Yaël Braun-Pivet : ce que j'ai conservé de ma culture juive

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Ce que j'ai conservé de ma culture juive

Les jours heureux à Nancy

Née à Nancy, je ne suis pas restée longtemps dans cette ville, la famille déménageant au gré des mutations de mon père, cadre dans une entreprise publicitaire.

J’y garde néanmoins le souvenir heureux de mes visites dans la boutique de mes grands-parents, des tailleurs juifs d’origine polonaise, une boutique “porte ouverte” extrêmement accueillante dans laquelle beaucoup de gens passaient.

Une vraie ouverture sur le monde et sur la culture juive dont j’ai conservé une partie des traditions, notamment culinaires.

“Je suis reconnaissante à la France d’avoir donné sa chance à deux immigrés venus avec pour seul bagage une valise et un visa “touristique”. C’est cela la France, une terre d’accueil et de tolérance faite de diversité et d’acceptation des différences !”

Je suis reconnaissante à la France d’avoir donné sa chance à deux immigrés venus avec pour seul bagage une valise et un visa “touristique”, et fière de savoir que mon grand-père a été médaillé de la Résistance. C’est cela la France, une terre d’accueil et de tolérance faite de diversité et d’acceptation des différences ! Plutôt que d’exclure, il faut chercher à inclure. Et cela dès l’école. La démarche équilibrée du projet de loi sur la défense des valeurs républicaines va dans ce sens. C’est la République qui nous unit et elle repose sur des principes et des valeurs sur lesquels il faut être intransigeant.

Une vocation d’avocate

Très jeune, j’ai voulu être avocate. Il y avait dans la bibliothèque familiale, interdit de lecture par mes parents car j’étais trop jeune, ‘Le Pull-over rouge’ de Gilles Perrault, avec sur sa couverture une très impressionnante guillotine. Une affaire fascinante et une enquête exemplaire qui m’ont donné sûrement le goût de la défense. J’étais un enfant un brin rebelle, un peu têtu, à qui il était difficile de faire changer d’avis. D’où sans doute mon choix d’opter pour le droit pénal. Par ailleurs, à la maison, mon frère et moi étions fortement poussés à faire des études pour conquérir notre autonomie, à l’instar de l’exemple de notre mère qui, sortant de la Ddass à 16 ans, a tout fait pour décrocher un diplôme de sténodactylo afin d’échapper à la condition de femme de ménage à laquelle on la prédestinait.

“Alors que je débutais au cabinet d’Hervé Temime, avocat pénaliste réputé, à qui je dois beaucoup, je perds mon premier procès en tant qu’avocat commis d’office. Fort de son expérience, Hervé Termine m’explique alors que la justice n’est pas toujours au rendez-vous des jugements”

Cet esprit d’indépendance cultivé dans la famille ne nous a jamais lâchés depuis. Alors que je débutais au cabinet d’Hervé Temime, avocat pénaliste réputé, à qui je dois beaucoup, je perds mon premier procès en tant qu’avocat commis d’office à propos d’une petite affaire d’infraction aux règles de séjour, à mon grand désespoir et au grand dam de mes idéaux. Fort de son expérience, Hervé Termine m’explique alors que la justice n’est pas toujours au rendez-vous des jugements. Une bonne leçon pour moi…

En route pour Taipeh et Tokyo

Avec l’arrivée de mon troisième enfant, concilier vie professionnelle et vie familiale est devenu franchement problématique. Les urgences judiciaires ne choisissent pas leur heure et quand des parents vous appellent à propos de la garde à vue de leur enfant il faut bien y aller, quitte à ce que ce soit au détriment des siens. Surtout que mon mari, qui vivait une carrière d’expatrié, n’était souvent pas là. Aussi, quitte à mettre un temps entre parenthèses ma propre carrière d’avocate, avons-nous décidé d’embarquer toute la famille dans l’aventure de l’expatriation. Et voilà comment toute la famille se retrouve à Taipeh, puis Tokyo. Une plongée dans des cultures complètement différentes et des sensations inédites – secousses de deux tremblements de terre – qui bouscule et qui oblige à se remettre en cause.

