Que pensent les survivants de la Shoah des camps de la mort polonais?

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Que pensent les survivants de la Shoah des camps de la mort polonais?

« Après toutes ces années, ils veulent qu'on rejette leur faute, comme s'ils n'y étaient pour rien», a déclaré Freda Wineman, une survivante du camp de la mort d'Auschwitz II-Birkenau, au sujet de la promulgation d’une loi polonaise controversée souhaitant proscrire la complicité des Polonais dans les crimes nazis.

Bien que la partie de la loi qui criminalise l'utilisation de l'expression «camps de la mort polonais» ait fait la une des journaux, le fait que les camps aient été établis et dirigés par des nazis n'est pas l'objet du conflit. La principale préoccupation est que la criminalisation des déclarations concernant la complicité de la nation polonaise est une tentative de déformer l'histoire et peut empêcher les survivants et les historiens de parler librement.

Freda Wineman, une Française qui vit au Royaume-Uni depuis 1950, pense que la mesure est liée à une attitude de la troisième génération envers l'histoire de l'Holocauste.

"Ils veulent la blanchir en leur faveur", affirme-t-elle.

"Quand les nazis se sont déployés, la Pologne avait la plus grande population juive d'Europe [quelque 3,2 millions de Juifs], et pourtant, le fait qu’ils aient été rassemblés si rapidement dans les ghettos sous entend qu'il devait y avoir une certaine complicité avec la population polonaise locale. Très peu de Polonais sont élevés contre cette mesure et ont essayé d'aider les Juifs qu'ils côtoyaient depuis longtemps », note-t-elle. "Ils étaient presque heureux de pouvoir prendre en charge les maisons des Juifs et les affaires qu’ils devaient abandonner.

"Vous devez toujours vous souvenir des Justes parmi les Nations, mais c'était une minorité. Certaines personnes que je connais ont été cachées par des chrétiens ", reconnaît-elle. Mais il faut aussi se souvenir, dit-elle, que «les Polonais étaient déjà antisémites avant la guerre».

Les parents de Freda Wineman et l'un de ses frères ont été tués à Auschwitz, et seul un membre de la famille de son père, originaire de Pologne, a survécu à l'Holocauste. Au cours des deux dernières décennies, elle a consacré une grande partie de son temps à partager son témoignage avec des étudiants et avec le public au Royaume-Uni.

"L'histoire du blanchiment des faits", dit-elle, "peut être faite plus facilement alors que notre génération disparaît peu à peu, donc il est très important que combattions aujourd’hui."

L’historien SHIMON REDLICH est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Together" et "apart in Brzezany", qui explorent les relations entre les Polonais, les Ukrainiens et les Juifs qui vivaient dans l'ancienne ville ukrainienne de Brzezany, où il a survécu à l'Holocauste.

Lui aussi exprime une vision négative de la nouvelle législation polonaise.

Des survivants marchent entre les barbelés à Auschwitz, lors des cérémonies marquant le 73e anniversaire de la libération du camp, à Oswiecim, en Pologne, le 27 janvier 2018. (REUTERS / KACPER PEMPEL)

Des survivants marchent entre les barbelés à Auschwitz, lors des cérémonies marquant le 73e anniversaire de la libération du camp, à Oswiecim, en Pologne, le 27 janvier 2018. (REUTERS / KACPER PEMPEL)

"Je suis critique à ce sujet, et mon jugement est certes basé sur l'émotion, mais aussi sur la connaissance et la recherche et mes perspectives générales. Je suis un historien et je suis libéral", dit-il.

Deux familles ont contribué à lui sauver la vie pendant l'Holocauste, une polonaise et une ukrainienne.

"En tant qu'historien, je suis contre toute limitation imposée aux historiens et aux chercheurs dans leurs recherches sur ces sujets difficiles et tristes", a déclaré Redlich. "Je dirais que cette nouvelle loi, que ce soit en Pologne, en Ukraine, en Israël ou dans n'importe quel pays, est antihistorique, et anti-libérale".

Mais Redlich est également critique au sujet de la réponse émotionnelle qui a émané d'Israël ces derniers jours.

"Si je me place en tant qu’enfant survivant, je critique aussi les généralisations et les stéréotypes qui apparaissent aujourd’hui dans les médias israéliens. Si vous ouvrez tous les journaux, les premières pages parlent de la culpabilité polonaise et des Polonais en général, des gens terribles, presque pires que les Allemands », a-t-il dit. "En tant qu'historien et que personne sauvée par une famille polonaise, je critique aussi cet outrage général contre les Polonais.

