Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Auteur juif : L'exil et le rebond de G-A Goldsshmidt

Georges-Arthur Goldschmidt, "L’exil et le rebond", éditions de l’Eclat, 2018

L'"INTIM" DES LANGUE : DANS LE JARDIN SECRET DE G-A GOLDSCHMIDT

Georges-Arthur Goldschmidt, "L’exil et le rebond", éditions de l’Eclat, 2018

Georges-Arthur Goldschmidt né en Allemagne vit à Belleville. Sa fuite en France et son installation en France le fit hériter non seulement d'une prise de conscience de ses origines mais aussi d'un profond déséquilibre mental, sexuel. Perdu et isolé en Savoie, c'est bien plus tard que sa famille reprit contact avec lui grâce à une de ses soeurs (de 21 ans son aînée) et dont le mari philosophe fut le dernier assistant de Husserl.

Ce n'est qu'en 1949 que Goldschmidt retrouve l'Allemagne et découvre soudain quelque chose d'effroyable : " J'ai compris et surtout ma famille a compris qu'il valait mieux que je ne revienne pas, que je n'avais plus rien à voir là-bas. Je me suis aperçu que j'étais vraiment parti. Je reviens volontiers en Allemagne mais je me suis juré de ne pas y mourir comme Thomas Mann ".

Goldschmidt éprouva en effet une réserve (euphémisme) pour  ces ex chemises brunes qui osaient lui affirmer : qu'ils étaient tous contre Hitler.

Et l'auteur de préciser : " ça m'a été raconté par les nazis les plus convaincus dont je ne veux pas donner de noms ". Certes l'auteur reconnaît les efforts accomplis par les allemands pour se reconstruire : " Aucun peuple n'a autant travaillé sur sa propre mémoire que les Allemands. J'ai vu au cours de mes séjours en Allemagne, à quel point les Allemands avaient pris conscience de l'horreur nazie "écrit-il.

Avec son dernier livre Georges-Arthur Goldschmidt revient une nouvelle fois sur cette Allemagne Il tente de remonter l’histoire de son pays d’origine qui a échoué à dominer l’Europe par la force militaire en dépit d’un de deux plus  criminels et indélébiles des totalitarismes. Dès lors l’exil « contraint et à jamais » devient libération créatrice, ouverture à l’autre, à sa langue, à la générosité de son accueil.

L’auteur a traduit un grand nombre d’auteurs dont Peter Handke ou Franz Kafka et est l’auteur de récits et essais, centrée sur les questions du langage prise entre le français et l’allemand entre deux problématique qu’il définit lui même. D’un côté . “ Le fond de la parole est muette  ”. De l’autre  “ Celui qui écrit est objet de ce qu’il écrit  . Dès lors l’auteur pose trois questions sur la langue que la traversée des frontières a précisé : Parvient-elle à devenir un symptôme d'identification ? Dans quelle langue parler ? Qui parle dans la langue ?

Celui qui comme ses frères se sentit interdits de séjour, révocables par la mort qu'on leur avait promis et qui ne s’en sont tirés qu’en devenant comme le dit l’auteur un des “ resquilleurs de l’Holocauste ”, cherche à trouver à travers elle un liant et un lien. L’auteur y répond rappelant que  langue allemande est  pour lui pervertie et ce " grâce " à  Fichte lorsqu'il affirma au début du XIXème siècle que l'allemand était la langue de la pensée.

Et Goldschmidt de préciser " C'est une illusion. Et on va jusqu'à prétendre - tel Heidegger  - que l'on ne peut penser qu'en allemand. Ce qui est une idiotie tellement vertigineuse qu'on se demande comment des Français ont pu prendre cette ânerie au sérieux ". Heureusement face à l'allemand standard et grâce à la fuite une autre langue s'imposa en particulier à travers les " Caractères " de La Bruyère  et à travers  la phrase de Descartes qui bouleversa le jeune homme et qui finalisa son cogito : " je suis, j'existe.

Voilà ce qu'en fit Goldschmidt : " Je suis littéralement tombé en moi-même. Je me suis aperçu que j'existais. C'est un phénomène biologique, presque physiologique. Avant, on se confond avec les choses. C'est pour moi un phénomène si important que j'ai " commis " un petit bouquin « Le poing dans la bouche ». Je me sens exister comme Joseph K. Je me suis toujours reconnu en Joseph K ".

