L’éducation « sentimentale » d’un enfant du siècle dernier

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Nathalie Azoulai,  Les spectateurs

L’éducation « sentimentale » d’un enfant du siècle dernier

Nathalie Azoulai,  Les spectateurs, P.O.L éditeur, Paris, 2018, 320 p., 19, 80 €.

Tout commence pour les « spectateurs » du roman par l’achat d’un poste de télévision à l’écran bombé comme c’était le cas à l’époque. Puis le discours que le jeune héros du livre écoute avec sa sœur et ses parents sur ce poste  quelques temps plus tard : celui d’une conférence de presse du Général de Gaulle le 27 novembre 1967.

Ce prétexte sert à engendrer toute  la force de gravité du secret d’une famille exilée et ballotée entre l’orient et l’occident. De cette histoire l’enfant ignore tout. A l’époque il était presque admis que les parents  des familles juives ne parleraient pas aux enfants du passé. Et ce pour les épargner.

Néanmoins, le gamin veut savoir. On ne répond pas à ses questions. Mais le soir même de la conférence, il entend de l’autre côté d’un mur les confidences de sa mère à son amie couturière. Il n’est plus  question des robes qu’elle lui confectionne d’après celles des stars hollywoodiennes des années 40 (Rita Hayworth, Lana Turner, Gene Tierney).  Il comprend que la vie n’est pas du cinéma. La télévision « commet »ainsi un étrange travail de mémoire. D’autant qu’à travers les confidences maternelles à une tierce personne il perçoit bien des menaces, des départs, des adieux.

A lui de recoudre les différents pans d’une histoire qui entrelace l’amour et le secret, l’exil et le cinéma, l’Orient et l’Occident, l’histoire juive et celle d’une histoire française où les « pieds noirs » furents réduits à d’affreux colonisateurs auxquels une gauche politique fit un sort sans comprendre ce qu’ils vécurent.

Ce qui fut tant bien que mal surpassé par sa famille déborde chez l’enfant. Et une sensation de l’irrecevable confine au désir de pleurer. Toutefois, du calme s’érige au sein de la turbulence. Ce qui n’avait pas de visibilité et de mots va provoquer chez le jeune héros un surcroît de conscience. C’est le premier pas vers une « éducation sentimentale » mais pas seulement

Sous le faux sommeil du silence se crée un univers où  la jouissance est menacée par l’horreur mais où Gene Tierney et ses sœurs peuvent parfois accorder un rêve face à l’épuisement que ces « accidents » de parcours génèrent.

L’enfant apprend  la force du nomade face  à la force et la violence qui débordent de partout et qui induisent des périples imprévus. Une question lancinante apparaît : quel lieu ses parents ont-ils connus qui n’aient pas eu leurs dangers ?  L’enfant va savoir à brider sa rage et calmer ses peurs. Il aura compris par le silence de ses proches que si tout baratin est détestable certains mots créent des clés. Le héros va  les tourner pour ouvrir ses propres portes  en se refusant de réduire son existence  au simple désir de durer.

Jean-Paul Gavard-Perret

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