"Je peux comprendre les émotions, mais nous devons faire une division entre l'émotion des survivants, beaucoup de ceux qui ont connu un comportement inhumain de la part de certains Polonais, et d'autre part l’accusation du peuple polonais d'être pire que les Allemands , parce que c'est une idée entièrement fausse", dit Redlich.

"Nous devrions toujours nous rappeler que c'était Hitler et les nazis", poursuit-il, "et qu'il y avait de l'aide de la part des populations locales, dans de nombreux pays, pas seulement en Pologne".

"Il faut être très prudent pour voir les différentes nuances et ne pas tout mettre dans le même panier", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il fallait faire de même avec le gouvernement polonais actuel, conservateur et nationaliste.

"Ils veulent affranchir les Polonais qui sont accusés de collaborer avec les nazis - ils ont une image de la Pologne comme étant une nation martyre qui a souffert des Russes et des Allemands, et ils ne veulent pas convenir que même une partie des Polonais a collaboré ou s’est comportée de façon immorale envers leurs voisins juifs.

Nous devrions nous rappeler que l'ancien gouvernement polonais a autorisé l'histoire de l'Holocauste telle qu'elle devait être publiée et même demandé pardon au nom de la nation polonaise pour ce qu'ils ont fait à leurs voisins. Nous devons avoir une perspective et ne pas tout voir en noir et blanc ", dit-il.

Redlich note également que pendant lorsque la Pologne était sous régime communiste, la mention de Justes parmi les Nations était presque inexistante. "Et maintenant ce gouvernement nationaliste, droitier, polonais gonfle le sujet ... pour transformer toute la nation polonaise en une nation de sauveurs de Juifs."

L’auteur et Journaliste Zvi Gil a survécu aux camps de concentration d'Auschwitz et de Dachau et au ghetto de Lodz. Son père, son grand-père, deux frères et sœurs et la plupart de sa famille ont été tués dans le camp d'extermination de Chełmno.

Gil convient que le gouvernement polonais actuel aiguille le pays dans une direction dangereuse.

"Il n'y a pas de justice et pas de logique dans la loi", a-t-il déclaré, estimant que cela ne ferait que nuire au statut de société ouverte de la Pologne, dans l'Union européenne et dans la communauté internationale.

"Si le gouvernement adopte la loi", a-t-il dit, il doit être très clair sur ce qu'elle inclus. Cela ne doit pas empêcher les chercheurs de faire leur travail en Pologne, par exemple", dit-il.

Il dit qu'il est important de reconnaître que les Polonais ont également été victimes des nazis, qu’ils ont souffert entre leurs mains et ont été tués par eux.

"Et il n'y avait pas un corps de Polonais, comme en Hongrie, qui a aidé les nazis, mais différents groupes de Polonais ont profité du fait que les Juifs étaient partis - par exemple, ils ont détruit des cimetières et utilisé les pierres tombales pour la construction, " dit-il.

"La haine de l'autre était l'une des choses qui caractérisait la nation polonaise", a-t-il dit, notant qu'il y avait même des accusations de meurtres rituels contre les Juifs à la fin du 19ème siècle dans la ville où il a grandi, Zdunska Wola.

En 1940, la famille de Gil a été raflée et envoyée dans le ghetto qui a été établi dans leur ville, Zdunska Wola, où son grand-père avait été le chef de la communauté juive.

"Ayant été élevé dans une maison religieuse, j'avais l'impression que c'était la destruction du Troisième Temple. Quand nous avons été conduits de notre maison spacieuse vers une bicoque, nous n’avons bénéficié d’aucune sympathie ni d'aide des amis polonais que nous avions alors".

Mais il note que la première section de son livre autobiographique Paper Bridge est consacrée à sa vie de famille et à la vie communautaire à Zdunska Wola avant la guerre. "Nous avons eu une bonne vie, donc mes souvenirs de la Pologne sont nostalgiques. Je ne les cache pas et je ne les hais pas - au contraire. "

Il dit avoir pensé que la Pologne contemporaine prenait une direction positive, "mais il semble que ce soit en marche arrière, et en tant que natif de Pologne toujours lié à la Pologne, à son paysage et à sa littérature, ça me fait mal", remarque-t-il.

Source : Jpost

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