Lisant son dernier livre nul ne peut s'empêcher d'opérer une liaison avec son premier livre paru en 1972, année où il devint l'un des traducteurs de Peter Handke : " Un corps dérisoire ". Entre ces deux textes, il y a une césure de près de 50 ans . L'écrivain ne cesse de fouiller le terreau linguistique et culturel sur lequel il s'est constitué passant d’un pays à l’autre avec une attirance vers son lieu premier..

Goldschmidt pose à nouveau la question centrale du corps, lieu de sensations et de pulsions contraires donc de l'identité. Et les deux langues qui depuis son départ d'Allemagne l'occupent, cohabitent, convergent et divergent tout autant.

Photographe juive : Arlene Gottfried et son New-York délires

Arlene Gottfried : New-York délires

Arlene Gottfried : New-York délires

Arlene Gottfried d’abord en photographe amateur puis en reporter professionnelle multiplie  des prises sur les plages et dans les clubs de New York mis aussi explore ses quartiers en des images réunies dans plusieurs albums dont cet « Sometimes Overwhelming »  devenu un classique de la vie de la cité.

Elle saisit l’extravagance de ses quartiers et de ses habitants.  Peu à peu la créatrice allait sophistiquer (à tort ) ses prises de divers types de marginalité.
Mais ici tout garde une fraîcheur surprenante à une époque où la ville n’était pas « débarrassée »  de ceux et celles qui furent bientôt chassés par le maire Giuliani pour l’« épurer » .

Arlene Gottfried : New-York délires

Arlene Gottfried : New-York délires

La photographe aime montrer les contrastes et oppositions (homme nu et rabbin, femme vieille et éphèbe, blanc et noir, etc.).

La diversité joue dans des œuvres dénuées de tout jugement de valeurs. L’ensemble est  excentrique et ludique, insouciant et sérieux. Les portraits d’êtres humains fragiles ou sûrs d’eux trouvent une réalité qu’elle ne  l’était dans ce témoignage brut et composé mais toujours de première main.

 

Arlene Gottfried, « Sometimes Overwhelming », PowerHouse Books, New York, 2018

 

Photographe juif : Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

 TOM JACOBI : LE BLANC EST PLUS QU’UNE COULEUR

 Selon Tom Jacobi l’être humain  a besoin de blanc. C’est pour lui –même si selon la théorie des longueurs d’ondes cela est faux – «  la plus brillante de toutes les couleurs ». Mais il avance une raison majeure au pouvoir de la couleur blanche : « , pour survivre le blanc  fournit un soutien dans un monde sans stabilité. »

Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

Le photographe a arpenté le monde Jacobi et  a voyagé tous les continents pendant deux ans, pour saisir paysages désertiques et blancs qui recèlent une force intemporelle. A force de contempler de tels lieux  le regard d’une part  s’immisce à l’intérieur mais d’autre  et selon l’artiste  la luminosité  encourage à viser l’avenir.

Il est vrai que selon la Bible, comme en Egypte ancienne et chez les Romains le blanc est toujours positif. Et dans le bouddhisme, la fleur de lotus blanche est le symbole de l’illumination.  Le monumentalisme quasi magique de tels paysage s’élève contre le noir et le chaos là où l’effet de vide devient une plénitude qui sort de l’obscurité.

 

Tom Jacobi, « Into the light »,

Artiste juif : Richard Kenigsman

artiste peintre juif belge Richard  Kenigsman

Les pavés de Richard Kenigsman.

artiste peintre juif belge Richard Kenigsman

artiste peintre juif belge Richard Kenigsman

Richard Kenigsman (né en 1945 en Belgique),vit et travaille à Bruxelles. Il est reconnu - entre autres - pour son engagement dans la communauté juive et développe depuis 35 ans ses recherches artistiques autour d la peinture, la photographie, la sculpture et le dessin. Les photographies présentées en septembre revisitent sa mémoire familiale.

