanche est assise sur le sol, deux autres se rapprochent dans une attitude plus amoureuse qu'amicale. Tout s'érige loin de la civilsation urbaine pour une communion avec et dans la nature. Dès lors les narrations de Yigal Ozeri (né en Israël et New-Yorkais d'adoption) deviennent des rêveries par une technique paradoxale : l'hyperréalisme.

Les bergeries de Yigal Ozeri

Les bergeries de Yigal Ozeri

Si bien que, de loin, chaque tableau pourrait être prise pour une photographie tant la peinture est précise. Certes l'arftiste s'inspire de photos et e vidéos (entre autres de la fille de Mike Jagger - Lizzie) mais tout est repris dans un érotisme discret et champêtre.

Yigal Ozeri suggère l’envie de caresses orphelines et souvent saphiques au nom des tumultes que chaque toile insuffle en proposant de gourmandes promesses avec le même appétit qu’une oiselle digne de rosée devant de charmants vermisseaux.

Les bergeries de Yigal Ozeri

Les bergeries de Yigal Ozeri

Preuve que la peinture érotique permet d'attaquer les normes et les contraintes sociales pour renouveller la réflexion d'un feminisme paradoxalement proposé par un homme. La peinture reste néanmoins placide : trop peut-être eu égard à ce qu’elle rameute. Et c’est là la limite de l’œuvre.

Galerie Duncan, New-York.