Penseur Juif : Stéphane Mosès penseur majeur du judaïsme

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Stephane Moses avec imperméable et chapeau

Stéphane Mosès penseur majeur  du judaïsme

Stéphane Mosès, "Instantanés suivi de Lettres à Maurice Rieuneau (1954-1960)", préface d'Emmanuel Moses, coll. L'Infini, Gallimard, Paris, 2018.

Pour sa révolution intérieure  (cf. « Un retour au judaïsme. Entretiens avec Victor Malka », Le Seuil) Stéphane Mosès (mort en 2007) a travaillé avec les œuvres capitales de la pensée juive du XXème siècle. Ce livre en donne un aperçu transversal et double accompagné d’une belle préface de son fils, le poète Emmanuel Moses dont les œuvres sont essentiellement publiées chez Gallimard.

Stephane Moses

Stephane Moses

 

Né dans une famille juive, à Berlin, en 1931, la trajectoire individuelle du philosophe est marquée par l’Histoire.  Sa famille afin de fuir les persécutions quitte l’Allemagne pour Casablanca puis à Paris où, après avoir réussi le concours de l’École normale supérieure, l’auteur devient universitaire à la Sorbonne et à Nanterre.

Peu à peu  Mosès quitte l’assimilation dictée par sa famille pour « redécouvrir » la dimension spirituelle, philosophique et intellectuelle du judaïsme. Il le fait - selon ses propres mots -  sans la « grâce » mystique : il n’existe pas chez lui une révélation comme celle de Claudel envers le catholicisme ou de Rosenzweig envers le judaïsme. Sa religiosité restera modérée et avec une distance vis à vis de l’orthodoxie religieuse.

Néanmoins Mosès devient un acteur important dans le renouveau du judaïsme français. Il en dirigea un des principaux pôles institutionnels : l’école Gilbert-Bloch d’Orsay de Léon Askénazi, Robert Gamzon  puis Henri Atlan.

Marqué par la guerre des Six Jours il décide d’aller vivre en Israël  et s’y installe en 1969. Il enseigna trente ans à l’Université hébraïque de Jérusalem  et créa le département d’études germaniques.

Ce qui attire Mosès dans le judaïsme  est ce que ce dernier partage avec la civilisation occidentale. Ses recherches sur le domaine juif-allemand lui permettent de faire découvrir un certain nombre de penseurs juifs  connus ou méconnus ;  Gershom Scholem , Walter Benjamin, Martin Buber, Hermann Cohen, Manès Sperber, Hans Jonas mais aussi Maharal de Prague et  Haïm de Volozhyn, auteur de « L’Âme de la vie » qui développe la relation singulière entre l’homme et du judaïsme. Sans oublier Franz Kafka et Paul Celan.

Néanmoins l’œuvre de Mosès reste au plus haut point empreinte de la pensée de Franz Rosenzweig (1886-1929), sur lequel il écrit un livre majeur « Système et Révélation ». Existe dans l’œuvre toute une mise  en lumière de la pensée judéo-allemande mais aussi une vision personnelle du judaïsme  comme point d’articulation possible de l’universel et du particulier, le refus de l’idéologie de la laïcité mais aussi un constat conclusif sur la crise, voire l’échec du judaïsme  et une vision pessimiste à l’époque de la fin de sa vie mais qui permettent de poursuivre une réflexion.

Cette vision passe ici par des « choses vues ». A titre exemple la suivante ; « Berlin 1936 : du balcon de mes grands-parents, angle Kurfürstendamm et Wilmersdorferstrasse, j’assiste à la parade d’ouverture des jeux Olympiques.

Debout dans une voiture découverte, un personnage en uniforme brun salue, le bras tendu, la foule enthousiaste qui l’acclame. Je demande à ma mère : "Qui est cet homme"? Elle me tire par le bras vers le fond de l’appartement et me dit seulement : "Viens, ce n’est pas pour toi."» Une telle vignette est l’exemple de ce texte plus intime.

Quant aux lettres à Rieuneau, elles permettent d'affiner la nouvelle vision de l'histoire  liée à l'idée d'une utopie messianique. À la vision optimiste d'une histoire conçue comme une marche permanente vers l'accomplissement final de l'humanité, Mosès oppose l'idée d'une histoire discontinue, dont les moments ne se laissent pas totaliser. Mais sur les décombres de la raison historique l'auteur croit que l'espérance peut reprendre d'un essor. A l'époque ce ces lettres, l'utopie d'un temps ouvert à l'irruption du nouveau, la réalisation imminente de l'idéal redevenaient pensable. A suivre donc. Pour non le pire mais le meilleur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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