Les peaux de cuir de son père maroquinier rue des Tanneurs sont d’ailleurs à la base de nombreux travaux de l’artiste  dont "Retouches et Réparations" , Galerie Memorias ,Bruxelles, 2009 ) et en septembre la pose des 50 “Pavés de Mémoire” dans  cette rue. Ils ont comme objet  ses "Bouts de Souffle" réalisée sur base des "chutes " de l'atelier de maroquinerie paternelle.

 Les œuvres de l’artiste  ont été exposées non seulement à  Bruxelles  mais aussi à Londres ,  New York, Paris , Tel-Aviv, Milan et se trouvent dans de nombreuses collections particulières.

Diverses organisations et montages se relayent et s'opposent au sein de l’oeuvre bruxelloise.  Des séries de variations  et d’adjonctions dérangent les  repères cérébraux. La forme est intériorisée au moment même où elle gicle de manière "physique" sur le cuir.

Elle  dément l'ordre des choses mais aussi le chaos des massacres du passé. Son esthétique répand une poétique habitée inédite. Elle métamorphose ce qu’elle saisit et cultive aussi l’ambiguïté identitaire. Sans elle l’émission du « moi » reste une vue de l’esprit que la créateur refuse.

 

 

Richard Kenigsman  : 50 oeuvres " Bouts de Souffle " ( photographie  80 x 30 cm ).

numérotées, datées et signées, En soutien à l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS), Bruxelles.
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Artiste juive : Carole A. Feuerman reine mère de la sculpture hyperréaliste

Feuerman Sculpteuse la reine mere de l' hyperréalisme

Carole A. Feuerman reine mère de la sculpture hyperréaliste

Carole A. Feuerman est une pionnière de la sculpture hyperréaliste.  Avec Duane Hanson et John De Andrea elle est une des trois têtes de ponts de cette « école ». Mais tandis que  Hanson utilise des uniformes pour donner au Pop Art une vision ironique et que De Andrea explore les relations amoureuses entre les femmes et les hommes, Feuerman met en exergue la beauté naturelle du corps féminin si bien que par son art elle devient  selon John Spike la « doyenne qui règne sur le super-réalisme ».

Elle a aujourd’hui derrière elle huit rétrospectives dans des musées du monde entier et son œuvre est montrée partout. Tant  à La Biennale de Venise (quatre fois), qu’en Chine, Corée, USA Ses œuvres les plus célèbres sont « The Golden Mean » exposé face à l’Hudson  à Peekskill,  et « Monumental Double Diver » présente à Sunnyvale dans la Silicon Valley.

Le corps féminin absorbe l’espace et l'exhausse. Chaque pièce  représente  comme tout acte de création  un acte de résistance en ce qui est infiniment perceptible et peut-être inexplicable pour le regardeur. Il assiste à la confrontation avec le corps. Celui-ci demeure la présence la plus commune et simple mais aussi la plus rare et la plus mystérieuse qui soit. C'est le paradoxe d’une œuvre où le silence parle le corps féminin comme absolu.

Feuerman Carole reine mère de la sculpture hyperréaliste

Feuerman Carole reine mère de la sculpture hyperréaliste

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Romancière juive : Annick Walachniewicz nuances et biais dans la fidélité à la Shoah

Annick Walachniewicz nuances et biais dans la fidélité à la Shoah

Annick Walachniewicz : nuances et biais dans la fidélité à la Shoah

La romancière juive belge Annick Walachniewicz est une des  premières à insister  l’aspect « Shoah Business » qui ne peut que faire mal à ceux qui l’ont vécue comme à leurs familles et descendants. Elle met en évidence le traumatisme qu’ont vécu les enfants des survivants de la Shoah. Avec son « Il ne portait pas de chandail » et à travers sa narratrice l’auteure montre comment le silence des « revenants » est complexe.

D’une part parce qu’une telle expérience reste intransmissible et d’autre par les survivants voulaient épargner à leurs enfants et petits enfants ce poids quitte à inventer des mensonges de préservation (« La petite n’a pas besoin de savoir ça »). Mais chacun sait  qu’un tel silence est source de bien des troubles (parfois moraux, parfois physiques)  Et il arrive que les enfants des déportés deviennent aux aussi des enfants du silence.

