Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste peintre juif : Pierre Alechinsky imperturbable

Artiste peintre juif

Pierre Alechinsky imperturbable

Une nouvelle fois Pierre Alechinsky se retrouve sur les rives de la peinture.
Plutôt que d'y plonger corps et âmes, il la longe tout en s'y enroulant.
Mais dans un travail toujours inventif et incessant il invente un monde rebelle aux figurations du temps.
L'artiste ne pense pas allongements, étendues mais réceptacles et coquillages ouverts qui semblent étrangers au monde.

Les formes ne cessent de roue-couler sans nostalgie des ailleurs puisque l'artiste les invente en évitant des explications : «À la question : "Expliquez-moi votre peinture!", il lance : "Si je pouvais le dire, je ne le peindrais pas."

En attendant il fait de ses tableaux des poupées du ventriloque là où leurs robes matières ne couvrent pas tout sans pour autant glisser vers l'obscène.

Pour Alechinsky la matière ne couvre pas tout. Et son œuvre reste une frontière en peinture et écriture. Les formes étranges et sauvages sont désormais domestiquées par le public : elles ont même fait leur entrée au Palais de l'Elysée. Ce qui ne les empêche pas de vagabonder sur de tels murs.

L'artiste est alimentée par sa liberté même si peu à peu son langage s'est imposé. Se reconnaissent de loin les murailles en fragments, en jeu de l'oie de l'artiste.

Ces périples peuvent sembler inchangés mais de fait le peintre inverses ses données initiales ou les creuse entre encombrements graphiques et désencombrements plastique la lumière passe par ce que son œil toujours neuf entreprend de défoncer.

 

Pierre Alechinsky, "Toujours là !", Galerie Chantal Bamberger, Strasbourg, 2019.

Artiste juive : Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot : poétique du réel

Melanie Manchot, Chelouche Galerie, Tel-Aviv, 2019.

Tout l’œuvre de Melanie Manchot est traversé par la relation qu’entretient le corps à la fois intime ou social à l’espace privé ou publique. Mais l’artiste s’intéresse à la fabrique de l’image en même temps qu’elle pointe par exemple les limites du tourisme de masse (en Suisse) ou des relations des êtres à travers les stéréotypes d'actes que l'artiste déplace. Et ce depuis 1993 et dans une reconnaissance internationale de New-York à Berlin, de Londres à Moscou, de Tel-Aviv à Istanbul.

 

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

Pour une telle plasticienne allemande qui vit et travaille à Londres, vidéos et images servent à penser les étrange clôtures qui nous cernent. Surgissent de longues allées d’êtres humains en portraits ou situations.

L’œuvre exprime autant la séparation clanique des êtres mais aussi ce qui peut les unire et les transformer.

Le soyeux et l'ardent sont parfois étouffés. Mais qu’importe : le trouble demeure dans des présences qui froncent la nappe cendrée des choses. Quelques éléments concrets d'une narration ou leurs visions en plan plus large créent une hantise entre couleurs et diaphaneïté. La où la mémoire et l'oubli forme une étrange valse dont l'énigme demeure.

Il s'agit toujours à travers les situations de revenir à l’humain revenir comme seul témoin des seuils du réel. Les êtres semblent en attente. Elle est parfois longue comme le suggère certaines vidéos. L'être marche, s’agite ou reste passif. C'est comme si des cauchemars lui lançait leur boule de neige en plaine figure. Typhon d’images, oscillations, sauts grenus. Ce sont moins des drôleries que des énigmes. L’inverse est parfois vrai aussi. Mais au regardeur de se faire son avis.

Melanie Manchot poétique du réel

Melanie Manchot poétique du réel

 

Artiste juive israélienne : Dikla Laor et les femmes de la Bible

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan". Voir le site de l'artiste.

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan". Voir le site de l'artiste.

A partir des commentaires rabbiniques qu’elle utilise pour s’informer et s’inspirer la photographe israélienne Dikla Laor redonne vie aux femmes bibliques.

