Marceline Loridan-Ivens : Un concentré de force et de sens

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Marceline Loridan Ivens

J'ai eu le privilège de la rencontrer dans son appartement de Paris, pour la présentation de son film  "La petite prairie des bouleaux".

Je  me souviens de lui avoir demandé de façon assez directe , si elle avait des enfants , elle me regarda droit dans les yeux , ses yeux étaient si clairs, elle me rétorqua "Certainement pas!
Je n'en voulais pas ! Pour leur offrir quoi ?" 
Je ne me risquais pas plus longtemps sur ce terrain glissant.

Tenter de lui parler du bonheur d'avoir un enfant à chérir était inconvenant pour cette femme qui avait vu, vécu, ce qu'était capable de faire les hommes  aux enfants.
Voici l'article rédigé à la sortie de son film "La petite prairie aux bouleaux " pour Alliance 

Les noms de ses deux maris sont associés à son prénom, "car lorsque l'on a aimé quelqu'un, on l'aime pour toujours "dit-elle lors du débat qui a suivi l'avant-première de son film entièrement assumé par elle :"La petite prairie aux bouleaux"

Le ton est donné; Marceline Lordian-Ivens est une amoureuse de la vie, des gens, il transpire d'elle une réelle générosité, cette capacité de regarder les gens en face et de répondre avec indulgence à toutes les questions, parfois brutalement ,certainement le résultat d'une vie qui a cherché à comprendre et qui n'a pas fait l'économie de sa souffrance, ni de celle des autres.

Marceline est un personnage, plein de vie, d'humanité, lucide, sa façon de percevoir les choses et les gens est emprunt de sagesse, d'une philosophie de vie.

Elle me reçoit dans son appartement parisien, pour que nous parlions de son film, un film remarquable qui fera date, "la petite prairie aux bouleaux", film fiction précise-t-elle car joué par des acteurs, nécéssité aussi, certainement, afin de se distancer de sa propre histoire.
Celle d'une survivante qui revient sur les lieux de l'indicible enfer, quelques 45 ans après,

Un film pointilliste dont la multitude de détails accolés les un aux autres avec tant de minutie, permet de saisir toute l'ampleur de cette catastrophe humaine et sans précédent :la Shoah.

Marceline est cinéaste, c'est son moyen d'expression, son film est unique car c'est le premier et certainement le dernier réalisé par une survivante de ce massacre humain ,d'autres l'ont écrit, décrit, et en sont morts...

Elle, a choisi de capturer sa mémoire par l'image, laissant la liberté à chacun de comprendre ou de saisir ce qui n'est plus utile de dire, les mots à force d'être dit perdent leur sens et leur force, Marceline c'est un concentré de force et de sens.

C'est l'aboutissement d'un long cheminement, il en était de sa responsabilité de faire ce film dit-elle, non pas de son devoir car Marceline évite tous les stéréotypes aussi bien dans son langage si précis,que dans son film.

Ce ne fut pas une interview ordinaire - bien qu'il n'en existe pas vraiment - mais un échange, où l'esprit contradicteur n'est pas absent , un échange qui va bien au-délà du film et que je vous laisse découvrir.

 

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