Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe Juive : Michael Koren Baratz femmes oubliées de la bible

femmes oubliées de la bible

Michael Koren Baratz : femmes oubliées de la bible

L’œuvre est visible en permance à la galerie Zemach Contemporary Art, Tel-Aviv.

Michael Koren Baratz est une jeune artiste israélienne. Après avoir été tenté par la photo de reportage, elle a oublié (du moins en apparence) la capture du réel pour un autre objectif. Captivée par l’imagerie religieuse catholique, elle a découvert le moyen de lier sa quête artistique et sa rechercher existentielle : d’où sa série sur les femmes inconnues de la bible et à leur histoire.

Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

C’est en faisant le ménage chez sa grand-mère et en découvrant un livre d’images sur les femmes dans la Bible que l’idée lui est venue d’approfondir sa rencontre avec Delilah, Bethsabée, Deborah ou encore les filles de Lot séquestrées dans une grotte avec leur père et dont chacune enfantera un fils.

La créatrice a donc reconstitué des scènes méconnues en tableaux photographiques où les femmes sont belles mais le plus souvent tristes. Elle recrée une sorte de révision de la Renaissance Italienne (Le Caravage) ou de Rembrandt. Toutefois ce choix artistique est très éloigné des habituels reproductions ou détournements d’oeuvres anciennes. La photographe ne cherche pas à copier un « à la manière de » mais à faire toucher par un cérémonial classique vire maniériste des scènes bibliques oubliées pour leur redonner un sens premier.

Aaabaratz- Koren Aaabaratz Koren femmes oubliées de la bible

les filles de Loth enfermées dans une grotte avec leur père 

Michal Koren aime les angles et les poses qui saisissent le regardeur. Elle lui permet de s’interroger sur la puissance des images et ne cesse d’appuyer sur les contrastes. L’artiste y capte une incroyable intimité. Elle prend valeur universelle car chacun peut - inconsciemment -s’y reconnaître. L’imagerie reste donc bien pour l’Israélienne un mode de connaissance. Les femmes de la Bible sortent de leur silence et constituent l’acte de naissance d’une œuvre par la résurrection d’une autre. Les spéculations métaphysiques font le jeu d’une création où amoncellement de pensées ou d’émotions défilent et permettent un univers visionnaire (par recours au passé) rare dans l’art contemporain.

Photographe juif : Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons, "Women", Abram Book, 2016

A 18 ans Slim Aarons s’engage dans l’US Army om il devient photographe de guerre. Mais très vite il quitte l’uniforme, va en Californie pour photographier les célébrités que l’on nommait pas encore « peoples ». Il devient photographe des stars (Clark Gable, Van Heflin, Gary Cooper, James Stewart). Il les capte sans recours a une préparation pas un styliste ou un maquilleur. Puis il poursuivit sa carrière par ce qui devient son succès : à savoir en photographiant les femmes les plus « attractives » dans des lieux et postures idoines.

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Chaque prise est le fruit d’une longue patience afin qu’une immanence en jaillisse. L’épreuve est un bloc d'espace-temps, une coupe instantanée qu’Aarons diffuse en tous sens et en toute direction. L’univers du photographe ondule entre le rêve et la réalité, l’ombre et la lumière dans une narration où le corps reste la référence. Le photographe donne l’impression que ses images attendent le voyeur. Qu’elles n’attendent que lui.

Ce dernier sait qu’il se trompe mais s’en moque et n’en demande pas plus. Il en retient leur plan d'immanence et leur coupe mobile.

Slim Aarons et les voyeurs

Slim Aarons et les voyeurs

Photographe juif : Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, Café Albi ,

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv

Nino Herman, « Café Albi », http://www.ninoherman.com/
Nino Herman saisit la vie de Tel Aviv selon une perspective surprenante paradoxalement parce qu’elle ne l’est pas. La vie de tous les jours est là hors contexte politique même si dans ce café beaucoup d’activistes sociaux viennent de rencontrer.

L’artiste pendant plusieurs années a photographié les consommateurs du lieu. Il existe là toute une étude de l’humain et une réflexion sur les fondements de la vie en Israël.