Souvent elle se concentre sur les moins connues et sur lesquelles les informations disponibles même dans le texte biblique sont rares. Parfois elles ne sont mentionnées que par leur seul nom. Comme la Fille du pharaon, ou Zipporah, la plus belle épouse de Moïse et fille de Jethro, les sage-femmes Shifra et Puah et bien d'autres.

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan".

Dikla Laor, "Les femmes dans la Bible sur le paysage du Golan".

Ces photographies ressemblent souvent à des peintures. Elles se rapprochent par leurs mises en scène et couleurs des peintures des maîtres de la Renaissance Baroque. Elles sont prises avec un appareil numérique sur le plateau du Golan dont la beauté permet des clichés saisissants au sein des oasis comme dans le désert.

Dikla Laor prépare minutieusement ses séances de shooting. Elle repère longtemps à l'avance lieux et saisons afin de créer l'effet qu'elle souhaite. Elle a demandé d'abord à des amies et à des proches de lui servir de modèles avant de passer à des professionnelles. Et ce afin de plus mettre en évidence la puissance des femmes de la Bible auxquelles la créatrice veut redonner toute l'importance.

C'est une manière par un retour au Livre de revenir au présent et ses préoccupations. Et ce de manière la plus poétique qui soit là même où les histoires bibliques n'ont pa forcément eu lieu. Mais le Golan devient le Golem visuelle d'une telle transaction. L'artiste y vit avec son mari et ses enfants et elle demeure là au plus près de ses défis artistiques

 

Dikla Laor artiste juive et israélienne 

Dikla Laor.

Artiste juif : Gabi Yair le mouvement qui déplace les lignes

Gabi Yair, Agrippas 12 Gallery, Jérusalem, septembre 2019.

Gabi Yair : le mouvement qui déplace les lignes

Gabi Yair, Agrippas 12 Gallery, Jérusalem, septembre 2019.

Gabi Yair présente à la gakerie Agripas 12 de Jérusalem des petits dessins sur papier et de grandes peintures sur toile ou pepier. Il crée un univers poétique qui n'est pas sans rappeler le travail d'un Michaux par les mouvements des gestes qui fomentent une telle approche picturale et graphique.

Les paysages ainsi créés échappent au réel. Rien n'a lieu que leur lieu dans ce qui devient une ouverture vers le silence et la méditation là où tout passe par une mentalisation. Elle ne renie pas pour autant l'émotion qui jaillit des formes et des couleurs.

Ravie d’inventer des histoires l'artiste reconstruit un renouveau du désir d'image. Nous sommes projeté dans un univers des limites sans que nous sachions si nous restons en dedans ou si nous sommes déjà au dehors. L’univers est donc perversement polymorphe à plus d'un titre.

Artiste juif : Stéphane Mandelbaum poète maudit.

Stéphane Mandelbaum poète maudit.

Musée Juif de Belgique, Belgique, au 14 juin au 22 septembre 2019.

Musée Juif de Belgique, Belgique, au 14 juin au 22 septembre 2019.

Né en 1961 à Bruxelles, Stéphane Mandelbaum produisit de façon compulsive dès l’enfance des séries de dessins, dont se retrouve l’essentiel dans cette exposition monographique montée en narration suggestive.

Assassiné dans de sombres circonstances par la milieu belge Maldelbaum s'est retrouvé à l'image des cadavres qu'il dessinait. Porté par son héritage juif il a multiplié par ses dessins la vision de destins entrelacés (Pasolini, Bacon, Rimbaud), des images projetées de l’écriture yiddish ,  mais aussi au réel (les braquages).

D’une grande technique graphique, l’oeuvre se compose de dessins grand format au crayon et d’autres, plus petits, réalisés au stylo bille. Existe dans cette exposition toute la conscience de celui qui reste un poète maudit. «Conscient de son gisement  et pressentant son agonie, Mandembaum fut son propre destructeur.

Mais il sut montrer ce qui souvent dérangeait. A ce titre son oeuvre reste aussi irrécupérable que les mondes qu'il exhume avec une puissance de vérité. Celui qu’on prit pour un ganster fut avant tout un homme qui ne trichait jamais et surtout pas dans son art et son origine.