“À Tokyo j’ai rencontré des militants de la section du PS. Une certitude : j’étais mûre pour un engagement politique. Et pour renouer avec les débats politiques autour de la table familiale de mon enfance”

À Tokyo j’ai rencontré des militants de la section du PS. Une expérience intéressante, quoi que les sujets politiques hexagonaux vus du Japon apparaissaient bien lointains. Une certitude : j’étais mûre pour un engagement politique. Et pour renouer avec les débats politiques autour de la table familiale de mon enfance.

De la start-up aux Restos du Cœur

Forte d’un master en droit des affaires et d’une expérience de juriste d’entreprise, je me décide à créer une start-up autour d’un concept original, puisque l’idée était de promouvoir une formule de chambres d’hôtes associant à l’hébergement la transmission d’un savoir-faire de quelque nature qu’il soit (artistique, culinaire, artisanal etc.). Mais je me suis plantée, non sans avoir insisté. Je n’étais sans doute pas faite pour être entrepreneure.

“Forte d’un master en droit des affaires et d’une expérience de juriste d’entreprise, je me décide à créer une start-up autour d’un concept original. Je me suis plantée, non sans avoir insisté. Je n’étais sans doute pas faite pour être entrepreneure”

On peut être animé des meilleures intentions du monde, la difficulté, c’est la mise en œuvre concrète et la production de résultats.

Pour autant, je ne me laisse pas abattre et je rejoins l’association des Restos du Cœur avec cette envie de servir à quelque chose d’utile.

J’y donne des consultations juridiques à ceux qui ont besoin de conseils. Aux Restos du Cœur, on ne juge pas, la valeur, c’est l’accueil. Et puis il y a aussi l’esprit Coluche de faire les choses sans faire la tête.

L’aventure de la législative

La démarche d’Emmanuel Macron, qui consiste à prendre ce qu’il a de bon à gauche comme à droite, m’a immédiatement séduite.

Sa volonté aussi de réunir les bonnes volontés, comme je tentais moi-même de le faire au centre des Restos du Cœur de Sartrouville que je venais de créer. D’où mon envie de participer à cette aventure politique.

Je dépose mon dossier pour être candidate dès l’ouverture du site, sans même en parler à mon mari, avec l’idée de sortir du “y’a qu’à faut qu’on” et de passer enfin à l’action en étant aux manettes. Et voilà comment je me retrouve à me présenter aux élections législatives sous l’étiquette LREM face à Jacques Myard qui en était à son sixième mandat, l’opposé exact de moi, “la débutante”. Et finalement… victorieuse tant le souhait d’un renouvellement des visages était fort.

“On a reproché aux nouveaux députés LREM leur inexpérience, un reproche pour le moins paradoxal puisque les électeurs avaient précisément voté pour nous car nous étions des citoyens neufs incarnant le renouvellement”

On a reproché aux nouveaux députés LREM leur inexpérience, un reproche pour le moins paradoxal puisque les électeurs avaient précisément voté pour nous car nous étions des citoyens neufs incarnant le renouvellement. Il est vrai qu’en débarquant à l’Assemblée, nous ne connaissions pas les codes, les règlements et les rites. Je me suis d’ailleurs pris les pieds dans le tapis plusieurs fois. Mais grâce aux administrateurs de l’Assemblée qui sont aux côtés des députés pour les guider, ces impairs ont été de plus en plus rares.

Premiers pas à l’Assemblée

J’ai ressenti beaucoup d’émotion lors de mes premiers pas à l’Assemblée. Pénétrer dans l’hémicycle, recevoir l’écharpe, remplie de fierté, c’est un honneur et une responsabilité extrêmement lourde que l’on ressent immédiatement, tant les lieux sont chargés d’histoire. Et puis quand la semaine suivante, j’ai été élue présidente de la commission des lois, alors ça a été une émotion à la puissance dix car c’est un poste à responsabilité colossale et pour moi un plongeon dans l’inconnu. Le président de cette commission conduit les débats en son sein autour de son ordre du jour et organise les missions d’informations et les groupes de travail.

