Parler d’humour juif est un pléonasme de Claude Layani

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L'humour juif rire de ses travers à travers soi

POURIM L’HUMOUR JUIF

« Rire est bon pour la santé, les docteurs recommandent le rire. » (Choleim Aleichem)

Pour un célèbre psychanalyste, parler d’humour juif est un pléonasme. En effet, on trouve dans l’humour juif tous les ingrédients habituellement présents dans l’humour des autres peuples, et ceci à une concentration trois fois plus élevée.

Parfois féroce, quelquefois attendrissant, toujours juste, cet humour est apprécié aussi bien par les Juifs qui mieux que personne, savent rire de leurs travers, que par les non-Juifs.

 

Henri Bulawko dans son « Anthologie de l’humour juif et israélien

Henri Bulawko dans son « Anthologie de l’humour juif et israélien

Henri Bulawko dans son « Anthologie de l’humour juif et israélien » paru aux Editions Bibliophane écrit dans son introduction: « On dit que le violon exprime le mieux l’âme juive parce que, de tous les instruments, ses accents sont souvent les plus proches des sanglots. D’autres diront que la maîtrise de cet art, dans lequel se sont illustrés tant de virtuoses juifs, s’explique par la légèreté de l’instrument que l’éternel errant pouvait emporter avec lui. Il y a là du vrai, mais comment expliquer alors l’éclosion de tant de pianistes juifs ?

L'humour juif rire de ses travers à travers soi

L'humour juif rire de ses travers à travers soi

Dieu est humour , l'humour juif

Dieu est humour , l'humour juif

La vieille complainte du Juif errant repose sur une légende d’inspiration chrétienne. L’historien qui brasse les événements jalonnant deux mille années de dispersion, avec inquisitions et progromes, exhale lui aussi des accents souvent désespérés... En effet, lorsqu’on se penche sur « l’âme juive »: un long sanglot, des chants désespérés, une complainte qui n’en finit pas...Et pourtant, aussi paradoxal que cela paraisse, les Juifs ont toujours trouvé en eux la force du rire. Mieux que d’autres, ils ont su utiliser le rire comme arme de défense. Il leur a aussi servi à atténuer les plaies de l’humiliation. »

  1. Grigorieff ajoute dans une postface intitulé « Le verbe s’est fait glaive »sur l’humour juif paru chez Marabout: « L’humour juif ? Qu’est-ce que c’est ? Un humour comme les autres ? Une conquête de l’esprit ? Un jeu intellectuel ? Non !  Rien de cela. si ce n’est comme épiphénomène, mais. plus concrétement, un mécanisme de défense original, une adaptation verbale prodigieuse en réaction à la névrose qui guette le Juif face à un monde hostile. Paradoxalement, l’un des peuples les plus brimés de la terre ne raille pas les plus puissants mais se moque de lui-même ».

L’humour juif se réduit aux histoires juives racontées par les Juifs eux-mêmes. Mais nul ne se connaît mieux et ne se juge plus férocement qu’un Juif faisant de l’humour. L’humour juif peut, être assimilé à une langue vernaculaire pourvue d’un pouvoir exorciste contre les démons humains.L’humour juif, mécanisme de défense individuel, est également un mécanisme de défense collectif: celui de la bourgade juive « shtetl » contre la ville hostile. Ainsi, malgrè un attrait certain, l’humour juif ne doit pas être analysé comme une oeuvre esthétique, mais comme une production psychologique naissant d’un Surmoi protecteur en réaction à un conflit entre le Moi et le monde extérieur. C’est si vrai que les individus capables de diriger leur agressivité contre un objet ne font pas, ou ne font plus, d’humour

On peut imaginer comment, face à l’agressivité ambiante, jour après jour, ce mécanisme de défense s’est créé et construit en système jusqu’à se transmettre culturellement.... »

Une « bonne histoire juive », née on ne sait où la plupart du temps, ne meurt pas. Elle se transmet d’une génération à l’autre et se transforme souvent en cours de route.