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Artiste juif: Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy l'essentialisme

 Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy, "L’épreuve du miroir", Fondation Maeght, Saint Paul de Vence, du 7 décembre 2019 au 8 mars 2020.

Ra'anan Levy n'a de cesse de transformer le quotidien en étrangeté. Il crée à la fois des visions de l'espace, de la fuite du temps, du vide et de l'absence dans des jeux d'abîme de la perception.

Ra'anan Levy l'essentialisme

Ra'anan Levy l'essentialisme

A travers la matière du monde comme de la peinture il en produit l'essence dans un travail autant d'apparition que de disparition au sein d'intérieurs déserts qui ramènent au regard que l'artiste porte sur le monde.

La subjectivité de son interprétation reste d'une acuité extrême et obsessionnelle. Elle prouve un engagement totale dans la peinture comme dans la gravure. Pour cette exposition il en a réalisé un nombre important à tirage unique ou limité.

Tout joue dans l'oeuvre sur un exercice de l'ambiguité : d'un côté la boulimie et la plénitude. De l'autre le vide ou ce qu'un critique nomme "l'anorexie".

Le tout dans un capharnaum de formes, fragments et de choses comme celles que l'on retrouve dans son atelier. Elles reviennent dans ses toiles et sont des invitations de passer à travers pour decouvrir un autre monde de miroirs, de pièces vides où demeure toujours un passage.

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Artiste juive: Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Etti Abergel créé divers types de bifurcations et de tensions entre l'univers intime et publique. Face à l'hégémonie culturelle elle crée un monde nouveau en tant que peintre, sculptrice et performeuse. Dérangeant l'art purement conceptuel et abstractif elle s'impose comme une chamane attentive à la transformation de la mémoire à travers divers processus de visualisation.

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Etti Abergel : entre solitude de l'être et son appartenance

Elle montre entre autres les effets de l'immigration des juifs de la première et la seconde générations en Israël. Elle en souligne les traumatisme en un langage particulier où jaillissent les liens délicats qui s'opèrent entre la solitude et le groupe d'adoption là où des abîmes des mythes, de la mémoire s'ouvrent à ceux qui sont poussés à trouver en se déracinant de nouveaux espaces existentiels.

Une vision aussi concrète que conceptuelle du monde est en jeu. Tout reste en tension dans de oeuvres qui en cherchant un nouveau langage demeure influencé par ce qui se cache derrière ceux qui l'ont précédé. L'aspect autobiographique de l'oeuvre est constant mais sans que l'égo s'en empare.

Se mélangent le langage appris et inculqué et celui qui lui appartient en propre et qui est nourri par sa mémoire et celle de sa communauté. Le tout afin de créer un univers palpable. Il réactive une autre vision du monde et une manière de vivre une nouvelle existence. Chacun peut y retrouver des échos.

Jean-Paul Gavard-Perret

Auteure juive : itinéraire de vie de Carole Naggar

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Carole Naggar : itinéraire de vie

Carole Naggar est poète juive ("Voyage à Kyoto" (PixelPress),"Haiku de Nuit", "Cité du Sang / Le Bain", "Egypte", "En Blanc") , historienne de la photographie, conservatrice et peintre.

Elle contribue régulièrement à Aperture et à Time Lightbox. Depuis 2014, elle est rédactrice en chef de la série Magnum Photos Legacy Biography.

Elle a écrit de nombreuses biographies de photographes qu'elle aime et avec lesquels elle a parfois travaillé : "Saul Leiter: In My Room", "Eve Arnold, An Illustrated Biography", "Bruce Davidson, An Illustrated Biography", "David Seymour: Vies de Chim" (Contrejour), "David Seymour". Elle a publié aussi des livres de ses propres photos (dont "Maxico Through Foreign Eyes") et a cofondé Pixelpress où elle a travailé jusqu'en 2006. Née en Egypte elle vit entre New York et Paris.

Elle propose ici une forme particulière d'autobiographie par sauts et gambades où se retrouve sa poésie directe et émouvante (mais sans pathos). Jaillissent ses sentiments comme par exemple elle évoque le cimetière du Père Lachaise et autres "jardins de la mort" où "l'espace est empli de chants d'oiseaux et où l'artiste, fille du désert, médite "loin des bruits négatifs de la ville". Elle y reconnaît les siens comme David, exilé de désert comme elle et qui fut bercé "par une aya roucouleuse et grosse". Mais Carole Naggar s'appesantit jamais.