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv
Nino Herman, « Café Albi »,

Loin de tout moralisme, Nino Herman fait de son esthétique quelque chose d'éminemment existentiel. Les jours passent intégralement de la réalité à l'art, des « modèles » à la photographie en un transfert accompli. Chez le photographe l'œuvre ne barre pas la route à l'autre : elle l'ouvre au contraire en évacuant ou en soulignant bien des équivoques.

Vivre à Tel-Aviv Nino Herman, « Café Albi »,

Vivre à Tel-Aviv
Nino Herman, « Café Albi »,

Jean-Paul Gavard-Perret

La communauté juive écossaise selon Judah Passow

La communauté juive écossaise

La communauté juive écossaise selon Judah Passow
Judah Passow, “Scots Jews”, Jewish Museum, Londres, du 16 Septembre 2016 au 12 Février 2017

La communauté juive est arrivée en Ecosse au XVIIème siècle et est devenue le groupe non chrétien la plus importante du pays. Elle a généré un grand nombre de scientifiques, de médecins, de juges, de parlementaires, d’artistes, d’écrivains, de fermiers, de forestiers, de fabricants de kilt et bien sûr de whisky.

Judah Passow explore l’histoire de la communauté en illustrant comment elle maintien ses traditions en la mêlant à la culture écossaise. Le photographe a photographié les membres aussi bien en ville que dans les lieux les plus sauvages où fidèle aux pionniers ils poursuivent leur héritage en vivant le présent pour construire un futur.

La communauté juive écossaise

La communauté juive écossaise

Le photographe donne à ses portraits une profondeur non sans parfois une légèreté décalée et drôle. Sobres, ses portraits ne sont pas dénués d’émotions optiques, affectives et corporelles. Leur poésie est à la fois universelle, pure et très spécifique au créateur comme à l’Ecosse dont l’artiste propose à sa manière une carte et un territoire.

Artiste juive : Sarah Cohen , le dehors et le dedans

Sarah Cohen artiste juive

Le dehors et le dedans : Sarah Cohen
Sarah Cohen a exposé ses sculptures "Les points et un point" en 2016., K's Gallery, Tokyo.

Par ses sculptures qui font la part belle à la matière brute, Sarah Cohen métamorphose le monde. Elle déstabilise le regardeur comme elle-même se met en perte d’équilibre dans des apparitions qui jaillissent débordent de la matière.

Sarah Cohen artiste juive

Sarah Cohen artiste juive

Des plantes carcasses, des silhouettes végétales étranges cachent leurs squelettes sous une chair pulpeuses. A moins que sous la surface le vide prenne la place du plein.

Surgit un perpétuel jeu entre le dehors et le dedans, le compact et l’ajour. Chaque pièce pose une énigme. Elle emplit le vide mais parfois devient « creux-ation ».

Un monde jouxte autant la ruine que la germination. Une courbe mi arbre mi humaine se transforme en masse ronde qui révèle un noyau intense. A l’inverse le « bombyx » de l’artiste laisse voir entre ses lamelles de bois ce que Sarah Cohen nomme « une poche d’air tressée » qui joue de la transparence et de la fluidité d’un enroulement subtil.

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Dans chaque pièce une lutte a lieu pour dire ce qu’il en est de l’être en états naissants diaphanes aussi malléables (en apparence) que durs.

L’organique acquiert une force poétique entre mutation et stabilité. Pour sa « Gradivation » l’artiste est partie de l’image d’une femme photographiée dans l’escalier du métro afin de saisir par effet de voile ce que cache le corps lorsqu’il est enveloppé dans une robe de soirée vue comme une sorte de linceul.

Sarah Cohen ne cesse donc d’interroger le devenir du corps, les ombres, ses espaces entre « le soi et son vertige ». La pierre calcaire met au défi le mouvement de marche comme en suspens dans le temps et l’espace. D'une forme pleine surgit une proéminence de formes multiples et croissantes. Jaillissent des protubérances mais toujours en un bel équilibre : il n’a rien de décoratif, il est existentiel.