Les secrets finissent  néanmoins à se dire mais de manière parfois plus ou moins « coupables » ce qui est un comble. Mais pour  la narratrice du livre le passage par l’écriture entraîne la guérison. Mais le chemin a été long.  La démarche est complexe, multiple et se déplace de l’histoire d’une génération à une autre. Mais certains retours sont de véritables traumas : une femme qui entre dans le musée d’Auschwitz et découvre comme première image la valise de morts qui portaient son propre nom ne peut rester indemne.

Annick Walachniewicz montre comment la manière de trouver sa propre place est soumise à divers mouvements entre le silence de l’après-guerre et une clarification qui parfois brouille les pistes. La créatrice possède l’astuce d’appuyer ses démonstrations sur une fiction où tradition n’est pas absente. Et ce afin de ne pas  brouiller les cartes tant il n’est pas facile de rameuter l’expérience de la monstruosité tout comme la taire revient à  étouffer des vies au nom de la « légitimité » d’un non savoir sur ce qui s’était passé.

Annick Walachniewicz « Il ne portait pas de chandail », L’Arbre à Paroles, Amay (Belgique), 2018.

Artiste juive : Dana Zaltzman exercices de légèreté

Dana Zaltzman artiste peintre juive et israélienne

Dana Zaltzman : exercices de légèreté

Par une approche souvent de la métaphore réaliste, Dana Zaltzman se rapproche d’une forme pure qui  exprime de la vie la volonté d’instruire sa légèreté – à l’exception peut-être des autoportraits plus graves. Ailleurs  une quintessence  ailées s’expriment là où les mouvements émotifs s’effacent ou du moins se transforment par l’effet du réel métaphorique (les plumes, la balance, etc.).

La peinture devient la forme idéale pour emporter le corps loin de sa « matière » :  ne demeurent que des ondulations parfois lascives de plumes. Et l’artiste joue toujours sur les mêmes vibrations dans ce retrait  vers l’ineffable.

Dana Zaltzman : exercices de légèreté

Dana Zaltzman : exercices de légèreté

Dana Zaltzman refuse de faire vibrer l'écume le simple désordre émotif des mouvements du corps. Elle s'en tient à l'écart, en un lieu plus profond, là où au portrait est préféré le symbole.

Le sentimentalisme semble toujours hors de propos comme s’il risquait de gâcher l’équilibre qu’il faut préserver le tout dans une mouvement que la créatrice israélienne reprend à Beckett  : "Il faut continuer, je dois continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer" (L’Innommable). Elle devient la rège existentielle et esthétique comme imposée à la créatrice.

Dana Zaltzman : exercices de légèreté

Dana Zaltzman : exercices de légèreté

Artiste juive : L’hyperréalisme onirique de Yigal Ozeri

L’hyperréalisme onirique de Yigal Ozeri

L’hyperréalisme onirique de Yigal Ozeri

De loin les peintures de Ygal Ozeri ressemblent à des photographies tant leur réalisme est patent. Néanmoins les scruter revient à comprendre le décalage qui s’y produit.

Le peintre  ne cherche pas à rassembler « du » réel mais à le défaire. Peut-être selon une discontinuité douloureuse loin de toute consolation possible.  Pour autant tout espoir n’est pas perdu. Le corps résiste en dépit d’ictus qui en ponctuant l’absence et la disparition tant de tels présences semble échapper au réel là où une proximité à la réalité crée son éloignement.

L’hyperréalisme onirique de Yigal Ozeri

L’hyperréalisme onirique de Yigal Ozeri

 

Chaque toile emplit l'espace d’une sourde mélopée par la rythmique de l'Imaginaire. Elle impose un tempo uniforme au sein de scènes qui ne sont que suggérées et où la femme est une apparition.

L’œuvre devient  la source d'une mélodie défaite avec l'affirmation d'un manque, d'une incertitude.  Elle exprime à la fois la perte irrémédiable et une présence irrévocable. Nul ne sait si la ou les femmes auxquelles  se « rattache » la peintre existent et donc, par voie de conséquence, si elle l’écoute, le voit.

Et peut-être pas plus que le spectateur ne les voient elles-mêmes. Le créateur  reste attachée à elles comme si le déploiement de la peinture ne peut accorder de repos à la disparition ou à l’absence.

