Théâtre : Tous des oiseaux ou la promesse de l'autre

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Wajdi Mouawad a ouvert le FTA mercredi soir avec sa pièce Tous des oiseaux.
SIMON GOSSELIN/FOURNIE PAR LE FTA

Wajdi Mouawad effectue un retour en force au Festival TransAmériques avec Tous des oiseaux. L'homme de théâtre - médiatiquement invisible au Québec depuis l'affaire Cantat - a ouvert le FTA, mercredi soir, avec sa fresque bouleversante. Un spectacle multilingue (avec surtitres français) défendu par une distribution internationale, qui raconte une histoire d'amour impossible sur fond de conflit israélo-palestinien.

Attention, c'est du (très) grand théâtre !

Créée en novembre 2017 au théâtre qu'il dirige à Paris, Tous des oiseaux est une puissante quête identitaire, à la fois personnelle et universelle. Les thèmes rappellent ceux de ses pièces de jeunesse (Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, Littoral, Incendies), avec une maîtrise formelle, une maturité du propos et une écriture scénique bien aiguisée. De mémoire, c'est aussi sa meilleure mise en scène. Tous les morceaux de ce gros puzzle dramatique de quatre heures s'insèrent les uns dans les autres avec sens et beauté, intelligence et poésie.

Destin tragique

Sur deux continents en divers espaces-temps, l'auteur mêle les coups de foudre aux attaques terroristes, la religion à la sexualité, l'hostilité au pardon.

Ça commence par une rencontre impromptue entre deux jeunes chercheurs dans une bibliothèque à New York. Wahida, une Arabe américaine interprétée par Nelly Lawson (dont le drôle d'accent new-yorkais inventé détonne un peu), prépare une thèse sur un diplomate musulman converti au christianisme par le pape Léon X : Léon l'Africain, celui qui a inspiré le roman d'Amin Maalouf. Et Eitan, un Juif allemand d'origine israélienne, est un étudiant en génétique. « L'identité se résume à 46 chromosomes », estime Eitan, persuadé que seul notre ADN influence notre destin.

Tous des oiseaux, de Wajdi Mouawad, raconte une histoire
 d'amour impossible sur fond de conflit israélo-palestinien.

Or, son destin s'avérera des plus tragique. Son père, David, un Juif croyant et autoritaire, le reniera en apprenant sa relation avec cette femme qui symbolise « l'ennemi ». Mais Eitan (excellent Jérémie Galiana) n'en restera pas là ; il se rendra à Jérusalem pour rencontrer sa grand-mère paternelle, avec laquelle la famille a coupé les ponts... 35 ans auparavant.

Comme dans toutes les oeuvres de Mouawad, la vérité éclatera comme un couteau planté dans la gorge. Chacun des personnages, sans exception, se heurtera à un mur. Et ils verront leurs convictions profondes fondre comme neige au soleil.

Le miracle de Wajdi Mouawad

« Notre passé, nos origines définissent-ils notre identité ? » Voilà la question sous-jacente à Tous des oiseaux. L'auteur libano-franco-québécois estime que l'identité est mouvante, en changement constant, selon nos rencontres, nos désirs, nos choix de vie. L'auteur croit au miracle de la réconciliation. Pour lui, le théâtre sert à nous unir et non à nous diviser. Le fil rouge du récit de sa pièce est un conte perse racontant l'histoire d'un oiseau qui rêve de plonger dans la mer pour nager avec les poissons multicolores ; en surpassant sa peur, il devient un oiseau amphibie heureux de vivre avec les autres, entre ciel et mer. « Je crois que, même au seuil de la mort, il est possible que la réconciliation se fasse par un geste ou un pardon », a-t-il confié dans le livre Tout est écriture, un entretien avec le conférencier Sylvain Diaz, paru en 2017.

Spectacle multilingue (avec surtitres français), Tous des oiseaux 
est défendu par une distribution internationale.

SIMON GOSSELIN/FOURNIE PAR LE FTA

Cette promesse-là est au coeur de Tous des oiseaux. Et aussi une soif d'absolu, de pureté, de vérité que l'auteur sait transposer dans des histoires tragicomiques, poétiques et triviales, qui lui ressemblent. On retrouve donc avec bonheur la parole de Wajdi Mouawad, car elle nous a manqué. D'autant qu'à l'ère du Québec identitaire, le théâtre d'ici a tendance à se diviser dans les fermes convictions de ses artisans. Il faut se montrer fort et convaincant, cacher ses doutes et sa vulnérabilité ; bref, choisir son camp. Tout cela est étranger au théâtre de Mouawad.

Inconsolable 

Dans une émouvante scène finale avec sa famille déchirée, Eitan affirme qu'il ne se consolera pas tant que les hommes ne vivront pas d'amour. Sa réplique a l'effet d'un baume sur nos âmes inconsolables. Le rideau tombe sur cette belle promesse d'un monde meilleur. Qui, hélas, sonne plus vrai au théâtre que dans la vie...

 

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