“Très vite, je me suis cependant rendu compte que certains m’attendaient “au tournant”, doutant de ma capacité à exercer cette fonction. Je n’avais même pas commencé à travailler, et sans que personne ne me connaisse vraiment, voilà que l’on m’attaquait

Des échos blessants sont même parus dans le ‘Canard Enchaîné’ à ce sujet.

Je ne m’étais vraiment pas lancée dans la politique pour recevoir des coups.

De plus, je ne connaissais pas encore la musique médiatique, aucun nom de journaliste ne figurant dans mon agenda. Réunis en conseil de famille, mes enfants et mon mari m’ont convaincue de ne rien lâcher, ce qui n’a fait que renforcer ma volonté de remplir cette mission au mieux en essayant même de tendre à la perfection.

L’expérience de l’Assemblée nationale confinée

Au début du confinement en mars dernier, l’Assemblée nationale, qui est habituellement une ruche fonctionnant tout le temps y compris le week-end et la nuit, était déserte. Nous étions au maximum 50 personnes, administratifs et députés, comme assiégées, pour traiter les premiers textes de l’état d’urgence sanitaire. Nous l’avons fait avec beaucoup de gravité et de responsabilité, conscients qu’il nous appartenait de faire vivre la démocratie dans des circonstances exceptionnelles. Très vite, l’Assemblée a fonctionné normalement, et l’examen des textes a pu reprendre de façon habituelle. Les textes d’urgence ont été adoptés, à la suite d’une commission mixte paritaire avec le Sénat, en seulement trois jours. Ce fut une très grande satisfaction tant il est vrai que le bon fonctionnement du Parlement, particulièrement dans ces périodes de crise, est la colonne vertébrale de notre démocratie.

Sexisme ordinaire à l’Assemblée…

Des remarques et des attitudes sexistes, j’en ai subies, mais assez rarement. Dans l’hémicycle, il m’est arrivé par exemple pendant une de mes interventions d’entendre un “bruitage” qui se voulait désobligeant en provenance de certains rangs.

“Le sexisme ne doit plus passer. C’est un combat de femmes, mais aussi celui de plus en plus d’hommes. Et c’est pour cela que je suis confiante : ensemble, nous allons le gagner”

De même, à la présidence de la commission des lois, je me suis vue reprocher de vouloir jouer à “la maîtresse d’école”. Mais croyez-moi, je ne laisse jamais sans réaction ce type de remarques. Le sexisme ne doit plus passer. C’est un combat de femmes, mais aussi celui de plus en plus d’hommes. Et c’est pour cela que je suis confiante : ensemble, nous allons le gagner.

Incontournable déjeuner de famille

Je suis pleinement heureuse dans ma vie publique, qui est une source d’épanouissement personnel. En même temps, je reste très vigilante pour ne pas lui sacrifier ma vie de famille, ce qui suppose, étant très occupée, une bonne organisation. Je garde le contact avec mes enfants par des messages réguliers. Et nous organisons, au moins une fois, voire deux fois par semaine, un vrai déjeuner de famille.

“Un vrai déjeuner de famille me donne ainsi une occasion de faire réagir mes enfants à propos des sujets qui m’occupent à l’Assemblée. Et je réalise combien la liberté leur tient à cœur et combien l’environnement les préoccupe”

Cela me donne ainsi une occasion de faire réagir mes enfants à propos des sujets qui m’occupent à l’Assemblée, des sujets qui sont parfois graves comme le droit de mourir dans la dignité ou la procréation médicalement assistée (PMA). Et je réalise combien la liberté leur tient à cœur et combien l’environnement les préoccupe. Des échanges vraiment intéressants.

 

Source :https://www.lenouveleconomiste.fr

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