Chaque  toile représente des moments de sursis et des appels dans le seul tempo des visages et leur présence sourde. Existe une  musique du silence : c’est ce que l'Imaginaire produit de plus intense à travers la « disparition » de femmes dont il ne reste pourtant bien plus que des fragments séduisants. Ozeri ouvre  une zone dans l'esprit ou plutôt  dans l’émotion  qui ne peut être atteint que par la peinture. La femme y est centre et absence. La peinture aussi.

Ygal Ozeri, « The Storm », Zemack Contemporary, Tel Aviv, 2018.

Artiste juive : Maya Zack vers une nouvelle donne

Maya Zack : vers une nouvelle donne

Maya Zack : vers une nouvelle donne

La plasticienne et réalisatrice Maya Zack est une des artistes les plus importantes d’Israël. Ses vidéos, installations et dessins traitent de la tentative de l'homme d'imposer un ordre et une forme à la réalité, afin de surmonter le chaos. L’artiste fait allusion à ce dernier sous forme de métaphores (deux chiens qui se battent par exemple) tandis que « l’ordre » est représenté souvent par d’autres « couples » : ceux-ci sont  humains et plus pacifiques.

Maya Zack : vers une nouvelle donne

Maya Zack : vers une nouvelle donne

L’artiste illustre de la sorte et de manière subtile de nombreux rapports  et mécanismes en jeu dans la société. La bureaucratie, la science, l’art ou  la mémoire jaillissent afin de montrer comment s’organise le réel autant par ses dessins originaux que ses photos d’archives qu’elle ré-agence come ce livre le prouve.

Les techniques anciennes (le dessin, camera oscura) jouxtent des approches contemporaines (photos aériennes par exemple).Dans tous les cas un décalage a lieu dans les systèmes de représentation où la mémoire garde une importance capitale. L'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres.  Son espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation.

Dans un mixage fiévreux l'artiste  interroge les conditions d’existence des femmes et des êtres en général mais aussi  de l’art  par une vision d’une mythologie  revisitée. L'artiste inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Cette re-présentation (le tiret est important) ne crée pas du chaos mais un ordre à venir.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Maya Zack : la mémoire en action

Maya Zack : la mémoire en action

Maya Zack, « La mémoire en action », Alon Segev Editions, Tel Aviv, 2018

 

Artiste juif : Astérix en Grande-Bretagne ; René Goscinny au Jewish Museum

Astérix en Grande-Bretagne ; René Goscinny au Jewish Museum

Astérix en Grande-Bretagne ; René Goscinny au Jewish Museum

« Astérix in Britain: The Life and Work of René Goscinny », Jewish Museum, Londres, du 10 Mai au 30 Septembre 2018

Astérix en Grande-Bretagne ; René Goscinny au Jewish Museum

Astérix en Grande-Bretagne ; René Goscinny au Jewish Museum

 

Le co-créateur avec Albert Uderzo envahit la Perfide Albion. Toute son histoire – depuis son enfance en Argentine, ses débuts à New York et enfin sa consécration en France puis dans toute l’Europe est retracée au Jewish Museum grace à des dessins, des photographies, des films ; des sketches, des jeux, etc..

 

Le visiteur se trouve immergé en un tel monde.. Et l’exposition fait suite et adapte la production créée à l’origine par le Musée Juif d’Art et d’Histoire de Paris en collaboration avec l’institut René Goscinny. L’univers n’est  pas autobiographique et fait immanquablement retour aux héros d’Astérix. Si bien que la vie de Goscinny se dit moins pas anecdotes que traces, motifs, déplacements.

 

L’ensemble crée - au-delà des divers temps d’écriture - une sorte de mille-feuilles dans un paysage imaginaire  où les diverses histoires deviennent une sorte de «temps à l’état pur » cher à Proust. Un tel monde évolue peu mais s’enracine. Astérix et Obélix demeurent centraux et tout est traité par le biais de la suggestion là où l’humour reste l’essence majeure de cette traversée au sein même du  quotidien de l’existence de Goscinny, ses surprises mauvaises ou bonnes et parfois anodines.

Le créateur pèse de tout son poids comme de sa légèreté en cette exposition. Elle  évite tout pathos en fidélité au sujet. Ce qui n’empêche pas de ressentir la complexité de l’existence de son créateur. Mais le plaisir ludique et estival demeure constant. C’est une respiration.