Photographe juif : Fred Stein reporter des rues de Paris

Photographe juif : Fred Stein reporter des rues de Paris

Les “grands” et les “petits”

Fred Stein, “Paris-New-York”, Kehrer Verlag, Berlin

Après reçu comme cadeau de mariage un Leica, Fred Stein s'est mis à arpenter tous les quartiers de Paris dès 1933 pour devenir un reporter des rues. Ami de Robert Capa et de Gerda Taro il est le seul à les avoir immortalisés à la terrasse d'un café. Il est devenu l’égal des Brassaï, Cartier-Bresson, Man Ray, Dora Maar, André Kertész et fut comme eux exposés dans la galerie de la Pléiade en 1935-1937.

Photographe juif : Fred Stein reporter des rues de Paris

Photographe juif : Fred Stein reporter des rues de Paris

Le photographe connaissait bien le milieu des réfugiés et celui de l'intelligentsia française. Du moins celle qui luttait pour la liberté de penser et de créer. Très tôt il a photographié André Malraux, Willy Brandt, Arthur Koestler. Il réalisa plus d'un millier de portraits à Paris et à New York.

Son oeuvre  témoigne de la vie intellectuelle parisienne puis de la migration des plus grands esprits vers l'Amérique.
Fred Stein donne toujours une attention particulière à ses portraits.
Avant de les saisir il engageait avec lui de longs dialogues avant de les saisir en parfaite liberté au moment où ils lâchaient prises devant l’appareil.

Mais il sut tout autant capter la vie des deux cités. Ce qu’on nomme hasard s'investit dans son entreprise esthétique. A savoir l’action qui consiste à animer et à éclairer un moment donné afin de transformer sa temporalité en éternité au moment où l’instant de l’imprévu va se métamorphoser en œuvre pour rappeler l’être à la Présence par la transcendance de toute prise.

Artiste juive : Dorothy Bohm, Sixties London au Jewisch Museum, Londres.

Dorothy Bohm, Sixties London au Jewisch Museum, Londres.

Dorothy Bohm : swiniging London center et autres quartiers

Dorothy Bohm: Sixties London, 28 avril - 29 Aout 2016, Jewisch Museum, Londres.

 Dorothy Bohm, Sixties London au  Jewisch Museum, Londres.

Dorothy Bohm, Sixties London au Jewisch Museum, Londres.

Dorothy Bohm est née en Allemagne en 1924. Elle quitta le pays avec sa famille pour la Lituanie en 1932 afin d’échapper aux nazis. Ses parents pour plus de sécurité l’envoyèrent à Londres en 1939. Armée de son Leica offert par son père elle y devint photographe.

Elle n’a eu cesse de photographier le monde auquel elle se sent associée. Dans les années 60 elle a créé sa plus belle et exhaustive série en explorant les rues sa ville d’adoption en une période clé.

La cité quittait l’après-guerre pour devenir l’épicentre de tout un monde de contre-culture que les industries musicale et vestimentaire transformèrent en standards d’une mode mondialiste. A côté des écoliers en uniformes les mods et les rockers puis les Punks de Kings Road se mirent à essaimer.

Mais la photographe sait aussi photographier - en contre point - les classes laborieuses.

Ses œuvres interrogent leurs conditions d’existence, ses chances de survie mais aussi ses points de rupture. L’artiste hypnotise en rendant propice une inscription de l’humain. Brohm sait capter l’incongru comme le banal.

A l’exaltation d’une ouverture répond l’impénétrabilité de paroi de mondes clos.

Chaque photo reste « parlante » et démystifie des postures au sein langage plastique faussement neutre. Il demeure sensible, et parfois poignant en ses errances effervescentes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Agneta Sofiadotter et le « naturalisme »

Agneta Sofiadotter l'origine du monde qui lie l’être à l’animal.

 

l'origine du monde qui lie l’être à l’animal.

l'origine du monde qui lie l’être à l’animal.

Agneta Sofiadotter et le « naturalisme »

Agneta Sofiadotter par ses dessins, leur facture, leurs sujets offre non un déguisement mais une destruction des émotions que proposent traditionnellement l’art plus ou moins naturaliste ou animalier.

Tout est monté ici en forme non de philosophie (dans le boudoir ou en pleine nature) mais de jeu. En se sens son propos semble remonter au plus près de l'origine du monde qui lie l’être à l’animal.