Et ce, comme si elle voulait donner toute la place autres autres créateurs : Boubat, Cartier Bresson, John Berger, Alain Tanner, Sabine Weiss et bien d'autres. Le tout dans une traversée du monde où ses rencontres eurent et ont lieu. Tout est à la fois léger et fort : le sentiment d'exister parcourt ce journal en miette, ces autobiographie où l'ego est remisé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Naggar, "Récits instanés", coll. "biophotos", Atelier de l'Agneau, 2019, 144 p., 20 E..

Livre juif : Le Sens d'une vie - Du cauchemar nazi au rêve américain de Ben Lesser

Le Sens d'une vie - Du cauchemar nazi au rêve américain de Ben Lesser

Ben Lesser : pour que les âmes vivent

Ben Lesser, "Le Sens d'une vie - Du cauchemar nazi au rêve américain", traduit de l'anglais (USA) par Blandine Longre, Editions Notes de Nuit, Paris, 230 p., 20 E., 2019.

Ben Lesser est né en Pologne en 1928. Ses parents, ses frères et deux de ses soeurs furent assassinés par les nazis. Lui même déporté à l'âge de 16 ans il survit au séjours dans plusieurs camps. Il est sauvé d'une marche à la mort à Dachau par l'arrivée des alliés.

Il en sort tel comme il l'écrit "un squelette ambulant" mais se retrouve aux Etats-Unis où grâce à un tempérament d'exception il se prend en main, fonde une famille et devient un des grands agents immobiliers de Californie

Celui qui arrive aux USA tel "un réfugié, un blanc-bec" sans diplome, ni métier et ignorant tout de l'anglais a donc poursuivi et réussi son propre rêve américain.

Au crépuscule de sa vie il n'oublie pas d'où il vient. Il créé la Fondation Zachor en 2009 , écrit ses mémoire et ne cesse de témoigner de l'horreur des camps afin de préserver la mémoire des disparus et espérer que l'innommable ne se reproduise pas.

La tâche est urgente car Ben Lesser et celles et ceux qui ont connu la Shoah sont de moins en moins nombreux. Par ailleurs, les résurgences nazies font florès des deux côtés de l'Atlantique.

Ce livre est donc essentiel car il témoigne d'une force incroyable. Le récit behaviouriste et sans pathos met lectrices et lecteurs face à ce qui s'est passé. Ce fut un défi pour l'auteur mais son témoignage est majeur. Il est à mettre au premier rang des livres sur la monstruosité sans nom de l'histoire du XXème siècle.

Photograhe juif américain : le melting-pot maritime de Marcia Grostein

le melting-pot maritime de Marcia Grostein

Photograhe juif américain : le melting-pot maritime de Marcia Grostein

Marcia Grostein, "Brighton Beach Bliss", National Arts Club de New York; mai-juin 2019.

Brighton Beach est ouvert et depuis les années 70 à l’éclectisme : les immigrants soviétiques (juifs russes et ukrainiens) s’y installèrent puis la démographie ethnique a changé rapidement. Le lieu abrite encore de nombreux résidents juifs mais aussi des communautés hispaniques et des immigrants musulmans d’Asie centrale.

le melting-pot maritime de Marcia Grostein

le melting-pot maritime de Marcia Grostein

Les images de Grostein furent prises sur sept ans. Elles offrent un aperçu de ces migrations qui ont fusionné en une seule. Existe dans ce lieu une localisation globale par la construction de la communauté par le biais de leur proximité.

Dans de telles prises le respect du photographe envers ses « modèles » est évident. Tout y est chaleureux, attentif. Chacun vient chercher sur la plage une forme de rajeunissement dans un présent apaisé. Un présent qui peu à peu à tendance de se conjuguer à l'imparfait.

jpgp

artiste juif : le melting-pot maritime de Marcia Grostein

artiste juif : le melting-pot maritime de Marcia Grostein