La Rochelle : Première pièce antisémite subventionnée par une université !

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Michel Golberg, interviewé de Fanny Levy

Michel Goldberg: “Même sous l’Occupation, on n’avait pas vu ça!”
- Michel Goldberg vous êtes maître de conférences en biochimie à l’université de La Rochelle, habilité à diriger des recherches. Vous êtes l’auteur du livre “L’antisémitisme en toute liberté” (Le Bord de l’Eau). La préface est de Daniel Mesguich et la postface de Serge Klarsfeld. Que dénoncez-vous dans ce livre?

Michel Goldberg: Dans ce livre, je décris le contenu idéologique d’une pièce de théâtre antisémite montée à l’Université de La Rochelle en 2013.

J’y montre aussi le soutien incroyable et incompréhensible des institutions éducatives, syndicales et associatives pour les auteurs de la pièce et les animateurs de la troupe de théâtre. Il s’agit sans doute d’une première en France.

Fin 2012, vingt-cinq étudiants ont joué une pièce de théâtre (écrite par cinq d’entre eux) sous l’autorité d’une metteuse en scène et d’un auteur professionnel accueilli en résidence à La Rochelle.
La comédie s’intitule « Une pièce sur le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale ». Cette pièce nous présente les Juifs comme les responsables de l’horreur financière du monde : une banquière juive invente un système pour mettre en esclavage nos enfants avant même leur naissance.

Elle fait assassiner son père par l’entremise de la mafia. Pendant ce temps, un nazi plutôt sympathique, qui exerçait le métier de cuisinier dans un camp de concentration, est pourchassé par des Juifs ultra-orthodoxes, vulgaires et vindicatifs.

Puis, il y a une réconciliation avec ce nazi… en échange d’une liasse de billets. Aucune autre communauté humaine présente dans la pièce ne cumule tant de tares propres à susciter la haine. Et si d’autres personnages sont laids, c’est parce qu’ils exécutent les basses œuvres de la Goldberg & Co, ou parce qu’ils sont les victimes d’un monde dominé par elle.

J’ai mis la pièce en ligne, qu’on m’accuse pourtant de vouloir censurer. Les étudiants sont très probablement, dans leur grande majorité, hostiles au nazisme et à l’antisémitisme.

Lors des répétitions de la pièce, le discours des animateurs disait en substance : « au théâtre, il faut se lâcher ».

Ce qui revient, pour l’essentiel de la pièce, à parler de cul, de fric et de Juifs ; tout cela accompagné d’un pseudo-argumentaire jargonnant et d’une totale vacuité. Aucune analyse, aucune réflexion, aucun retour des étudiants sur leurs propres préjugés.

On se lâche, un point c’est tout. Et voilà le résultat.
L’antisémitisme n’est donc jamais revendiqué par la troupe, mais les stéréotypes antisémites les plus dégradants sont présents dans de nombreux esprits.

Si l’horreur du monde est attribuée aux Juifs dans cette pièce, c’est parce que cette explication est aussi présente dans les esprits.

Les Juifs ont l’argent, les médias, ils manipulent la mafia, ils prospèrent sur le malheur des autres, etc. Il n’est malheureusement pas surprenant que des jeunes adhèrent aujourd’hui à ce discours et tuent des Juifs en France, y compris des petits enfants.

Et il n’est que plus désolant de voir des subventions publiques contribuer à propager ce message mortifère auprès de jeunes étudiants de mon université.

- Dans ce combat, comment avez-vous procédé pour vous faire entendre?

M.-G.: Dans un premier temps, j’ai cru que la présidence de mon université, le syndicat local et la Ligue des droits de l’homme, comprendraient qu’il fallait réagir à cette pièce de théâtre.
Et, j’ai été stupéfait de trouver dans ces trois institutions, les plus fervents défenseurs de la troupe de théâtre !

Heureusement, à l’université de La Rochelle et dans toute la France, de très nombreuses personnalités ont réagi sérieusement : des syndicalistes, des hommes politiques, des maires et des députés (dont ceux de La Rochelle), une ministre, des associations telles que le MRAP, le CRIF, la LICRA, le SNESUP, l’UEJF et bien d’autres encore se sont mobilisées.

