Plus de beurre en Israël, la faute à qui ? À la Chine ?

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manifestation du 24 février 2014 contre la vente de l’entreprise laitière israélienne Tnuva à une entreprise chinoise. (crédit photo : Roni Schutzer/Flash90)

Pénurie de beurre en Israël !

Pourquoi n'y a-t-il plus de beurre dans les supermarchés ? A cause des agriculteurs ? Du Premier ministre ? Des syndicats ? De la Chine ? Des gourmets ? De la météo ? fake news ?

Mercredi, dans un grand supermarché Shufersal du centre de Tel Aviv, il n’y avait pas de beurre. Beaucoup de margarine. Approvisionnement abondant de la pâte à tartiner danoise à base de beurre Lurpak. Des tas de choses qui ressemblent à du beurre.

Mais pas de beurre.

« Il y a une pénurie à l’échelle nationale », déplore une femme qui achète du fromage. « Cela fait un mois que je ne peux pas faire de gâteau. »

Le gérant du magasin, Idan Alperovich, l’a confirmé. « Nous commandons du beurre, et Tnuva [la plus grande entreprise laitière et alimentaire d’Israël] nous livre quelques cartons, qui se vendent en quelques heures. »

Mais il est optimiste. Et il a une explication, qui, en fin de compte, semble logique. « J’espère que maintenant que les fêtes juives sont terminées, les choses vont s’améliorer, parce que les gens de l’industrie laitière retournent travailler. »

Ailleurs à Tel Aviv, la situation n’est pas meilleure. Au City Market de la rue Ibn Gabirol, le caissier nous suggère de « demander à Tnuva pourquoi ils ne nous livrent pas de beurre. À mon avis, Tnuva le fait exprès, c’est une ruse. »

Dans une succursale de la chaîne de supermarchés Tiv Taam à proximité – victoire ! Deux marques de beurre sont en vente, à 12,90 shekels (3,22 euros) et 13,50 shekels (3,37 euros) pour une motte de 200 grammes. Sauf qu’il s’agit de beurre lituanien. Et c’est presque le double du prix du beurre local, absent des rayons du supermarché.

A Jérusalem, la situation est identique depuis des semaines. Des petites épiceries de quartier aux grands hypermarchés : pas de beurre local ; et soit pas de beurre importé, soit des marques danoises, finlandaises et françaises vendues deux ou trois fois plus cher.

Sur les réseaux sociaux, les utilisateurs se partagent des tuyaux sur les rares apparitions de la marchandise rare, de manière parfois ironique.

« Repérés, dix paquets de beurre Tnuva », a écrit un utilisateur de Twitter vendredi : « Dans une épicerie de Moshav Ramot Meir. J’en ai acheté deux et je suis prêt à échanger contre une place pour Nick Cave ». Un chanteur australien qui revient à Tel Aviv en juin prochain après un concert à guichets fermés l’année dernière.

D’autres commentateurs des réseaux sociaux font de cette pénurie une affaire politique : tout est de la faute de la droite, ou de la gauche, des syndicats, du Premier ministre, etc.

Certains commentateurs sont affiliés à un grand nombre de groupes de droite récemment formés. Dans une publication Facebook datée du 17 octobre, Yoni Blondi, chercheur au Forum libertaire Kohelet, écrit : « Pourquoi y a-t-il pénurie de beurre ? Parce que le gouvernement s’immisce dans le marché  Le prix du beurre est réglementé ‘dans notre intérêt’, et les producteurs ne sont pas incités à être plus efficaces ou compétitifs, ni à baisser ou augmenter le prix en réponse à la demande, et quel en est le résultat ? Une pénurie. »

Le chercheur conclut que des institutions « protectionnistes » comme l’Association des Industriels d’Israël et la Histadrout, le syndicat de travailleurs israéliens, font obstacle à l’efficacité des marchés, et que la Histadrout en particulier devrait être supprimée.

Un utilisateur de Twitter anti-Netanyahu, en revanche, écrivait vendredi : « Depuis des mois, il n’y a plus de beurre dans les supermarchés, foutu beurre. Dites-moi encore une fois à quel point Netanyahu a été génial pour l’économie. Quand je cuisine de la nourriture thaïe, c’est un défi de trouver des ingrédients comme du combava, de la papaye verte et du galanga. C’est normal. Mais le beurre… »

Est-ce la Chine qui a tout pris ?
Certains commentateurs attribuent cette pénurie à l’Extrême-Orient.

« Tnuva exporte le beurre à l’étranger, en particulier en Chine », écrit un commentateur sur le site Web de la Douzième chaîne.

« Bibi a vendu la moitié du pays aux Chinois ! » ajoute un autre.

Les deux commentateurs font référence au fait que le contrôle de Tnuva, la plus grande entreprise alimentaire israélienne, a été vendu en 2014 à un conglomérat alimentaire appartenant au gouvernement chinois : Bright Food. Au moment de la vente, l’ancien directeur du Mossad, Efraim Halevy, avait prévenu que la vente pourrait s’avérer dangereuse pour la « sécurité alimentaire » d’Israël.

