La crise du corona nous donne du temps pour ce qui prend du temps par Paul Sillam

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Faire le parallèle, entre la crise due au coronavirus et une crise due au mental est un exercice risqué. Seul un psy pouvait oser.

Le psychanalyste Paul Sillam montre que la nature psychanalytique du monde est sûrement plus profonde qu’elle n’y paraît.

La personne qui n’est jamais allée consulter un psy dit souvent « Je n’en ai pas besoin, je ne suis pas fou ! ».

Quand cette première affirmation quasi réflexe est posée, les questions déboulent généralement aussitôt « A quoi peut servir cet accompagnement » ? "Est-ce que le moulin à parole a déjà guéri quelqu’un ?"

Si vous continuez à lire cet article, c’est que vous n’êtes peut-être pas complètement résistant à la psychothérapie.

C’est à vous, qui montrez cette curiosité intellectuelle, que je veux m’adresser, là, maintenant, alors que nous sommes tous en confinement obligé.

En effet, je voudrais vous dire combien ce qui se passe dans le monde, en ce moment, à cause du virus Corona me rappelle ce qui incite un patient à démarrer une cure d’influence psychanalytique.

Je m’explique… Si je m’amusais à faire parler le virus Corona, j’oserais lui faire dire cela

« Je suis là car vous n’arriviez pas à réduire votre vitesse, je vous ai envoyé des alertes pour éviter d’aller dans le mur, presque tout le monde était d’accord pour ces symptômes climatiques, mais personne ne voulait se décider à changer le cours des choses protégeant votre satanée croissance.

Moi ! je vais le faire, je sais qu’il y aura des morts, mais c’est le prix à payer pour que votre conscience organise le changement de votre nature et à celle à laquelle vous appartenez.

En un siècle, vous avez réussi à brûler 5 milliards d’années. Je veux déstabiliser tout ce que vous avez construit ou croyez stable. Je veux vous réveiller et vous faire réfléchir.

Je veux que vous arrêtiez de nous détruire ! ». « On n’a jamais entendu un virus » vous entends-je murmurer ?

Laissez-moi vous emmener, vous jugerez à la fin de cet article. Depuis l’arrivée du virus, l’homme moderne a perdu le contrôle.

Comme avec le virus corona, l’inconscient peut provoquer une perte de contrôle et nous confiner en ouvrant nos défenses immunitaires !

Comme si notre inconscient n’avait que ce choix devant notre surdité. Ce que le mal a à dire c’est plutôt ce qu’on a du mal à entendre.

Il nous oblige à nous arrêter et à rentrer dans une phrase de doute et de peur.

Car seuls le doute et la peur nous arrêtent vraiment. Notre inconscient découvert (ou plutôt officialisé par Freud) jouerait-il exactement le rôle du virus à l’échelle d’un individu qui mange à sa faim.

Ceux qui ont franchi la porte d’un psy savent qu’une cure n’est pas un luxe. On y entre car SOI, son entourage médical et familial ont perdu leurs repères.

Et les médicaments ne les aident pas à les faire revenir… Le travail pour apprivoiser les émotions dues au poison du doute commence dans l’angoisse « Vais-je m’en sortir » ? Alors, vous comprenez peut-être pourquoi l’ultime question  :« Ça dure combien de temps votre accompagnement psy »? est injuste.

Le corona nous donne du temps pour ce qui prend du temps.
Et trouver par soi-même l’apaisement qui démultipliera l’effet des médicaments ordonnées par le psychiatre, prend du temps et enrichit en expérience de sujet.

Chercher du sens, mettre des règles pour mieux vivre avec soi, s’observer pour changer, oui ça prend du temps…. Ça prend du temps de grandir en cherchant.

Surtout que le statut de chercheur n’est pas accessible facilement. L’école, l’Université n’apprend pas encore à chercher, ni à accepter des questions sans réponse.

Seuls les poètes savent que chercher une rime demande du temps, quelquefois court, quelquefois très long. Même le bon sens paysan qui recherche toujours la sagesse dans les variations des improvisations de la vie est en perdition.

