Le conte de «Bambi» est une tragédie juive

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Bambi une tragédie juive

Le conte de «Bambi» est une tragédie juive
Roman Le récit sylvestre de Félix Salter est tombé dans le domaine public. Avant d’être un héros de dessin animé, le petit faon était une allégorie du peuple juif.

Par Gilbert Salem
Le bouleversant personnage de "Bambi", dessiné par les Studios Diyney en 1941, 18 ans après le roman.

Nous connaissons tous le récit émouvant de Bambi, ce bébé d’une biche qui l’initie à la ronde des saisons dans la forêt, et qui l’y délaissera en mourant hors de sa vue, sous des balles de chasseurs, probablement.

Depuis le 21 décembre passé, il est libre de droits. Nous ne parlons pas des longs-métrages d’animation en technicolor réalisés en 1941, puis en 2006 (Bambi 2), par les studios Disney, mais seulement du roman pour enfants qui les a inspirés.

Bambi une tragédie juive

Bambi une tragédie juive

Il avait été écrit en 1923 par l’Autrichien Felix Salten, qui s’appelait Siegmund Salzmann de son vrai nom (1869-1945).

Né en Hongrie, il fit partie d’un cercle intellectuel fréquenté par Hugo de Hofmannsthal et Franz Kafka. Arthur Schnitzler fut même son témoin de mariage.

Très loyal envers son grand-père qui fut rabbin à Budapest, il s’affirma d’entrée pour la création d’un Etat hébreu en Palestine, mais sans avoir l’idée de s’y rapatrier un jour.

Avant de s’aventurer dans l’exercice d’une écriture destinée à la jeunesse, Salten fit un peu feu de tout bois, publiant en vrac des livrets d’opérettes, des chroniques mondaines dans des journaux populaires, des scénarios pour un 7e art encore hésitant, et, en 1906, Josefine Mutzenbacher, un roman parcouru de frissons érotiques!

C’est avec une veine littéraire forcément très différente qu’il infuse, en 1923, Bambi, Eine Lebensgeschichte aus dem Walde.

En français Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois. Le conte devient rapidement un best-seller en France, puis outre-Atlantique, jusqu’à se projeter en images sur les plus grands écrans du monde avec une majesté éblouissante et poignante toute disneylandaise.


Walt Disney avait jeté son dévolu sur le succès en librairie de ce joli petit conte venu d’Europe pour lui assurer un triomphe cinématographique et planétaire. Mais il ne sut pas le lire en profondeur.

Car, si l’on en croit des exégètes plus perspicaces du Bambi de Salten, on y décrypte bel et bien une dimension sociopolitique décrivant le désarroi que les juifs commençaient à vivre en Europe, dans la première moitié du XXe siècle.

Exemplaires brûlés par les nazis

Dans la préface de ce livre qui reparaît en français 93 ans après, Maxime Rovère note que «La nature de Disney est belle parce qu’elle ne veut rien dire. Celle de Felix Salten fascine pour une raison exactement inverse: elle est saturée de symboles, de murmures et de sous-entendus.»

Mais «il dépeint le destin de ce faon et de la société fragile qui l’entoure dans un véritable hymne à la nature: un monde de sensations, de phénomènes subtils, impalpables, cruels ou violents.»

Chez le cinéaste, les dialogues sont quasi inexistants: 800 mots à tout casser. Tandis que dans le texte purement littéraire de Salten, les animaux de la fable sont bavards presque comme des hommes. Des philologues attentifs y auraient même décelé des tournures en yiddish dans une conversation entre des lièvres.

Bref, le Bambi de Salten décrivait en filigrane la condition des juifs qui vivaient en Europe à l’orée du régime nazi.

D’ailleurs, une fois instauré, en 1933, celui-ci ne tarda point de brûler la plupart des exemplaires. Depuis, les premières éditions originales du récit valent de l’or, et attirent aux enchères des mercenaires avides qui ne l’ont même pas lu. Son sujet central était pourtant le symbole d’une innocence animalière.

Mélopée ashkénaze

Felix Salten mourut âgé de 76 ans à Zurich en 1945, avec pour aura principale celle d’un conteur pour enfants. Il ignorait que son Bambi serait un jour analysé par des spécialistes de l’hébreu des juifs ashkénazes.

Mélodieux et douloureux, il transparaît dans la dernière parole qu’il accorde à la maman philosophe du petit faon qui va s’en aller tout seul, et sans elle, dans une forêt aussi obscure que celle d’autres siècles à venir: «Il n’y avait plus ni pitié, ni repos, ni retenue. On peine à imaginer qu’on a connu des jours meilleurs, soupira la mère de Bambi.» Une yiddish mama tout à fait exemplaire. Son instinct familial échappa au flair affectueux d’un Walt Disney. Hélas pas à celui, sans pitié, des nazis.

Source http://mobile2.24heures.ch/articles/5787620cab5c3706d8000001

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