Un accessoire d’une manifestation du 24 février 2014 contre la vente de l’entreprise laitière israélienne Tnuva à une entreprise chinoise. (crédit photo : Roni Schutzer/Flash90)

« Le fait que la plus grande entreprise alimentaire israélienne appartienne au gouvernement chinois conduira à une situation où l’entreprise mettra en œuvre des politiques qui servent les intérêts de la Chine et non d’Israël », avait-il alors déclaré au site d’information Ynet.

D’autres commentateurs en ligne se sont réjouis de la pénurie de beurre comme étant un revers pour une industrie laitière qu’ils considèrent cruelle pour les animaux. Un site Web appelé Tivonews (Vegan News) a publié un article sur une crise de pénurie de beurre en janvier intitulé « Produits laitiers : le début de la fin ? »

Un utilisateur de Twitter a commenté  : « Plus tôt les produits laitiers disparaîtront, mieux ce sera pour les humains et les animaux », ce à quoi un autre a réagi : « Amen. »

Mais, sérieusement

Le Times of Israel a contacté des représentants des producteurs laitiers, des producteurs alimentaires et du gouvernement israélien pour savoir ce qui se passe. Tous s’entendent pour dire qu’il y a pénurie. Mais ils ne sont pas d’accord sur sa cause et insistent sur le fait que la réponse est « compliquée ». (Oy.)

Eviatar Dotan, directeur de l’Israel Cattle Breeders Association [Association des éleveurs israéliens], qui représente les producteurs laitiers des kibboutzim et des moshavim, a déclaré que les producteurs locaux produisent moins de lait parce que la demande des producteurs laitiers, dont le plus important est Tnuva, est moindre. Tnuva, a-t-il dit, achète 80 % de tout le lait produit en Israël pour le fromage blanc, le yaourt, le beurre, le lait à boire et autres produits.

Et pourquoi Tnuva et les autres producteurs achètent-ils moins ? « Il faut demander aux producteurs laitiers. »

M. Dotan a expliqué que l’ensemble de l’industrie laitière est gérée sur la base de la « Loi sur la planification du marché laitier », entrée en vigueur en 2011. Cette loi détermine la quantité de lait qui sera produite chaque année, fixe le prix que les entreprises laitières paient aux agriculteurs et contrôle les prix que les consommateurs paient au supermarché. Malgré la nature « planifiée » du marché, a-t-il dit, les producteurs comme Tnuva ont un grand pouvoir dans la détermination du quota annuel de lait.

Pourquoi ce marché est-il planifié ? Selon le site Web de l’Israeli Dairy Board, l’organisation à but non lucratif chargée de planifier et de coordonner la production laitière israélienne, deux raisons principales expliquent pourquoi le gouvernement a décidé que la surveillance, par opposition au marché libre, était nécessaire.

La première : parce qu’il est important que « l’approvisionnement en lait et en produits laitiers soit avant tout local ». La seconde : parce que le gouvernement veut assurer la subsistance des kibboutzim et des moshavim qui sont souvent situés stratégiquement le long des frontières peu peuplées d’Israël.

« La reconnaissance de la nécessité de continuer à gérer le marché laitier comme un secteur planifié de l’économie », précise le site web du Dairy Board, « fait partie de la politique du gouvernement pour préserver et renforcer la répartition géographique de la population israélienne, en protégeant les fermes laitières existantes et en donnant la priorité à un ancrage économique pour une implantation dans la périphérie israélienne ».

Ce qui semble bien en théorie… et n’explique pas du tout la pénurie de beurre. Revenons-en donc au président de l’Association des éleveurs israéliens.

Eviatar Dotan, directeur de la Israel Cattle Breeders Association. (Facebook)

Il explique que le Dairy Board écoute des producteurs comme Tnuva, Tara et Strauss, et essaie d’établir des quotas sur la production laitière en fonction de la demande que ces producteurs ont annoncée. Mais les producteurs, comme nous le savons, ont exigé moins de lait cru ces derniers temps. Et Eviatar Dotan, comme il nous l’a déjà dit, ignore pourquoi.

« Si les producteurs demandaient 100 millions de litres de lait en plus, ils pourraient produire suffisamment de beurre, et la pénurie serait terminée. Vous devez leur demander », répète-t-il, « pourquoi ils ne réclament pas plus de lait ».

« Les fermiers », dit-il, « sont furieux ».

Ils ont raison de l’être. Ils sont manifestement prêts à répondre à la demande des consommateurs. Et, dans un marché « planifié » qui vise à s’assurer que l’offre de produits laitiers est principalement locale, on ne leur permet pas de le faire.

Réchauffement climatique et modes alimentaires

Uri Wollman, un porte-parole du Dairy Board, a refusé de pointer du doigt Tnuva, le gouvernement ou les producteurs laitiers.

D’après lui, c’est la canicule de l’été et les tendances de consommation alimentaire qui sont à blâmer.

« Le beurre est fait à partir des parties grasses du lait, et les vaches produisent moins de lait gras en été lorsqu’il fait chaud », explique-t-il. « Tnuva, qui est le producteur de beurre presque exclusif d’Israël, a moins de lait gras avec lequel travailler. »

 

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