Plus de mille personnes ont critiqué cette pièce de théâtre et elles restent vigilantes aujourd’hui. Nombre d’entre elles m’ont apporté leur soutien après avoir lu… les argumentaires indigents des défenseurs de la pièce.

- Me Serge Klarsfeld vous a-t-il beaucoup aidé pour obtenir gain de cause?

M.-G.: Serge Klarsfeld a m’immédiatement reçu lorsque je l’ai contacté. Il a lu la pièce et il a compris qu’un vent très mauvais soufflait sur certaines institutions culturelles rochelaises. Il a rédigé la préface de mon ouvrage dans les délais très brefs qu’imposait l’éditeur.

- Une pièce de théâtre antisémite en France en ce début de XXIe siècle, est-ce inquiétant ?
M.-G.:L’antisémitisme devient à La Rochelle, et sans doute dans bien d’autres villes, une pensée comme les autres, surtout lorsqu’elle s’exprime sur la scène d’un théâtre.

Et les discours nazis qui parsèment la pièce de théâtre ont tout simplement été défendus au nom d’une liberté d’expression qui est l’objet d’une profonde incompréhension.

Elle est revendiquée par des gens qui, très souvent, ont une pensée paresseuse, et qui de plus, ne disposent pas des outils élémentaires de la pensée.

Même lorsqu’ils entreprennent cet effort de pensée, ils éprouvent de grandes difficultés à construire une argumentation solide, à articuler les arguments, à construire des contre-arguments, et à comparer les différentes thèses.

C’est ainsi que vous ne trouverez aucune argument solide dans les sites internet qui ont été montés pour défendre la pièce de théâtre antisémite de La Rochelle, ni dans les multiples courriels qui ont été envoyés par la présidence de l’université et les syndicalistes qui se sont mis à la remorque de l’institution.

Vous ne trouverez là que des attaques d’une grande violence verbale, souvent insultantes et diffamantes, m’accusant d’avoir trafiqué le livret de la pièce, d’avoir des ambitions politiques ou d’avoir porté atteinte à de grands principes tels que la liberté d’expression ou la laïcité.

J’ai répondu à ces attaques et à bien d’autres dans mon livre. La Rochelle, comme bien d’autres villes, est petite, et préfigure assez bien la France du 21è siècle.

Son milieu culturel subventionné est très étroit ; ceux qui attribuent les subventions et ceux qui les reçoivent se soutiennent, par atavisme autant que par intérêt. Cependant, la superficialité de leur culture et la bêtise de certains d’entre eux n’expliquent pas tout.

Dans cette affaire, il fallait serrer les coudes pour défendre la première pièce de théâtre antisémite subventionnée par une université. Même sous l’Occupation, on n’avait pas vu ça.

Il fallait préserver l’image de marque d’une culture d’avant-garde, sans doute quelque peu factice, mais qui convient au plus grand nombre.

C’est pourquoi, un an après avoir créé cette pièce, il fallait inviter une nouvelle fois à La Rochelle l’auteur canadien qui avait animé l’atelier d’écriture pour bien montrer que l’on était fier de son travail.
Le maire s’y est heureusement opposé in extremis. Il fallait encore, dans le plus beau centre culturel de La Rochelle, défendre publiquement la liberté d’expression de l’antisémite Dieudonné et de sa quenelle, et du négationniste Robert Faurisson.

Il fallait aussi que l’université poursuive des partenariats avec la troupe de théâtre qui avait créé la pièce dieudonniste et une autre troupe qui avait adoré la pièce, comme si le théâtre antisémite était une péripétie dans l’histoire d’une université.

Puis, à la suite des assassinats de janvier 2015, il fallait que des responsables de l’université communiquent abondamment pour la défense de la liberté d’expression, mais toujours et exclusivement pour cette cause-là, ignorant que l’on avait aussi assassiné des gens parce qu’ils étaient policiers ou parce qu’ils étaient juifs.Un détail sans doute.

Inutile de se bouger lorsqu’on assassine des Juifs en France. Par contre, à l’université de La Rochelle, on se bouge pour la liberté de subventionner du théâtre antisémite avec des fonds publics.
Michel Goldberg - “L'antisémitisme en toute liberté” - Le bord de l'eau – 2014 - 192 pages – 18 euros.
Site: www.editionsbdl.com


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