Livre juif : Jour de courage de Brigitte Giraud

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BRIGITTE GIRAUD, CONTE D’AUTODAFÉ

BRIGITTE GIRAUD, CONTE D’AUTODAFÉ

Par Alexandra Schwartzbrod 

Un adolescent se révèle via la figure de Hirschfeld

Ce livre, elle y pensait depuis plus de dix ans. Alors qu’elle menait des recherches sur la montée du fascisme et les autodafés nazis pour Une année étrangère (Stock, 2009), Brigitte Giraud avait croisé une première fois la figure de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif allemand qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et surtout pour les droits des homosexuels au début du XXsiècle.

Quand elle découvre il y a quelques années dans une exposition de photos à Arles des archives rassemblées par Hirschfeld, «cela a fait dans ma tête comme deux silex qui se frottent, dit-elle, une étincelle».
Les écrivains sont friands de ces signes qui sont autant de petits cailloux sur le chemin d’un livre. Pour Brigitte Giraud, cela aboutira à Jour de courage, un roman inspiré à la fois par la figure de Hirschfeld et par le climat d’intolérance et de repli sur soi régnant aujourd’hui en Europe.

Pour raconter Hirschfeld, la romancière a créé un personnage d’adolescent, Livio, 17 ans, cet âge où l’on peine parfois à savoir qui l’on est vraiment et ce que l’on veut faire de sa vie. Livio, lui, sent qu’il n’est pas comme les autres mais il ne sait comment l’exprimer. «On sentait comme tout en lui était inquiétude, même s’il se donnait à voir comme un élève étonnamment discret. […] Livio était réservé et vibrant, cela peut aller ensemble. On ne pouvait pas résister à sa voix. Ni à son allure, sa démarche flottante, sa façon d’avancer sans déplacer l’air sur son passage», écrit Brigitte Giraud.

Pour Livio, tout est venu d’un mot, autodafé, auquel les élèves du cours de Mme Martel sont sommés de réfléchir. La plupart n’en connaissent pas la signification, ils n’y prêtent guère d’importance. Livio, lui, veut en savoir plus sur ce feu qui consume ce qui ne doit pas être dit. Il se porte candidat pour préparer un exposé. Et c’est cet exposé que Brigitte Giraud étire comme de la pâte à papier, racontant la curiosité, puis la sidération, et enfin la gêne des camarades de Livio qui, soudain, découvrent une facette étonnante, dérangeante pour certains, du jeune garçon. «Livio […] a insisté sur cette importante bibliothèque que Magnus Hirschfeld et ses amis avaient mis du temps à rassembler, environ vingt mille volumes, souligna-t-il, qui traitaient d’une multitude de sujets liés à la sexualité au sens le plus large du terme, vus sous des angles scientifiques mais aussi littéraires, poétiques, sociologiques ou juridiques. Une […] source de connaissances unique en son genre, qui devait faire progresser l’histoire de l’humanité […] poursuivit Livio, qui redit que Hirschfeld était à la sexualité ce que Freud était à la psyché et Einstein à la science.» Sauf que, le 6 mai 1933, dans le cadre d’une «campagne contre l’esprit non-allemand»,des étudiants berlinois prirent d’assaut l’institut de sexologie de Magnus Hirschfeld, brûlant la bibliothèque, son grand œuvre. A travers son exposé, Livio ne peut s’empêcher de montrer à ses camarades à quel point le sort fait à Hirschfeld le touche personnellement. L’intolérance, voilà ce que combat Brigitte Giraud à travers ce beau roman qui permet au passé de mettre le présent en lumière.

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