Le destin incroyable d'Alfred Nakache le nageur juif du camp d'Auschwitz

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La gloire posthume d’Alfred Nakache, nageur déporté à Auschwitz

Aflred Nakache a fait son entrée le 18 mai 2019 au Hall Of Fame de Fort Lauderdale (États-Unis), panthéon de la natation mondiale. Un nageur au destin tumultueux, puisqu'il a survécu aux camps d'Auschwitz (Pologne) durant la Seconde Guerre mondiale.

L'eau était son élément et le papillon sa nage de prédilection. Dans les années 1930, Alfred Nakache collectionne les titres et records dans les bassins français. Né en 1915 dans une famille juive de Constantine (Algérie), c'est là où il grandit avant de rejoindre Paris et les bassins du haut niveau. En 1934, il devient une vedette et fait la une des journaux. Il participe même aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 sous les yeux d'Adolf Hitler.

Le sport face à l'horreur des camps

Il est mobilisé comme deux de ses frères dans l'armée de l'air avant de quitter Paris occupé pour Toulouse (Haute-Garonne), en zone libre. Alfred Nakache continue sa moisson de victoires, irritant la presse collaborationniste. En 1943, il doit renoncer aux championnats de France. "Comme il était juif, il a été interdit de nager et il a été arrêté quelques mois après", détaille Ginette Sendral-Jany, ancienne nageuse aux dauphins du club toulousain du TOEC. Nakache sera déporté en janvier 1944 avec sa femme Paule et sa fille Annie à Auschwitz (Pologne) qui y perdent la vie. Le nageur n'abandonne pas sa passion et nage dans les bassins de rétention d'eau autour du camp.

"Nous allions enlever nos pyjamas et on faisait des longueurs, des bassins. Quand quelqu'un s'approchait, un SS, un capo ou un danger quelconque, il nous avertissait et on sortait de l'eau. J'ai l'impression que nous avons fait ça justement pour prouver qu'on était encore quelqu'un", dévoilait en 2001 son compagnon de déportation Noah Klieger. Le 28 avril 1945, Nakache revient en France amaigri. Il reprend le chemin des bassins et bat encore des records nationaux. Il meurt en 1983, à l'âge de 67 ans, en nageant. Dans son élément.

Héros de la France de Vichy avant d’être déporté à Auschwitz, le nageur juif (1915-1983) a survécu à l’horreur des camps et a repris à son retour le cours de sa carrière.

Tombé dans l’oubli durant des décennies, il fait son entrée ce week-end des 18 et 19 mai au Swimming Hall of Fame, prestigieux musée américain de la natation.

Pour la plupart des Toulousains, Alfred Nakache évoque surtout le nom d’une piscine prestigieuse, construite dans le style art déco dans les années 1930.

Un haut lieu de la vie sportive et un joli but de promenade sur une île de la Garonne, rien de plus. « Tout le monde connaît la piscine, mais rares sont les Toulousains qui seraient capables de dire qui est Alfred Nakache », souligne Michel Coloma, directeur des Dauphins, le grand club de natation hébergé sur place, qui a entrepris un travail de mémoire autour de ce nageur pas comme les autres.

Tous les ans, les enfants des écoles accueillis dans les lignes d’eau ont droit à une causerie sur le nageur. « C’est le moins qu’on puisse faire pour lui, poursuit Michel Coloma, et nous sommes immensément fiers qu’il soit reconnu par le plus grand musée de natation du monde. »

Le gamin né en Algérie à Constantine rejoint en effet le week-end des 18 et 19 mai cinq Français déjà honorés par le Swimming Hall of Fame, le prestigieux musée mondial de la natation, installé à Fort Lauderdale, en Floride. Ses prédécesseurs, Alex Jany, Christine Caron, Laure Manaudou, Alain Bernard et Camille Muffat ont été distingués pour leurs performances et leur statut de vedettes internationales.
Pour Alfred Nakache, c’est une tout autre histoire qui justifie sa présence.

 

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