Théâtre : Adieu Monsieur Haffmann ou la transmission de la vie pour avoir la vie sauve

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Adieu monsieur Haffman théâtre

Paris 1942. Joseph Haffmann est bijoutier. Sa femme et ses enfants sont en Suisse. Joseph est juif et peut, à tout instant être arrêté. Il propose à Pierre Vigneau, son employé, un arrangement.

adieu monsieur haffmann

Adieu monsieur haffmann

Pierre et son épouse reprendraient à leur nom la bijouterie, le temps des événements, tout en hébergeant Joseph à la cave, secrètement.

Pierre aime son métier, il respecte son employeur. Il est travailleur, rigoureux. Il aime les claquettes. Marié à Isabelle, il ne peut transmettre la vie. Il est stérile.

Le voici qui négocie avec Joseph une condition à l’acceptation de sa proposition. Pierre cacherait Joseph Si et seulement Si, celui-ci consentait à ensemencer Isabelle. Joseph peut-il accepter? Peut-il ne pas accepter ?

Au rythme entraînant et saccadé des tapements de pieds, alternent pragmatisme, jalousie, convoitise matérielle, dignité.

Peur et courage rythment les échanges. La peur comme le courage sont-ils des instinctifs ou, à rebours, les traits d’un caractère forgé par le vécu ?

En finesse, la pièce laisse à chacun le soin de s’interroger sur la gratuité consubstantielle du don. La transmission de la vie peut-elle s’affranchir de l’engagement mutuel des individus ?

La vie est-elle un don, émanation divine du Créateur du ciel et de la terre, ou une condition négociable socialement, voire matériellement ?

Jean-Philippe Daguerre, auteur et metteur en scène, confie s’être inspiré du désarroi de ses connaissances prêtes à tout pour accueillir un enfant.

Ce sujet ne saurait esquiver celui de la spoliation des œuvres d’art aux familles juives.

En effet, plusieurs pays, dont quatre en Europe (La Hongrie, la Pologne, l’ Espagne, l’Italie), refusent ou entravent la restitution de ces œuvres d’art pourtant convenue dans les Principes de Washington.

Adieu Monsieur Haffmann, par le prisme du personnage d’ Otto Abetz, Ambassadeur du Reich en France, et l’évocation d’un tableau d’ Henri Matisse, nous confronte à ce passé aux conséquences encore présentes.

Paris, 1942. Le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété. Au bord de la faillite, Joseph Haffmann, bijoutier juif, propose à son employé, Pierre Vigneau, de lui confier sa bijouterie, s’il accepte de le cacher en attendant que la situation s’améliore. Pierre prendra-t-il le risque d’héberger clandestinement son “ancien” patron dans les murs de la boutique ? Et si oui, à quelle condition ?

La mise en scène épurée et efficace de Jean-Philippe Daguerre nous engage

http://www.theatre-rive-gauche.com/spectacle-adieu-monsieur-haffmann.html

Adieu Monsieur Haffmann Une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe DAGUERRE

Adieu Monsieur Haffmann
Une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe DAGUERRE

Je ne sais pas vraiment d’où m’est venu l’idée de cette pièce :

Sans doute de mes premiers souvenirs d’enfance avec “Bon Papa Alban” qui me promenait pendant des heures dans le cimetière de Montauban. On s’arrêtait devant chaque tombe, il me racontait la vie des morts… et j’adorais ça.
Sans doute de ce "voyage scolaire" à Auschwitz qui m’a éloigné de l’enfance tout en me rapprochant de l’horreur dont sont capables les Hommes.
Sans doute de tous ces amis touchés par la stérilité et qui cherchent par tous les moyens à avoir un bébé.

Sans doute pour chercher à écrire une pièce qui parle d’amour, de courage et de peur… et qui puisse (m’) aider à mieux comprendre le désordre des Hommes.

L’écriture d’Adieu Monsieur Haffmann par sa construction dramaturgique et rythmique peut faire penser à un scénario de film.
Autant j’adore le cinéma autant je n’aime pas le jeu “naturel” du cinéma au Théâtre.

Je m’attacherai dans ma direction de jeu à proposer un point de vue rythmique guidée par cette conviction intime qui influence toutes mes mises en scènes du répertoire classique et contemporain :"Les temps du Théâtre ne sont pas les temps de la vie". On ne respire pas au Théâtre comme dans la vie, on ne parle et on ne bouge pas au Théâtre comme dans la vie.

Je pense en effet, que le Théâtre a pour devoir de proposer un langage de jeu "extra-ordinaire"… que ce soit au niveau de l’engagement physique et émotionnel ou de la valeur du son, des silences et du rythme… vigilance encore plus accrue quand on s’attaque à une écriture contemporaine qu’on peut vite tirer vers un coté “conversation” que je déteste.

Par ailleurs, je me retrouve tout à fait dans ce gentil reproche adressé par Anouilh à Jean-Louis Barrault qui jouait dans une de ses pièces : “Ce n’est pas vous mais le public qui doit pleurer”.

Donc pas de complaisance émotionnelle et narcissique, pas de quatrième mur, pas de gestes qui ne servent à rien, pas d’onomatopées gratuites qui précèdent ou concluent les répliques.

Je veux une parole forte et vive qui circule à travers des comédiens puissants et généreux qui transpirent le plaisir de transmettre cette histoire jusqu’au fond de la salle.

Même principe pour les costumes et la scénographie que j’imagine sobres et efficaces.

Je n’aime pas les décors et costumes trop illustratifs qui étouffent les comédiens. Je ne veux que des éléments essentiels sur scènes permettant aux spectateurs d’imaginer en deux temps trois mouvements qui sont les personnages et où ils se trouvent : une table, trois chaises et la radio dans la cuisine ; le bureau, deux chaises, un lit simple et le tableau de "La Femme assise" dans la cave… avec un fauteuil de cinéma on est au Cinéma, avec une plaque de bois on est dans une salle de claquettes.

L’élégante sobriété du décor et des costumes impliquant évidemment une création lumière et sonore très fine. Il me reste enfin à trouver le moyen de mettre clairement en scène cette longue et dernière scène finale autour de la table… parmi les nombreuses idées qui me viennent en tête cela pourrait d’ailleurs être la plus cinématographique qui pourrait avoir mes faveurs.

Jean-Philippe DAGUERRE

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