L'identité juive au coeur du mouvement féministe aux Etats-Unis

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Mouvement juif et radical des femmes

Elles ont ignorées pendant des décennies ce qui les unissait. Pourtant elles étaient juives avant tout. Leur implication dans la cause qu'elles défendaient en était la plus pure expression.
C'est parce qu'elles étaient juives qu'elles pouvaient aider et défendre.

Le Gang des Quatre, leur mouvement, a été motivée de façon inconsciente par cette identité dont elles n'avaient jamais parlé, même entre elles, peut-être parce que c'était une évidence ou peut-être que de le dire, pouvait les empêcher d'aller aussi loin.

L'antisémitisme et le sexisme vont souvent de pairs.

Naomi Weisstein décédée en 2015 était  neuro-scientifique et comédienne, elle fait aujourd'hui  la couverture du nouveau livre de Joyce Antler.

Heather Booth, Amy Kesselman, Vivian Rothstein et Naomi Weisstein.
Les noms de ces quatre féministes radicales audacieuses et influentes  se sont peut-être estompés ces dernières années, mais elles demeurent des icônes pour les étudiantes du mouvement de libération des femmes du début des années 1960 et pour des générations de femmes militantes depuis.

La Gang of Four, le Gang des Quatre comme elles se surnomment  a été  parmi les fondateurs de la Women's Liberation Union de Chicago, l'union de la libération des femmes.

Leur mouvement a été une prise conscience sur le statut des femmes qui étaient bien inférieur à ceux des hommes qui les entouraient, de leurs cercles politiques de gauche et dans la société en général.

Elles ont compris qu'il fallait affronter les normes patriarcales, judéo-chrétiennes et du système sexiste qui les entourent au quotidien.
Faire passer au premier plan ce qui , somme toute, est devenu banal, au quotidien  comme celui-de faire le café au bureau parce que femme, ou à être regardée comme une proie parce que jolie ou méprisée parce que moins jolie.

Mais comment le dire ?
Elles ont commencé à se réunir dans un salon du West Side Chicago, parlant de tous les aspects de leur vie.

Au fil des semaines, des mois et des années, aucun sujet n'a été négligé, du politique en passant par le sexuel sans oublier de parler de  leur vie personnelle.
Elles étaient  " prêtes à bouleverser le monde ", se souvient encore Weisstein, psychologue, neuro scientifique et universitaire influente décédée en 2015.

Mais un sujet n'a jamais été abordé : les origines juives de la majorité du groupe. "On n'en a jamais parlé", a dit Weisstein. Jusqu'à ce que Joyce Antler appelle Weisstein 

Il y a environ sept ans, Antler, chercheuse pionnière en études américaines et féminines et professeure émérite de l'Université Brandeis, a contacté Weisstein et d'autres membres du collectif et leur a demandé quel rôle leur identité juive avait joué dans leurs débuts d'activiste féministe radical.

La prédominance des Juifs dans les groupes de gauche et dans le mouvement de libération des femmes était embarrassant et devait être caché, expliquait  Weisstein .

En effet, revendiquer une identité juive allait à l'encontre de la vision universaliste des grandes causes sociales et politiques embrassées par leur mouvement. C'est partir d'un point intime , intérieur ,pour le plus grand nombre, le vaste monde, l'extérieur.
Ce n'était pas possible.

Comment ceux qui ne l'étaient, pas Juifs, auraient pu ,du même coup s'identifier, sans parler de l'antisémitisme latent.

L'histoire du Gang des Quatre est racontée dans les premières pages de "Radical Jewish Feminists : Voices from the Women's Liberation Movement" (New York University Press), un nouveau livre captivant de Antler qui met en lumière, pour la première fois, la façon dont les pionnières féministes ont été influencées par leurs origines juives divergentes et bien souvent jamais exprimées. Ce livre permet de mettre en lumière cette identité qui  a été leur fer de lance, le moteur d'une révolution.

Selon Judith Rosenbaum, directrice exécutive du Jewish Women's Archive de Boston, le livre de Antler a élargi l'histoire juive.

Joyce Antler enjoys the two-day conference at Brandeis University honoring her contributions to empowering women, October 2015. (Heratch Ekmekjian/Brandeis University)

Joyce Antler enjoys the two-day conference at Brandeis University honoring her contributions to empowering women, October 2015. (Heratch Ekmekjian/Brandeis University)

 

"Le livre crée un contexte pour comprendre l'activisme des femmes juives dans le féminisme séculier américain ", a-t-elle écrit dans un e-mail" Il fournit également un contexte historique, important, pour les luttes actuelles autour du féminisme et de l'antisémitisme."

"C'est choquant, n'est-ce pas ?" Antler a observé le fait que cette histoire est passée inaperçue depuis si longtemps.

"Mais ne pas en parler, c'est en quelque sorte le nier, faire un déni .
C'est simplement ne pas voir pourquoi la judaïcité est si importante dans leur vie ", a déclaré Antler, lors d'un entretien dans sa maison remplie de livres et d'œuvres d'art.

Née à Brooklyn, Antler a enseigné à Brandeis, pendant près de 40 ans, elle a présidé le département d'études américaines de l'école et a fondé son programme Women, Gender and Sexuality Studies.

