Max Schulz; il sera un SS zélé avant de devenir un pionnier sioniste

Actualités, Coup de théâtre, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Le nazi et le barbier un texte fort après avoir été un génocidaire il devient sioniste

Max  Schulz; il sera un SS zélé avant de devenir un pionnier sioniste.
Affecté très rapidement à la gestion d’un camp de concentration polonais dans lequel il devient génocidaire à part entière, son chemin va de nouveau croiser celui de son meilleur ami juif qu’il n’hésitera pourtant pas à sacrifier avec toute sa famille, et cela sans le moindre état d’âme.

Et lorsque le mouvement nazi est renversé peu de temps après et que Max Shultz est recherché comme criminel de guerre, il décide contre toute attente de prendre l’identité d’Itzig Finkelstein auquel il se substitue. Il devient ainsi sioniste, parachevant ainsi une transformation des plus insolites dans les extrêmes.

« On ne parle pas des juifs de cette façon-là », ont répondu les éditeurs allemands en refusant Le nazi et le barbier , roman d’Edgar Hilsenrath, dans les années 1970.

Édité bien plus tard, ce manuscrit, qui ose aborder avec dérision un sujet aussi sensible que le génocide juif, méritait d’être adapté au théâtre.

La Compagnie les Ailes de Clarence l’a fait. David Nathanson, seul en scène, livre la confession de Max Shultz, bâtard mais aryen pur souche. D’abord ami du juif Itzig qu’il considère comme son frère, il devient son bourreau en tant que SS, puis prend son identité pour fuir la dénazification jusqu’à devenir un sioniste militant. Grinçant et intelligent, ce spectacle ose l’humour pour montrer la monstruosité de la métamorphose du narrateur à travers l’horreur de l’Histoire.

Théâtre Côté Cour, La Chaume, vendredi 31 juillet, samedi 1er et dimanche 2 août, 20 h 30. Réservation conseillée. Tel 03.85.59.29.02. Tarif : 12 €/8 € (- de 12 ans).


Le Nazi et le Barbier est un roman avant d’être une pièce, celui, paru en 1971, de l’écrivain et provocateur allemand Edgar Hilsenrath. Si sa publication a rencontré un large succès aux États-Unis, son propos fut jugé choquant en Allemagne du fait de la tradition philosémite d’après-guerre qu’il dynamite, et il fallut attendre 1977 avant que le livre ne paraisse dans ce pays.

« Les lecteurs allemands sont depuis des années familiers avec des romans, des récits et des pièces de théâtre qui ont pour sujet la persécution et l’anéantissement des Juifs sous Hitler et sont traités de façon satirique-poétique et comique-grotesque. Mais tous sont conçus sous l’angle de la perspective des victimes, Hilsenrath au contraire choisit pour son roman la perspective du criminel », Manfred Rieger (A la recherche de la faute perdue. Roman grotesque-réaliste d’Edgar Hilsenrath sur un Nazi, déguisé en Juif).

Le Nazi et le Barbier raconte à la première personne avec beaucoup d’humour et de distance, l’histoire de Max Schulz, et cela depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Bien qu’Aryen « pure souche », Max a « les cheveux noirs, des yeux de grenouille, le nez crochu, de grosses lèvres et de mauvaises dents. »
Battu et violé par son beau-père, il trouve refuge auprès d’Itzig Finkelstein, le fils aux allures aryennes du barbier juif Chaïm Finkelstein, avec lequel il se lie d’amitié.

« Je me présente : Max Schulz, fils illégitime mais Aryen pure souche de Minna Schulz, au moment de ma naissance servante dans la maison du fourreur juif Abramowitz. Mes origines aryennes pure souche ne font aucun doute, car l’arbre généalogique de ma mère, ladite Minna Schulz, sans aller jusqu’à la bataille d’Arminius, remonte au moins jusqu’à Frédéric le Grand. Tout de même. Je ne peux pas dire avec certitude qui était mon père, mais une chose est sûre, c’était l’un des cinq suivants :
HUBERT NAGLER, le boucher ;
FRANZ HEINRICH WIELAND, le serrurier ;
HANS HUBER, l’apprenti maçon ;
WILHELM HOPFENSTANGE, le cocher ;
ou ADALBERT HENNEMANN, le majordome.

J’ai fait examiner en détail les arbres généalogiques de chacun de mes cinq pères, et je peux vous assurer que l’origine aryenne de chacun des cinq a été établie de manière irréfutable. », Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath.

Après quelques années passées dans le quartier juif allemand, à l’angle des rues Goethe et Schiller à Wieshalle, Max embrasse très tôt la cause nazie après avoir assisté en 1932 à un discours d’Hitler, et, comme il le confiera lui-même, pour « suivre le courant », il s’enrôlera dans les SA.

« Quand j’ai vu le Führer pour la première fois, ça m’a fait un choc, parce que je croyais voir Slavitzki, mais je me suis tout de suite dit : Non ! Ça ne peut pas être Slavitzki. Slavitzki, il a une grosse bite et il est carnivore, tandis que ce type-là, il a une petite bite et il est végétarien. Et Slavitzki, il a des yeux d’ivrogne et un regard vide, tandis que ce type-là, il a les yeux d’un prophète. », Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath.

« Itzig Finkelstein s’était trop souvent métamorphosé déjà. L’innocent nourrisson autrefois appelé Max Schulz était devenu un petit chasseur de rats. Le chasseur de rats, un jeune homme instruit. Le jeune instruit, un barbier. Le barbier, un SS. Le SS, un génocidaire. Le génocidaire … Itzig Finkelstein, petit trafiquant du marché noir. Et maintenant ? Le petit trafiquant Itzig Finkelstein était devenu un pionnier, de retour chez lui, combattant pour la liberté », Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath.

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi