Un rabbin orthodoxe va commencer à célébrer des mariages LGBTQ. Voici pourquoi

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Je suis un rabbin orthodoxe et je vais commencer à célébrer des mariages LGBTQ. Voici pourquoi

Une de mes amies issue d’une famille haredi (orthodoxe) a posé publiquement une question sur les médias sociaux. Elle avait assisté à une conférence sur l'inclusion des LGBTQ. C'est là qu'elle a appris la pratique de certains prêtres catholiques qui décrivaient qu'ils allaient dans les bars gays en tenue cléricale complète : Ils s'asseyaient au bar, et quand les catholiques queer s'approchaient d'eux, les prêtres leur parlaient de l'amour de Dieu et leur place dans l'église.

Mon amie a posé la question à sa communauté, des Juifs observants, tout en sachant que les rabbins n'ont pas de tenue cléricale d'identification : Quand les rabbins orthodoxes feront-ils de même ?

En tant que rabbin orthodoxe moi-même, j'étais intrigué. J'ai découvert une kippa arc-en-ciel en ligne et j'ai décidé de l'acheter.

Elle a réussi à attirer l'attention le premier jour où je l'ai portée. Une femme m'a pris en photo et a levé le pouce.

Un SDF qui mendiait dans le métro s'est approché, me montrant ma kippa du doigt, et m'a dit : "Maintenant j'aime ça", et m’a cogné le poing. Un homme en talons hauts est venu me voir avant de descendre à son arrêt et m'a dit : "Merci pour la kippa." Je me suis même rendu au siège de Chabad Lubavitch le même jour pour une réunion et un Hassid m'a demandé où il pouvait trouver une kippa comme la mienne. Je m'en doutais : la kippa fonctionne.

Mais qu'est-ce que cela symbolise et est-ce suffisant ?

La kippa est un symbole de mon engagement envers Dieu, la Torah et le peuple juif. Pour moi, la kippa arc-en-ciel est aussi un symbole que Dieu et le judaïsme vous aiment, peu importe votre orientation sexuelle.

Je comprends que la simple lecture du Lévitique considère le sexe homosexuel comme une "toevah", souvent traduit par abomination. Je comprends que la loi juive considère les kiddushins, la cérémonie rituelle du mariage, comme une structure juridique entre un homme et une femme. Je le sais et je le respecte.

Mais je crois aussi que la Torah ne veut pas que les êtres humains vivent seuls et elle soutient une relation d'alliance entre les parties dans la construction d'un foyer juif fidèle. Je sais que le judaïsme a, depuis des milliers d'années, une riche compréhension de la diversité des identités de genre. Je sais que la Torah affirme la dignité divine de tous les êtres humains.

Dans le récent film "Boy Erased", basé sur les mémoires de Garrard Conley décrivant son expérience dans un programme de conversion gay, une scène entre un père pasteur baptiste et son fils gay adulte m’a marqué. Le personnage de Conley dit quelque chose du genre "J'ai essayé de changer, Dieu sait que j'ai essayé. Je ne peux pas changer. Maintenant, c'est ton tour."

Ma propre école rabbinique, Yeshivat Chovevei Torah, qui est un phare du traditionalisme progressiste, a récemment informé ses étudiants et ses anciens élèves qu'un de ses étudiants de quatrième année, un homme ouvertement gay, ne sera pas ordonné à quelques mois de la fin de ses études au séminaire. C'est un douloureux rappel que les Juifs LGBTQ n'ont toujours pas la capacité de participer pleinement et sur un pied d'égalité à tous les aspects de la vie orthodoxe.

DENVER, CO - MAY 1: Laurel Javors (L) and Rafi Daugherty listen as a couple participates as a couple are issued a Civil Union license at a midnight ceremony in the Denver Office of the Clerk and Recorder, at the Wellington E. Webb Municipal Office Building on May 1, 2013 in Denver, Co. Colorado is the eighth state to have civil unions or similar laws implemented, permitting unmarried couples, both gay and heterosexual, the ability to form civil unions and get similar rights to those of married couples. (Photo by Marc Piscotty/Getty Images)

C'est pourquoi, à l'avenir, je célébrerai des cérémonies de mariage pour les Juifs queer.

Je suis passionnément attaché à Dieu, à la loi juive, à la Torah et au peuple juif. Il ne s'agira pas de cérémonies de " kiddushin ", mais de cérémonies semblables aux cérémonies brit shutafin (partenariat d'alliance) que le rabbin visionnaire Steven Greenberg, fondateur d'Eshel, pratique depuis des années.

Je comprends que pour certains, cela peut sembler être une rupture flagrante avec la tradition, et je sais que certains de mes professeurs et la communauté orthodoxe dans son ensemble pensent que c'est franchir une ligne qui ne devrait pas être franchie.

Pourtant, je sais qu'il y a un nombre restreint mais croissant de rabbins orthodoxes appartenant au spectre orthodoxe moderne qui croient que c'est ce qu’il faut faire. J'espère qu'en agissant de la sorte en tant que communauté, les Juifs queer se verront valorisés dans la communauté et verront que leurs rabbins sont prêts à célébrer leurs choix de vie de mariage dans l’allinace sacrée. Il ne s'agit pas seulement de défendre la dignité de l'être humain, mais de préserver la dignité de la Torah elle-même, ce qui souligne la nécessité d'un partenariat aimant.

Un jour de mariage devrait être un jour joyeux pour les compagnons amoureux, comme le veut la liturgie, quelle que soit leur orientation sexuelle. Si le couple choisit de vivre une vie juive, de construire un foyer juif et d'élever des enfants juifs, notre rabbinat traditionnel doit saisir l'occasion d'accueillir et de travailler avec ces familles pour les moments les plus précieux de leur vie. Sinon, nous risquons de nous aliéner davantage et de tomber dans un abîme d'insignifiance religieuse en refusant à ces couples leur lieu d'appartenance légitime.

Nos communautés orthodoxes ne devraient-elles pas se dépêcher de saisir l'occasion de maintenir autant de juifs engagés dans leur judaïsme ? Est-ce là la Torah et sa récompense ?

Nous attendons depuis longtemps un nouveau paradigme. Je suis honoré de faire partie d'une nouvelle génération qui cherche à chevaucher la tradition sacrée dont nous avons hérité, ainsi que l'humanité devant nous.

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