Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Artiste juif : Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Le ghetto de Lodz
Le ghetto de Lodz sous le regard d'Henryk Ross

Les 48 photographies d’Henryk Ross (1910–1991) offertes  par collectionneur Howard Greenberg au Museum of Fine Arts donnent un aperçu rarissime de la vie dans le ghetto de Lodz pendant l’Holocauste.

Ces tirages à la gélatine argentique représentent une gamme importante d’images officielles ou secrètes que Ross a prises.

Paul Sutton a hérité des photographies de son père qui a personnellement reçu ces images Ross à Lodz et a ensuite conservé ces images pendant de nombreuses années.

Il a contacté Greenberg qui a acheté le groupe d’images et en a fait don au Musée car il en comprit leur importance après avoir vu "Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross" du MFA en 2017.

D'abord photojournaliste pour la presse polonaise, Ross a été confiné dans le ghetto en 1940 et chargé d’illustrer la productivité et l’efficacité du ghetto et de fabriquer des cartes d’identité pour les travailleurs enregistrés. Dans le même temps, qu’il a pris secrètement des photos pour  documenter les sombres réalités et les conditions de vie déplorables et en constante détérioration du ghetto ainsi que les déportations de résidents vers les camps d’extermination

Jean-Paul Gavard-Perret

Henrik Ross, Museum of Fine Arts, Boston (MFA), mars 2021.

Artiste juif : Gainsbourg toujours 30 ans

Artiste juif : Gainsbourg toujours 30 ans

Gainsbourg toujours

Gainsbourg est né en 1928, s’est éteint en 1991, dans sa maison de la rue de Verneuil à Paris, après avoir dîné au Bistrot de Paris, rue de Lille.

Depuis son aura n'a cessé de grandir et c'est dans le quartier où il vécut pendant 22 ans que la galerie Hegoa lui rend hommage pour saluer les 30 ans de son départ.

Sont sélectionnées des images de 15 photographes dont Claude Azoulay, Jean Jacques Bernier, Andrew Birkin, Just Jaeckin, William Klein, Odile Montserrat.

Elles permettent d'offrir un kaléidoscope de la vie et de l'oeuvre d'un créateur d'exception.

Demeurent des tranches de vie en divers moments et regards. Les photographies resserrent peu à peu la persona du créateur à travers un tel éventail d'approches.

Elles suggèrent moins la nostalgie que la recherche de ce que représentait Gainsbourg.

Il arrive alors que le temps soit transparent au moment où son image prend de l'épaisseur dans la succession des regards.

"Gainsbourg toujours, 30 ans", Galerie Hegoa,  Paris, du 27 février au 15 mai 2021

Livre juif : Ce héros mon grand-père de Daniel Birnbaum

Livre juif : Ce héros mon grand-père de Daniel Birnbaum

Ce héros mon grand-père - Daniel Birnbaum,

Daniel Birnbaum, "Dr. B", traduit du suédois par Olivier Gouchet, Gallimard, Paris, 11 février 201, 334 p., 22 E.

L'auteur a trouvé dans un grenier de Stockholm des documents lui ayant appartenu et à travers lesquels il tente de reconstituer qui il fut son ancêtre.

Mais la traque n'est pas simple : réfugié en Suède pour fuir les nazis, , fils du chantre de la synagogue de Koenisberg et converti au protestantisme, il est bien difficile au petit fils de reconstituer une existence empreinte peut-être d'un double jeu et certainement de mystère.

Labyrinthique et contradictoire, "Dr B" est donc le roman presque vrai puisque l'auteur ne dit jamais où la vérité s'arrête et où la fiction commence.

Un tel homme fut-il  résistant, espion ou simplement journaliste manipulé ? L'auteur ne le dit pas. Mais c'est bien ce qui rend ce roman si fascinant.

Cassant le système de narration par divers types de décadrage et images, Daniel Birnbaum crée un nouveau regard entre le familier et l’inconnu, le bien et le mal :  d'un côté Dr B aide les espions anglais de l'autre il fait transiter à des correspondants allemands les plans britanniques pour faire sauter le port d'Oxelösund.

Restent donc dans cette fiction des signes de failles qui en font un roman d'espionnage et d'enquête familiale.  Entre flexibilité et subtilité le texte n’est plus un moyen de rêver la vie mais de provoquer un élargissement de la préhension du réel.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Le radicalisme de Rona Yefman

Artiste juive : Le radicalisme de Rona Yefman

Le radicalisme de Rona Yefman

Rona Yefman, Sommer Contemporary Art, Tel-Aviv,du 27 janvier au 2 février 2021

Née à Haifa, Rona Yefman, vit et travaille  à New York. Elle explore l'identité à travers photographies, vidéos et installations. Elle collabore souvent avec des personnages radicaux dont les histoires de vie défient les conventions entre la réalité et la fiction. Cette exposition succède à celles qu'elle a réalisé eau Sculpture Center NY (2011), à l'Oslo Kunstforening (2019) and au  Haifa Museum of Art et au  CCA Tel Aviv (2020).