Parmi ses livres, six sont axés sur les femmes juives, dont "You Never Call ! Tu n'appelles jamais ! A History of the Jewish Mother" : l'histoire des mères juives .
"The Journey Home : How Jewish Women Shaped Modern America" et "America & I : Nouvelles de femmes écrivaines juives américaines."

Son nouveau livre raconte deux histoires connexes : celle de femmes juives qui se sont tournées vers l'extérieur pour s'attaquer à des causes féministes universelles et celle de femmes juives qui, à partir des années 1970, se sont heurtées à des institutions juives dominées par les hommes, tant religieuses que communautaires.

Parmi ces derniers sujets figurent Blu Greenberg, fondatrice de l'Alliance féministe juive orthodoxe, et Irena Klepfisz, une enfant survivante de l'Holocauste et poète et universitaire de renom qui a été l'une des fondatrices de Di Vilde Chayes, le collectif féministe lesbien new-yorkais.

Ce n'était pas facile pour les femmes qui défiaient la hiérarchie juive traditionnelle.

"Elles ont souvent dû se retourner contre leurs soi-disant alliés et mentors, dit Antler, et leurs luttes ont souvent été très difficiles."

Les féministes universelles ont fait face à leurs propres luttes. Si les premières féministes juives radicales ont évité le sujet de leur identité juive, c'est notamment parce qu'en tant que jeunes femmes, dont beaucoup avaient la vingtaine, elles se rebellaient contre les identités qu'elles associaient à leurs mères, a dit Antler.

Sur le plan politique, elles ont mis de côté les identités personnelles pour aider à libérer toutes les femmes, y compris celles qui étaient des minorités opprimées ou issues de milieux pauvres et de la classe ouvrière. L'antisémitisme était également un facteur à ne pas souligner en particulier parmi ceux qui mettaient les Juifs dans le même sac que leurs oppresseurs blancs et riches "

En 1975, Susan Schechter, qui est devenue une dirigeante éminente du mouvement des femmes battues, a écrit de façon émouvante sur la désapprobation à laquelle elle s'est heurtée en créant un caucus juif lors de la Conférence nationale-socialiste féministe de 1975.
Elle explique qu'elle s'est sentie déchirée entre sa propre identité et la cause à défendre, devoir choisir entre son père et sa mère en quelque sorte, ça été terrible car les deux étaient indéfectiblement liés.
Elle savait que sans son identité, vouloir aider à libérer les femmes n'aurait pas eu de sens.
Sa judaïcité donnait du sens à ses missions.

La même année, en 1975, Letty Cottin Pogrebin s'indigne lorsqu'une conférence des femmes au Mexique est détournée par des militants anti-israéliens qui déclarent que le sionisme est du racisme - préfiguration des débats actuels qui ont opposé les anti sionistes dans la résistance anti-Trump contre les femmes juives qui se sentent en conséquence  ostracisées.

"Elles n'ont pas été harcelées, mais le fait de se nommer comme juive dans le mouvement des femmes, malheureusement, n'a pas été une expérience positive ", a fait remarquer Antler.

L'antisémitisme a été présent dans le mouvement des femmes à des degrés divers au cours de nombreuses décennies, a-t-elle dit et il doit être dénoncé.

"Le silence n'est pas une bonne stratégie", dit-elle.

Antler est une adepte de l'approche fédératrice, pour respecter les voix de tous les côtés du débat souvent polarisant du conflit israélo-palestinien, mais elle reconnaît que les militantes ne partagent pas toutes ses vues sionistes.

Elle était tout à fait consciente de l'implication des femmes juives dans le féminisme radical, mais ce n'est qu'il y a une vingtaine d'années qu'elle a commencé à en apprécier le nombre significatif.
Antler estime que les deux tiers à trois quarts des femmes de certains collectifs étaient juives.

En 2011, elle a fait une conférence, sous le thème " Libération des femmes et identité juive ",  qui a rassemblé 20 femmes du mouvement féministe radical laïque et féministe avec le même nombre des organisations religieuses et communautaires juives.

"C'était incroyable ! " se souvient Antler, sur ces deux jours à l'Université de New York, où elle était intervenante. Les participantes se regardaient en chiens de faïence , la plupart de ces femmes ne s'étaient jamais rencontrées. L'ambiance était électrique.

Antler a été le plus frappé par la diversité culturelle et religieuse des origines juives des femmes. Nombreux sont celles qui attribuent à ce qu'ils considèrent comme des valeurs juives une influence forte et positive sur leur vie et leur travail.

Elle a été surprise, elle aussi, par l'élasticité de l'identité juive.

"Le judaïsme peut aller dans tellement de directions différentes, elle est souple,  ont peut trouver le tout et son contraire pour peu ,qu'on soit un maître du Talmud, bien-sûr :-)" dit-elle.

"Bien que leur réticence à exprimer leur identité juive, était compréhensible  cela dit elle a donné de la valeur à toutes les causes défendues par ses femmes juives"précise Adler

"Avoir ce lien, cette histoire si enfouis en nous, nous risquons de perdre la signification de ce que cette tradition a signifié et de ce que ces femmes ont fait," a-t-elle réfléchi.

"Nous savons que ces femmes juives ont été importantes dans l'Histoire aussi bien juive que contemporaine et cela fait partie de notre tradition[juive] , de la tradition des femmes et de la tradition féministe des femmes juives. Cela doit être enregistré, intégré et compris par le monde à présent ."

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