Le Juif rit de tout: de lui-même, de sa faiblesse, de sa misère.Comme le fait remarquer Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer dans « La Bible de l’humour juif » paru chez Ramsay :  « Avec à la fois un esprit caustique et une tendre indulgence, les histoires drôles et parfois moins drôles mettent en scène tous les personnages de la vie juive, de la yiddish mamé aux rabbins miraculeux, des mendiants bouffons aux psychanalystes, de ces futurs beaux-pères en quête de futurs gendres aux chauffeurs d’autobus de Jérusalem, en passant par un des principaux personnages de ces histoires: Dieu en personne !

Mais l’humour juif n’est pas qu’une longue complainte !

Il est sorti des petites ruelles juives et se promène maintenant sur les grandes avenues new-yorkaises et les grands boulevards parisiens. Au commencement les histoires juives étaient racontées en yiddish ou en judéo-arabes ou encore en judéo-espagnol ; aujourd’hui, nous sommes la seconde génération de cet humour , et nous racontons ces histoires en français ou en anglais, mais avec l’accent, accent qui est notre mémoire la plus proche et la plus intense.

L’humour suit le Juif sur les chemins de l’exil ; il s’adapte à l’esprit de chaque pays traversé, il s’enrichit ; il l’influence. Ses éléments de base restent cependant les mêmes: ce sont avant tout des jeux de l’esprit. »

Pour retrouver le rire juif à l’état pur, il faut se tourner vers les pays où fleurirent les différentes formes de la culture juive (littérature, peinture, musique) dans lesquelles l’humour a trouvé une place de choix. Il fau relire Choleim Aleichem, Mendele Mocher Seforim, Itzik Manger etc..., écrivains « comiques » qui furent les fleurons d’une littérature d’une rare densité humaine.

Il y a aussi rappelle Marc-Alain Ouaknin  « un humour judéo-espagnol et un humour judéo-arabe relevant davantage de la tradition orale. Les Juifs d’Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, ont développé un humour original qui trouve aussi son fondement dans l’utilisation d’une judéo-langue, que ce soit le judéo-espagnol ou le judéo-arabe. Il existe toute une littérature qui va du conte au proverbe, en passant par la romansa (conte chanté), les konsejas (contes moraux), les pasajes (le vécu), les anecdotes ou les chakas (les blagues).

Ainsi, il est peut-être réducteur d’enfermer un humour dans tel ou tel territoire géographique et culturel, alors que l’humour a peut-être pour fonction essentielle de faire sauter de nombreuses barrières et de permettre de sentir le sens dérisoire d’uneidentité lorsque qu’elle n’est en fait qu’identification.

Dans l’humour juif d’Afrique du Nord, on retrouve les personnages classiques de l’humour arabe, tel Ch’ha, ou Djoha, qui peut prendre encore d’autres noms, mais qui reste toujours ce faux naïf à qui il arrive mille aventures où se mêlent « le miel et le fiel », selon la belle expression de Haïm Vidal Sephiha. »

Cependant, un phénomène nouveau est apparu dans l’univers juif avec la création de l’Etat d’Israël, en mai 1948.

Pour les jeunes, il appartient à leur environnement habituel, quotidien, et ils n’ont qu’une vague idée des combats qu’il a fallu mener pour réaliser ce « miracle ».

Le rire y apparaît libéré, dégagé de certains tabous, abordant des thèmes inimaginables au « shtetl » ou dans les grandes villes occidentale.

Bien des histoires israéliennes ne sont que des « histoires juives » transplantées. Mais peu à peu un nouvel humour a pris forme.

De nouveaux personnages ont fait leur apparition. On n’y retrouve plus le fameux « complexe juif ». Le Juif ridicule ou dominateur, souffre-douleur ou roublard tend à disparaître. On s’y moque des problèmes propres à des citoyens d’un pays libre.

L’humour juif continue Marc-Alain Ouaknin « est une confession, une confession publique, une suite de commentaires sur ce que sont devenus les juifs parmi les autres hommes, les archives risibles de la petite histoire des ghettos et des mellahs, ce ces ruelles obscures ou baignées de soleil, de Cracovie ou de Marrakech.

Concluons  par cette parole de Rabbi Pinhas « Toutes les joies sont du Paradis, même une simple plaisanterie pour peu qu’elle soit dit dans un esprit de joie vraie.

 

 

Claude LAYANI

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