Elle reprend ici et entre autres "Let It Bleed". Cette série comprend des photographies et des vidéos performatives qui ont été prises entre 1995 et 2010 avec son jeune frère Gil.

L'artiste y évoque l’existence symbiotique des deux frères et sœurs en tant qu’artistes collaboratifs au cours de la "Gil’s Journey of gender transformation" et leur désir mutuel de vivre à l’extérieur de la norme.

Loin des prétentions réalistes, ses saisies sont résolument partielles, partiales, locales, orientées. Ce  travail est devenu un art de situation. Mais il demeure essentiel dans un temps d’images dont on jouit forcément mais qui n’est adressé à personne.

L’art peut donc couper un flux qui fascine et transporte. Voir et représenter n’est pas que la perception à l'identique du réel. Avec l'artiste il vient comme du dedans d'elle-même en le transformant "à sa main".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Rudy Burckhardt (1914-1999)

Rudy Burckhardt, "New York Hello!, Photographies et films des années 70 et 80", janvier 2021, Tibor de Nagy Gallery, New York.

New York déambulations

Rudy Burckhardt (1914-1999)   Poussé par l’écrivain Edwin DenbyIl  a déménagé à New York de Bâle en 1935. Il a commencé peu de temps après à filmer puis à photographier les rues de New York.

Il en capta le rythme attention et précision si bien qu'on a pu dire qu'avec lui "la photographie fixe n’a jamais autant bougé".   Son exposition "New York Hello!" est la dixième exposition du travail de Burckhardt à la "Tibor de Nagy Gallery", mais la première consacrée uniquement à ses photographies et films des années 1970 et 80.

 

Un sentiment de danse et de mouvement est aussi visible dans  les unes et les autres. Existe une approche du cinéma vérité mais de manière légère, enjouée. Une chorégraphie urbaine se répand dans un sens parfait de la construction de l'image. Et ce, de la manière la plus simple qui soit : le réel est suffisamment riche d'inattendu pour ne pas en rajouter.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rudy Burckhardt, "New York Hello!, Photographies et films des années 70 et 80", janvier 2021, Tibor de Nagy Gallery, New York.

Artiste juif : Erez Aharon, le réel et son double

Artiste juif : Erez Aharon, le réel et son double

Erez Aharon : le réel et son double

Erez Aharon, Gordon Gallery, janvier 2021, Tel-Aviv

Erez Aharon  vit et travaille à Tel Aviv. Il métamorphose la peinture réaliste. Par elle il propose des métaphores subtiles de la réalité israélienne : pot de cactus sur une étagère, rameau d’olivier suspendu à un fil, fleur sans racines attachées à un mur créent des présences étrangement prégnantes avec ce qui tient plus de la nature morte que du paysage.

S'y retrouve une perception de l’art comme méditation là où tout semble le fruit d'une observation silencieuse.

Le réel donné à voir est en réaction à la réalité telle qu'elle est. Tout est original car surprenant dans ce travail qui ne refuse pas la vision issue de la peinture classique mais selon une préhension alternative faite d'assemblages et superpositions signe d’un renouveau de la peinture de figuration.

Elle n'a rien de surannée et nostalgique mais - avec discrétion - se tourne vers l'avenir.

 

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Artiste juif : L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

L'abomination nazie par Luc Mary-Sabine

Luc Mary-Sabine, "Snapshots", War Heritage Institute, jusqu'à fin mars 2021., 

"Ce n’était pas un devoir de mémoire, c’était un travail de deuil. De camp en camp, je voulais éprouver physiquement le vide, l’absence, entendre les échos du silence, ce silence “bruyant du cri innombrable” et traduire mon deuil dans le mode d’expression qui est le mien" écrit Luc Mary-Sabine.

Pendant une dizaine d’années, il est allé de camp en camp, de ghetto en ghetto pour photographier les barbelés, miradors, tables de dissection, crématoires, chambres à gaz.

Les Juifs que les nazis n’avaient pas fusillés au bord d’une fosse commune ni gazés au sortir des wagons, les résistants, les communistes, les sociaux-démocrates allemands et autrichiens, les témoins de Jehovah, l’intelligentsia polonaise connurent là le pire et l'impensable.

Ces photos raniment l'horreur de l'extermination.

Parfois  il n’y a plus rien à voir, car les nazis ont effacé leurs crimes et détruit eux-mêmes leurs installations d’extermination, néanmoins le photographe sait rappeler par ses prises tout ce qui reste de la monstruosité organisée.

Un morceau de voie ferrée, un monticule de cendres, l’emplacement de fosses - où la terre rejette encore aujourd’hui des fragments d’os et des boutons de vêtements - rappelle ce qui reste le tangible de ce qui s'est accompli par la haine en de tels lieux où remontent des gouffres d'ombres.