Il semblerait que le seul lieu où on recherche encore est le travail sur soi en cabinet du psy qu’on s’est choisi.

Et la présence d’un psy peut rassurer dans cette recherche de sens et de nouveau cadre de vie. Ceux qui ont fait une thérapie ont développé cette force par rapport à leurs semblables résistants à toute forme de réflexions sur soi,

ils sont devenus des chercheurs. Souvent, on les chasse d’un revers de main, les questions, les cafards ou les puces à l’oreille, plutôt que de les observer, de les questionner.

Les médecins chercheurs qui vont trouver le vaccin anti-corona savent qu’il faut d’abord observer. De tout temps, c’est l’observation qui a permis de comprendre et de trouver des solutions…Mais pour voir vivre ce virus, il faut du temps… Un peu comme les idées noires,
c’est en les observant venir, dans un cadre thérapeutique, en les comprenant, qu’on peut les éliminer une fois pour toutes.

Si nous attendons ce médecin doué qui va trouver le vaccin anti corona, personne, à part vous-même, ne peut trouver votre vaccin contre les poisons de vos doutes et de vos peurs.

Et ce travail de chercheur peut prendre combien de temps, d’après vous ? « Le plus court possible » puis-je vous souhaiter.

Mais la notion de temps n’est-elle pas elle-même complètement bouleversée, alors que nous avons allongé de trente ans la durée de vie de l’homme ?

Certains trouvent la parade à ce travail difficile de recherche. Ils attaquent le gouvernement, les autres qu’ils jugent coupables de leur angoisse de mort annoncée sans ce vaccin.
D’autres s’isolent et se recroquevillent sur eux-mêmes, abandonnant tout espoir.

D’autres encore deviennent actifs en s’improvisant une nouvelle vie confinée et faisant confiance à ceux qui cherchent…

Les premiers à avoir réagi de la sorte sont les artistes comme Jean-Louis Auber qui a offert une heure trente de concert confinée, grâce aux réseaux sociaux, pour les connectés confinés.

Il y a aussi les juifs ashkénazes ou équivalents qui pratiquent l’humour noir ou encore les « Golmaniens » qui remercient ceux qui soulagent et aident les malades pendant cet entre deux…

Le chemin entre l’avant le coronavirus et celui d’après son vaccin ressemble à une route de crête.

Je dirai « presque » comme tous les entre-deux. On quitte ce qui nous est connu, pour aller en zone inconnue sans l’avoir choisie et avec un danger de mort ressenti ou réel. C’est aussi l’engagement dans une cure : on sait ce que l’on quitte, mais on ne sait pas ce qu’on va trouver, même si le psy est là, à nos côtés.

Les patients qui démarrent une cure psychanalytique viennent pour rompre l’isolement et chercher quelque chose d’humain qui va les remettre sur le chemin de leur vie, avec un nouveau cap : celui d’aller vers ce qui est bon et juste pour eux…

Exactement comme la question que nous devons nous poser avant la découverte du vaccin anti corona. Quelle nouvelle vie veut-on après cette pandémie ? Croissance à tout va, comme avant, ou une société où la nature humaine et animal seront valorisées et au centre.

La psychanalyse, la psychothérapie aboutissent généralement à une prise de conscience du sujet, sur ce qu’il compte faire, maintenant qu’il a compris la précarité de sa vie, pour ne plus jamais oublier sa nature dans tout ce qu’il entreprend pour lui et les générations à venir et ce, jusqu’à sa mort.

La crise du corona nous donne du temps pour ce qui prend du temps par Paul Sillam

La crise du corona nous donne du temps pour ce qui prend du temps par Paul Sillam

Paul SILLAM Psychanalyste Président de l’Association CHAAR (Comité psychanalytique Humanitaire d’Aide à l’Autonomie Psychique Retrouvée) Fondateur avec Michelle BERGHEIMER de la cellule d’aide et de soutien psychologique au service du divorce religieux du Consistoire de Paris Île de France.

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