L’image reprend tout sa force de dérangement, et là, vraiment, elle a de quoi inquiéter, plus que de quoi exciter. Elle justifie sa brouille avec le bien pensé, le bien pensant, avec l'ordre : elle ne peut donc trouver sa place, si ce n'est une place occulte et occultée, dans une société bien ordonnée.

Contre la volupté de l'univers sexuel habituellement admis, le sujet est donné comme tel sans diégèse. Refusant le flux pervers du faux "bon sens" érotique admis, dans ses tissus de conventions en apparence, mais en apparence seulement transgressives, l'œuvre de la Suédoise travaille contre les fantômes de château de cartes prétendues érotiques.

Dans cette nudité intimiste la sexualité perd sa valeur habituelle d'ingrédient libertin et va au-delà du stéréotype, de la norme, des standards de la beauté, de la représentation des corps.
Son site
Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Roberto Burle Marx, Brazilian Modernist au Jewish Museum, New-York, 6 mai – 18 septembre 2016

Roberto Burle Marx

Architecture du paysage

« Roberto Burle Marx, Brazilian Modernist », Jewish Museum, New-York, 6 mai – 18 septembre 2016

 

Roberto Burle Marx

Roberto Burle Marx

Avec le français Yves Brunier Roberto Burle Marx reste un de ceux qui a révolutionné l’architecture du paysage au XXème siècle. Aux structures géométriques du français répondent les quadratures plus baroques du brésilien – bain culturel oblige. Les deux ont renouvelé la question du paysage tant par leurs maquettes et leurs plans que leurs réalisations.

L’œuvre de Roberto Burle Marx établit une nouvelle lecture à la fois du jardin et du lieu où il s'insère : la ville. Le jardin n'est plus un espace prélevé sur l'espace urbain et dans lequel il ne représenterait qu'une pause mais une traversée faite de pièges.

Inspiré par Gaudi le Brésilien joue de la digression en lui adjoignant aux besoin des essences végétales d’essences "utilitaires" transposées dans ce qu'on appelle le jardin d'agrément.

Roberto Burle Marx

Roberto Burle Marx

Le jardin « publique » n'est plus envisagé comme un élément de soustraction où viendrait s'annihiler les rumeurs de la ville. Surgit un nouveau flux visant à faire de la ville un tout. Le jardin n'est plus considéré comme un "arrêt sur image" de l'urbain : il est là pour réactiver un nouveau flux urbain loin de son écoulement convenu.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Artiste juif :Hans-Peter Feldmann, avril – juillet 2016, Amerika Haus . Hardenbergstrass, Berlin

Hans-Peter Feldmann le radical

Hans-Peter Feldmann le radical

Hans-Peter Feldmann, avril – juillet 2016, Amerika Haus . Hardenbergstrass, Berlin
Le travail d’Hans-Peter Feldmann défie toute classification et genres : .portrait, portrait-robot, collage tirés de découpes de magazines parfois photocopiés. Il les montre parfois sans retouche, non cadrés et bruts avec marques d’usure, et de colle.

Hans-Peter Feldmann le radical

Hans-Peter Feldmann le radical

Il utilise également des artefacts épinglés au mur à l’aide de clous, où encore publiés dans de modestes brochures. Le tout dans le but de créer une esthétique conceptuelle. L’exposition berlinoise offre une vue d’ensemble de son oeuvre complète depuis les clichés de la fin des années 1960 jusqu’à ses travaux les plus récents.
L’artiste reste un aventurier de l’art qui semble n’avoir trouvé son équilibre qu’à travers des photos « des autres » mais repris dans une création plus maniaque que fortuite. Le nu y rivalise avec un humour ou une ironie affichée.

L’artiste casse tous les codes de manière ironique, légère et presque irréelle.

L’image arrive donc pour faire mieux que ce que feraient les mots. Reste l'écume des jours dans une stratégie d’ellipses.

Et si l’humour est bien présent il ne pousse jamais jusqu’aux rires sardoniques (adjectif qui selon son origine rappelle ceux qui mangeaient l'herbe e la Sardaigne et étaient pris d'un rire violent qui les conduisait à la mort). A l’inverse ici et au détour des courbes les désirs étouffés prennent vie comme si à coup de griffes.

Jean-Paul Gavard-Perret