Artiste juif : Jossef Krispel incertitudes programmées

Artiste juif : Jossef Krispel incertitudes programmées

Jossef Krispel :  incertitudes programmées

Comme il l'écrit lui-même, Jossef Krispel  cherche à "peindre à nouveau tout, sans hiérarchie, comme un index d’informations concises." Dans sa série de peintures vibrantes intitulée Make Up, il  créé des fragments d’images qui ont perdu tout semblant d’appartenir à l’ensemble duquel ils ont été retirés. Quant à ses portraits ils sont là pour transformer la figuration en vision.

 

L'artiste reste un marginal qui tord le cou à la maladie de la matérialité comme à celle de l’idéalité. L’image chez lui est à la fois un parfait contre-feu mais aussi un incendie suprême face à ce qui nous fascine habituellement sans besoin d’interprétation.

 

Ici le voyeur est obligé de reconstruire son champ de vision.  Pour le réveiller l'artiste propose des suites de cohérences défaites où tout recommence. En noir et blanc ou en couleur, le monde se diffracte mais toute une logique y rampe. Preuve que ce qu’on prend pour habituel désordre n’est qu’apparence.

L’artiste le recompose entre expressionnisme et impressionnisme particuliers. Il secoue le voyeur sans pour autant faire usage de violence. Il se contente de diffractions révélatrices là où les détails donnent paradoxalement des ouvertures à la vue d’ensemble. Le créateur joue de dislocations, d'absorptions et de métamorphoses.

Artiste juif : Jossef Krispel incertitudes programmées

Artiste juif : Jossef Krispel incertitudes programmées

 

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Artiste juif : Daniel Wolf vient de mourir

Artiste juif : Daniel Wolf vient de mourir

Daniel Wolf et les murs blancs

Daniel Wolf vient de mourir. Il a commencé sa carrière comme marchand de photographies du 19e siècle et a ouvert sa propre galerie à New York en 1977. Puis il s’intéresse à la photographie contemporaine et a contribué à donner naissance au marché d'un genre jusque-là jugé secondaire.

Il est considéré comme l’un des marchands les plus influents du monde et a joué un grand rôle dans le développement de la collection du Getty Museum avant de devenir courtier privé spécialisé dans la photographie.

Toujours intéressé par un genre de regroupement de choses qui ont un sens il est devenu collectionneur. Il a toujours estimé qu’il n’y a aucune différence entre collectionner à l’époque de la Renaissance et collectionner aujourd’hui. Pour lui cette "mania" a toujours été étroitement liée à l’ego. Mis ajoutait-il “Il est très rare de voir une collection qui ait de la fraîcheur.".

 

Il est venu à la photographie contemporaine en découvrant en Bretagne des preuves faites il y a cent ans : "Elles étaient plus belles que toutes les autres impressions que je pouvais imaginer. J’ai juste pensé – que se passe-t-il ici ?" Et tout un système de connexions à la photographie s'est enclenché. Mais ajoute-t-il  : "il m’a fallu quarante ans pour réaliser que la majorité du marché de l’art concerne la décoration pour les riches."

 

Mais il comprit aussi que pour beaucoup, le but n’est pas que la décoration en surface mais un regard en profondeur. Il a donc toujours cherché à défendre les photographes qui donnent des clés d’un monde dans lequel nous ne pouvons entrer autrement.

 

C'est pourquoi jusqu'à sa mort il a passé son temps à "Regarder, regarder et regarder." Le domaine de la photographie contemporaine sera restée sa passion dominante et non sans humour :

"Les gens riches ont de grands murs blancs et ils doivent les remplir d’art. Et il y a beaucoup de galeries vendant de l’art pour les murs blancs. Il y a un grand phénomène de mur blanc en cours". Et cela justifie certaines errances. Wolf a su les éviter et trouver les créateurs dont les images ne sont pas forcément faites pour de tels murs mais pour ce qui se passe dedans.

 

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Artiste juif : les canulars de Sacha Goldberger

Artiste juif : Les canulars de Sacha Golberger

Les "canulars " de Sacha Goldberger

 

Sacha Goldberger, "The 770: Lubavitchs of Brooklyn", exposition en ligne www.28vignonstreet.com

 

Cette série a été photographiée à Brooklyn, au centre de la communauté Loubavitch, au 770 Eastern Parkway, NY. Et le photographe veut montrer une autre vision du judaïsme, dans une période où l'antisémitisme devient banal.

 

Ces photographies ont pour but de donner la religion juive, un regard positif, poétique, spirituel et humoristique. Les hommes en noir qui portent des chapeaux s’amusent devant l’objectif.

Les uns coincent leurs longues barbes dans les portes d’entrée ou de voiture, un autre porte une pile de livres grosse comme une montagne, un autre encore lit assis sur une machine à laver d’un Lavomatic.

 

Sacha Goldberger suggère une joie, un plaisir et aussi la foi, la connaissance et la passion de la transmission. C’est souvent drôle et parfois émouvant.  Et c'est surtout une façon de lutter contre les idées reçues.

 

Face aux préjugés ou aux fantasmes qui s’accrochent aux croyants, le photographe montre quelque chose dont seuls ils sont capables et que souvent on se plaît à leur retirer : l’humour.

 

JPGP